« Le jour où... j'ai gâché le mariage de ma boss »

Le jour où... j'ai gâché le mariage de ma boss

Moi, je suis Dr Jekyll and Mr Hyde. Dans ma vie professionnelle, je suis Adrien, le grand mince aux lunettes carrées, un peu coincé, très sérieux, et qui ne fait pas de vagues. Mais dans ma vie personnelle (surtout quand j’ai un petit coup dans le nez), je suis ingérable. J’ai 24 ans, et depuis que je travaille, j’ai toujours réussi à cacher cette partie “sombre” de moi à mes collègues… Jusqu’à une chaude nuit de juin alors que l’on célébrait le mariage de ma boss. Ce soir-là, ils ont fait la connaissance de Mr Hyde. J’ai tellement dépassé les limites que le lendemain matin, j’avais décidé que je ne mêlerai jamais plus le pro avec le perso.

En route mauvaise troupe

Il est bientôt minuit, et la voix robotique du GPS de la bonne vieille Laguna dans laquelle on est entassés nous indique que nous “arrivons bientôt à destination”. Cela fait une trentaine de minutes qu’avec cinq de mes collègues un peu arrosés, on a quitté le brouhaha des bars animés de la ville pour rouler vers le calme d’une banlieue pavillonnaire de Lille. L’objectif ? Rejoindre notre boss à une fête. Et pas n’importe laquelle, celle de son mariage.

Pour moi, qui ne partage habituellement que le strict minimum avec mes collègues, cette situation est inédite. D’ailleurs j’ai toujours mis beaucoup d’énergie à ne rien partager au travail, et ce depuis le début de ma courte vie professionnelle. Quand j’arrive le matin, j’enfile ma casquette de salarié : je ne raconte pas mon week-end, je ne vais pas en afterwork, je ne fume pas non plus de cigarettes en leur présence (et dieu sait que ce n’est pas toujours facile !) L’objectif : garder un maximum de contrôle sur mon image au boulot. Je suis de nature angoissée, alors cela m’épargne du stress inutile, vous comprenez….

« Pour vous donner une petite idée de mon cas, lors d’une soirée, j’ai carrément sauté du premier étage d’un appartement »

Mais cette fois-ci, les choses se sont passées différemment. J’ai pris ce job de serveur dans une chaîne de restaurants il y a un an pour pouvoir financer ma vie étudiante et mon master. Et qui dit travail dans la restauration, dit horaires décalés. Alors pour maintenir ma vie sociale, je n’ai pas eu d’autre choix que de compter sur mes collègues. Au fil des mois, j’ai tout doucement découvert les joies des “p’tites bières de fin de service”, mais en restant raisonnable pour ne pas entacher ma réputation. Malgré moi, les barrières entre le pro et le perso se sont estompées peu à peu…

À ce stade et pour mieux comprendre mon histoire, vous devez savoir quelque chose sur moi : lorsque je bois, je suis incontrôlable, et ça, mes collègues ne le savent pas. Du moins, pas encore. Et quand je dis incontrôlable, ça ne veut pas dire que j’envoie des messages vocaux désespérés à mon ex en clamant haut et fort que « Zuis pas bourré ! » à qui veut bien l’entendre. Non, non ! Pour vous donner une petite idée de mon cas, lors d’une soirée, j’ai carrément sauté du premier étage d’un appartement. Bon, ça, c’est quand je suis en forme, mais la plupart du temps je suis juste hyper provoc’, je pars dans des délires un peu fous, ou je bascule complètement dans l’absurde. Seuls mes amis proches, qui m’ont déjà vu sous ce jour, sont en capacité de me stopper lorsque je dépasse les limites, parce que bon… je ne suis pas Hulk non plus. Bref, l’alcool révèle mon côté Hyde, et pas de bol pour mes collègues, car à l’heure qu’il est : je suis déjà bien saoul.

