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L'intuition : le secret de la réussite au travail ?

  • 23 juillet 2019

Des chiffres, des chiffres, toujours plus de chiffres. Dans un monde perfusé au numérique et à la data, quelle place pour l’intuition ? Omniprésente mais souvent cachée, c’est le paradoxe d’un phénomène auquel de plus en plus d’entreprises commencent à s’intéresser. Isabelle Fontaine, spécialiste en intuition, auteur du livre Libérez la voix de votre intuition et du blog Histoire d’Intuition, nous partage le fruit de ses réflexions et nous invite à nous écouter.

L’intuition, à la frontière du rationnel et de l’irrationnel

« L’intuition est la capacité universelle à capter une information de manière “non conventionnelle”, c’est-à-dire en dehors d’un processus rationnel et raisonné », commence Isabelle Fontaine. D’après la spécialiste, s’ouvrir à ses ressources intérieures n’est pas la chasse gardée de quelques gourous, bien au contraire : hommes ou femmes, enfants ou adultes, esprits rationnels ou créatifs… tous les êtres humains ont des intuitions. En revanche, les manifestations de cette intuition sont souvent mal connues et pas toujours écoutées. Si elles font appel aux mêmes 5 sens que nous sollicitons au quotidien, elles le font de façon intériorisée, donc au-delà d’un processus conscient : « c’est une image, une pensée, une sensation corporelle qui surgit à l’intérieur de soi », nous explique-t-elle.

« L’intuition, c’est une image, une pensée, une sensation corporelle qui surgit à l’intérieur de soi » Isabelle Fontaine, spécialiste en intuition

L’intuition est loin d’être un sujet obscur ou douteux. Parce qu’il intrigue, il a au contraire fait l’objet de nombreuses recherches scientifiques. Certaines de ses facettes trouvent une explication rationnelle, d’autres restent encore mystérieuses pour les scientifiques. Dans le premier cas et pour satisfaire les plus pragmatiques, les neurosciences offrent donc une explication : l’intuition serait un mélange d’expérience et d’expertise, une forme d’intelligence de l’inconscient. Herbert Simon, prix Nobel d’économie, parle “d’intuition de l’expert” pour expliquer ce phénomène par lequel l’humain élabore et évalue des hypothèses et prend des décisions rapides en s’appuyant sur ses connaissances et son expérience de situations antérieures. C’est une forme d’intuition “raisonnée”.

Mais il existe aussi une forme d’intuition qui ne trouve pas, aujourd’hui, d’explication scientifique. C’est le fameux pressentiment, ou “l’anticipation physiologique et prédictive”. À la fin des années 1990, deux neurologues - Antonio Damasio et Antoine Bechara - ont fait l’effet d’une bombe en partageant les résultats d’une expérience étonnante. Placés devant un jeu de cartes, les sujets de leur étude devaient les retourner une par une, certaines faisant gagner de l’argent et d’autres en perdre, sans qu’ils puissent le déterminer à l’avance les cartes gagnantes et les cartes perdantes. En mesurant les réactions de leur système nerveux, ils ont découvert que celui-ci s’affolait avant que le participant ne tire une carte perdante. Des résultats qui suggèrent que l’inconscient dirige le comportement avant même que la connaissance consciente ne le fasse. L’expérience, renouvelée dans d’autres conditions ces dernières années, produit les mêmes résultats. Oui, nous aurions une forme de sixième sens.

L’intuition, le secret des bons managers ?

