Ensemble, c'est tout : 4 folles histoires de carrières en duo

Work couple : à deux, toujours plus fort !

Se trouver, partager, avancer, se disputer, s’éloigner, se retrouver… Si ces verbes s’appliquent aux relations amoureuses, ils font également le sel des binômes de travail. Coïncidence ou non, on parle même de « work couple » pour évoquer ces personnes qui collaborent de manière fusionnelle. Mais quel avantage tirer d’un travail à deux têtes ? Et est-on vraiment meilleur avec un autre ? Depuis que le monde de l’entreprise a fait sauter les cloisons des bureaux individuels au profit d’open-space, il semblerait que les travailleurs placent désormais la convivialité et le lien social au-dessus de la réussite personnelle. Pourtant, comme en amour, trouver sa moitié relève presque du miracle : personnalités compatibles, rêves et valeurs communes, goût du challenge, compétences complémentaires, bon timing… L’équation est complexe, mais il arrive que la magie opère…

Se soutenir et être fidèle à l’autre quoiqu’il advienne

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Aurélien Bigot et Benjamin Le Coz, en (work) couple depuis quatre ans dans la publicité

Depuis les années 50, le milieu de la publicité estime que les créatifs doivent travailler en équipe. Partant du principe qu’une bonne idée ne peut émerger que lorsqu’elle se confronte à une autre sensibilité, les meilleurs projets reviennent de facto à celles et ceux qui arrivent à avancer à plusieurs. Mais encore faut-il pouvoir choisir celle ou celui avec qui faire des étincelles.

Le premier contact entre les concepteurs rédacteurs et directeurs artistiques se fait à travers une façade vitrée entre deux bureaux voisins de l’une des plus grandes agences de publicité de Paris. Comme souvent, Benjamin et Aurélien travaillent avec des personnalités qui leur ont été assignées et qui ne correspondent pas à leur manière de fonctionner. Travailleurs, minutieux, persévérants, ils remarquent qu’ils sont toujours les derniers à quitter les bureaux à la nuit tombée. Entre deux clins d’œil, ils imaginent un jeu de chaises musicales qui leur permettra de travailler ensemble. Et comme dans toutes les belles histoires, ce rêve se concrétise quelques mois plus tard. « Une fois réuni, on a tout de suite vu qu’il y avait une fulgurance, ça a tout de suite marché. Il y avait une vraie connexion, un peu comme dans une relation amoureuse quand on sait que c’est la bonne », souligne Aurélien. L’année suivante, ils remportent un Lion - l’équivalent d’un Oscar pour le monde de la publicité - et s’apprêtent aujourd’hui à rejoindre leur quatrième agence. Même contrat, même salaire… À chaque fois, seul le nom sur le papier change. Et lorsqu’ils donnent leur démission après avoir été démarchés par une autre agence ? Ils se rendent main dans la main dans le bureau des ressources humaines avec une lettre quasi identique. Pourtant, dans un milieu empli d’ego, rester soudé n’est pas simple. Surtout que les tentatives pour les séparer sont nombreuses : « On sait que c’est toi qui fait ça et pas ton binôme », « Tu monterais plus vite dans la hiérarchie si… » Piégés par l’appât de la lumière, autour d’eux, un nombre important de binômes a explosé en plein vol. Conscients de ce risque, ils ont fait le choix de se protéger en s’affranchissant des émotions négatives qui pourraient nuire à leur équilibre comme le manque de confiance en soi, la jalousie, ou encore l’égoïsme. Un rempart efficace.

« Vous connaissez Pacific Rim ? En deux mots, il y a deux personnes dans le cerveau des robots géants. Plus leur synergie est forte, plus le robot est précis, agile et bat des monstres, voilà comme j’analyse notre collaboration », s’amuse Aurélien. De son côté, Benjamin voit plutôt un avion à bi-moteur : « Quand l’un d’entre nous est un peu moins chaud, on va continuer à planer grâce à l’autre, alors que dans un coucou à un seul moteur on a vite fait de se crasher. » Entre eux, les idées fusent tout comme les métaphores. Pas étonnant que leurs copines se moquent de leur relation fusionnelle en leur répétant qu’elles aimeraient bien être ce fameux Aurélien ou Benjamin, avec qui l’un et l’autre passent plus de douze heures par jour.

Signe distinctif : Moitié, rencontre, fulgurance… quand ils parlent d’eux, ils utilisent un vocabulaire normalement employé dans le cadre d’une relation amoureuse.

