Alessandra Sublet : « J’écris pour dire : l’audace paie »

Alessandra Sublet : « J’écris pour dire : l’audace paie »

Ça veut dire quoi, “réussir” ? Pour Alessandra Sublet, en tout cas, certainement pas ressembler un jour à une princesse Disney. Dans son deuxième livre, J’emmerde Cendrillon ! (publié en mai 2021 aux Ed. Robert Laffont), l’animatrice télé au parcours atypique - certains diront un brin chaotique ! - bât en brèche le mythe de la “femme parfaite” au “parcours parfait”. D’une plume franche, elle livre des bribes de sa vie, personnelle comme professionnelle, pour tisser un long récit sur les notions de réussite et d’échecs nécessaires, de chance et de travail acharné. Deuxième livre après “T’as le blues, baby ?” (2013), sur le baby blues, la quadra signe un “anti-manuel de réussite” à l’usage de tous·tes, assurant que la seule vertu de la notoriété est celle de pouvoir écrire haut et fort ce que chacun vit tout bas. Rencontre avec une femme convaincue que oui, tant qu’il y a de l’envie… tout est possible.

Au début de votre livre vous écrivez : “J’ai ressenti le besoin de parler de la réussite”. D’où vient-il ce besoin et qu’est-ce que c’est, pour vous, la réussite ?

Ce n’était pas vraiment un besoin personnel mais ça répondait plutôt à des questionnements que beaucoup de gens se posaient autour de moi, justement sur cette question : c’est quoi réussir ? Et est-ce qu’on peut réussir quel que soit l’endroit d’où l’on vient, quelle que soit notre situation financière etc. ?… Moi, j’avais envie de répondre que oui, on peut tous réussir. Puisque la réussite, pour moi, c’est le juste équilibre entre l’épanouissement personnel et professionnel.

Réussir n’est pourtant pas si facile… Il y aurait une recette magique ?

D’où que l’on vienne, on peut réussir tant qu’on a une envie. C’est le point de départ : on ne réussit jamais aussi bien que lorsque l’on fait ce que l’on aime. Ça, il n’y a pas de débat là-dessus. Parce que j’ai rencontré plein de gens qui ont su, avec leurs moyens du bord, aller vers leur propre réussite. Après, c’est sûr que ça demande beaucoup de travail, de questionnements et de doutes aussi. Et vous voulez que je vous dise ? Beaucoup d’échecs. Parce qu’on ne réussit pas sans. Et c’est un peu pour répondre à tout ce que j’entendais sur la réussite que je me suis dit : comme je suis ni coache, ni psy, rien de mieux que ma propre expérience pour expliquer par A + B pourquoi c’est possible.

Vous “emmerdez” Cendrillon… Votre définition de la réussite est-elle différente de celle que la société nous donne ?

Je ne sais pas… Que nous donne-t-elle comme modèle de réussite, la société ? Se marier, avoir des enfants et un boulot, c’est ça la réussite ? Moi je pense que la réussite de l’un n’est pas forcément celle de l’autre. Certains auront une exigence personnelle plus forte que professionnelle, ou le contraire. C’est à chacun de comprendre ce dont il a envie, le chemin qu’il veut prendre.

Vous revenez sur votre jeunesse et on comprend que jusqu’à très tard, vous n’aviez aucune vocation, aucune idée de “quoi faire plus tard”… C’était vraiment le néant ?

Ha oui, c’était vraiment le néant ! Mais je vais vous dire : on est beaucoup comme ça. C’est très dur de trouver sa vocation d’entrée de jeu. Alors il y en a qui en ont, et c’est super… Mais en l’occurrence, moi non. Et d’ailleurs c’est fou à quel point les parents peuvent mettre la pression là-dessus. Alors que ce n’est pas grave de faire des petits jobs en attendant.

Vos parents ne s’en sont pas inquiétés ?

