Travailler avec des séquelles du Covid-19, un parcours du combattant. Témoignage

Covid-19 : « Les séquelles affectent mes capacités au travail »

Cadre dans l’aéronautique, Éric, 51 ans, est l’ombre de lui-même. Près de six mois après avoir contracté ce qu’il pensait être une forme légère du Covid-19, peine à travailler plus de quatre heures par jour. En cause, des malaises à répétition, une fatigue chronique et des difficultés de concentration. Aujourd’hui, il prend la plume pour nous raconter son long combat contre la maladie, mais témoigne aussi sur le manque d’accompagnement et de souplesse du monde professionnel face à sa nouvelle invalidité chronique.

Comment la maladie a pris possession de mon corps

Tout a commencé le 13 mars 2020, quelques jours avant le confinement. Une fatigue encore inconnue et des maux de tête m’ont envahi. J’ai perdu le goût et l’odorat quelques heures, cela aurait peut-être dû m’alerter. Mais comment savoir s’il s’agissait d’une simple grippe, d’un coup de fatigue ou de la Covid-19 ? Je ne me suis pas particulièrement inquiété de mon état, jusqu’à ce que j’apprenne que six collègues proches étaient atteints du même mal. Un cluster sur mon lieu de travail ? Difficile à prouver. Le virus était déjà sur les poignées de porte, dans les rayons de supermarchés, dans les transports en commun. Chaque rencontre était déjà potentiellement dangereuse, mais n’ont n’avions pas encore pris la mesure du danger. Par précaution et pour éviter de contaminer d’autres membres de mon équipe, je me suis calfeutré chez moi. De nouveaux symptômes sont apparus : courbatures, une sensation de fièvre sans qu’elle ne fasse exploser le thermomètre, mais surtout, j’étais essoufflé à chaque mouvement. Il suffisait que je me lève pour me préparer un café , que je passe l’éponge sur le plan de travail et je n’avais plus la force de faire autre chose de la journée. Imaginez la frustration, l’énervement qui peut vous envahir alors que vous avez toujours eu l’habitude de faire entre quatre et sept heures de sport par semaine. J’ai demandé à me faire dépister, mais mon profil n’était pas assez préoccupant pour les médecins. Comme beaucoup à ce moment-là, j’ai été débouté. J’ai tout de même eu un arrêt-maladie de trois semaines. À 51 ans, le premier de ma carrière.

Il suffisait que je me lève pour me préparer un café, que je passe l’éponge sur le plan de travail et je n’avais plus la force de faire autre chose de la journée.

Des rechutes en cascade et une nouvelle gestion du temps de travail

Les Français étaient confinés depuis un mois, devaient remplir des attestations pour faire leurs courses et apprenaient difficilement à vivre avec un masque sur le nez. Il a fallu reprendre mon activité en télétravail, mais aussi manager une équipe à distance. Un de mes collègues hospitalisé pour des problèmes respiratoires liés au coronavirus m’expliquait sa guérison et son regain d’énergie. De mon côté, je ne contrôlais plus rien. Péniblement, j’essayais de gérer une fatigue qui me tombait dessus sans signe annonciateur, mais aussi à faire face à nouveaux problèmes de concentration. Je travaillais toujours, mais plus lentement et étais contraint d’annuler des meetings à la dernière minute. Plutôt optimiste , je pensais encore que mon état allait s’améliorer. Ce n’était qu’une question de jours, de semaines au pire. Il fallait être patient. Puis… il y a eu une rechute en avril, une autre en mai. Après je n’ai plus parlé de rechute, mais d’épisodes aigus. Pour vous donner une idée, depuis quatre mois, je ne me sens pas bien plus de trois jours de suite. J’ai fini par être hospitalisé en juin. On m’a fait un bilan sérologique, un scanner des poumons. Tout était négatif, sur le papier mon corps « allait bien ». Les spécialistes ne trouvaient rien et me disaient que c’était dans ma tête, que je devais peut-être consulter un psychanalyste. Encore une fois, je ne rentrais pas dans les cases. Pour essayer d’aller de l’avant, j’ai menti à la médecine du travail et dit que tout allait bien. J’allais de nouveau travailler dans les locaux de l’entreprise à mi-temps, le reste en télétravail.