Bill Gates, Steve Jobs, Richard Branson… autant de grands leaders qui affichent ouvertement la place de l’intuition dans leurs prises de décision. « De nombreux leaders, qu’ils soient managers ou dirigeants, utilisent l’intuition au quotidien. C’est une façon de prendre plus rapidement les bonnes décisions, au bon moment, avec une prise de hauteur sur les enjeux importants de l’entreprise », explique Isabelle Fontaine. Mais en dehors de ces exemples médiatiques, le sujet reste souvent tabou. Une étude réalisée à la fin des années 90 montre l’ampleur du paradoxe. Jagdish Parikh de la Harvard Business School, dévoile alors que 80% des managers attribuent le succès de leurs affaires à l’intuition… mais 50% seulement seraient prêts à le reconnaître publiquement. « Aux USA, la culture reste plus tolérante. Ce chiffre auraient sans doute été plus faible encore en France, où le sujet est abordé de façon très frileuse dans le monde de l’entreprise. Bien que l’on note chaque jour des progrès », ajoute-t-elle.

« C’est une façon de prendre plus rapidement les bonnes décisions, au bon moment, avec une prise de hauteur sur les enjeux importants de l’entreprise » Isabelle Fontaine

Des progrès, alimentés par l’influence anglo-saxonne et les recherches scientifiques, poussent de nombreuses entreprises à s’intéresser petit à petit à la place de l’intuition dans leur fonctionnement. Les formations et la presse managériale traitent la question à travers le prisme du “leadership intuitif” ou en faisant le pont avec “l’intelligence émotionnelle”, autant d’approches qui incitent à se comprendre, à écouter ses ressentis et à faire preuve d’empathie.

Parler de ses intuitions sans passer pour un fou, c’est possible ?

Qui n’a jamais eu un pressentiment… vite “rationalisé” à la lumière d’arguments tout à fait raisonnables ? Très souvent, l’intuition est passée au crible de la raison. « Certains secteurs d’activités et certaines structures sont heureusement plus ouvertes au sujet. Les milieux créatifs et les jeunes entreprises sont ainsi, généralement, plus réceptives que les entreprises traditionnelles », note Isabelle Fontaine. Alors, doit-on partager ses ressentis ? L’auteur suggère de trouver le bon moment… mais de garder des explications rationnelles pour venir “à la rescousse” de ses intuitions quand cela est nécessaire. Vous avez peut-être l’intuition profonde qu’un projet ou une décision seraient bénéfiques à votre équipe ? Partagez votre sentiment, mais tant que votre entreprise n’est pas “prête”, assurez-vous de trouver les données permettant d’étayer vos propos. Une démarche plus courante qu’on ne le croit : « De nombreux scientifiques reconnaissent aujourd’hui baser leur première hypothèse de recherche sur leur intuition… avant de passer des mois ou des années en recherches afin de la prouver », rassure l’auteur.

« De nombreux scientifiques reconnaissent aujourd’hui baser leur première hypothèse de recherche sur leur intuition… avant de passer des mois ou des années en recherches afin de la prouver », Isabelle Fontaine

Si les entreprises ouvrent petit à petit la porte à l’intuition, c’est parce qu’elles ont bien compris sa valeur pour la performance et la prise de décision. Une démarche qui doit être portée au plus haut niveau pour se diffuser. « Le changement de culture dans l’entreprise se fait souvent par le haut, grâce à des managers qui partagent et offrent la possibilité à leurs collaborateurs d’exprimer leurs intuitions », remarque Isabelle Fontaine. Alors, comment développer cette capacité naturelle et universelle, que nous avons trop souvent bridée ? Isabelle Fontaine conclut en nous partageant deux précieux conseils :

  • Prêtez attention à vos manifestations intérieures. « Il ne faut pas balayer d’un revers de la main ces pensées, ces messages, ces impulsions qui nous traversent. Il faut s’autoriser à les écouter, puis à les exploiter. »
  • Rendez votre cerveau plus disponible. « L’intuition a besoin de calme et d’espace intérieur. Déconnecter de son smartphone ou des réseaux sociaux qui nous submergent d’information et choisir des activités qui apportent plus de sérénité, comme la musique ou le bricolage, est indispensable pour entendre les manifestations de l’intuition. »

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Photo d’illustration by WTTJ

Marlène Moreira

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