En tout cas, ils ne m’ont jamais mis la pression. Ils voyaient bien que, à ma manière, je prenais les devants… Par contre, la règle était claire : on ne va pas t’entretenir. Du coup, il fallait trouver. Aussi, j’ai été élevée avec certaines valeurs : mes parents et mes grand-parents sont des besogneux… Ils vendaient des caravanes et des camping-cars, ils partaient le matin à 7h et ils rentraient tard le soir. Je les ai beaucoup vu travailler, mais à aucun moment je ne les ai entendu dire : “J’aime pas ce que je fais”. Ils ont monté leur société, ils étaient motivés et ils ne doivent rien à personne… Et ce principe de n’avancer que par soi-même, juste par l’effort, ça a traversé mes jeunes années donc ça reste forcément après.

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Élève pas particulièrement studieuse, vous racontez la scène de votre rattrapage du Bac, où on découvre une certaine part de culot dans votre personnalité !

(Rires) Je repassais mon Bac, et il me manquait un seul point, en géographie… J’avais fait l’impasse sur le Brésil et évidemment mon examinateur m’interroge dessus, en me demandant de placer Fortaleza sur la carte. Comme je savais que c’était perdu d’avance, j’ai été totalement honnête et je lui ai dit : “Ecoutez, je ne sais pas où ça se trouve, mais en l’occurrence moi j’ai déjà redoublé mon Bac et si vous me donnez pas ce point-là, je ne sais pas trop ce que je vais faire parce que c’est mon passeport pour la liberté…” Et j’ai cette phrase dont je me souviendrais toute ma vie : “Ça ne changera rien pour vous, et puis entre nous, les Brésiliens n’en sauront jamais rien.” Et je pense que pour le coup, c’est vraiment l’audace qui a payé. Il a sourit en coin et… il m’a donné ce point. C’était le bon moment, le bon endroit, et heureusement qu’il y a des gens comme ça. Parce que j’aurais fait quoi, j’aurais redoublé ma Terminale une seconde fois ?…

Par la suite, vous choisissez votre premier boulot “pour vous marrer” : vous vous improvisez GO voile au Club Med. Alors que vous n’avez pas de notion en navigation… C’est le premier mensonge sur un CV, avant celui pour entrer chez Emap quelques années plus tard. Dans un pays où la formation et l’école sont si importantes, c’est okay, le mensonge pour décrocher un poste ?

Il n’y a pas longtemps, une mère de famille m’a dit : “Mais attendez, moi je ne peux pas conseiller à ma fille de mentir.” Et je lui ai répondu : “Imaginez : demain, votre fille choisit une voie et fait une école, sauf qu’au bout de deux-trois ans elle se rend compte que ce n’est pas sa vocation et qu’à côté il y a le poste de ses rêves qui est à pourvoir mais qu’elle n’a pas fait les études pour… Vous allez lui dire quoi ? Continue dans cette voie ma chérie parce que c’est trop tard tu as choisi ? Ou vous allez lui dire : tente ta chance et puis tu verras bien ? Moi, si c’était ma fille, je lui dirais de tenter… Et à ce moment-là, oui, tous les moyens sont bons.” Parce que ce n’est pas un mensonge qui fait du mal en fait. Et d’ailleurs, que ça soit GO voile ou Responsable Marketing chez Emap plus tard, mes deux recruteurs ont compris que c’était un mensonge, pourtant ils m’ont reçu et j’ai eu les postes… Je n‘écris pas pour dire que mentir c’est bien, j’écris pour dire : l’audace paie.

Vous avez été hôtesse, jeune fille au pair, fait des visites pour une agence immobilière… Et puis à un moment, vous avez quand même eu une ombre de vocation : celle de devenir journaliste. Pourquoi ?

Parce que je voulais voyager ! Je voyais les reporters à la télévision et je me disais : “Ah c’est cool, ils doivent apprendre plein de choses et en même temps ils voyagent !Ce mélange de curiosité assouvie et d’aventures, ça me donnait envie. Mais après, c’est sûr que l’inscription à l’Ecole de journalisme m’a soignée ! (Elle quitte le banc de l’école après une demi-journée, confrontée à un monde qu’elle juge “trop étroit”, ndlr.) Et c’est drôle parce que j’ai rencontré des grands reporters par la suite, et en fait la plupart n’avaient pas forcément fait de grandes études ! Eux-aussi, ils l’ont fait un peu à l’audace en fait !