Péniblement, j’essayais de gérer une fatigue qui me tombait dessus sans signe annonciateur, mais aussi à faire face à nouveaux problèmes de concentration.

Attendre et se reposer

Le 16 juin était une belle journée, les rayons du soleil éclairaient les bureaux et je revoyais mes collègues pour la première fois depuis mars. J’avais déjà travaillé huit heures… quand je suis devenu aussi livide qu’un linge. Je me suis assis sur un canapé d’un couloir pendant deux heures, le temps que je reprenne mes esprits et puisse rentrer. Je n’avais pas peur de revenir dans l’entreprise, « le lieu où j’avais attrapé le virus », mais mon corps n’était visiblement pas prêt. J’ai refait une tentative le jour suivant, j’ai juste eu le temps de franchir le portique de sécurité que j’ai fait un malaise. Mon patron m’a raccompagné chez moi. C’était la première fois que j’étais confronté à une sensation d’échec qui m’échappait totalement. Cadre dynamique, j’avais jusqu’alors plutôt tendance à grimper les échelons hiérarchiques et enchaîner les projets ambitieux… Cette vision de moi, faible, malade, m’a totalement déstabilisée. J’ai eu un nouvel arrêt-maladie jusqu’à mes vacances. J’en ai profité pour refaire une batterie de tests à l’hôpital Salpêtrière à Paris. Les médecins m’ont bien confirmé que j’étais malade du Covid-19. Selon eux, il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre, se reposer et faire un peu d’exercice quand c’est possible. Je n’étais donc pas fou.

J’ai juste eu le temps de franchir le portique de sécurité que j’ai fait un malaise.

Un avenir professionnel encore très incertain

Avant ma reprise le 18 août, j’ai vu un médecin du travail qui m’a parlé d’un mi-temps thérapeutique. Un conseil que j’ai suivi. Mais je découvre que le mi-temps thérapeutique n’est pas adapté à ma pathologie : je dois définir au préalable mes plages horaires sans vraie souplesse et dans mon cas, il est impossible de prévoir à l’avance quand je vais bien. En attendant que le Code du travail ne change, je me pose beaucoup de questions sur l’avenir : Comment vais-je être pris en charge sachant que je n’ai pas répondu positivement aux tests PCR et sérologiques ? Quid de la reconnaissance d’une maladie dont on ignore encore tout ou presque ? Comment envisager l’avenir quand son corps passe de ON à OFF en un claquement de doigts ? J’ai beaucoup de chance de ne pas être sur la sellette et de recevoir beaucoup de soutien de la part de mes collaborateurs, mais peut-on indéfiniment garder quelqu’un a un poste important sans pouvoir compter sur lui à 100% ? En attendant de trouver les réponses, j’avance chaque jour un pas après l’autre, à mon rythme, et j’évite de me projeter dans un avenir qui s’assombrit.

Comment vais-je être pris en charge sachant que je n’ai pas répondu positivement aux tests PCR et sérologiques ? Quid de la reconnaissance d’une maladie dont on ignore encore tout ou presque ?

Depuis quelques semaines, les informations ne nous donnent plus le décompte des morts dus au coronavirus, mais ne parlent pas non plus des survivants. Ceux dont la vie a totalement changé et chez qui la maladie est devenue chronique. N’oubliez pas que ni mon hygiène de vie saine, ni le sport, ni ma santé de fer ne m’ont protégé… Cela peut être vous, votre collègue, ou votre ami d’enfance. Alors, protégez-vous, continuez à avancer et n’hésitez pas à parler de vos inquiétudes, de vos incompréhensions au sein de votre entreprise.

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Photo d’illustration by WTTJ

Romane Ganneval

Journaliste - Welcome to the Jungle

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