Ennui au travail : que veut-il nous dire et comment interpréter ses signes ?

Ennui au travail : quels sont les signes et comment réagir ?
Un article de notre expert.e

Sonia Valente

Coach certifiée en reconversion professionnelle et auteure passionnée par l’évolution du monde du travail et les profils multipotentiels.

Cela fait seulement une heure que vous êtes au bureau et vous avez l’impression que ça en fait… trois ? Vous vous dites souvent « je n’utilise pas mon plein potentiel et je ne suis pas assez challengé·e. » ? Ou « de toute façon, ce que je fais n’a pas de sens » ? Vous êtes sujet à l’ennui au travail. Parce que l’ennui, ce n’est pas seulement trouver le temps long !

Pour les travailleurs en proie à ce sentiment, c’est comme si un collègue très barbant (« Coucou ! ») les attendait avec impatience à leur arrivée tous les matins pour les accompagner tout au long de leur journée. Tantôt c’est un vrai pot de colle, tantôt il se fait un peu plus discret. Mais il n’est jamais bien loin et il le fait savoir ! Insomnies, impatience, tensions, irritabilité, fatigue, baisse de motivation et d’estime de soi… La liste de ses symptômes est longue.

Mais qu’essaye-t-il de nous dire au juste ? Comment interpréter efficacement ses signes  ? Voyons ça de plus près.

Donnons la parole à l’ennui !

L’ennui au travail a mauvaise réputation. Pourtant, c’est une émotion utile pour opérer des changements salvateurs. Aussi, utilisé à bon escient, l’ennui peut même être source de bien-être, et même de créativité (nous verrons ça un peu plus loin). Malheureusement, face à l’ennui au travail, on opte généralement pour le rejet et/ou la fuite. Se murer dans le silence, le cacher, le renier, le refouler… sont autant de réactions “classiques”, surtout si on a tendance à s’estimer chanceux·se d’avoir un job en période de crise ou si l’on refuse de voir les choses en face.

Grosse erreur ! Ne rien faire aggrave la situation, et c’est ainsi que l’ennui se transforme en syndrome d’épuisement professionnel, le bore out. Sans tomber dans la caricature de Caliméro, on devrait toujours porter une attention particulière à l’ennui. Quand vous remarquez qu’il y a une erreur sur votre fiche de paie, vous ne camouflez pas votre mécontentement et vous agissez, n’est-ce pas ? Alors pourquoi ne pas faire la même chose avec l’ennui ? Parce que, quand on y pense, vous n’avez pas signé pour ça !

Mais pour pouvoir aller de l’avant, encore faut-il savoir identifier le type d’ennui auquel on est confronté. Parce qu’à chaque ennui, sa propre solution.

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1. Quand l’ennui nous dit… « Ce que tu fais a-t-il vraiment du sens pour toi ? »

Votre boulot vous semble inutile et superficiel ? Vous pensez que ce que vous faites n’apporte rien de bon à la société ? Que votre job n’est pas indispensable et que si on le supprimait, personne ne s’en rendrait compte, contrairement à celui de votre ami infirmier ou prof’ ? Alors, vous êtes probablement sujet à ce que je nomme « l’ennui asémantique ». Confirmons cela en entrant dans le détail.

Ici, l’ennui nous met à l’épreuve sur ce qui fait sens pour nous. Nous pouvons avoir un job socialement désirable, être overbooké, mais trouver que ce que l’on fait “n’a pas de sens”. Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’un job qui “a du sens” ? Ce n’est qu’une question de perception et il est important de le définir pour soi, mais n’allons pas trop vite, nous verrons ça lorsque nous parlerons solutions.

Dans le travail, le manque de sens se manifeste dans deux cas de figure : dans le processus de travail et dans la finalité de ce travail.

