Les réunions en visio, la cause d’un surprenant boom de la chirurgie esthétique

Y a-t-il un boom de la médecine esthétique à cause des visios ?

Avec la pandémie, le confinement, la généralisation du télétravail (et maintenant le couvre-feu), nos vies pro et perso ont été totalement chamboulées. Tant bien que mal, on s’est adaptés à ces nouvelles contraintes, on a adopté de nouvelles façons de vivre et de travailler. Et au milieu de ces bouleversements, émerge un phénomène que l’on n’avait pas vu venir : un boom des recours à la chirurgie esthétique. Car oui, depuis le déconfinement, les cabinets et les cliniques d’esthétiques ne désemplissent pas ! La clinique des Champs Élysées, la plus importante d’Europe, affiche une croissance d’environ 30% par rapport à la même période l’année dernière.

Des données surprenantes en pleine crise sanitaire, alors que le port du masque est généralisé et que la distanciation sociale est de mise… Ce qui l’est plus encore, c’est que ce phénomène s’expliquerait en partie, par l’essor du télétravail - qui permet de cicatriser à l’abri des regards - et par l’utilisation intensive des logiciels de visioconférence comme Zoom. Car face caméra, on serait mis face à nos défauts, et donc à l’envie de les gommer… Décryptage de ce phénomène avec les professionnels du secteur.

Un engouement impressionnant

« Dès le 11 mai, à la sortie du confinement, le téléphone n’a pas arrêté de sonner. C’est simple, je n’avais jamais fait un mois de juin aussi intense » annonce le Docteur Thierry Van Hemelryck, chirurgien plasticien depuis 25 ans. Il officie aux Sables-d’Olonne, mais confirme que c’est le cas pour tous ses confrères, membres de la SOFCEP - société savante de chirurgiens en Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique - qu’il préside. Même son de cloche pour Tracy Cohen Sayag, la directrice de la clinique de soins esthétiques des Champs Élysées, qui confirme une activité à la hausse qui se poursuit au-delà de l’effet “post-confinement” : « Cette recrudescence d’activité a perduré jusqu’à aujourd’hui. Structurellement, on connaît une augmentation des interventions d’environ 30% à la clinique. Le planning est plein ! » Car au-delà des opérations et des soins de “rattrapage”, c’est-à-dire des interventions qui avaient dû être reprogrammés suite à la période du confinement, les praticiens reçoivent énormément de nouveaux patients.

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Mais pour quels types d’interventions ?

Parmi ces nouvelles demandes, il y a bien sûr des opérations de chirurgie esthétique dites “classiques” comme des rhinoplasties, des liftings ou encore des prothèses mammaires, mais surtout, énormément de gestes de médecine esthétique : injections de botox, fils crantés, peeling… « Des interventions qui permettent d’améliorer l’aspect de la peau, la rajeunir, sans passer par de la chirurgie lourde », explique le Docteur Thierry Van Hemelryck. Des “petits gestes” pour lesquels « il n’y a pas de risques pour les patients » nous dit Tracy Cohen Sayag qui confirme qu’à la clinique des Champs Élysées, ces traitements représentent le plus gros de l’activité : « En moyenne, on fait environ 500 interventions par mois en chirurgie esthétique mais jusqu’à 7000 traitements en médecine esthétique ! » Un ordre de grandeur sans équivoque, avec une attention toute particulière donnée au visage, car c’est bien ce dernier qui a été particulièrement exposé via nos écrans ces derniers mois.

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L’écran, ce miroir déformant

« Une fois sur deux, les nouveaux patients de la clinique invoquent la vidéo en visioconférence comme déclencheur du passage à l’acte » commente Tracy Cohen Sayag. Depuis que le télétravail s’est imposé, on passe de longues heures connectés sur les outils de visioconférence comme Zoom, et notre regard sur nous-même a changé : « Désormais, on voit notre visage pendant les réunions, et on se voit interagir. C’est plus fort que nous, obligatoirement on se regarde et parfois cela nous met face à des défauts qu’on a envie de corriger, comme des rides sur le front ou une bosse sur le nez par exemple » précise la directrice de la clinique. Elle explique que, si bien souvent l’envie d’avoir recours à des interventions esthétiques était déjà présente chez ces patients, l’image que leur renvoie leur écran d’ordinateur est souvent le déclencheur du passage à l’acte. C’est ce que l’on appelle : le “Zoom face envy”, un terme popularisé par le Docteur Myles Holt, directeur de l’Académie australienne d’esthétique dento-faciale, qui en mai déjà, déclarait : « de nombreux Australiens ne sont pas satisfaits ce qu’ils voient sur leurs écrans et veulent améliorer leur apparence avant de retourner sur leur lieu de travail. » Une tendance qui s’est confirmée à l’échelle mondiale : en Australie, mais aussi aux États-Unis, au Japon, en Grande-Bretagne, ou encore en Corée du Sud.

Notre écran serait ainsi notre nouveau miroir, mais un miroir déformant, qui peut être à l’origine de dysmorphie (préoccupation obsédante pour un défaut de l’apparence physique, ndlr). Car le résultat de notre image en visioconférence dépend de plusieurs facteurs comme la qualité de la caméra, l’angle dans lequel on est positionné ou encore l’éclairage. Des caractéristiques techniques qui peuvent desservir notre physique et ne pas forcément refléter l’aspect réel de notre visage.

De l’importance de se démarquer en visio

Qu’importe la distance, les télétravailleurs continuent de vouloir apparaître sous leur meilleur jour devant leurs collègues. La concurrence entre collaborateurs n’a pas cessé avec la pandémie, surtout pour les femmes, davantage jugées sur leur physique au travail.

