« Être pistonné ? Jamais ! » Et si on acceptait de se faire aider ?

Pourquoi et comment ne plus s'interdire le piston ?

Pssssittt… Vous prendriez bien un petit piston ? Que ce soit à travers notre réseau pro, notre famille ou via nos amis, on connaît tous quelqu’un qui a essayé de nous filer un petit coup de pouce dans notre recherche d’emploi. « Tu devrais appeler Martine, elle est RH chez X », « contacte Oncle Truc, PDG du Groupe Y »… Ce fameux « 06 » de la personne en or qui va nous ouvrir grand les portes de notre avenir professionnel. Oui, mais voilà, devant ce petit bout de papier sur lequel est inscrit ce numéro si précieux, on n’ose pas… C’est le blocage. Pourquoi hésitons-nous, au risque de laisser filer une belle opportunité ? Et comment faire sauter nos verrous psychologiques et user du piston sans complexe ? Réponses avec Vanessa Lauraire, psychologue du travail et psychothérapeute.

« Piston » : Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom

L’expression « se faire pistonner », provient du terme « piston », une pièce mécanique qui se trouve dans un moteur et transmet une pression. « On n’a pas choisi ce mot par hasard, remarque Vanessa Lauraire, le piston est un outil, une simple pièce mécanique qui exerce un mouvement, une pression. Selon notre interprétation, le piston est assimilé à une impulsion positive (un effet de levier) ou une pression excessive. » Pour autant, en mécanique comme au travail, le piston n’est qu’un moyen. « Un outil n’est jamais bon ou mauvais en soi. Ce n’est pas le moyen en tant que tel qui pose problème, mais l’usage qu’on en fait et l’intention qui nous anime », poursuite la psychologue, évoquant l’exemple d’un simple couteau. L’instrument n’est pas bon ou mauvais, c’est son usage et sa destination qui font de lui un ustensile de cuisine, ou une arme diabolique.

Piston, copinage, cooptation, réseau… « Il existe différents termes pour parler d’un seul système, reprend-elle. Mais tous ne revêtent pas la même connotation. Selon le mot employé, un même moyen emportera un jugement mélioratif ou péjoratif. » Ainsi, le fait d’utiliser son réseau ou de recourir à la cooptation est socialement accepté et même vivement recommandé. Tandis que le copinage évoque de manière négative l’entre-soi qui peut régner dans les hautes sphères de la société. Le piston souffre, lui aussi, d’un jugement péjoratif dans l’imaginaire collectif. « Il est perçu comme un passe-droit, une forme d’injustice sociale très mal venue dans un pays comme la France qui prône l’égalité des chances dans l’accès à l’emploi », analyse Vanessa Lauraire.

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Le piston défendu : quels blocages psy ?

Vanessa Lauraire identifie deux sources de blocages à l’échelle collective et individuelle : « Il y a les jugements personnels que l’on porte sur cet outil et les blocages existant au niveau collectif, relatifs à l’opinion négative de la société sur le piston. » Et dans un cas comme dans l’autre, on en vient à la conclusion que « le piston, ce n’est pas bien » et ainsi, on s’empêche d’y recourir. Petit tour d’horizon des blocages, plus ou moins conscients.

« Je peux me débrouiller tout seul »

L’égo est le premier bouclier qui se lève devant le piston. Il nous figure qu’on n’a besoin de personne et qu’on peut très bien se débrouiller seul. Un coup de pouce que l’on refuse pour satisfaire son besoin d’autonomie ou d’indépendance. « C’est l’idée que l’on ne veut rien devoir à personne, explique la psychologue. Que l’on est capable de se débrouiller seul. Or, la recherche d’emploi passe aussi par la rencontre et l’échange avec l’autre. »

« Je ne suis pas à la hauteur… »

Il y a aussi ce petit piston que l’on accepterait bien volontiers, mais qui nous intimide. « Je ne suis pas à la hauteur », se répète-t-on, ou encore « Et si on me recommande mais que je n’ai pas l’étoffe pour assurer derrière ? » Ce blocage-là soulève la question de la compatibilité objective entre l’emploi pour lequel on pourrait être pistonné et notre profil. Comme si le fait d’avoir recours à cette aide remettait en cause nos propres compétences. « Le piston n’est qu’un moyen, poursuit la psychologue, pas une fin en soi. Le but est de trouver un emploi qui correspond à notre profil, à nos compétences et motivations. Pour y arriver, il faut user de différents moyens : bâtir son CV, rédiger une lettre de motivation adaptée et communiquer sur sa démarche auprès de son réseau. Le mauvais piston serait celui dont on bénéficie pour un emploi dont on n’a ni les compétences, ni l’appétence. » »

« J’ai horreur du piston, je crois au mérite… »