« Quelle est la valeur ajoutée de tes missions ? »

Pour vous, passer deux heures à débattre du choix de la couleur du T-shirt à mettre en avant sur le site web pour la prochaine campagne de pub, c’est une perte de temps ? Vous soufflez intérieurement et préférez lâcher l’affaire parce qu’entre nous, vous ne voyez pas la différence entre le “rouge bordeaux” et le “rouge cerise” ? Ou bien, vous passez la majeure partie de votre journée à saisir des données dans des tableaux Excel que personne n’utilise ? Si ces exemples vous parlent, alors votre manque de sens passe par les tâches et les missions que vous réalisez au quotidien, que vous considérez comme trop peu stimulantes.

« Et tes valeurs d’en tout ça ? »

Mais le manque de sens peut aller plus loin que notre travail en tant que tel et toucher à la notion de contribution. Il s’agit alors d’un décalage entre l’impact de notre job et nos valeurs. Pour savoir si vous êtes concerné· e par ce type d’ennui, prenez un peu de hauteur. Vous arrive-t-il de vous plaindre de votre métier ou de votre entreprise en pensant « je ne suis pas aligné.e avec les valeurs de mon entreprise » ? Bingo.

Heureusement, que ce soit avec les missions ou l’entreprise que vous n’êtes pas aligné·e, rien n’est gravé dans le marbre ! Pour sortir de cet ennui dit “asémantique”, questionnez-vous. Comment définissez-vous le sens au travail ? Qui, selon vous, exerce un job qui a du sens ? Dans votre vie perso ou pro, avez-vous connu des moments où ce que vous faisiez vous animait profondément ? Et si oui, que faisiez-vous ? Mais une fois que vous avez répondu à ces questions, ce qui n’est déjà pas une mince affaire, « quoi faire » de tout ça ? Voici quelques pistes :

  • Si votre poste le permet et que vous avez une certaine liberté dans l’organisation de votre travail, vous pourriez sortir de votre cadre habituel de travail en allant, par exemple, à la rencontre de vos clients, pour comprendre leurs besoins et entretenir votre réseau.
  • Si aucune solution en interne n’est possible, pourquoi ne pas carrément rejoindre une entreprise en phase avec vos valeurs, vos motivations ? Voire même vous reconvertir vers un métier qui vous fait vraiment vibrer ? Ce n’est pas un choix facile mais c’est une option à considérer !

2. Quand l’ennui nous dit… « Tu vaux mieux que ça ! »

L’ennui “asémantique” ne vous parle pas ? Alors, vous, il vous arrive peut-être de penser que vous n’êtes pas à votre place dans ce job parce que vos talents et vos compétences ne sont pas pleinement “utilisés” ? D’avoir tout bonnement l’impression d’être payé·e à ne rien faire ? Ou bien que vous passerez toute votre vie sur ce poste, parce qu’aucune évolution n’est envisageable ? Vous vous ennuyez donc parce que vous estimez ne pas être considéré·e à votre juste valeur. Ce type d’ennui, que j’appelle « ennui immuable », se manifeste de trois façons.

« Tu n’utilises pas pleinement tes talents ni tes compétences »

Vous savez que vous êtes dans cette catégorie quand, par exemple, vous avez été embauché·e pour vous occuper de la gestion RH en pensant que vos talents relationnels vous seront utiles. Mais qu’en fait vous passez votre journée à faire de la paperasse administrative, à ordonner, organiser, saisir et vérifier des données. Seul·e, face à votre ordinateur.
Dans ce cas, plusieurs options s’offrent à vous :

  • Vous porter volontaire sur un projet interne où vous pourriez mobiliser vos autres compétences. Vous êtes doué.e pour organiser des événements ? Prenez par exemple les rênes du prochain événement d’entreprise.
  • Tenter de mettre ces mêmes talents à profit pour être encore meilleur·e dans votre job. Vous animez des formations en droit des affaires mais êtes aussi très créatif·ve ? Vous pourriez sortir du cadre conventionnel en créant des quiz ou des animations originales. Cela permettrait de rendre vos formations ludiques pour les participants, et stimulantes pour vous !
  • Et si rien de tout cela n’est possible, il reste toujours la solution de quitter votre job pour postuler ailleurs ou bien de développer une autre activité (professionnelle ou non) en parallèle.