Avec votre parcours atypique, un peu slasheuse avant l’heure, vous expliquez que vous faites désormais des conférences à Sciences Po sur la réussite professionnelle et le parcours de vie qui va avec !

Oui, c’est un peu l’ironie de l’histoire ! Quand j’ai demandé pourquoi ils voulaient que j’intervienne, ils m’ont dit que j’avais un parcours intéressant, que c’était une ouverture d’esprit pour leurs étudiants, etc. C’est là que j’en ai pris conscience je crois. Et ces conférences sont géniales, parce qu’on échange sur énormément de choses. La première question que je pose aux élèves c’est toujours : “Qu’est-ce que vous avez envie de faire ?” Et bien la moitié de la classe ne sait pas. Donc même s’ils sont dans une bonne école, leur dire : “c’est pas grave, parce que vous finirez par trouver et qu’il faut essayer plein de choses avant de trouver”, et bien c’est plutôt salvateur pour eux. Surtout qu’ils sont dans une école où on leur répète “qu’ils sont l’élite” à longueur de journée, donc ça leur fout une pression avant même de commencer

Je pense sincèrement que si chacun se prenait vraiment la tête sur ce qu’il a réellement envie de faire, il irait tous les matins au boulot avec une patate d’enfer. Et ça, personne ne me fera changer d’avis.

Votre premier stage dans un média, vous le décrochez aux Etats-Unis alors que vous êtes jeune fille au pair : vous devenez fichiste pour MTV. Vous expliquez alors que la culture américaine a fortement résonné en vous. Pourquoi ?

Parce que les Américains misent sur l’ambition - qui n’est pas un défaut ! - ainsi que sur l’envie. Quelqu’un qui réussit aux Etats-unis c’est quelqu’un de bien, alors qu’en France on voit parfois la réussite d’un mauvais œil… Je ne dis pas que tout est irréprochable chez eux, mais professionnellement, ils vous mettent dans une fusée Ariane et si vous êtes câblé pour, ça vous pousse comme jamais. Vraiment. Moi, ça me correspondait, et c’est vraiment à New York que j’ai enfin trouvé ce qui m’animait. Après ce stage, quand j’ai dû rentrer en France, j’ai su que c’était ce que j’avais envie de vivre tous les jours. J’ai rencontré mon métier d’animatrice à ce moment-là, et je me suis mise à passer des castings.

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Il y a plusieurs tirades sur la chance tout au long du livre. Vous êtes de celles·ceux qui pensent que la chance, ça se crée ?

Dans le livre, je raconte cet épisode dans les coulisses d’une émission, où un comportementaliste me dit : “le mouvement crée la chance”. Et en fait j’ai compris que c’était vrai. À un moment, si on est à fond sur ce qu’on fait et qu’on se met en mouvement, et bien oui, il y a forcément des opportunités qui passent. Donc ces opportunités, il faut les attraper au vol et essayer d’en faire quelque chose.

À vous lire, on comprend qu’“en faire quelque chose”, ça veut dire travailler comme une acharnée quand il le faut, non ?

Évidemment ! C’est le passage où je raconte que j’appelle tous les jours les boîtes de prod, pendant deux mois, pour décrocher mon premier casting. Il est évident qu’en fait, lorsque vous avez trouvé votre voie, que vous savez ce que voulez faire, l’acharnement et le travail sont la priorité. Il n’y a pas un seul cas où ça tombe tout seul du ciel ! Je pense sincèrement que si chacun se prenait vraiment la tête sur ce qu’il a réellement envie de faire, il irait tous les matins au boulot avec une patate d’enfer. Et ça, personne ne me fera changer d’avis. Parce que tous les gens que j’ai interviewés et qui sont heureux dans ce qu’ils font, ce sont des gens qui se sont donnés les moyens pour faire ce dont ils rêvaient. Et à côté de ça, je rencontre encore trop de gens qui n’aiment pas ce qu’ils font, et je trouve ça fou… Et certains vont vous dire : “Ah oui, mais toi t’as de la chance…” Mais non ! J’ai su saisir des opportunités et j’ai travaillé pour. C’est toute la différence.

