Travail : on décrypte les programmes des principaux candidats

Élection présidentielle et travail : décryptage des programmes

Temps de travail, âge de départ à la retraite, risques psychosociaux, salaire, réforme de l’assurance chômage, égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, congé parental… 92% des Français inscrits sur les listes électorales considèrent que le travail est un sujet majeur dans leur choix de vote. Et pourtant, d’après le baromètre Indeed, ils sont près de 65% à penser que ce sujet n’est pas suffisamment traité par les candidats. Cette demande accrue des électeurs s’explique par des changements profonds dans le monde du travail, accélérés par la crise sanitaire, ainsi que par une « insatisfaction » grandissante des salariés de leur situation professionnelle, les plaçant en dernière position des pays européens.

Mais parmi les principaux candidats à la présidentielle, lequel, s’il·elle était élu·e, aurait “une influence positive” sur le travail ? À quelques jours du premier tour, selon l’Observatoire du travail, près d’un Français sur deux répondrait Emmanuel Macron (43%), suivi de Marine Le Pen (37%), Valérie Pécresse (36%), Jean-Luc Mélenchon (29%), Éric Zemmour (26%) et Yannick Jadot (21%). Afin de vous aider à vous forger votre propre opinion, nous avons étudié les programmes et les propositions des six principaux candidats classés, dans un souci d’équité, par ordre alphabétique.

Yannick Jadot, candidat d’Europe Écologie Les Verts (EELV) : « Travailler moins pour vivre mieux »

La réduction du temps de travail est un axe important des propositions de Yannick Jadot. Et si le candidat des Verts ne s’est pas exprimé sur une mesure choc telle que la mise en place de la semaine de quatre jours, l’écologiste prône toutefois la création « d’un compte personnel de temps indemnisé utilisable tout au long de la vie active », sans donner plus de détails. Afin d’éviter d’imposer cette mesure comme cela a été fait avec les 35 heures, selon ses mots, il souhaite organiser une convention citoyenne pour réfléchir à ce sujet. « Cela pourrait permettre aux salariés de prendre six mois tous les cinq ans, ou un an tous les dix ans », a-t-il déclaré dans l’émission Face à BFM sur BFMTV.

Dans un deuxième temps, la tête de liste des écologistes souhaite s’attaquer à un sujet encore aggravé par la crise sanitaire et l’augmentation du télétravail : le burn-out. Face à « ce fléau », il propose de faire reconnaître la dépression et le burn-out comme des maladies professionnelles et propose le retour des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) dans les entreprises. Ce n’est pas tout : pour favoriser la santé au travail, Yannick Jadot suggère de rétablir une médecine du travail au service de la prévention en augmentant le nombre de visites et de bilans de santé. Les intervenants en prévention des risques professionnels (ergonomes, psychologues du travail, toxicologues…) pourraient se rendre plus régulièrement dans les entreprises.

Outre ces sujets, le candidats des Verts, souhaite augmenter immédiatement le Smic de 10% pour atteindre au moins 1 500 euros nets pendant sa mandature, abroger la réforme de l’assurance-chômage, offrir le droit au travail dès que des réfugiés ont déposé leur demande d’asile, instaurer un congé parentalde seize semaines réparti entre chaque parent dès le premier enfant, réduire les écarts de rémunérations et mettre en place un haut conseil à la lutte contre les discriminations. Concernant cette dernière proposition, Yannick Jadot insiste sur la nécessité de sévir contre les entreprises « qui pratiquent la discrimination à l’embauche ».

Enfin, s’il ne souhaite pas reporter l’âge légal de départ à la retraite, qui est actuellement de 62 ans, il prévoit « à toutes celles et ceux qui ont exercé des métiers pénibles de partir plus tôt ».

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement National (RN) : « Rendre aux Français leur pays »

Si pour la candidate du Rassemblement National le gouvernement s’est largement vanté d’avoir réussi à préserver la santé économique des entreprises françaises, cela s’est fait au détriment des salariés, qui, d’après elle, ne sont toujours pas payés à leur juste valeur. « Chacun le sait, je suis favorable à une hausse des salaires, trop longtemps empêchée par une immigration qui les a sans cesse tirés vers le bas », argue-t-elle dans une tribune publiée dans Les Échos, le 10 novembre 2021. Pour améliorer le niveau de vie des salariés, Marine Le Pen propose donc d’encourager une hausse de 10% des salaires pour les personnes gagnant jusqu’à trois fois le montant du Smic, qui serait exonéré de cotisations patronales.

Mais le cœur de son programme et la plupart des propositions de la candidate sur le travail sont d’abord destinés aux jeunes en études et/ou qui arrivent tout juste sur le marché de l’emploi. Marine Le Pen propose ainsi d’exonérer d’impôt sur le revenu tous les jeunes actifs jusqu’à 30 ans pour qu’ils restent en France et qu’ils décident de fonder une famille dans le pays ; de créer un chèque formation mensuel de 200 à 300 euros pour les apprentis, alternants et leurs employeurs et de supprimer l’impôt sur les sociétés pour les entrepreneurs de moins de 30 ans, pendant les cinq premières années de leur activité pour éviter leur départ à l’étranger. Pour la candidate, il ne s’agit pas là d’un cadeau fiscal, mais d’un « soutien sans faille aux Français qui travaillent et aux entreprises qui créent de la richesse ».

