« Le confinement m'a sauvée du burn out » Témoignage

« Le confinement m'a sauvée du burn out » Témoignage

Pour beaucoup, l’annonce du confinement a retenti comme un coup de tonnerre, une privation de notre liberté qu’on pensait, jusqu’alors, impossible. Pourtant, c’est en cette période de contraintes et d’enfermement que moi, j’ai retrouvé la mienne. Je m’appelle Julie, j’ai 28 ans, je suis commerciale dans une start-up à Bordeaux depuis deux ans, et on peut dire que le confinement, et surtout le passage au télétravail, m’ont sauvée. Si tout cela n’avait pas eu lieu, il est certain qu’en ce moment, j’aurais été malheureuse et épuisée…

La dégringolade

Sur le papier, je suis loin d’être à plaindre. Je suis en CDI (denrée rare de nos jours, il parait), je suis passionnée par mon travail, j’apprécie mes collègues, et pour couronner le tout : je travaille dans une entreprise dont le projet engagé me tient à cœur. Malheureusement, avant le confinement et depuis le mois de décembre dernier, la motivation n’était plus comme aux premiers jours. Tous les matins, j’allais au travail la boule au ventre et le café me semblait chaque jour un peu plus plus amer. Comme dans de nombreuses start-up, mes objectifs grandissaient à vue d’œil, mais la taille de mon équipe : pas d’un iota. J’étais la seule commerciale de ma boite. Alors pour atteindre les résultats tant attendus par ma direction, je devais enchaîner les calls et les rendez-vous, sans pause, sans interruption. Bref, je ne voyais plus le bout du tunnel, je ne sortais jamais la tête de l’eau. Et ça n’allait pas en s’améliorant : chaque nouvelle journée était plus intense et plus longue que celle de la veille. Dans une course constante contre la montre, j’avais le sentiment d’être toujours en retard, en retard, en retard… et ce malgré mes horaires à rallonge et tout ce que je donnais pour mon travail. En fait, ce n’était jamais “assez”. Au bout d’un moment, ma vie a fini par se résumer à la routine tant redoutée “métro-boulot-dodo”.

Et puis, petit à petit, la pression et le stress se sont installés dans mon quotidien, pour finalement faire partie intégrante de ma vie. Sur mes épaules, je ressentais les attentes de mon entreprise, mais aussi le poids de mes propres exigences. Il faut savoir que je suis de nature stressée et impatiente, alors forcément, le cocktail est devenu explosif. Le soir, lorsque je rentrais, je m’écroulais chez moi et même là, il m’était impossible de réellement déconnecter du travail. Mon état se dégradait à la vue de tous mes collègues et de mon manager, et bien qu’ils étaient compréhensifs, cela n’a jamais fait l’objet d’une réelle discussion.

Je ressentais les attentes de mon entreprise, mais aussi le poids de mes propres exigences.

Au bout de quelques mois à essayer, tant bien que mal, de tenir le rythme, de puissantes douleurs aux cervicales ont commencé à se manifester. Comme si ce n’était pas suffisamment dur comme ça ! Mon médecin m’a demandé avec insistance si j’étais surmenée au travail, mais il m’était difficile à ce moment-là de m’avouer que mon mal-être physique pouvait être lié à mes journées épuisantes. Puis, le verdict est tombé : j’ai été arrêtée trois semaines en janvier, le temps de faire des examens et surtout de reprendre du poil de la bête.

À mon retour au bureau, impossible de me projeter de nouveau dans l’entreprise. C’est là que j’ai réalisé que j’avais atteint un point de non-retour, que je ne pouvais pas faire un an de plus comme ça et que si je ne me préservais pas, l’avenir risquait d’être sombre pour moi. Deux options se sont alors dessinées dans ma tête : soit mon entreprise embauchait de nouvelles personnes pour m’aider et je restais, soit ce n’était pas le cas et je quittais ce job à contre-cœur. Mais rien ne s’est passé comme je l’avais imaginé, bien sûr…

Le confinement, à la rescousse

Tombé comme un cheveu sur la soupe, le 16 mars, le confinement a été annoncé. Alors que pour beaucoup d’entre nous, il a représenté une parenthèse maudite, de mon côté, j’ai vu en lui l’espoir d’une nouvelle vie. L’ensemble de ma boîte est alors passée en télétravail. Cela ne m’a pas inquiétée, moi qui avait déjà l’habitude de travailler à distance de temps à autre, mais j’étais tiraillée entre : la peur de perdre totalement mes missions et l’envie de ralentir la cadence, de retrouver un rythme normal.

