La crise sape la motivation au travail : comment reprendre du poil de la bête ?

Perte de motivation en télétravail : comment y faire face ?

« J’ai vraiment du mal à m’y mettre », confie Diane, chargée de clientèle dans le marketing. Avec le confinement, elle a découvert le télétravail. « Mon cerveau m’envoie le message “maison” et mon comportement suit, je trouve toutes les raisons du monde de ne pas ouvrir mes dossiers du boulot. Mes collègues me manquent, aussi. Et puis il y a ces questions qui tournent en boucle dans ma tête par rapport à l’avenir… »

Ça vous rappelle quelque chose ? Dans cette nouvelle « normalité » qui est la nôtre, à savoir le travail à distance doublé d’un relatif isolement, le tout dans un contexte de crise sanitaire mondiale, il n’est pas toujours facile de se remobiliser… Chez vous, comme chez vos collègues, les facteurs de motivation peuvent être externes ou internes. Un facteur de motivation extrinsèque justifie l’action par un désir de récompense (des compliments, une rémunération, de la reconnaissance sociale…) ou par une crainte de sanction. Un facteur de motivation intrinsèque est quant à lui porté par la recherche d’une satisfaction personnelle : apprendre, nourrir sa curiosité, résoudre un problème, réussir quelque chose.

Pourquoi sommes-nous moins motivés en télétravail ?

« T’es super, ne change rien »

Dans une étude menée au sein de l’université polytechnique de Valence en Espagne, la chercheuse Lourdes Canós-Darós souligne « l’importance considérable du système de récompense dans le processus de motivation ». Parmi les facteurs de motivation externes dans un cadre professionnel, elle cite la reconnaissance, le pilotage de la performance, la formation, la montée en grade, les échanges ou l’instauration d’un environnement positif. Autant de bénéfices compliqués à obtenir ou à recréer quand on travaille de chez soi.

Pas facile d’avoir l’esprit d’équipe tout seul

La présence des autres est une vraie source d’énergie. Les retrouver le matin nous met généralement dans le bain et côtoyer ses collègues favorise “l’effet de contagion” : les voir prendre plaisir à faire une chose qu’on déteste finit par élargir notre horizon.

Andrew, commercial, connaît bien le phénomène : « Quand on est entouré, la pression du groupe s’exerce : on doit travailler. On se sent regardé, ce qui est une bonne chose à mes yeux. J’ai plein d’amis indépendants qui vont bosser dans un café pour retrouver ça, justement. À la maison, il suffit d’aller dans la cuisine nettoyer les plaques de cuisson et ça y est, le mode procrastination est enclenché ».

« J’ai mal à mon micromanagement »

Certains responsables d’équipe sont démunis face au télétravail : comment manager à distance, surtout quand c’est la première fois et dans un contexte très particulier ? Ce manque d’expérience peut rapidement mener à une démobilisation des collaborateurs. « Je reçois un sms de ma cheffe chaque matin à 8h, raconte Emily, salariée dans l’informatique. Je dois lui communiquer mon programme de la journée. Ensuite, elle m’envoie un e-mail toutes les 10 minutes avec une nouvelle demande. Au final, elle m’interrompt sans arrêt et m’empêche de me concentrer vraiment sur ce que j’ai à faire. »

Mais si nous avons besoin de stimulateurs externes, nous sommes loin d’être sans ressource à titre individuel, souligne le spécialiste du sujet Dr Kou Murayama, enseignant et chercheur à l’université de Reading, en Angleterre : « Certes, les incitations extérieures ont un impact fort sur notre manière d’être et de faire, cependant l’humain jouit d’une incroyable capacité à s’engager dans une action par lui-même, en générant son propre système de récompense interne ». Notre manque de motivation en cette période de pandémie n’est donc pas entièrement imputable à l’absence de coups de pouce venus de l’extérieur. La situation touche une corde plus sensible encore.

Comment alors expliquer notre perte de motivation ?

Le coronavirus redessine notre quotidien – de notre liberté de mouvements, à notre façon de travailler. Ce n’est pas rien. Notre productivité peut ainsi être mise à mal par la présence plus ou moins latente de stress ou d’anxiété. On vous dit pourquoi.

Perte de repères sur soi

Le besoin de trouver un sens à sa vie est un moteur pour tout être humain, comme l’ont souligné de grands psychiatres et philosophes comme V. Frankl ou L. Tosltoï. Ce « sens » donne une direction à l’existence, apporte des valeurs, un cadre dans lequel avancer. Il alimente aussi l’estime de soi.

Le sens que nous donnons à notre vie témoigne également de notre identité. Le travail — notre fonction autant que notre place dans la hiérarchie — en fait partie. Amy, élève exemplaire, major de sa promotion et titulaire d’un haut poste dans une grosse association, se retrouve coincée chez elle. Qui est-elle maintenant qu’elle ne peut plus soulever des montagnes ? Et vous, qui êtes-vous maintenant que le bureau, c’est chez vous ? Ces interrogations peuvent largement saper votre motivation à entreprendre quoi que ce soit.

Des lendemains qui chantent ?

Qui pourrait s’étonner que nous soyons inquiets, pour nous, nos proches, l’avenir de la planète ou celui de notre job ? À ce titre, l’angoisse peut prendre deux formes : celle d’une réponse à un événement tangible, comme la mauvaise santé d’un proche ou des problèmes d’argent liés à une activitée partielle, ou bien celle d’une réaction pathologique, une peur chronique de ce qui pourrait advenir : l’impact de la crise du coronavirus à l’échelle mondiale et, à plus petite échelle, sur nos carrières.

