Entretien d'embauche : le retour du présentiel a-t-il sonné ?

La fin des entretiens à distance a-t-elle sonné ?

Depuis plus d’un an, nos réunions, apéros, et même nos entretiens d’embauches se déroulent presque tous en distanciel, mais maintenant qu’on retrouve un semblant de vie normale, que restera-t-il de ces adaptations ? Le télétravail laisse déjà son empreinte dans certaines entreprises qui l’ont adopté. Les apéros sont clairement plus sympas en terrasse que seuls au fond de nos lits. Mais quid des entretiens d’embauche ? Reviendront-ils à la ‘normale’ ? À l’avenir, sera-t-il toujours possible ou envisageable de les réaliser en visio, une chemise pour la caméra mais un jogging juste en dessous ?

Pas si sûr, à en croire Delphine, chargée d’équipe dans un grand groupe bancaire et cumulant 20 ans d’expérience dans le domaine des RH, tout comme Caroline Renoux, fondatrice de Birdeo, un cabinet de chasseurs de têtes spécialisé dans les métiers RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises). Et pourtant, pour Nicolas Galia, enseignant à l’école du recrutement, ces formules d’entretiens présentent des avantages qui pourraient, ou devraient, perdurer au-delà de la pandémie.

La distance qui fait du bien

Pour Nicolas Galia, ces rencontres virtuelles ont permis aux recruteurs et aux candidats de découvrir certains avantages pratiques comparé aux entretiens en face à face traditionnels. Pour le recruteur, l’entretien à distance peut faciliter le processus par une prise de notes plus fluide, une étape essentielle si l’entretien est bien préparé, structuré, et que le recruteur a des critères bien précis et une grille de réponses. « En école de recrutement, on décourageait nos étudiants de prendre des notes sur ordinateur en présentiel, car ça pouvait jeter un froid dans l’échange. Mais du coup, cette méthode ralentissait le processus pour le recruteur qui devait retourner à ses notes et les retranscrire après. Avec les entretiens en visioconférence, on peut ouvrir une fenêtre et remplir sa grille en direct pendant l’entretien. » Quant aux candidats, les entretiens à distance sont moins chronophages car il n’y a plus besoin de se déplacer : « On trouve ça normal que les gens se déplacent à leur propre frais, souvent vers Paris, pour des entretiens d’embauche. Mais est-ce vraiment normal ? Les entretiens à distance nous permettent de repenser cette dynamique ! », explique l’enseignant.

Et les recruteurs sont d’accord, en tout cas quand il s’agit des premières étapes du processus de recrutement : « C’est pratique, la personne peut habiter loin ou être en vacances. L’entretien à distance a donc cet avantage d’économiser du temps et de l’argent », explique Delphine. Et puis pour des postes moins “stratégiques” de stagiaires ou d’alternants, cela permet au recruteur de rencontrer beaucoup de personnes en très peu de temps. « J’ai récemment participé à des ‘speed-dating’ de 15 minutes pour rencontrer des candidats. C’était utile, pour les postes à moindre responsabilité. Ces entretiens courts à distance permettent d’entendre la voix de la personne et de lui poser quelques questions, de préciser ce qui n’est pas écrit dans le CV. »

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Les recruteurs préfèrent le présentiel

Cependant, quand il s’agit d’embauches pour des postes à responsabilités, rien ne vaut le présentiel d’après les recruteurs. Ne serait-ce que pour les dix premières secondes d’un entretien qui sont déterminantes. Une étude de l’université de Toledo réalisée en 2000 a d’ailleurs observé que les recruteurs prennent leur décision parfois dès les premières secondes passées avec le candidat.La posture, la façon de serrer la main et la manière de dire bonjour du candidat sont passées à la loupe. Pourtant, quand la rencontre s’effectue en visio, les débuts sont souvent consacrés à un check-up technique : « Vous m’entendez ? Allô ? Ça fonctionne ? » sont inévitablement les premières paroles prononcées pour vérifier que micro et caméra fonctionnent parfaitement. Difficile pour un recruteur de se forger une opinion sur un candidat dans ces conditions.

Selon Delphine, « il est plus difficile de cerner les soft skills d’un candidat à travers un écran : son sourire, son attitude, son aise. Ça se ressent beaucoup mieux en présentiel, ne serait-ce que sa façon de rentrer dans la salle, de regarder le recruteur droit dans les yeux », explique la professionnelle. De son côté, Caroline Renoux confirme que, malgré les multiples logiciels de visioconférence disponibles, la rencontre en personne reste préférable : « Elle permet au recruteur de mieux saisir la personnalité du candidat. Vous le voyez en 360 degrés. D’ailleurs, souvent, on découvre réellement une personne lors des interactions informelles seulement possibles lorsqu’on se rencontre en personne : quand on va boire un café ou que l’on propose un verre d’eau. »

La webcam, le reflet de l’âme ?

C’est bien connu, la webcam est le miroir de l’âme… non attendez, ce sont les yeux qui sont le miroir de l’âme, oui voilà. Sans dévoiler son âme à son potentiel futur employeur, votre regard peut lui inspirer confiance. Et c’est plus dur à travers une caméra : « On ne sait jamais trop où sont les yeux du candidat, explique Delphine, ils peuvent regarder l’écran, la webcam, ou des notes. Puis c’est moins agréable pour le candidat, c’est stressant de parler tout seul devant un écran d’ordinateur ! » Sans oublier qu’au cours d‘une conversation on peut s’interrompre poliment et rebondir fluidement sur les paroles des uns et des autres. Difficile, sinon impossible, à faire naturellement lors d’un entretien en visioconférence.

