10 mesures pour changer le monde du travail : les étudiants imaginent demain

Le monde du travail de demain, imaginé par des étudiants

Chaque génération arrive sur le marché du travail avec de nouvelles attentes et de nouvelles revendications. Vos arrières-grands-parents se sont battus pour permettre aux femmes de quitter les fourneaux. Vos grands-parents aspiraient à la sécurité de l’emploi et à une carrière stable. Et vos parents rêvaient d’un diplôme prestigieux et d’un gros salaire.

Depuis, les combats ont changé. Dans les couloirs des écoles et des universités, on entend parler d’environnement, de sens, d’expériences enrichissantes, de solidarité. La crise sanitaire a bouleversé les codes et permet d’imaginer un « monde d’après » très différent. Alors, si vous étiez ministre du Travail demain, que feriez-vous ? Quatre étudiants témoignent.

Spoiler alert : les (bonnes) idées ne manquent pas !

Diplôme et carrière : ce n’est pas la taille qui compte

Mesure n°1 : Proposer des stages de découverte des filières professionnelles dès le collège

« Le CAP is the new cool, raconte Alistair, étudiant en finance, en rigolant. Je vois beaucoup d’amis surdiplômés de mon grand frère se reconvertir dans l’artisanat. C’est bien la preuve que faire de grandes études n’est pas la voie royale pour s’épanouir. » La pression scolaire exercée sur vos aînés ne vous fait pas rêver, n’est-ce pas ? Pour vous, un métier épanouissant l’est seulement s’il résulte d’un choix conscient et s’il donne du sens à votre existence ? D’ailleurs, vous estimez que c’est au système éducatif de vous aider à trouver la voix qui vous permettra de vous réaliser, indépendamment de votre réussite scolaire. Et si vous aviez déjà tout compris ?

Mesure n°2 : Rendre l’alternance obligatoire à partir du lycée

Pour Camille, elle-même en alternance, il est nécessaire d’adapter le cursus scolaire pour permettre aux jeunes de découvrir plus tôt le monde du travail. « Quand on enchaîne lycée, puis cinq ans de fac, on n’a souvent aucune idée de ce que l’on va faire et de ce qui nous attend, observe l’étudiante. Au final, on commence sa carrière avec une vision un peu biaisée. » Pour vous, l’alternance n’est pas qu’une question d’indépendance financière, c’est avant tout l’occasion d’acquérir de l’expérience, de mettre en pratique vos connaissances et de faciliter votre insertion professionnelle. Et ça tombe bien, car de plus en plus d’entreprises partagent cet avis : en 2020, les contrats d’apprentissage ont bondi de 40% !

Mesure n°3 : Imposer des périodes d’immersion à chaque prise de poste

Pour Marius, étudiant moniteur-éducateur, les générations déjà en poste manquent de recul sur le quotidien et la réalité professionnelle de leurs collègues. « Dans la restauration par exemple, les serveurs et les cuisiniers sont régulièrement en conflit, par incompréhension de leurs contraintes respectives. Si on pouvait vivre le métier d’un autre pendant quelques jours, on se rendrait mieux compte de ce que l’on peut demander ou non », pense-t-il. Dans le monde du travail de demain, vous pensez crucial qu’un directeur d’Ehpad ait vécu le quotidien d’un soignant, idem pour un responsable marketing ? Assurément, une bonne mesure !

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De la flexibilité et des sourires, s’il-vous-plaît

Mesure n°4 : Intégrer la possibilité de faire du télétravail à tous les contrats, pour les métiers de bureau

« J’aimerais que le télétravail ne soit plus vu comme une occasion de rien faire. Aujourd’hui, on voit que si les employés sont engagés, ça marche », revendique Lorette, étudiante en design. Un avis que partage également Camille, étudiante en communication digitale en alternance : « Hier, j’ai bossé depuis le rooftop de mon entreprise et j’ai adoré. J’aime l’idée de pouvoir décider de travailler depuis la terrasse d’un café, sur mon canapé… ou même à New York, si j’en ai envie. » Des témoignages qui confirment les résultats d’une étude du cabinet d’audit PwC publiée en octobre 2020 : les jeunes de 19 à 28 ans recherchent la flexibilité, un travail intéressant et stimulant plutôt qu’un salaire important.

Mesure n°5 : Accompagner et soutenir les changements de carrière

Votre génération se rêve salariée, puis freelance, salariée à nouveau, pour terminer entrepreneur. Ce que vous voulez ? Mille vies professionnelles en une seule. « Je n’imagine pas du tout faire le même métier toute ma vie, argue Alistair. Avec des compétences en finance, je sais que je peux commencer ma carrière en entreprise, puis me lancer dans n’importe quel autre projet entrepreneurial par la suite. Et qui sait, peut-être que je reprendrai le commerce de mes parents quand ils partiront à leur retraite ? » Pour cela, vous attendez du gouvernement des informations claires sur les dispositifs de formation et de soutien financier pour effectuer ces transitions de façon fluide. Elisabeth Soulié, auteur de La génération Z aux rayons X, confirme cette tendance. Pour elle, étudiants et jeunes en 2021 n’anticipent pas leur carrière de manière linéaire, mais cherchent à vivre des expériences multiples qui permettet de développer tout son potentiel. De véritables couteaux suisses !