Petite singularité : contrairement aux autres candidats de droite, la présidente du RN souhaite abaisser de 62 à 60 ans l’âge légal de départ à la retraite à taux plein, avec 40 annuités pour toutes les personnes ayant commencé à travailler entre 17 et 20 ans. À ce sujet, elle dit vouloir indexer les pensions de retraite sur l’inflation et revaloriser à 1 000 € par mois l’allocation de solidarité aux personnes âgées, contre 652 € euros actuellement.

Emmanuel Macron, candidat d’En Marche ! : « Objectif : plein emploi »

Boosté par la diminution du nombre de chômeurs depuis le début de sa mandature, et ce malgré la crise sanitaire, l’actuel Président vise encore plus haut s’il est réélu en se fixant l’ambition d’atteindre le plein emploi d’ici à cinq ans. « Le plein emploi est atteignable. Il consiste à faire dans les cinq années à venir ce que nous avons fait ces cinq dernières années. C’est un objectif réaliste », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, le 17 mars.

Mais concrètement, comment compte-t-il s’y prendre ? D’abord, en réformant Pôle Emploi - qui serait renommé « France Travail » -, avec l’ambition de créer un guichet unique, où seraient réunies toutes les compétences (Pôle emploi, missions locales, conseils régionaux, Cap Emploi, communes, associations…), pour aider les demandeurs d’emploi à faire des bilans de compétences, trouver des formations et de meilleurs accompagnements vers le retour à l’emploi. Aussi, Emmanuel Macron envisage, comme la candidate des Républicains Valérie Pécresse, de conditionner le revenu de solidarité active (RSA) à une activité de quinze à vingt heures par semaine « permettant d’aller vers l’insertion professionnelle » et de poursuivre la réforme de l’assurance-chômage qui prévoit le durcissement des règles pour toucher le chômage et une dégressivité de l’allocation au bout de neuf mois, sans en préciser les nouvelles modalités. Enfin, il souhaite augmenter l’âge de départ légal à la retraite à 65 ans, en prenant en compte les carrières longues, l’invalidité et « la réalité des métiers et des tâches ». « Notre société vit plus longtemps, il est donc normal que nous travaillions plus », a-t-il justifié.

Pour les salariés en poste, le président candidat propose un triplement du plafond de la prime qui porte son nom et peut être versée par les entreprises à leurs collaborateurs, sans charges ni impôts, jusqu’à 2 000 euros pour les personnes gagnant jusqu’à trois fois le montant du Smic. Et concernant la lutte contre les discriminations à l’embauche, Emmanuel Macron envisage de systématiser les testing (une technique qui compare les résultats obtenus par deux types de candidats identiques à une exception près, la caractéristique testée pouvant être l’origine migratoire, le sexe…) dans les entreprises de plus de 5 000 salariés.

Jean-Luc Mélenchon, candidat La France Insoumise : « L’atteinte organisée du plein emploi, pas la distribution de miettes d’emploi »

Pour la troisième fois, le leader de la France Insoumise est parti avant tout le monde. Déclaré candidat à l’élection depuis novembre 2020, il a détaillé ses propositions dans son livre-programme L’avenir en commun (Éd Seuil). « Mon projet vise à doter les salarié.es d’un emploi stable et de conditions de travail décentes, libérant du temps pour prendre soin de soi, des siens et des autres », écrit-il en préambule.

S’il est élu, la première mesure à effet immédiat que Jean-Luc Mélenchon compte prendre : réhausser le Smic à 1 400 euros nets, soit une augmentation de 130 euros. Côté rémunération, il souhaite également fixer un salaire maximum autorisé afin de limiter l’écart de 1 à 20 « entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut dans une entreprise ». Il appelle également de ses vœux une instauration d’un quota maximal de contrats précaires dans les entreprises : 10% pour les TPE-PME et 5% dans les grandes entreprises. Il propose de titulariser les contrats précaires des trois fonctions publiques (hôpital, territoriale et État) dont il estime le nombre à 800 000.

Comme la plupart des candidats à gauche de l’échiquier politique, le candidat LFI prône une réduction du temps de travail. « Grâce à l’augmentation continue de notre productivité, nous avons besoin de travailler moins pour produire autant », explique Jean Luc Mélenchon. Face à ce constat, le député souhaite appliquer réellement les 35 heures en majorant les heures supplémentaires, de passer aux 32 heures pour les métiers pénibles ou de nuit, remettre en cause les autorisations de travail le dimanche, rétablir la retraite à 60 ans et généraliser une sixième semaine de congés payés.