Finalement, bingo, le destin a bien fait les choses : j’ai eu moins de prospects à contacter, et donc beaucoup moins de travail, puisque ma nouvelle priorité était de conserver nos clients actuels. Il m’a fallu deux semaines pour m’adapter à cette nouvelle situation, pour ajuster mon organisation et pour me faire à mes nouvelles missions, mais très rapidement, je me suis sentie libérée d’un énorme poids.

Plus courtes et moins stressantes, mes journées se sont métamorphosées. Au-delà de la quantité de travail, fortement allégée, le fait de ne plus devoir me présenter en entreprise m’a affranchie de la pression que je pouvais ressentir avant. Aujourd’hui, je peux être moi-même au travail, j’ai moins à réfléchir à la manière dont j’interagis avec mes collègues et à mon image en entreprise… Et, cerise sur le gâteau : mes douleurs aux cervicales se sont presque volatilisées, comme par magie. Ça m’a fait prendre conscience du fait qu’avant, j’étais réellement proche du burn out, que je ne traversais pas “juste une période de rush” mais que le “rush” était devenu mon mode de vie, et qu’il pouvait fragiliser ma santé.

Plus courtes et moins stressantes, mes journées se sont métamorphosées.

Bref, le télétravail est une bénédiction pour moi. Après avoir passé deux ans à courir, je peux enfin faire une pause et marcher pour observer ce qui m’entoure, ce que je ne pouvais pas voir avant, pris au piège par ma course effrénée. Certains collègues m’ont même dit qu’ils me trouvaient changée, de meilleur humeur ! Ma vie ne se résume plus à mon job, j’ai enfin le temps de me redécouvrir hors de mon boulot, de faire des activités qui m’ont toujours tenues à cœur, comme de la peinture. Si j’avais déjà bien conscience avant que ce rythme me mettait en danger, le confinement a confirmé et exacerbé ce ressenti. Il m’a montré que la situation dans laquelle j’étais avant n’était en rien “anodine”…

Après avoir passé deux ans à courir, je peux enfin faire une pause et marcher pour observer ce qui m’entoure, ce que je ne pouvais pas voir avant, prise au piège par ma course effrénée.

L’anticipation du retour

Malheureusement, je sais qu’à un moment, il faudra retourner au bureau. Mon entreprise n’a pas encore annoncé de date de rentrée officielle, mais je dois bien avouer que la perspective du retour et de la reprise de ma “vie d’avant” m’effraie. J’aimerais que cette période de confinement ne soit pas qu’une pause, qu’une faille temporelle, mais le commencement d’une nouvelle vie au travail. J’ose espérer que cette crise ralentira les ambitions de ma boite en matière d’objectifs, car je le sais maintenant : je ne pourrai plus travailler comme avant. Je ne pourrai plus jongler entre tous mes clients avec la pression des objectifs en tête. Je ne pourrai plus finir si tard le soir. Je ne pourrai plus enchaîner des journées aussi intenses.

Alors, pour me rassurer, j’essaye tant bien que mal de préparer la rentrée, de voir comment je pourrais m’organiser différemment à l’avenir pour perdre moins de temps et prendre de l’avance sur mon travail. Mais difficile de se projeter… Ce dont je suis sûre en revanche, c’est que je dois imposer un rythme plus raisonnable et plus normal à mon entreprise, que ça lui plaise ou non. Et ce, même si ça implique de ne pas passer par quatre chemins pour expliquer à mon manager que mes objectifs sont intenables ou que l’équipe doit grossir. Maintenant, je le sais, je ne dois plus attendre de souffrir pour parler de ce qui ne va pas mais essayer d’anticiper les choses et de proposer des solutions. J’ai déjà eu une première bonne nouvelle qui me rassure : mon manager m’a annoncé qu’ils allaient embaucher une personne pour m’aider !

Bref, je sais que ce n’est pas ordinaire, mais pour moi, le confinement a été bénéfique. Il m’a aidée à revoir mes priorités. Il m’a montré que mon bien-être et ma santé devaient passer avant toute chose, même avant mon travail. Et puis, il m’a fait apprécier le 100% télétravail, loin de l’agitation de l’open-space. Je pense même que je ne dirais pas non si mon entreprise me le proposait…

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Photo d’illustration by WTTJ

Gabrielle Predko

Journaliste - Welcome to the Jungle

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