Le Niksen : et si, au travail, on prenait des moments pour... ne rien faire ?

Le Niksen : l'art de s'imposer des moments pour... ne rien faire

Contrairement à ce que vous pourriez penser, l’idée de cet article n’est pas de vous donner une occasion (de plus ?) de ne rien faire au travail, mais plutôt de vous parler de ce concept néerlandais, trop peu connu en France, qui prêche pour ponctuer nos journées de labeur de petites pauses inactives (entendre sans smartphone, ni collègue avec qui papoter). Selon les adeptes du Niksen, cette inaction ponctuelle ne serait pas seulement source de bien être, elle nous aiderait aussi à être plus productifs.

Ne rien faire et travailler selon son rythme biologique

Dans sa chronique « Le Niksen, c’est la pleine conscience d’aujourd’hui » publiée en 2018, dans la revue néerlandaise Gezond nu (ce qui signifie “En bonne santé maintenant”), la journaliste Gebke Verhoeven a été la première a évoquer ce nouveau concept venu du nord de l’Europe qui défend le fait de ne rien faire au travail. Un an plus tard, Olga Mecking en faisait l’éloge dans le New York Times. Après le succès de son article, partagé et retweeté plus de 150 000 fois, la journaliste décide d’écrire un livre sur ce concept de bien-être qui invite, pour une fois, à ne rien faire du tout. Concrètement, pour Carolien Hamming, formatrice au CSR Centrum, (un organisme dédié à la lutte contre le stress et le burn out aux Pays-Bas, ndlr), il s’agit de « faire quelque chose sans but - par exemple regarder par la fenêtre, se balader ou écouter de la musique ». Olga Mecking évoque ses bénéfices, comme une meilleure prise de décision et un esprit plus clair. Dans son travail de journaliste et traductrice, c’est quand elle ressent le besoin de faire une pause que surgissent ses meilleures idées, affirme-t-elle.

En plus de ne rien faire, le Niksen - contraction de niks (qui signifie rien) et doen (faire, en néerlandais) - nous propose aussi à titre individuel d’être plus à l’écoute de notre rythme naturel. Dans l’environnement professionnel, cela se traduit par une organisation de notre journée selon notre chronotype (manifestation du rythme circadien de chacun). Vous savez que vous n’êtes pas du matin ? Gardez les tâches les moins impliquantes pour la première partie de la journée comme répondre aux e-mails, ranger son bureau, trier des données… et les dossiers qui demandent plus de réflexion et d’analyse pour l’après-midi. Et vous inversez si vous êtes d’attaque le matin. L’intérêt de cette démarche ? D’abord, cela permet de gagner en temps et en efficacité. Ensuite, les moments plus oisifs doivent permettre d’y caser du Niksen justement pour mieux profiter de ces pauses. Surtout, ce concept invite à être attentif aux signaux du corps, du simple bâillement aux douleurs chroniques, qui ont plutôt tendance à être étouffés dans le monde du travail.

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Une pause pour le cerveau

Au bureau, est-ce que vous avez déjà analysé le contenu de vos pauses ? Tout le monde a tendance à “faire” quelque chose : boire un café, parler aux collègues ou même fumer une cigarette… Juste pour voir, essayez de ne rien faire pendant 5 minutes : regardez par la fenêtre si vous avez une vue sympa ou sortez prendre l’air devant la porte d’entrée et voyez ce qu’il se passe. Au pire, rien du tout et votre cerveau aura vraiment pris du repos. Et dans le meilleur des cas, vous aurez peut-être même l’idée du siècle et le prochain gros dossier sera pour vous. « Le neurologue américain Marcus Raichle a découvert les vertus du mode cérébral par défaut qui fonctionne uniquement quand on ne fait rien, explique Olga Mecking. Il a comparé les images médicales de deux groupes tests : l’un est perpétuellement occupé et l’autre ne fait rien. Pour le premier, leur activité cérébrale avait diminué, contrairement au second. Cela peut s’expliquer par le fait que la créativité s’améliore ainsi que la capacité de résoudre des problèmes après n’avoir rien fait. » Après tout, on dit bien que la nuit porte conseil…

Durant le premier confinement, Cécile Jarleton, doctorante en psychologie du travail et formatrice chez Unow, faisait des insomnies. Pour retrouver le sommeil, elle a décidé d’adopter un nouveau rituel : « Je me suis forcée à ne faire strictement rien pendant trente minutes chaque jour. J’allais alors dans une église parce que c’était le seul lieu calme ouvert à cette période. Pendant ce temps, mon esprit faisait les liens qu’il n’arrivait pas à faire au quotidien, comme s’il intégrait et analysait les informations. » Grâce au Niksen et à l’utilisation de la chronobiologie, en plus de ne plus avoir de problèmes de sommeil, elle est aujourd’hui plus sereine et efficace. « Aussi, je culpabilise beaucoup moins quand je n’arrive pas à avancer sur un sujet, analyse-t-elle. Cela me donne une disponibilité pour les autres, je suis plus facilement à l’écoute quand c’est nécessaire. C’est comme si je me donnais un espace de liberté pour être plus présente pour tout ce que j’ai à faire. »