Il y a plus facile que se concentrer sur son travail quand on baigne là-dedans. L’anxiété, directement liée à la peur, peut paralyser le cerveau. Lorsque notre corps perçoit un danger, il choisit entre la fuite ou la lutte. Dans les deux cas, il sécrète de l’adrénaline et de la noradrénaline à haute dose : c’est autant d’énergie en moins pour la zone dite « logique » de notre cerveau. À quoi sert en effet de savoir fusionner deux tableurs Excel quand on est poursuivi par un tigre ? Notre corps détourne son carburant pour soutenir notre réponse au stress. Ce type de réaction est calibré pour être de courte durée : quand elle persiste, l’anxiété consomme notre batterie interne et entame notre capacité à agir.

Entre stagnation et incertitudes

Si votre poste est menacé, votre réflexe sera peut-être de mettre les bouchées doubles pour le sauver. Mais si la situation semble désespérée, vous finirez vraisemblablement par baisser les bras, non ? Car alors, pourquoi continuer à travailler ? Mais sans en arriver là, la simple probabilité de perdre son travail suffit souvent à générer son pesant d’angoisse et donc à paralyser.
Rappelons aussi que la perspective d’une promotion est pour beaucoup une vraie source de motivation. Les managers le savent, mais dans ce contexte économique très tendu, personne ne se fait d’illusions…

Fausses urgences, vraies interruptions

Poussés par nos moteurs internes — intérêt, curiosité, épanouissement personnel — ou par l’ennui, nous voilà soudainement happés par de nouvelles activités : planter des graines sur le balcon, bricoler, finir un puzzle, préparer le déjeuner… Être chez soi, surtout en période de confinement, c’est aussi sentir le besoin de prendre soin de son « nid », quitte à reléguer le travail au second plan

Quelques idées pour rester motivé :

  • Identifier vos points sensibles et travailler dessus (sans pour autant vous taper sur les doigts) peut vous aider à retrouver envie et énergie au quotidien.

  • Soyez bienveillant envers vous-même. Si vous n’avez pas l’habitude de télétravailler, et encore moins en compagnie d’autres personnes — en famille ou avec des enfants par exemple — il vous faut nécessairement un temps d’adaptation. Vous trouvez cela trop difficile ? Essayez de ne pas céder à l’énervement. Commencez par comprendre votre fonctionnement, votre rythme et par identifier vos sources internes de motivation.

  • Consommez les infos avec modération. Rester branché sur l’actualité du coronavirus en permanence peut être source d’inquiètudes et démotivant. Accordez-vous une durée limitée d’exposition aux informations, du genre « Je lis les infos seulement le soir, pendant une demi-heure ».

  • Établissez une routine. Tant que vous êtes loin du bureau, mettez en place des gestes récurrents pour déclencher vos réflexes « travail ». Offrez-vous par exemple quelques minutes pour faire place nette dans votre esprit avant de vous préparer une boisson chaude et d’allumer votre ordinateur, signe qu’il est l’heure de commencer.

  • Ménagez-vous des pauses. Inutile de se leurrer : il vient toujours un moment où l’on décroche. Alors, plutôt que de verser dans les recherches Google totalement inutiles, levez-vous et faites complètement autre chose. En bref, comme au bureau, accordez-vous un vrai break… Mais pensez aussi à un moyen de bien vous remettre en selle, quitte à vous réserver un petit truc à grignoter pour vous (re)mettre en condition.

  • Identifiez vos propres moteurs. Observez ce qui vous booste de l’intérieur. Les termes « motivation » et « émotion » ont la même racine latine signifiant le mouvement, l’élan ou la passion. Qu’est-ce qui résonne en vous, se fait l’écho de votre personnalité ? Curiosité, résolution de problème, occasion d’apprendre, sentiment d’accomplissement, d’utilité, intérêt ou passion : tout dépend certes de la tâche, mais pourquoi ne pas essayer d’y associer - consciemment - l’un de ces stimulateurs ?

  • Fixez-vous des échéances. Il n’y a rien de tel pour garder le cap. Si vous planchez sur des dossiers de longue haleine, découpez le travail en plusieurs étapes avec, pour chacune, une date butoir.

  • Communiquez. Trouvez quelqu’un – ou quelques personnes – avec qui partager des moments durant la journée. Celui qui connaît la politique de la boîte, l’ami à l’oreille attentive, un proche à qui vous pourrez parler de votre petite balade du jour ou du café que vous avez renversé : chacun peut vous apporter les différents types de soutien dont vous avez besoin.

  • Puisez dans ce qui fait votre singularité et savourez la liberté qu’offre le télétravail. Certains aiment s’apprêter un minimum pour travailler et se mettre en “conditions réelles”, mais si votre bonheur c’est de rester en pyjama avec les pieds sur le chien, allez-y ! Personne n’est là pour vous regarder, seul le résultat compte.

Qui sait, vous allez peut-être cartonner encore plus maintenant que personne n’est là pour regarder par-dessus votre épaule ? Et si vous sentez votre motivation filer en douce, faites preuve de gentillesse envers vous-même. Reconnaissez ce passage à vide comme étant normal, surtout en pleine crise mondiale et à l’heure où les contacts humains ont lieu par écrans interposés. Mais essayez quand même de mettre le doigt sur ce qui vous freine. Vous en apprendrez peut-être beaucoup sur vous au passage – à titre professionnel, comme personnel.

  • Le prénom de Amy a été changé.

Traduit de l’anglais par Sophie lecoq

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Photo d’illustration by WTTJ

Emma Cullinan

Psychotherapist and writer

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