« Tu n’as pas assez de travail pour occuper ta journée »

Votre manager ne vous délègue pas assez de tâches, et votre charge de travail est faible, voire quasi inexistante, au point que vous avez l’impression d’avoir été mis·e au placard ? Dans une posture inconfortable, et par peur d’être démasqué·e, vous mettez volontairement du temps à faire vos tâches, vous lézardez sur le web, vous proposez votre aide à vos collègues pour avoir « de quoi faire », hélas, sans succès ? Au boulot, les minutes vous semblent être des heures ? Alors vous vous ennuyez parce que votre charge de travail est insuffisante, tout simplement.

Il est grand temps de poser cartes sur table et d’exprimer à votre employeur que vous avez besoin de plus. Sollicitez un entretien avec lui, partagez-lui votre tableau de temps de travail si vous en avez un. Et si vous n’en avez pas, créez-le.L’idée est de lui montrer le temps que vous passez à réaliser vos tâches, et donc à mesurer votre productivité. En bref, que vous n’êtes pas là pour vous tourner les pouces, mais pour vous rendre utile.

Et si malgré cela, rien ne change ? Ne laissez pas la situation s’éterniser et pensez à votre avenir. Envisagez un départ de votre entreprise en rejoignant une structure qui aura réellement besoin de vous.

« Quand est-ce que tu vas évoluer bon sang ?! »

Vous trouvez vos missions trop simples et répétitives ? Jouer les « seconds  » de votre boss, ça va 5 minutes, et vous savez que vous pouvez avoir plus de responsabilités ? Vous aimeriez avoir plus de poids dans les décisions, être stimulé·e intellectuellement, être challengé·e ? Cela fait plusieurs années que vous êtes en poste, mais toujours aucune perspective d’évolution en vue ? Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé ! Vous avez déjà exprimé à votre N+1 votre souhait d’évoluer, de monter en compétences et on vous a répondu « ça va venir… » ? Mais quand ? Le temps passe et rien ne se passe ? Du coup, en plus d’être frustré·e, vous avez l’impression de régresser, d’être sous-évalué·e et inutile ? Vous perdez peu à peu confiance en vous et en l’avenir, et résigné·e, vous vous dites « à quoi bon ? Rien ne changera » ?

Hop, hop, hop. Pourquoi ne pas prendre une part active dans votre carrière en proposant à votre direction de suivre une formation ? Et si, en interne, un poste intéressant se libérait, pourquoi ne pas postuler ? L’important est de montrer à votre responsable que votre travail est fait et bien fait et surtout, que vous êtes maintenant prêt·e à passer à la vitesse supérieure. Pour cela, n’hésitez pas à vous appuyer sur du factuel, comme des retours positifs (clients satisfaits, entretien professionnel, etc.) ou l’atteinte (haut la main !) de vos objectifs.

3. Quand l’ennui nous dit… « Rappelle-moi, que ferais-tu si tout était possible ? »

Vous arrive-t-il de vous dire « ah si je pouvais tout recommencer à zéro, je serais
artiste, kiné, poète, astronaute… » ? Rêvez-vous secrètement de monter votre boîte… ? À chaque fois que vous rencontrez quelqu’un qui a sauté le pas de la reconversion, vous ne pouvez pas vous empêcher de ressentir de l’envie, voire une certaine jalousie ? Au quotidien, vous allez alors au travail à reculons, vous faites vos heures, et basta ? Mais vous êtes tiraillé·e entre d’un côté l’envie de faire quelque chose qui vous donne la pêche tous les matins, et la sécurité et le confort que vous apporte votre job actuel ? Sans aucun doute, vous entrez dans la catégorie de « l’ennui asynchrone » !