Une pause physique

Dans son ouvrage, Olga Mecking recommande d’identifier les moments où l’esprit se met en veille ou exécute les tâches de façon machinale. C’est dans ces courtes périodes que le Niksen s’applique aisément : faites donc une pause et ne faites rien ! « Même si avec le Niksen, on ne fait pas “rien”, puisqu’on laisse juste de la place à nos esprits complètement saturés pour gambader », nuance Cécile Jarleton.

Depuis l’arrivée en force du télétravail avec la crise sanitaire, faire une vraie pause à la maison n’est pas forcément chose aisée avec toutes les tâches domestiques qui peuvent s’inviter sur le temps de travail : « Il n’y a pas de collègues mais le linge à ranger ou la vaisselle à faire…, observe Olga Mecking. Alors, quand je travaille à la maison, je me force à ne rien faire du tout ne serait-ce que 5 minutes en m’asseyant sur un banc ou en regardant par la fenêtre ». Si vous êtes du genre intenable et que ne rien faire du tout relève de l’impossible, essayez la cohérence cardiaque. Nathalie Renard, coach professionnelle et fondatrice de Coach au Féminin, conseille ainsi de faire trois pauses de cinq minutes pour ponctuer votre journée de travail : « Tenir six respirations par minute, c’est à peu près le temps qu’il faut pour que le cœur soit calme. Cela permet de faire le point sur soi en se faisant du bien physiquement. »

Injonction et culture du travail

« Quand j’étais en entreprise, cela m’arrivait d’avoir des coups de fatigue au point de ne plus pouvoir travailler. Je n’osais pas m’isoler dans une pièce, on m’aurait prise pour une glandeuse, raconte Merryl Marcout, attachée de presse freelance. Aujourd’hui, je travaille seule chez moi donc je m’écoute plus. Si à 16h, je ne suis plus productive, j’arrête de travailler au lieu de mal faire, quitte à reprendre plus tard. »

Dans les entreprises françaises, il est mal vu de ne rien faire ne serait-ce qu’un court instant. « Le présentéisme est très fort dans la culture du travail », abonde Olga Mecking. « Et pourtant, même Steve Jobs s’autorisait une balade pour se remettre les idées en place », rappelle Nathalie Renard. Si, au cours d’une pause inactive, votre N+1 vient vous voir contrarié avec l’air de dire “tu ne fais rien là ?”, la coach conseille d’entamer une discussion avec lui/elle : « Plus vous êtes au clair avec vous-même et avec les autres, moins cette injonction vous touchera. Au contraire, elle renforcera une certaine affirmation de vous-même. N’hésitez donc pas à lui expliquer que ce sont des courts moments de pause qui vous sont nécessaires pour être efficace le reste de la journée. En espérant qu’il suspende son jugement. » Olga Mecking, quand à elle, va plus loin : « Le Niksen est une compétence importante qui permet de se ressaisir, de trouver du calme et d’éviter le burn-out. »

Appel à la résistance : ne rien faire, tous ensemble !

Ces dernières années, la qualité de vie au travail est un sujet prégnant tant au niveau des DRH que pour les salariés. « Nous sommes au cœur d’un changement. Aujourd’hui, il n’est plus possible de maltraiter les corps et les esprits, avertit Nathalie Renard. À raison, d’ailleurs. » De l’autre côté, les collaborateurs commencent à s’écouter, à prendre en compte les signaux corporels. Pour résister à la suractivité, « il faut assumer le fait d’adhérer à ce concept, même si la tendance va dans le sens contraire dans votre entreprise. N’hésitez pas non plus à inviter vos collègues à vous suivre pour plus de sérénité collective », assume Olga Mecking. Tony Crabbe, psychologue du travail et auteur du livre Plus Jamais débordé (Pocket éditions), propose lui de s’entourer de collaborateurs adeptes du Niksen pour mieux résister à la suractivité. « Cela participe à la cohésion de groupe de faire des pauses calmes ensemble », ponctue la coach. Dans un monde idéal, Olga Mecking voudrait que les dirigeants d’entreprise donnent l’exemple et montrent la voie…

Vous l’avez compris, le Niksen a tout pour plaire. Certes, c’est un énième concept bien-être, mais il a au moins l’avantage de ne pas rallonger notre to-do list. Au contraire, il vous autorise enfin à ne rien faire (temporairement bien-sûr) pour tirer le meilleur de vous-même à savoir des bonnes idées et un esprit affûté et pertinent. Ça n’a pas de prix…

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