Si vous commencez à vivre avec plus de regrets que de remords, c’est fini. C’est inenvisageable pour moi de vivre comme ça. Donc je préfère tenter et me planter.

Vous parliez également de l’importance de l’échec au début de notre entretien… Il n’y en a n’a pas un seul que vous auriez tout de même aimé éviter ?

Non, et pourtant il y en a sûrement beaucoup… Mais en vérité, ceux sont eux qui vous forgent. Ils vous permettent de vous remettre en question, et c’est nécessaire pour avancer. Quelqu’un qui me dit : “tout est parfait, je ne me remets pas en question”, je me dis plutôt qu’il y a un problème… L’échec est important, ça va avec la vie quand on prend des risques et qu’on a envie d’avancer. D’ailleurs, c’est un peu pour cela aussi que je dis n’avoir aucun regret. Parce qu’en réalité, j’ai toujours fait ce que je pensais être bien. Alors oui parfois je me suis plantée, mais je ne peux pas regretter mes plantades puisque c’est ce qui fait que j’ai rebondi ensuite ailleurs. Si vous commencez à vivre avec plus de regrets que de remords, c’est fini. C’est inenvisageable pour moi de vivre comme ça. Donc je préfère tenter et me planter.

Vous expliquez vers la fin du livre que votre plus belle aventure d’animatrice a été “C à vous” sur France 5 (2009-2013). Pourquoi et est-ce que ce n’est pas frustrant, dans ce cas, d’avoir arrêté ?

Non, car c’est moi qui ai voulu arrêter. Quand j’ai lancé cette émission elle avait 45 000 téléspectateurs, et quand je suis partie elle était à un million… Je me suis demandée : “est-ce que j’ai encore quelque chose à apporter ?” et je me suis dit que non. C’est comme un challenge, la fin d’une mission quelque part… Donc c’était une aventure humaine exceptionnelle, mais encore une fois sans aucun regret.

Votre réussite est également émaillée de quelque chose d’encore plus surprenant : les bourdes. Est-ce vraiment un atout ?

J’en parle parce que ça fait vraiment partie de moi, et que quand on fait plus de six ans de direct, on fait forcément des erreurs… J’en parle aussi pour déculpabiliser les gens : ça arrive de faire des erreurs, de dire des choses qu’on n’aurait pas dû dire… Ce n’est pas grave. Et la preuve c’est que moi ça m’a plus apporté qu’autre chose au final. Par exemple, ma bourde avec François Hollande (En 2009 sur le plateau de C à vous, Alessandra Sublet interroge le futur Président sur “le regard que porte sa maman sur sa carrière”, alors que celle-ci est décédée, ndlr.), elle m’est finalement bénéfique parce que quelques années plus tard, en 2012, François Hollande revient sur le plateau de C à vous à l’entre-deux tours de la Présidentielle, alors qu’il ne fera aucune autre émission…

Vous racontez qu’une autre rencontre, avec Valéry Giscard d’Estaing cette fois, sera celle à qui vous devez finalement votre “décontraction totale” à l’antenne…

Oui. Nous devions le recevoir et il demande expressément à ce qu’on lui prépare une pizza parce qu’il est “membre de la confrérie des pizzas”… Moi j’étais affolée : on réalisait des mets merveilleux tous les soirs, on ne pouvait quand même pas lui servir une pizza… Et en fait, il était totalement à l’aise, il mangeait sa pizza à la main, tranquillement… Après l’émission, j’avais reçu un petit mot écrit de lui : “Cultivez votre différence, c’est ce qui fait votre singularité”. Quand quelqu’un comme Valéry Giscard d’Estaing vous dit ça, avec une telle expérience qui peut légitimer ses propos c’est… ça n’a pas de prix. Quand j’ai reçu ça, j’ai compris que j’avais raison d’être ce que j’étais. De ne pas me travestir, de ne pas mettre de masque, de poser des questions cons, oui, parfois… C’est un processus très long pour s’accepter tel que l’on est, mais c’est définitivement nécessaire pour y arriver.

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Photos TF1/Benjamin Decoin

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