Pour être plus créatifs, ennuyons-nous !

  • January 30, 2019

Quel titre incongru à une époque qui glorifie la productivité ! Et pourtant, laisser son esprit vagabonder dans les abîmes de votre cerveau vous aiderait à être plus créatif. En 2016, le Journal of Experimental Social Psychology publiait une ode à l’ennui en expliquant que ceux qui savent l’accueillir « sont plus à même de développer des pensées originales ». Alors, si on accueillait l’oisiveté les bras ouverts pour changer ?

Pourquoi on ne s’ennuie plus ?

Souffrir du temps libre est l’angoisse du XXIème siècle. Elle est combattue à doses de notifications, de Candy Crush et d’activité en tout genre. Dans nos sociétés modernes, on prône l’activité et la recherche de performance continue. À tel point que l’on a vu naître ce que l’on appelle l’ociofobia, la phobie du temps libre, la peur de ne pas avoir quelque chose à faire. Et on la retrouve autant dans la vie personnelle, que professionnelle. Avez-vous déjà entendu un collègue se vanter d’avoir clôturé ses dossiers et de pouvoir souffler un peu ? Non. Tout le monde est “sous l’eau”, “dans le jus” ou “complètement charrette”.

L’ennui est perçu comme un sentiment désagréable. Dans son livre Petit éloge de l’ennui, la psychothérapeute Odile Chabrillac partage ses observations : « Contrairement à la paresse ou à l’oisiveté, l’ennui est un espace de non-faire, voire de non-être. C’est une rupture dans notre manière d’être qui nous déstabilise. Un espace perçu comme pénible, terne, qui crée le malaise. La première confrontation avec l’ennui n’est donc pas agréable. Mais on peut l’apprivoiser. L’ennui est un souci tant qu’on y résiste. ».

« La première confrontation avec l’ennui n’est pas agréable. Mais on peut l’apprivoiser. L’ennui est un souci tant qu’on y résiste. » - Odile Chabrillac, psychothérapeute

Les bienfaits de l’ennui sur la créativité

Est-ce que Newton aurait eu l’idée de la gravité s’il avait travaillé dur à son bureau au lieu de buller sous un pommier ? On ne le saura jamais. Cependant, la plus célèbre étude sur le sujet prouve que s’ennuyer ou s’atteler à des tâches basiques encourage la créativité. Sandi Mann et Rebekah Cadman, chercheuses en psychologie, ont demandé à 40 volontaires de réaliser une tâche particulièrement assommante : recopier des numéros de téléphone d’un annuaire pendant 15 minutes. Puis, ils devaient imaginer des manières originales d’utiliser des tasses en plastique. Il s’est avéré que leurs idées étaient plus astucieuses que celles du groupe témoin. Pour aller plus loin, elles ont demandé à un nouveau groupe de réciter à voix basse, au lieu d’écrire, ces mêmes numéros. Ces derniers se sont révélés à la fois plus créatifs que le groupe témoin… et que le groupe de copistes. Leur conclusion ? Une activité ennuyeuse, et surtout passive, stimule l’imagination. Notre conclusion ? Les réunions de service à mourir d’ennui vous aideront peut-être à trouver l’idée du siècle, courage !

Mme Mann explique alors qu’avoir des périodes de creux dans son travail ou réaliser des tâches pour lesquelles vous êtes sur-qualifié peut vous ouvrir la voie vers un océan de bonnes idées. Un niveau adéquat d’ennui est nécessaire pour briser la routine et réfléchir différemment. En effet, lorsque le cerveau passe en “pilote automatique” pendant la réalisation d’une tâche simple, celui-ci crée de nouvelles connexions neuronales et permet de passer au-delà du conscient pour trouver de nouvelles solutions à des problèmes que vous avez rencontrés auparavant.

Et vous en avez sans doute déjà fait l’expérience vous-même : combien de nouvelles idées sont nées d’un trajet en bus sans batterie, dans la file d’attente du supermarché les bras trop chargés par vos courses, ou simplement au milieu de la nuit quand vous ne parvenez pas à vous endormir ?

Alors, comment favoriser l’ennui au travail ?

Si vous n’avez pas l’opportunité de vous ennuyer au travail, il va (paradoxalement) falloir retrousser vos manches. Comment générer ces moments de creux qui vous permettront de devenir la nouvelle star de l’open-space ?

  • Donnez un coup de main à un collègue sur une tâche rébarbative. Chaque entreprise possède son lot de missions abrutissantes : ouvrir le courrier, vérifier une liste de matériel, ranger des archives, etc. Au lieu de les voir comme une corvée, saisissez l’opportunité de faire une pause de cerveau et le laisser vagabonder. En plus, c’est l’occasion de monnayer un paquet de Choco-Bons pour service rendu.

  • Arrêtez de lire vos mails en réunion pour rester déconcentré. Nous faisons tous “acte de présence” à des réunions sans intérêt. Plutôt que d’en profiter pour rattraper vos mails en retard, fixez la personne qui a la parole avec un air concentré et laissez votre cerveau switcher. N’oubliez pas de cligner des yeux à intervalles réguliers, sans quoi vous risquez de paraître vraiment inquiétant.

  • Coupez vos notifications dans les transports. Le téléphone sature l’esprit d’informations en continu. Vos temps de trajet sont pourtant le moment idéal pour laisser votre esprit vagabonder en toute liberté, car rêvasser implique les mêmes processus cognitifs que ceux associés à l’imagination et la créativité. Allez, rangez ce téléphone dans votre poche. Pas de mouvements brusques. Tout va bien se passer. Voilà, c’est bien.

  • Marchez, autant que possible. Qu’avaient en commun Beethoven, Socrate et Darwin ? Tous aimaient se balader plusieurs fois par jour dans les rues de leurs villes. Une étude de Stanford a, plus tard, confirmé les bienfaits d’une balade sur la créativité : le simple fait de marcher sur un tapis-roulant dans une salle exiguë accroîtrait la créativité de 60%***. Alors au lieu de vous faire livrer votre repas au bureau ou de prendre les transports pour vous rendre chez un client proche, enfilez une paire de basket et coupez votre téléphone pour prendre le temps de réfléchir. Vous pourrez même déculpabiliser d’avoir manqué votre cours hebdomadaire de pilâtes après ça.

  • Ménagez-vous des pauses créatives. Feuilletez un magazine, profitez de la pause déjeuner pour aller à une expo ou mieux, achetez un carnet de coloriage. Toutes ces activités permettent au cerveau de décrocher, de rester concentré sur des tâches simples et se vider l’esprit pour trouver de nouvelles idées. Au passage, pensez à trouver une excuse créative pour expliquer à votre boss la présence de ces esquisses de Dora l’Exploratrice sur votre bureau.

Si trop d’ennui nuit à la santé, une dose raisonnée boostera votre imagination. Comme l’explique Chris Lewis dans Too Fast To Think : « Pour générer les meilleures idées, il faut savoir faire une pause : chacun peut développer son potentiel créatif et apprendre à innover. La créativité est un état d’esprit. Il faut être capable d’être confronté à l’oisiveté sans angoisse et laisser son esprit vagabonder. S’autoriser à s’ennuyer, c’est s’autoriser à imaginer et créer. »

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Photo by WTTJ

Marlène Moreira

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