S'allier à d'autres candidats pour trouver un emploi : une stratégie gagnante ?

Pourquoi et comment recherche un emploi en groupe ?

Le marché de l’emploi est une jungle. Et la recherche d’un emploi relève souvent du parcours du combattant. Sélectionner les bonnes offres, postuler dans les règles de l’art, passer toutes les étapes du processus de recrutement, c’est une épreuve en soi. Et il y a fort à parier que, jusqu’à présent, vous vous contentiez de la surmonter seul.e. Pourtant, dans la jungle, le collectif facilite souvent la vie. À l’image des troupeaux qui se battent ensemble pour protéger leur territoire et trouver leur nourriture, chercher du travail de manière collaborative comporte de multiples avantages. La spécialiste en recherche d’emploi et en développement personnel Grace Salazar nous explique en quoi s’allier à ses concurrents peut, contre toutes attentes, s’avérer être une stratégie gagnante.

La recherche collaborative d’emploi, ça existe

Bien que cela semble difficile à croire, mais sans doute l’ignoriez-vous tout simplement jusqu’à présent, chercher un emploi à plusieurs est une stratégie qui ne date pas d’hier. Aux USA ou au Royaume-Uni, cela fait des années que la pratique a cours. En France, le phénomène existe aussi, à Paris comme en région. À ce titre, le collectif Cojobs organise des recherches d’emploi collectives structurées en « promos ». Concrètement, il s’agit de groupes de 10 à 15 chercheurs d’emploi, se réunissant tous les jours pendant quatre semaines à Paris comme à Nantes dans les espaces de coworking de l’association. Et y participer, cette dernière propose de s’inscrire à sa « cosearch », une plateforme de mise en relation conçue pour « créer, ou rejoindre, des collectifs de chercheurs d’emploi partout en France et des places dans des espaces de coworking à Paris », mais aussi participer à des apéros et autres événements pro, bien utile pour renforcer son réseau.

Toutefois, des groupes peuvent aussi se créer sans avoir le soutien d’un mentor ou d’une organisation. Dans ce cas, ce sont juste quelques personnes qui unissent leurs efforts autour de leur recherche d’emploi.

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Pourquoi créer des alliances avec ses compétiteurs ?

Cela peut paraître absurde que quelqu’un qui nécessite un emploi veuille s’allier avec un compétiteur susceptible de lui ravir une opportunité d’emploi. Soyons honnête, la première pensée qui vous traverse l’esprit à ce moment, c’est « si l’emploi est à lui, il est perdu pour moi ? » Et bien, sachez que se joindre à un rival peut être avantageux pour les deux parties, même si, bien sûr, les deux ne décrocheront pas le même poste et l’un pourra trouver chaussure à son pied avant l’autre.

Il n’y a rien qu’à voir le monde de l’entreprise : il n’est pas rare d’y voir des collaborations entre marques, y compris entre concurrents. Pour ne citer qu’elle, Amazon ne voit aucun problème à ce que des tiers vendent sur sa plateforme de commerce en ligne, en réalité, ça lui est même profitable. Car parfois, la collaboration stratégique a plus d’avantages que d’inconvénients. Et bien, c’est pareil dans le domaine de l’employabilité, où l’avantage procuré par l’expérience partagée et la coopération a beaucoup plus de valeur. Parmi ses principaux avantages, on trouve :

1. Un environnement collaboratif rend la recherche d’emploi plus agréable à vivre

Toute personne qui a déjà été au chômage sait à quel point il est difficile de revenir sur le marché de l’emploi au bout d’un certain temps. C’est un processus décourageant et épuisant qui peut venir à bout de tout à chacun. « “Mon profil n’intéresse pas”, “Je ne sais pas comment m’y prendre”… On peut facilement perdre confiance en soi et toute motivation à mesure que les échecs s’accumulent et que la frustration monte », estime Salazar. « Et vivre tout ça, seul.e, est d’autant plus compliqué. » poursuit-elle.