Autre volet important de son programme sur le travail : la lutte contre les discriminations au travail. Le député souhaite « punir sévèrement le non-respect de l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes ». Pour cela, il propose la création d’une commission de contrôle salariée au sein des entreprises, ainsi que l’organisation d’une conférence sociale pour revaloriser « les métiers occupés majoritairement par les femmes dans les secteurs du soin, du lien et du contact ».

Valérie Pécresse, candidate des Républicains (LR) : « Le retour du travailler plus pour gagner plus »

Depuis sa victoire aux primaires de la droite, Valérie Pécresse ne cesse de rappeler que son principal atout est son sérieux. À l’écouter, elle ne ferait pas de promesse en l’air. Et le travail ne doit pas faire exception : si les salariés souhaitent gagner plus, il faudra travailler plus longtemps et libéraliser le temps de travail. Dès le printemps 2022, la candidate des Républicains souhaite entamer la réforme des retraites qui consistera à augmenter graduellement l’âge légal de départ à 65 ans, à horizon 2030. « Les Français savent que nous allons tous vivre plus vieux, plus longtemps, que la population active sera moins nombreuse face à la population des retraités, et que pour maintenir les retraites, il va falloir à terme travailler plus longtemps », a-t-elle expliqué sur France Inter. Le volet social ne s’arrête pas là puisque la candidate souhaite également poursuivre la réforme de l’assurance-chômage en renforçant la dégressivité des allocations après six mois, pour inciter les personnes sans emploi à reprendre une activité et mettre fin aux 35 heures après des négociations par branche ou par entreprise.

Plus détaillé que les autres candidats de droite, le volet travail de son programme insiste particulièrement sur sa volonté d’augmenter de 10% les salaires sur cinq ans, jusqu’à 2,2 Smic, soit les salariés qui touchent moins de 2 800 euros net par mois. Du côté de l’égalité des chances au travail, la candidate des Républicains a également promis d’organiser, si elle est élue, « une conférence des salaires avec l’ensemble des entreprises pour vérifier que l’égalité salariale femmes-hommes est une réalité ». Celles qui « ne respectent pas cette égalité devront faire des plans de rattrapage pour qu’à poste de responsabilité on gagne la même chose ». Enfin, elle souhaite durcir l’obligation d’emploi des personnes en situation de handicap, en renforçant les contrôles dans les entreprises et les associations.

Par ailleurs, avant qu’Emmanuel Macron ne se prononce à ce sujet, elle a été la première à parler de « conditionner le RSA à une activité ». En effet, si Valérie Pécresse est élue, les bénéficiaires du RSA devront donner « chaque semaine, quinze heures d’activité à la société », a-t-elle déclaré lors de son meeting à Paris, le 13 février.

Éric Zemmour, candidat de Reconquête ! : « En finir avec l’assistanat »

Depuis le début de la campagne, le candidat de Reconquête ! consacre une bonne partie de ses discours à critiquer l’assistanat qui « paralyse la France » : « Quand on se lève chaque matin pour aller travailler, on n’accepte pas que son voisin vive mieux que soi grâce à des aides sociales, sans avoir besoin de travailler », a-t-il lancé au cours de son meeting à Lille, le 5 février. Après les discours, les propositions : si l’on se plonge dans son programme, Éric Zemmour assure vouloir avant tout protéger les travailleurs français en luttant contre les délocalisations d’emplois et de services, en pénalisant les entreprises qui y ont recours dans l’attribution des marchés publics et en mettant fin au dumping social causé par la directive européenne sur les travailleurs détachés.

Deuxième point important pour Éric Zemmour, mettre fin « au scandale des salaires trop bas », avec la mise en place d’une « prime zéro charge, zéro taxe et zéro Urssaf qui pourra représenter jusqu’à trois mois de salaire net. Un treizième, un quatorzième voire un quinzième mois sans charge », sans chiffrer le coût de cette mesure. À chaque proposition, l’exonération des cotisations sociales revient et pour cause, le candidat « estime que c’est en baissant les impôts des sociétés que l’on pourra augmenter les salaires nets des travailleurs modestes », mais aussi recruter en CDI des jeunes sortis d’école. Côté dialogue social : le leader de Reconquête ! souhaite le simplifier en relevant le seuil de 50 à 250 salariés pour l’obligation de consultation du Comité social et économique (CSE), tout en maintenant les œuvres sociales et culturelles pour les entreprises d’au moins 50 salariés.

Enfin, si le candidat ne parle pas de risques psychosociaux, de sens, ni de bien-être au travail et très peu d’égalité femmes-hommes - lors d’une interview au magazine Elle, il a déclaré qu’ « à travail, métier, compétences et temps de travail égaux, il doit y avoir un salaire égal », sans préciser comment il souhaitait s’y prendre - il a tout de même pris position sur l’âge de la retraite. Éric Zemmour souhaite ainsi porter l’âge de départ de 62 à 64 ans d’ici 2030, en augmentant d’un trimestre chaque année, à partir de 2023.

Article édité par Clémence Lesacq ; Photo Thomas Decamps pour WTTJ

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