Mesure n°6 : Imposer des formations au « vivre ensemble » en entreprise

Parce que la collaboration est aussi importante pour vous que la performance, vous pensez indispensable de donner à tous les clés d’une communication plus saine. « Ces formations ne sont pas simplement utiles, elles sont nécessaires, estime Lorette. J’ai l’impression que beaucoup d’entreprises placent le profit avant les relations sociales, alors que je suis convaincue que l’on est plus productif dans un environnement bienveillant. » Le « monde du travail d’après » sera-t-il celui de l’altruisme et de la gentillesse ?

La solidarité et la planète d’abord

Mesure n°7 : Imposer un écart maximum entre le plus haut et le plus bas salaire d’une entreprise

Entre 2008 et 2018, l’écart entre les plus hauts et les plus bas salaires est passé, de 2 000 à 2 500 euros en moyenne. Une différence qui continue à se creuser et génère des tensions à l’échelle de l’entreprise, comme de la société. Ainsi, Marius souhaite voir disparaître les écarts de salaires démesurés en mettant en place une politique de salaires proportionnels : « Je pense que les différences de salaires trop importantes créent un sentiment d’injustice. Un dirigeant ne devrait pas gagner 20 fois plus qu’un ouvrier. Il faudrait réfléchir à un coefficient multiplicateur cohérent. Ainsi, si un cadre avec un haut salaire décide de s’augmenter, il tirerait vers le haut tous les petits salaires », imagine le jeune homme.

Mesure n°8 : Mettre fin à l’esclavagisme moderne et les « travailleurs du clic »

Du livreur de repas à domicile à ceux qui acceptent des micro-tâches pour quelques euros, certains travailleurs vivent d’une activité précaire, isolée, sans prise sur leur environnement de travail. Pour endiguer le phénomène, vous attendez du gouvernement un cadre légal clair et un niveau de revenu minimum pour la réalisation de ces micro-tâches. « On fait croire aux gens qu’ils sont entrepreneurs, libres, alors qu’ils dépendent des plateformes. Ils ont tous les désavantages de l’entrepreneuriat, sans les avantages », souligne Marius. Invisibles, sanctionnés sans explications, mis en concurrence… Ces travailleurs sont loin de refléter le monde du travail bienveillant et épanouissant dont vous rêvez.

Mesure n°9 : Rendre obligatoire la publication d’un bilan RSE et encourager les mesures socio-environnementales des entreprises

Selon une étude du Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de vie (Credoc), publiée en janvier 2020, les préoccupations environnementales arrivent en tête des tourments des 18-30 ans. C’est pourquoi vous attendez que votre future entreprise s’engage et le prouve. En parallèle, vous multipliez les idées pour réduire votre impact environnemental, à l’image de Lorette qui rêve de voir les entreprises co-construire ou financer des « cuisines collectives ». « J’aimerais que chaque quartier dispose de cuisines partagées, comme dans les résidences universitaires. On pourrait cuisiner plutôt que commander des plats à emporter. Et cela obligerait chacun à prendre de vraies pauses déjeuners, ce qui nous rendrait sans doute plus productifs au final. » Prêt(e) pour une salade vegan entre collègues ?

Mesure n°10 : des CV anonymisés pour tous

Comment mettre fin aux discriminations de genre et d’origine ? Pour vous, cela doit (malheureusement) passer par des mesures restrictives. « Je crois que le souhait de tout le monde, c’est une égalité basée sur du bon sens, et pas sur des obligations… Malgré tout, et tant que l’éducation ne permet pas de stopper les discriminations, je pense que le CV anonymisé serait une manière efficace de lutter contre les abus. En même temps, a-t-on vraiment envie de travailler dans une entreprise qui nous aurait discriminé pour qui nous sommes ? », questionne Marius. Le CV anonyme, une bonne idée trop vite enterrée, à remettre au goût du jour.

Une récente étude du cabinet BCG appuie les attentes de nos quatre étudiants. Ainsi, 76% d’entre vous considèrent que votre futur poste doit être en accord avec vos valeurs, et près de 2/3 des personnes sondées estiment que ce qui les rendrait le plus fier dans leur activité professionnelle serait « d’avoir été utile, d’avoir apporté des changements positifs à la société ». En soulevant de nombreux dysfonctionnements dans le monde des entreprises, la crise sanitaire est l’occasion d’imaginer un futur meilleur… à l’aide de vos idées, fraîches et novatrices. Et vous, comment rêvez-vous le monde du travail de demain ?

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Photo by WTTJ
Édité par Romane Ganneval

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