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Le début des problèmes

“ Vous êtes arrivés à destination “ Un parking désert, une grande bâtisse rectangulaire sur un seul et unique niveau, des portes vitrées : pas de doute, nous sommes bien devant la salle des fêtes. Au premier abord, l’endroit nous paraît bien calme… Et effectivement, surprise en entrant : tous les invités ont déjà mis les voiles. Il n’y a plus que les mariés, le DJ, et… nous six. J’avoue que je ne m’attendais pas à ça. Mais à vrai dire, je ne sais pas à quoi je m’attendais vraiment…. Si j’avais pu faire la connaissance de mes collègues au cours des derniers mois, j’étais un peu moins proche de ma boss. Elle nous parlait de son mariage depuis un moment, on savait qu’il avait lieu ce soir, mais nous n’étions pas invités… jusqu’à ce qu’elle nous envoie un message un peu plus tôt dans la soirée pour nous proposer de passer. C’est à ce moment-là que j’aurais dû rentrer chez moi, mais par curiosité et dans un élan festif, on a décidé de se pointer.

« J’embarque une collègue avec laquelle je m’entends particulièrement bien pour trouver “une source d’alcool”. On explore le frigo situé dans un coin de la pièce principale et on tombe sur des cubis de rosé »

Alors qu’on vient à peine de débarquer dans la salle désertée, on est surexcités, eux sont sobres. Les jeunes mariés nous racontent leur journée, on observe la déco, le centre de table bleu majorelle, des poissons et filets de pêche accrochés au plafond, on prend aussi quelques photos en gloussant puis on se sert une coupette de champagne, histoire de trinquer. Ça tchatche, mais personne ne nous propose de deuxième verre. Alors pour m’occuper, je prends des photos du DJ à base de mega flash dans sa tronche (je ne sais pas si ça l’a fait fuir, en tout cas, il a rangé ses affaires illico presto avant de se faire la malle pour de bon). C’est là que mon démon de l’alcool est entré en jeu… Je me dis qu’on n’a pas fait tout ce chemin pour se regarder dans le blanc des yeux, un verre d’eau à la main. Alors j’embarque une collègue avec laquelle je m’entends particulièrement bien pour trouver “une source d’alcool”. On explore le frigo situé dans un coin de la pièce principale et on tombe sur des cubis de rosé. Alléluia. Heureux comme deux gamins qui auraient découvert un trésor, on s’empare du précieux et on se cache derrière un grand comptoir : le nectar coule, et les bêtises commencent.

Exfiltration de cubis

« La scène doit être drôle à voir : je suis tout mince, ma chemise n’est évidemment pas extensible à l’infini, et je suis obligé de mettre les mains contre mes fesses pour que le cubi ne tombe pas quand je marche »

Rapidement, la joie fait place aux questionnements : il y a un frigo rempli d’alcool et personne ne nous en propose ? Pourquoi ne pas carrément embarquer le cubi ? Après tout, on ne va pas rester ici toute la soirée, et il nous faudra des réserves pour prolonger la fête entre nous. Ma collègue, pas avertie de mon grain de folie, ne s’oppose pas à l’idée. Sans vraiment comprendre comment, ni pourquoi, on se lance dans une mission d’exfiltration de cubis, et ça nous amuse beaucoup. Pour commencer, on décide de caser un premier cubi dans le fourre-tout de ma complice pour le rapatrier dans la voiture. Et même si son sac ressemble à présent à une grosse enclume dans un tote bag Carrefour, personne ne nous grille. Ouf. Mais le jeu ne s’arrête pas là. Comme lorsqu’on ouvre un paquet de M&M’s pour en manger “un ou deux” et qu’on finit par dégommer le paquet, on se laisse tenter par un projet bien plus ambitieux : exfiltrer tous les cubis du frigo comme dans une sorte de “Prison Break de l’alcool”.

Cela devient alors notre mission et c’est ainsi que le cours de la soirée change radicalement. On met très rapidement le reste de nos collègues dans le coup et on leur attribue le rôle simple mais crucial de distraire les mariés en les poussant à sortir fumer des cigarettes. Et sans plus attendre, j’enchaîne à mon tour avec un deuxième cubi que je glisse dans mon dos, sous ma chemise. La scène doit être drôle à voir : je suis tout mince, ma chemise n’est évidemment pas extensible à l’infini, et je suis obligé de mettre les mains contre mes fesses pour que le cubi ne tombe pas quand je marche. Le groupe est dehors en train de cloper alors, pour passer inaperçu (enfin ce que je considère comme “passer inaperçu” dans mon état), je passe devant eux en pas-chassé, le sourire jusqu’aux oreilles, prétextant “aller chercher un truc dans la voiture”. Deuxième cubi : exfiltré.