Ces inconvénients se reflètent dans les taux de réussites des candidats proposé par le cabinet de Caroline Renoux : « On a remarqué lors de la pandémie que quand deux candidats étaient en compétition pour le même poste, c’est ceux qui étaient en présentiel lors des entretiens qui sont allés le plus loin dans le processus de recrutement. Et ceci alors que d’autres en distanciel semblaient plus correspondre au poste. Du coup, on a vraiment recommandé à nos candidats d’être en présentiel. »

Le “feeling”, mais est-ce si important ?

Les recruteurs indiquent qu’il est plus difficile de cerner les soft skills en présentiel. Pourtant, pour Nicolas Galia, cette dépendance des recruteurs sur ce qu’on peut appeler ‘le feeling’, peut-être l’indicateur d’un manque de préparation des entretiens. « Pour un recruteur qui ne prépare pas ses entretiens, qui n’y va pas avec une grille de critères très précis, forcément le ressenti devient alors très important dans son choix ou non de recruter un candidat. » Or, cette façon de conduire ses entretiens peut favoriser l’embauche de personnes qui ressemblent au recruteur, qui viennent du même milieu social et donc ont des codes auxquels certains candidats n’auront pas forcément accès. « Mais le ressenti, est-il vraiment important, au fond ?, s’interroge Nicolas Galia On recrute quelqu’un pour qu’il puisse bien faire un travail, d’où l’intérêt d’avoir des critères bien précis. Pour savoir si les critères sont objectifs et utiles, il faut que le recruteur puisse expliquer clairement pourquoi un candidat a échoué à l’entretien. S’il ne peut pas le faire, c’est parce qu’il sait que ses critères ne sont pas acceptables ou indélicats. On n’embauche pas par rapport à sa manière de boire le café ou d’accepter de l’eau ! » L’entretien en présentiel peut aussi favoriser des candidats extravertis, plus à l’aise dans ce cadre, car plus en capacité de mettre en avant leurs softs skills, même si d’autres personnes plus introverties correspondent mieux au poste.

Et si vous ne pouvez vraiment pas vous rendre en personne à un entretien ? Que c’est très loin ou que vous êtes déjà en poste et que c’est compliqué pour vous de vous libérer ? Comment faire pour demander si un entretien en visio est possible ? Rassurez-vous, même si c’est peu recommandable, c’est possible. Après tout, les entretiens avec des candidats vivant à l’étranger se font souvent en visio, et ça ne date pas de la pandémie !

  • Renseignez-vous sur l’entreprise. Certaines entreprises ont plus la culture du distanciel que d’autres. Si celle que vous visez est ouverte au télétravail, que ses employés sont en full remote ou en version hybride, la situation paraît favorable.

  • Ne pas le cacher. Pour Caroline Renoux, si vous savez d’emblée en postulant que vous ne vous déplacerez pas pour vous rendre à un entretien, il faut aborder la situation aussi vite que possible. « C’est comme cacher quelque chose sur son CV. Il vaut mieux en parler aussi rapidement que possible dans le processus. » Vous pouvez par exemple l’indiquer à la fin de votre lettre de motivation ou lors d’une première prise de contact via un appel téléphonique. On pourra par exemple employer cette formule : « j’aimerais étudier avec vous la possibilité d’un entretien à distance. Cette solution pourrait à mon sens faciliter notre rencontre. Je reste bien entendu à l’écoute de vos propositions sur le sujet. » De manière plus subtile, vous pouvez toujours ouvrir la porte à d’autres modalités d’entretien, sans prendre trop de risque : « Dans l’éventualité d’un échange, je reste également joignable aux coordonnées que je vous ai indiquées ».

  • Ne surtout pas l’imposer. En tout cas, rappelle Nicolas Galia, « il ne faut surtout pas insister, car il n’y a rien à y gagner ». En effet, se mettre en opposition face à un recruteur, c’est prendre le risque de voir sa candidature non retenue. Il ne faut donc pas présenter l’entretien à distance comme une obligation. C’est même l’inverse, il faut le suggérer pour savoir si cette possibilité est ouverte ou non.

  • Expliquer pourquoi. Le recruteur préfèrera probablement vous voir en présentiel. Il va donc falloir lui expliquer clairement pourquoi ce n’est pas possible. Précisez que vous habitez très loin ou que vous êtes en poste et qu’un entretien à distance facilitera la recherche de créneaux compatibles pour vous et le recruteur.

Mais à l’avenir, Nicolas Galia se montre pessimiste : « Au final, le rapport de force fait que ce seront toujours les recruteurs qui décideront, et ils ont plus tendance à vouloir du présentiel. » En effet, selon Caroline Renoux, « ce sont des processus profondément humains et il faut une proximité réelle avec la personne. » D’où l’intérêt de se déplacer si vous le pouvez, surtout dans le contexte actuel : « Le marché du travail est très tendu en ce moment, il faut vraiment mettre toutes les chances de son côté, recommande Delphine. Si l’on est vraiment motivé, ne pas avoir peur de faire deux heures de trajet pour dénicher le poste que l’on convoite, c’est aussi ça, mettre toutes les chances de son côté. » Et puis surtout, c’est aussi préférable pour vous, en tant que candidat puisque cela vous permet de vous faire une idée de là où vous pourriez mettre les pieds. Vous pourrez alors ressentir l’ambiance du bureau et même croiser quelques personnes dans le couloir. Là-dessus, même Nicolas Galia est d’accord : « C’est le seul véritable bémol de la distance, le candidat ne peut pas visiter les locaux. »

Mais vraisemblablement, les candidats pourront les visiter à l’avenir. Il faudra donc se préparer à retrouver les entretiens en présentiel. Et si après cette longue période de distanciation sociale, vous avez oublié comment rencontrer des inconnus et faire bonne impression, pas d’inquiétude ! On a un guide pour y vous aider !

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Article édité par Manuel Avenel
Photo par WTTJ

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