Très ambitieux ou trop carriériste : comment trouver l’équilibre ?

Ambition : comment en avoir, sans passer pour trop carriériste ?

« Beaucoup des plus grandes réalisations de l’Homme sont le produit ou les accidents de son ambition », explique le psychiatre Neel Burton dans Heaven and Hell: The Psychology of the Emotions. Dans la culture orientale, l’ambition est pourtant vue comme un vice, qui nous attache à ce qui est matériel et nous détourne de la spiritualité, de la vertu, de la sagesse. En Occident en revanche, elle est saluée comme une condition indispensable au succès. Mais entre une ambition saine et un carriérisme corrosif, la frontière est fine. Comment développer son ambition sans franchir la ligne rouge ?

Ambition et carriérisme : docteur Jekyll et Mister Hyde ?

Ambition et carriérisme sont les deux visages d’une même volonté d’aller au-delà de ce que l’on possède déjà. Pour autant, ils ne doivent pas être confondus. L’ambition peut être définie comme l’envie ardente de réussir ou de se distinguer. Elle est étroitement liée à la quête du succès, mais aussi à la détermination, indispensable pour y parvenir et faire face à l’adversité. « L’ambition est 360°. Elle s’applique évidemment à la vie professionnelle, mais pas uniquement. Certains ont l’ambition d’entrer dans une grande école, d’autres veulent changer le monde, s’accomplir en tant que sportif ou encore développer des compétences particulières », explique Sandra Le Grand, auteur du livre Ambition et co-fondatrice de Yapuka.

Le carriérisme, en revanche, est la propension à poursuivre l’avancement professionnel, le pouvoir et le prestige, indépendamment de la performance qui est jugée nécessaire pour l’atteindre. Il tient sa connotation négative des coups bas et autres joyeusetés auquel il pousse (parfois) dans le monde de l’entreprise. Le carriériste n’est pas étouffé par l’éthique, c’est avant tout un pragmatique.

Le carriérisme est souvent une réaction à certaines méthodes de management qui récompensent le mérite individuel au détriment de la réussite collective. Il ne s’agit plus alors d’être excellent dans son travail, mais de le faire croire. Le carriériste l’a compris. Il est capable de déployer une énergie phénoménale pour briller auprès de celui qui tient sa promotion entre ses mains. Plutôt que de joindre ses efforts au travail collectif, il a tout intérêt à la jouer solo, rester dans la lumière et faire mousser chacune de ses initiatives. Une attitude toxique pour toute l’organisation car elle peut décourager ceux qui participent réellement à l’effort collectif et n’en récoltent que les miettes.

Naît-on ambitieux ?

Est-ce qu’une personne ambitieuse voulait déjà courir plus vite que tous ses copains de crèche ? Dans un article qui a fait la couverture du Time Magazine en 2005, l’anthropologue Edward Lowe explique que l’ambition est un produit de l’évolution. La nature humaine a toujours poussé certains individus à vouloir davantage. « La conscience du prestige est éminemment humaine, ajoute-t-il. Très peu d’individus sont capables de se contenter de ne plus avoir faim, soif et de se sentir en sécurité » (les conclusions d’Edward Lowe ont été tirées avant le développement de Netflix, ndlr.)

De l’anthropologie à la science, de nombreux spécialistes cherchent à résoudre l’équation de l’ambition… qui cache encore de nombreuses inconnues. Capacité à rebondir après un échec, colère, sentiment d’infériorité ou de supériorité et réussites passées, autant d’éléments qui façonnent petit à petit notre envie de vouloir plus que ce que l’on a. Des chercheurs de l’Université de Washington ont étudié un trait qu’ils appellent la persistance - c’est-à-dire la capacité à rester concentré sur une tâche jusqu’à ce qu’elle soit terminée - qu’ils considèrent comme l’un des moteurs essentiels à l’ambition. Mais la génétique est-elle le seul facteur en jeu ? D’autres études mettent en avant le rôle de l’éducation et du niveau social. D’après celles-ci, c’est la classe moyenne supérieure qui produirait la plus grande proportion de personnes ambitieuses. Pourquoi ? Edward Lowe nomme « l’anxiété de statut » ce sentiment qui se développe lorsqu’un individu se sent raisonnablement en sécurité d’un point de vue économique, mais pas pour autant à l’abri d’une mauvaise passe. Pour ces classes moyennes supérieures, l’ambition devient alors le meilleur moyen de s’installer durablement dans le confort. Une situation très différente aux deux extrêmes de l’échelle sociale : « Pour les personnes les plus pauvres, qui se battent pour payer leur facture d’électricité et de téléphone, l’ambition est souvent un luxe. Pour les riches, elle est souvent inutile », explique l’étude.