Or, pour la spécialiste, la recherche collaborative pallie à cette solitude : « dans une communauté de chercheurs d’emploi, tout le monde se soutient, car tout le monde rencontre les mêmes problématiques, passent par les mêmes états émotionnels et ont les mêmes préoccupations. »

Le marché de l’emploi est un environnement compétitif, il est normal d’y expérimenter un stress continue, ce qui rend le chemin vers l’emploi d’autant plus épineux. Ainsi, se créer une bulle à part où l’ambiance serait collaborative et bienveillante, peut permettre d’être moins anxieux et plus fort pour affronter la compétitivité du monde extérieur. En partageant le fardeau avec d’autres, « on se sent compris et les relations qui se créent sont de vrais multiplicateurs de motivation », explique la spécialiste.

2. Cela peut être un coup de pouce pour améliorer son profil professionnel

Comme le remarque Grace Salazar, ce qui est clé, c’est de comprendre qu’avec cette stratégie, « il n’y a pas de rivalité mais de l’apprentissage mutuel ». C’est-à-dire que, pour que ça fonctionne, les participants doivent plus se voir comme des rivaux mais comme des alliés, voire comme les associés d’un même projet. Partant de là, l’exercice est plus enrichissant car il permet à chacun de tirer parti des forces et des conseils de l’autre pour améliorer sa candidature. Cette expérience « sert de miroir » révélant ce qu’autrui possède que vous ne possédez pas et serait susceptible de vous aider à améliorer votre employabilité.

3. Un tremplin pour de meilleurs entretiens

Vous avez beau vous être préparé.e pour réussir votre entretien d’embauche, recevoir des conseils de quelqu’un qui a déjà rencontré le même recruteur ou qui connaît bien un secteur peut s’avérer très précieux. Non seulement votre compagnon d’aventure pourra en amont vous donner des conseils sur comment mieux vous préparer encore, mais vous pourrez aussi vous comparer une fois l’entretien passé. Vous pourrez ainsi apprendre des erreurs de chacun et envisager, ensemble d’autres manières de répondre aux questions qui vous ont été posées ou de réagir aux pièges qui vous ont été tendus.

« Chez les personnes qui se frottent au même processus de sélection, l’entraide est d’autant plus forte : “À moi, on m’a demandé ça”, “ça, je pense qu’il vaut mieux le dire ainsi”, “tu verras, l’environnement au travail est comme-ci ou comme ça”, etc. Elles se donnent souvent beaucoup d’informations, et peu importe qu’elles puissent être en rivalité, au contraire, être soudé face à l’adversité fait avancer », commente l’experte.

4. Le travail en équipe pour développer ses soft skills

Le monde du travail, et les compétences qui y sont plébiscitées, évolue rapidement. C’est pour ça que la majorité des offres d’emploi recherchent des candidats flexibles, capables de s’adapter facilement à ces changements. Autrement dit, il est ici question de soft skills. Une recherche d’emploi collective pourrait vous aider à les développer.

En effet, « quand on travaille de manière collaborative, on a besoin de soft skills telles que l’intelligence émotionnelle, l’empathie, l’écoute active, la proactivité, la résilience… mais aussi la flexibilité et la capacité d’adaptation », assure la spécialiste en développement professionnel.

5. Une recherche collaborative qui ouvre des portes

On le sait, notre réseau joue un rôle essentiel à l’heure de trouver un emploi. Grâce à vos contacts, vous pouvez entendre parler d’offres d’emploi, établir facilement le contact avec une entreprise mais aussi recevoir des recommandations, facilitant l’accès à un poste vacant. « Aujourd’hui, 75% des offres d’emploi ne se publient pas, elles circulent dans nos réseaux de contacts » assure Salazar.