Je ne me réjouis pas trop vite, je me rends tout de même compte que ma boss commence à se douter de quelque chose… Mais comme à cet instant, je suis un “p’tit con”, ça ne m’arrête pas pour autant. Je me dis juste qu’il faut juste que je change de stratégie et je me dirige alors vers les toilettes (d’ailleurs, j’aurais mieux fait d’en profiter pour me passer un coup d’eau sur la tête). Bingo, elles sont équipées d’une fenêtre. En hauteur, elle ne s’ouvre que partiellement… mais j’estime alors que c’est largement suffisant pour faire passer le troisième cubi. Je m’exécute, évidemment. En revanche, ce que je ne sais pas, c’est que mes collègues se trouvent toujours dehors à ce moment-là, à seulement quelques mètres de cette fameuse fenêtre, et donc, du cubi que je viens de balancer. Imaginez la scène : vous êtes tranquillement en train de papoter, et d’un coup, un cubi de rosé tombe du ciel pour atterrir dans un buisson : BOUM. J’entends déjà au loin mes collègues : « Adrien, t’es vraiment un génie… » La mariée, elle, n’a pas l’air du même avis. Ce n’est pas le moment d’aller chercher un autre cubi, ni de ramasser celui-ci, d’autant plus que mes petites manigances semblent vraiment contrarier le couple… Comment je le sais ? Le premier indice : le marié tourne en rond comme un lion en cage. Le deuxième : j’entends ma N+1 lui souffler « T’inquiète pas, ils vont partir… » Et si dans mon état, récolter des indices n’est pas la chose la plus évidente qui soit, lorsque cette dernière vient me dire sèchement « Je pense que vous feriez mieux de partir. Maintenant », tout devient finalement limpide.

Désolé pour hier soir

« Je me repasse rapidement les péripéties de la veille et fais enfin le lien avec ma vie pro : je viens de gâcher le mariage de ma boss, le plus beau jour de sa vie ! »

Il y a des gens qui mettent quelques minutes à émerger avant de se rendre compte qu’ils sont allés trop loin la veille lorsqu’ils étaient ivres. Moi, ce matin-là, c’est dès que j’ouvre les yeux, que je sais que j’ai merdé. La veille, la soirée s’était terminée par un “after” en petit comité entre collègues, dans la joie et la bonne humeur, mais là, c’est le retour à la réalité. Je me repasse rapidement les péripéties de la veille et fais enfin le lien avec ma vie pro : je viens de gâcher le mariage de ma boss, le plus beau jour de sa vie ! Même si les mariés ne nous ont pas confrontés pour éviter tout scandale, avec le recul, je réalise que je me suis comporté comme un adolescent. Car au-delà du vol, qui est déjà un délit en soi, mon attitude était clairement indécente. Ma boss et son mari ont dû penser que je les prenais vraiment pour des cons... Et le pire dans tout ça, c’est que cette histoire peut avoir des répercussions sur mon travail ! Et si je me faisais virer ? Et si le mari de ma boss passait un soir, à la sortie du restaurant pour me mettre une beigne ? Peut-être qu’ils se sont même engueulés à cause de moi ? Ce job, il me permet de payer mon loyer, mes courses, mes clopes… Il s’agirait donc de ne pas le perdre bêtement ! Mais c’est peut-être trop tard…