L’important dans cette situation est de prendre en considération votre contexte de vie. Avez-vous des contraintes financières comme un prêt bancaire en cours ? Des contraintes familiales particulières, comme un parent à charge ? Dans ces conditions, quitter votre emploi pour suivre vos envies n’est pas une option, mais ce n’est pas non plus une raison pour abandonner vos aspirations ! Vous pourriez par exemple trouver une solution à court terme et donner vie à vos envies en développant, pendant votre temps libre, une activité personnelle sous la forme d’un loisir ou d’une mission bénévole alignée avec vos valeurs et vos convictions. Qui sait, peut-être qu’à long terme, vous aurez la possibilité de transformer cette activité en activité rémunératrice !

Mais si votre situation de vie le permet, je ne peux que vous conseiller de faire le grand saut et de réaliser vos rêves : créez votre boîte, suivez cette formation pour devenir fleuriste… ! Des dispositifs existent pour que votre transition professionnelle se fasse en douceur et en toute sécurité. En effet, la législation sociale permet de solliciter un congé pour création ou reprise d’activité, votre formation peut être éligible au CPF et/ou être prise en charge financièrement (intégralement ou partiellement) par votre entreprise. Vous pouvez également demander à réduire vos horaires et/ou suivre une formation pendant votre temps de travail. Enfin, si vous souhaitez quitter votre emploi, mieux vaut assurer vos arrières en négociant une rupture conventionnelle pour avoir droit aux allocations chômage.

4. Quand l’ennui nous dit… « Tu sais, ne rien faire, ça a du bon ! »

Vous êtes stimulé·e et pleinement satisfait·e de votre job, mais dès que vous vivez des petites baisses d’activité, vous angoissez à l’idée même de vous ennuyer ? Bonne nouvelle, vous entrez dans la catégorie de « l’ennui lucratif ». Oui, vous avez bien lu, ça existe !

De nos jours, nous sommes sollicités en permanence (email, réseaux sociaux, etc.) et nombreux sont les salariés qui m’ont confié avoir développé une « peur de ne rien faire ». C’est ce que l’on appelle « la phobie du temps libre » - terme inventé par Rafael Santandreu, psychologue espagnol. Les personnes atteintes de cette phobie sont motivées par la productivité, et mesurent leurs réussites de manière quantitative, c’est-à-dire uniquement en fonction du nombre de réalisations et d’objectifs atteints. Avoir du temps pour soi peut alors être très déstabilisant. Mais si à la question « que vais-je pouvoir bien faire ? », la bonne réponse était justement « rien » ?

Une étude publiée dans le magazine Academy of Management Discoveries montre que l’ennui est positif et même nécessaire pour gagner en créativité et en bien-être ! S’ennuyer est alors un moment de lâcher prise pour se recentrer sur soi et laisser libre court à son imagination.

Alors, qu’est-ce qui est ressorti de ce dialogue avec votre ennui ? Avez-vous identifié le ou les types d’ennui que vous vivez au quotidien ? Cette ou ces formes d’ennui sont-elles paralysantes au point de vous créer de la souffrance physique et morale ?Voyez plutôt l’ennui comme un ami qui vous veut du bien. Parce que seul un ami peut vous dire des vérités pas toujours bonnes à entendre. Enfin, quand la situation n’est pas catastrophique, ne culpabilisez pas de ne pas avoir le job parfait car déjà, il n’existe pas et puis, aussi parce qu’il n’y a pas que le travail dans la vie ! Non, ce n’est pas parce que notre travail n’est pas une aventure de tous les instants, que l’on a « raté sa vie ». Finalement, nos attentes vis-à-vis du travail ne seraient-elles pas trop élevées ? À méditer.

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Article édité par Eléa Fourcher-Créteau
Photo par WTTJ

Sonia Valente

Coach certifiée en reconversion professionnelle et auteure passionnée par l’évolution du monde du travail et les profils multipotentiels.

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