Pour le Docteur Sébastien Garson, chirurgien plasticien à Senlis, c’est un fait : « Que ce soit dans le monde physique ou le monde numérique, pour beaucoup de femmes subsiste le poids des apparences en entreprise. Il faut paraître jeune et en forme pour donner une image dynamique. » D’autant plus que lors des réunions en visioconférence, les visages des intervenant(e)s sont affichés côte à côte, ce qui facilite une comparaison encore plus directe entre collègues, souligne Tracy Cohen Sayag avant d’ajouter : « Et certaines collaboratrices mettent le paquet : pour beaucoup, ce n’est pas parce qu’on est en télétravail, qu’on va faire sa visio sans maquillage et en pyjama. Au contraire, c’est peut-être le seul moment où on ne porte pas de masque, l’occasion de se mettre en avant. » Et inévitablement, une pression supplémentaire pèse sur leurs collègues…

De nouveaux adeptes

La directrice de la clinique de soins esthétiques a ainsi constaté l’afflux d’un nouveau profil de patients : des femmes de 35-40 ans issues d’*« une génération qui n’est pas aussi habituée à son image sur écran que les femmes de moins de 35 ans. » Ces dernières, très connectées à leur smartphone, « n’ont aucun problème à venir à la clinique pour corriger leurs petits défauts. » Mais aussi des hommes, qui, bien que moins nombreux à passer sous le bistouri, représentent tout de même 30% des interventions effectuées à la clinique des Champs Élysées. Beaucoup de leurs demandes sont liées au regard « La plupart des hommes ne se maquillent pas ou peu. Et en vieillissant, les cernes donnent un air fatigué, accentué à l’écran. Certains messieurs me disent “on a l’impression que je ne suis pas réveillé”. » Ils succombent alors aux injections de botox ou aux opérations pour combler le creux des cernes. Mais pas que, il y a aussi le sujet sensible des cheveux : « À l’écran, certains hommes ont remarqué une perte de densité capillaire, et viennent consulter pour des greffes de cheveux. »*

Le télétravail et les gestes barrières, ces alliés de la cicatrisation

Avec le télétravail, un autre frein est levé, celui de la convalescence. Car « Personne n’a envie d’être vu avec une gaine, un bleu ou un pansement au travail ! », nous lance Tracy Cohen Sayag. D’autant que l’on n’a pas forcément envie que nos collègues commentent et jugent nos opérations de chirurgie esthétique. Si avant, il fallait poser une semaine de congés pour pouvoir cicatriser à l’abri des regards, en travaillant de chez soi, la question ne se pose plus. Même pour les travailleurs qui sont sur site, le port du masque au bureau et la distanciation sociale, toujours recommandée par les autorités sanitaires, permettent de passer à l’acte en toute discrétion : « On ose même venir faire des injections non invasives (botox ou acide hyaluronique, ndlr) à la pause déjeuner car le masque va permettre de cacher les rougeurs ou les bleus qui peuvent survenir juste après, précise le Docteur Thierry Van Hemelryck, en fait, le masque s’est révélé être un désinhibiteur ! »

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Une tirelire pleine et l’envie de se chouchouter

À ces conditions favorables à une cicatrisation en toute discrétion, s’ajoute deux autres éléments conjoncturels : un surplus de budget (non dépensé dans les loisirs) et un besoin de prendre soin de soi dans un contexte de crise anxiogène. « Le confinement, puis la généralisation du télétravail, ont créé un désert social : on ne voyage plus, on ne sort plus… On bénéficie d’un budget supplémentaire que mes patientes et patients ont envie d’allouer à des soins esthétiques qui leur apportent une meilleure estime de soi. Il y a un vrai besoin de se faire plaisir en réponse à la période morose que nous traversons » analyse le Docteur Thierry Van Hemelryck.

Une tendance à confirmer

Phénomène encore récent, il est difficile de savoir si cette tendance va se confirmer ou s’essouffler. Sur cette question, les professionnels du secteur interrogés ont des avis divergents : pour le président de la SOFCEP, il s’agit « d’une tendance réactionnelle, due à la période particulière que nous vivons. » Il pense que l’activité va se réguler dans les mois qui viennent. Alors que pour la directrice de la clinique des Champs Elysées, cette tendance est bien structurelle, d’autant qu’après “l’effet Zoom”, elle remarque l’influence de “l’effet masque” qui boostent les interventions liées au regard (plus de 50% de procédures esthétiques enregistrées par rapport à la même période l’année dernière).

Accepter ses défauts, l’autre tendance

En parallèle de cet engouement pour les soins esthétiques, émerge une autre tendance a priori antinomique : la recherche de l’authenticité. Une tendance née en parallèle, également pendant le confinement, et également favorisée par l’essor du télétravail. Ainsi, sans pouvoir pour le moment donner de chiffres précis, nombreuses sont les femmes qui ont pris la parole sur les réseaux sociaux pour manifester leurs volontés de s’affranchir des diktats des codes de la beauté normée au travail. Elles ont ainsi manifesté l’envie d’arrêter de se maquiller, de se teindre les cheveux, ou encore de porter des soutiens gorges ou des talons hauts pour aller au bureau.

Pour Tracy Cohen Sayag, l’un n’empêche pas l’autre : « On peut très bien s’accepter tel que l’on est ou bien décider de corriger un défaut qui nous dérange en passant par des soins esthétiques : dans les deux cas, le plus important c’est d’être bien dans ses baskets. » L’idée étant que, faire la paix avec son image, permettrait davantage de s’épanouir personnellement et professionnellement, même sur Zoom.

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Photo by Jessy Zeitoun

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