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« Mon loisir passe avant mon job » : rencontre avec ces salariés passionnés

Partager des valeurs et imaginer un monde meilleur

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Myriam Ouni et Lisa Omara, en (work) couple depuis huit mois dans le marketing

Laptops ouverts sur une grande table en bois dans un café du 11ème arrondissement de Paris, Myriam écoute le brief enflammé de Lisa. Depuis plus de huit mois, les trentenaires partagent tout : livres, rêves, clients… Elles disent qu’elles ne sauraient avancer l’une sans l’autre. Et pourtant, elles sont longtemps passées à côté de leur histoire.

La première fois qu’elles se rencontrent, Lisa vient de rater sa troisième année de licence de droit, quant à Myriam, elle suit des cours d’arabe à l’Inalco. Elles ont besoin d’un job d’étudiant pour inscrire une première expérience sur leur CV. Mais commencer par de la téléprospection n’est pas simple. « On se prenait des vents toute la journée, alors on s’est très vite soudées », se souvient Lisa. Déjà complices au boulot, elles se rapprochent davantage quand elles comprennent qu’elles habitent le même quartier. Seulement, l’expérience tourne court : Lisa se fait remercier après avoir souligné quelques manquements au droit du travail au patron de l’entreprise, alors que Myriam choisit de rester. Le seul lien qui unit encore les jeunes femmes sont les rendez-vous chez les coiffeuses du quartier spécialistes du brushing sur cheveux bouclés, où elles se croisent à intervalles réguliers.

Les années passent, Myriam travaille dans le marketing, gère des contrats pour les influenceurs. Elle prend son envol en créant Loup Agency et envisage même de lancer son podcast. De son côté, Lisa travaille en agence de communication et gère les relations presse. Épuisée par une cadence insoutenable, cette dernière est au bord du burn out quand les jeunes femmes se croisent à l’automne 2020. Cette fois-ci, c’est la bonne. Elles ne se quitteront plus. Myriam conseille Lisa sur son avenir professionnel qui se remet vite sur pieds. Lisa aide Myriam à monter son podcast. Très vite, elles comprennent que leurs expériences et leurs expertisent se complètent. Solaire, stressée, impliquée émotionnellement dans son travail, Lisa s’apaise au contact de sa binôme. Les jeunes femmes imaginent une offre commerciale commune et n’hésitent plus à mutualiser leurs clients. À la fois indépendantes et indissociables, elles aimeraient continuer leur route professionnelle ensemble et construire une communauté autour de l’empowerment féminin, l’inclusion, la diversité et l’écologie.

Signe distinctif : après avoir opéré une transition capillaire (et professionnelle) ensemble, elles portent désormais leurs boucles au naturel.

S’épanouir et se focaliser sur ses points forts

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Sébastien Desarmaux et Didier Bazoge, en (work) couple depuis treize ans dans le web

La bonne rencontre est souvent imprévisible. Salarié dans une entreprise depuis sept ans, Didier est en quête d’une personne pour l’épauler dans ses missions, mais les recherches restent infructueuses. « Je recalais tout le monde parce que techniquement, aucun ne faisait l’affaire, se souvient-il. L’entreprise a donc profité de mon absence pour rencontrer des candidats en douce. C’est comme ça que Sébastien a été embauché. » L’histoire ne dit pas si ce dernier aurait été envoyé sur les roses, mais deux jours après les présentations, les deux geeks savent déjà qu’ils ne se quitteront plus. Un coup de foudre amical et professionnel. Ils s’épaulent dans le travail et pour se détendre, n’hésitent pas à improviser des sessions de catch dans les bureaux.

Un an plus tard, Didier quitte l’entreprise pour se lancer en freelance. Très vite, les contrats sont trop grands pour assurer seul. Sébastien démissionne alors à son tour pour retrouver son acolyte. Entre eux, le contrat est clair : ils font 50/50 sur tout et il est hors de question qu’un se la coule douce, pendant que l’autre trime. Réussites comme échecs, ils partagent tout. « Disons que Sébastien est plus qu’un ami, plus qu’un collègue, il sait comment me gérer, sourit Didier. Je n’ai pas peur de dire que ce n’est pas facile, je râle beaucoup, mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas d’accord avec lui, simplement que j’aime râler. » C’est le principal avantage de travailler en freelance : pour la première fois, ils s’organisent en fonction de leurs points forts, pas de leurs agendas. Leurs missions sont divisées de telle sorte que Didier se penche sur les problèmes techniques pendant que Sébastien s’occupe de la gestion de projet. Leur limite ? La prospection. Au bout de dix ans sans avoir su renouveler leurs clients, ils sont obligés de renoncer à leur petite entreprise. De retour sur le marché de l’emploi, ils postulent aux mêmes postes, dans les mêmes boîtes, en espérant trouver une issue convenable. « À ce moment-là, ça sentait quand même le roussi pour notre binôme, on n’y croyait plus vraiment », se souvient Sébastien.