Le rejet du piston peut également venir d’un jugement moral. Perçu comme une injustice sociale, le piston est jugé condamnable, contraire à nos valeurs. « Il repose sur la conviction que le travail s’obtient au mérite et à l’effort », reprend Vanessa Lauraire. « Je me suis fait tout seul », « je suis parti de rien », « j’en suis arrivé là, à la sueur de mon front… », revendiquent avec fierté les self-made-men/women. « Mais c’est un leurre, nuance la psychologue. Notre histoire, le milieu dans lequel nous avons grandi, l’éducation que nous avons reçue, tout cela nous a nécessairement construit. Directement ou indirectement, nous avons tous eu recours à notre réseau personnel. »

« Je ne veux pas être catalogué… »

Que l’on soit « fils de » ou non, le piston n’a pas bonne réputation. On se soucie toujours du « qu’en dira-t-on ? » La peur du regard des autres a tendance à nous pétrifier. « L’image sociale est sévère, explique Vanessa Lauraire. Elle se résume au fait de décrocher un job grâce au seul piston et non sur la base de ses compétences. L’idée même d’y recourir peut ainsi bloquer le plus compétent des candidats, qui ne se sentirait plus légitime, voire en faute, et aurait peur de se faire démasquer. Cette vision réductrice a des impacts négatifs sur l’estime de soi et la valeur que l’on se donne. »

Jugement moralisateur, peur de ne pas être à la hauteur, influence du regard des autres… Autant de blocages qui nous empêchent d’accepter un coup de pouce de notre entourage, surtout lorsqu’il s’agit du réseau personnel. Alors comment se laisser aider ?

Faire sauter les verrous du piston en 4 leçons…

« Tu t’es fait pistonner ? » Oui, et alors ? Pourquoi devrait-on en rougir ? Et pourquoi nous priver de cette opportunité professionnelle au motif que l’on est le fils, la nièce, ou l’ami de… ? Voici 4 conseils pour accepter un piston sans complexe et pour les bonnes raisons.

Remettre le piston au rang de moyen

La psychologue du travail recommande de déculpabiliser le recours au piston. « Le réseau personnel est un outil au service de la recherche d’emploi, assure-t-elle. Et ce, au même titre que le réseau professionnel, le parcours universitaire, la lettre de recommandation, ou l’expérience. Il s’agit donc de remettre le piston à sa juste place, c’est-à-dire, celle d’un simple levier dans la recherche d’emploi. »

L’examiner à la lumière de ses compétences

Au fond, piston ou non, là n’est pas la question. « Il est important de vous recentrer sur votre identité professionnelle au-delà de votre identité personnelle, suggère Vanessa Lauraire. Si vous en avez les compétences, vous êtes parfaitement légitime à vous positionner sur le job », poursuit-elle. Vous éprouvez quelques doutes ? « Alors posez un regard objectif sur votre parcours professionnel : faites la liste de vos compétences, de vos diplômes, de vos qualifications et expériences propose-t-elle. Puis, demandez-vous comment vous souhaitez user de vos relations personnelles comme professionnelles. »

Être proactif dans l’usage du piston

Vous avez accepté ce coup de pouce d’Oncle Truc ? Ne le laissez pas filer ! Gardez un œil sur la manière dont il est utilisé. « Soyez proactif dans l’usage de votre réseau personnel, insiste Vanessa Lauraire. Il faut rester maître de et dans sa recherche d’emploi et ne pas recourir à son réseau sans contrôler sa démarche. Le piston peut prendre diverses formes : du partage d’expériences le plus innocent, à l’usage abusif d’influence. » Contacter une personne dont le parcours vous inspire ou solliciter votre grande tante RH dans la boîte de vos rêves ne fait pas de vous un·e opportuniste aux dents longues, cela montre simplement que vous savez ce que vous voulez et que vous vous investissez pour atteindre vos objectifs ! En revanche, laisser votre papa virer le responsable marketing de sa boîte pour vous placer à son poste risque de vous jouer de mauvais tours…

Lever le tabou du piston et en parler !

Vous éprouvez un certain malaise à l’idée de solliciter votre réseau personnel ? Vous rechignez à accepter un coup de pouce d’un proche ? « Parlez-en, martèle la psychologue. Parlez-en à la personne concernée pour lui exprimer ce qui est juste pour vous, la questionner sur ses intentions et vous mettre d’accord sur la méthode ! Parlez-en aussi à votre conseiller Pôle emploi ou à l’Apec, votre coach, ou même votre meilleur·e ami·e, peu importe… Il ne doit pas y avoir de tabou. »

« Psssittt, vous prendriez bien un petit piston ? » Avant de répondre instantanément « sans façon ! », assurez-vous que vous ne portez pas sur cet outil un jugement hâtif. « Le mental humain ne peut s’empêcher de porter des jugements sur tout ce qui l’entoure, rappelle Vanessa Lauraire. Face à votre propre jugement, efforcez-vous de faire un petit pas de côté. Posez-vous, prenez du recul et restez ouvert pour envisager un autre angle de vue. » On ne sait jamais, ce petit piston pourrait bien receler une belle opportunité…

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Photo by WTTJ
Édité par Gabrielle Predko

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