L’après-midi, je me rends au premier service, toujours en gueule de bois. Heureusement, j’ai deux semaines de “répit” avant la confrontation : ma boss est déjà partie en lune de miel. En arrivant, alors que je suis au plus mal, je suis surpris de constater que mes collègues n’éprouvent pas autant de remords. Bon, ok, contrairement à moi, ils n’étaient pas à l’initiative de ce plan machiavélique, mais quand même ! Non, eux se marrent, et l’histoire commence même à circuler dans le restaurant : « Tu sais pas ce qu’a fait Adrien hier soir au mariage de la boss ? », « Tu aurais dû être là, c’était tellement drôle… » Et lorsque que j’expose mes craintes, ils m’invitent tous à dédramatiser. En fait, personne ne se met à la place de notre boss : un abruti qu’elle a gentiment invité à son mariage a tenté de voler tout l’alcool devant ses yeux, persuadé qu’elle n’y verrait que du feu. Angoissé que je suis, je me dis que cette histoire peut causer mon licenciement, alors je prends mes responsabilités et décide d’en parler “innocemment” au gérant du restaurant à la pause déj’, entouré de mon équipe (autrement dit, de potentiels témoins oculaires). La gueule en vrac et envahi par le stress, je lâche le morceau : « Chef, j’ai fait une connerie hier… » À la fin de mon récit épique, il explose de rire et enchaîne sur quelques anecdotes personnelles de soirées arrosées. Bon, au moins, je sais que mon job est sain et sauf, mais je ne suis pas rassuré pour autant. J’ai l’impression que personne ne mesure la gravité de la situation. Pour moi, c’est évident : quand ma boss reviendra, elle lui en parlera, et il ne verra plus du tout les choses avec autant de légèreté ! Pour moi, c’est sûr, je suis cuit et je n’en ferme pas l’œil de la nuit jusqu’à son retour.

Le retour de la boss

« Elle est là, elle est là ! » Deux semaines plus tard, ma boss rentre de congé, et mes collègues me le font bien savoir. Lui parler ou ne pas lui en parler ? Telle est la question. J’ai eu le temps de changer d’avis une bonne dizaine de fois sur la question depuis la soirée catastrophe, mais je suis finalement bien décidé à lui présenter mes excuses dès son arrivée. Je prends mon courage à deux mains et demande à la voir en privé, ce à quoi elle répond froidement « Oui, il faut qu’on parle, oui ». Je suis blanc comme un linge, je tremble mais je parviens quand même à faire mon mea culpa : « Mon comportement est inexcusable, je ne me reconnais pas du tout, je ne sais pas quoi dire… » Son visage très fermé ne me rassure pas du tout et pendant quelques secondes, je m’attends à en prendre une ou à l’entendre m’annoncer qu’elle porte plainte contre moi.

« Son mari était à deux doigts de me tomber dessus lors de cette fameuse soirée. Comme quoi, même si j’ai tendance à être un peu parano, je ne m’étais pas fait de films sur ce coup-là ! »

Finalement, même si elle me fait part de sa déception, elle accepte mes excuses et apprécie le fait que je sois spontanément venu vers elle. Elle m’a tout de même confié que son mari était à deux doigts de me tomber dessus lors de cette fameuse soirée. Comme quoi, même si j’ai tendance à être un peu parano, je ne m’étais pas fait de films sur ce coup-là ! Et j’ai effectivement bien fait d’avoir pris les devants immédiatement car ma collègue et acolyte lors de cette soirée n’en a pas fait autant et ma responsable a été moins clémente avec elle…

Heureusement, par la suite, notre relation n’a pas souffert. Elle est restée très professionnelle et n’a jamais utilisé cette histoire contre moi. Aujourd’hui, je rigole beaucoup de cette anecdote avec mes proches, mais en réalité, cet événement m’a beaucoup appris. Il a confirmé l’importance de toutes ces limites que j’avais toujours pris soin de poser pour séparer le pro du perso. Je m’en suis sorti (presque) indemne cette fois-ci, mais s’il y a une prochaine fois, ça ne sera peut-être pas la même histoire. Ça m’a aussi appris qu’au travail, lorsqu’on fait une erreur, mieux vaut prendre les devants. Si j’avais écouté mes collègues et que j’étais resté passif, ma manager m’en aurait certainement voulu, et ça m’aurait rendu fou. Là, ça m’a certes un peu (beaucoup) tourmenté, mais au moins, ma responsable a vu que j’étais sincère et que je mesurais l’indécence de mon comportement. Maintenant, les très rares fois où je me pointe en afterwork, je repense à cette histoire, et je me sers un grand… verre d’eau. Alors santé, à cette responsable qui a été plus que tolérante avec moi et qui m’a appris une bonne leçon. Cheers !

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Photo by WTTJ

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