Le destin leur donne un nouveau coup de pouce : lorsque Didier décroche un entretien dans une start-up, il explique aux fondateurs qu’ensemble, ils coûtent moins chers, puisqu’ils travaillent deux fois plus vite. L’argument fait mouche même si la structure n’a pas encore les moyens de les prendre tous les deux. Pour arriver à leurs fins, ils acceptent de baisser temporairement leur salaire en attendant que les financements suivent. Une stratégie qu’ils n’ont jamais regretté.

Signe distinctif : quand l’un achète un gadget numérique, le second achète systématiquement une version upgradée.

S’affranchir ensemble des schémas traditionnels

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Audrey Doyen et Cindy Lebat, en (work) couple depuis six ans dans la recherche

Après des études en Suisse, Audrey débarque à Paris en 2015 pour finir son doctorat en muséologie, soit la discipline qui étudie les musées. Une niche. Lors d’une soirée organisée par son directeur de thèse, elle rencontre les futurs doctorants de sa spécialité. Problème : dans la recherche, qu’il s’agisse de prendre la parole, de défendre une idée, tout est hiérarchisé… Et les nouveaux peuvent difficilement s’exprimer. Sauf que ce soir-là, la jeune femme n’approuve pas la pensée d’un dit « leader ». Elle n’est pas seule. « Cindy a tout de suite dit un truc ultra cash pour la remettre à sa place, rigole Audrey. J’ai adoré ! » Même temporalité dans la rédaction, même domaine, les jeunes femmes se rapprochent et passent finalement trois ans à travailler ensemble sur leur thèse. Pour ceux qui ignorent tout de cette épreuve, celle-ci dure en moyenne entre trois et cinq ans, à l’issue de laquelle est produit un document d’environ 500 pages.

Si l’exercice est plus facile en binôme, elles doivent également préparer l’après. Pour ceux qui font de la recherche, la suite logique voudrait qu’une fois docteur, les anciens étudiants deviennent maître de conférence, puis acceptent des vacations avant de trouver un poste stable à l’Université. Dix ans de galère. Difficile de sortir de ce schéma tant cela est perçu comme un échec par les pairs. « Pourtant, très vite, on s’est dit que ce n’était pas pour nous », se souvient Audrey. Peu à peu émerge l’idée d’une structure qui créerait des événements scientifiques autour de leur discipline. En plus de finir leur thèse, elles structurent, ce qui deviendra bientôt leur « bébé », l’association Mêtis. « Dans la recherche, tu peux être vraiment très seul et passer une vie entière assis à un bureau à chercher des choses dans ton coin, souligne Cindy. Le binôme nous a aidé à sortir du silence. » Ici encore, pas de problème d’ego, de jeux de pouvoir, elles savent déjà qu’elles sont meilleures à deux. Quand l’une a une idée, la seconde la fait systématiquement passer un cran au-dessus. Elles reconnaissent d’ailleurs que leurs carrières seraient moins prolifiques chacune de leur côté.

Il a tout de même fallu quelques ajustements. « Au début, on était tout le temps ensemble. On a ouvert un compte pour l’association et elle m’a dit qu’elle me parlait plus qu’à son propre mec, souligne Audrey. On a donc fait le choix de compartimenter, en respectant les horaires de chacune. On a même créé deux conversations de messages, l’une pour le travail, l’autre pour le perso. » Pour Cindy, le respect de l’intimité de l’autre est l’ingrédient essentiel pour éviter le trop-plein. Depuis, elles ont même appris à écrire des documents sans demander la validation de l’autre. Se faire confiance, grandir professionnellement, c’est aussi ça la force du collectif.

Signe distinctif : Hyper organisées et fan des to-do lists, leurs tâches quotidiennes sont soigneusement détaillées dans… dix huit tableaux Excel !


Cet article est né d’une belle rencontre avec Disney+. À l’occasion de la sortie de la nouvelle série d’animation, Monstres & Cie : Au travail, Welcome to the Jungle s’associe à la série pour ficeler un dossier monstrueux consacré au travail en équipe : une suite de six contenus qui devraient changer pour de bon le regard que vous portez sur vos collègues. Le rire est notre avenir, amicalement vôtre.


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Article édité par Éléa Foucher-Créteau, photo WTTJ

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