Tout ça pour dire qu’à mesure que les membres du groupe auront trouvé des emplois, ils deviendront une source d’opportunités pour le reste de la meute puisqu’ils savent que vous cherchez un emploi et qu’ils ne vous oublieront pas de sitôt après les liens étroits que vous avez créés. « Il est plus facile de construire à partir de cette base… et c’est en fait capital. Ils se souviendront de vous quand ils entendront parler de quelque chose qui répond à vos critères », explique la spécialiste.

Comment utiliser cette stratégie ?

Dans quelles situations

Après des années d’expérience auprès de groupes en recherche d’emploi, Grace Salazar a identifié cinq cas dans lesquels la recherche collaborative est particulièrement efficace :

  • Un changement de branche ou de poste
  • Un profond changement d’horizon professionnel
  • Une réinsertion dans le marché du travail après des années de pause
  • Pour un profil sénior
  • Pour une personne qui démarre sa vie professionnelle

D’autre part, cette technique s’avère d’autant plus intéressante en période de crise, « quand le marché est critique côté opportunités et que les candidats ont besoin de se serrer les coudes », nous précise-t-elle.

Pour quels profils ?

Côté profils, pour la mentor, il n’en existe pas qui seraient plus adaptés à cette technique. En réalité, plus le groupe est divers plus ses membres en tireront profit.

« D’après mon expérience, les profils ont peu d’importance. Des environnements variés, en termes de bagages professionnels, de professions, d’âges ou de connaissances, vont être plus propices à l’apprentissage et au partage. C’est d’ailleurs ainsi que fonctionnent le mieux les entreprises lorsque la diversité est reine. »

Et si on passait à la pratique ?

Toujours selon la spécialiste, le premier pas pour se joindre à d’autres personnes dans la même situation, c’est apprendre à verbaliser le fameux « je suis au chômage. » S’en suivent alors une série d’étapes :

  • Se défaire de la honte qui va souvent de pair avec la recherche d’emploi. C’est essentiel pour pouvoir créer des opportunités et des liens avec les autres.
  • Faire savoir que vous êtes en recherche active de contacts. Pour ce faire, Salazar recommande de s’adresser autant à ses amis, sa famille et ses connaissances qu’aux inconnus, via les plateformes d’emploi, les réseaux sociaux, les organisations qui soutiennent la recherche d’emploi…
  • Une fois le groupe créé, la stratégie repose sur la mise en place d’objectifs de travail. Selon Grace Salazar, l’équipe doit naître avec un point de départ et la perspective d’une fin. Tout au long du processus, elle doit se donner des balises d’apprentissage. « Optimiser ses outils de recherche, élaborer une feuille de route d’employabilité, travailler sa connaissance de soi… En définitive, générer des résultats », explicite-t-elle.
  • Une fois les balises établies, il faudra organiser une répartition des tâches. « On peut par exemple diviser le groupe en sous-équipes pour réaliser ces objectifs, en fonction des compétences de chacun », recommande-t-elle.
  • Évidemment, en plus d’améliorer sa connaissance du marché du travail et ses techniques de candidature, il s’agit de partager toutes les opportunités d’emploi à mesure qu’elles affluent et s’assurer que chacun.e en prenne connaissance. « La communauté se crée précisément dans le but de partager des offres d’emploi ou des projets dignes d’intérêt, des événements, du bénévolat, des formations… » Autrement dit, tout ce qui servira à rendre les membres plus attractif.ve.s aux yeux des entreprises.

En finir avec la solitude du demandeur d’emploi est déjà une perspective réjouissante en soi. Mais avoir au quotidien un groupe de motivés qui relèvent le même défi que vous est un gage de motivation au quotidien… En prime, en cessant de voir le reste des candidats comme des rivaux, en bâtissant et en additionnant les efforts de chacun.e, nous élargissons le cercle de nos opportunités. Bref, on débouche sur une collaboration gagnant-gagnant.

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Photo d’illustration by WTTJ

Article traduit par Hélène Bienvenu

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