Comment se montrer plus ambitieux (sans rayer le parquet de l’open-space) ?

L’ambition est un puissant moteur de motivation, capable de donner l’énergie nécessaire pour réaliser ses objectifs et s’accomplir. La motivation est étroitement liée à la production de dopamine, qui booste le cerveau pour réaliser une action donnée. L’ambition donne ensuite une direction commune à tous ces shoots de motivation. Alors, comment trouver la juste mesure entre ambition et carriérisme ? D’après Sandra Le Grand, l’ambition est une soft skill qui se travaille au même titre que les autres : « C’est un état d’esprit et une façon de voir les choses qui se forgent dans la vie personnelle puis se diffusent dans la vie professionnelle. » Alors, comment développer une ambition saine ? Quatre conseils de Sandra Le Grand.

1. Formaliser ses objectifs et les étapes pour y parvenir

« L’ambition est la traduction d’une vision. Et une vision ne se réalise pas en un jour », explique Sandra Le Grand. Coller un post-it « Bientôt, c’est moi le boss » sur votre frigo n’est pas suffisant (et c’est dangereux si vous invitez votre chef à dîner.) Il faut également détailler toutes les étapes, les moyens et les ressources – en termes de temps, de compétences, de travail d’équipe, etc. – nécessaires pour y parvenir.

Pour bien formaliser un objectif, rendez-le concret en le contextualisant au maximum : « Je veux devenir directeur marketing » devient ainsi « Je veux devenir directeur marketing d’une start-up en croissance dans l’univers de l’agroalimentaire d’ici 5 ans. » Ainsi, les différentes étapes pour l’atteindre apparaîtront d’elles-mêmes : rejoindre une start-up pour comprendre le fonctionnement d’une structure de cette taille, suivre un MOOC pour compléter vos compétences en marketing, participer à des événements sur l’agro-alimentaire pour développer votre réseau dans ce secteur, trouver un mentor pour vous coacher en management, etc. Enfin, identifiez le premier petit pas vers votre objectif. Celui qui est suffisamment facile à faire pour vous mettre en piste tout de suite… et qui lancera la machine !

Savoir faire avant de faire savoir

En entreprise, il est primordial de savoir mettre en valeur ses accomplissements pour progresser dans sa carrière. Pour autant, le principal écueil du carriériste est de le faire au détriment des autres ou de la vérité. « Il n’y a pas d’ambition sans travail. Une ambition se construit pas à pas, sans prendre de raccourcis, et généralement avec l’aide d’autres personnes. Ensuite seulement, il est important de faire savoir son succès et de célébrer les réussites avec ceux qui y ont contribué », prévient Sandra Le Grand.

Vous porter volontaire pour présenter au terrifiant COMEX le projet sur lequel toute votre équipe travaille depuis des mois est très courageux. Mais assurez-vous d’avoir suffisamment mis les mains dans le cambouis pour être légitime et sachez mettre en avant le travail de chacun. Bref, partagez les lauriers. Sans quoi vous passerez pour un opportuniste. Et l’admiration que l’on pourrait vous porter pour avoir prononcé 7 fois “projet disruptif” sans bafouiller… s’effacera face à l’aigreur (méritée) de vos collègues.

3. Se faire un « tableau de mentors »

La meilleure façon de tenir le cap sans perdre de vue ses valeurs est d’avoir des modèles à suivre. « Sélectionnez quelques personnes – connues ou non – dont vous admirez les parcours, puis notez les qualités qui vous inspirent chez chacune d’entre elles. C’est le meilleur moyen de vous motiver à vous dépasser tout en restant sur le bon chemin », recommande Sandra Le Grand.

S’inspirer des histoires de vie de personnes ordinaires ou extraordinaires peut vous offrir une feuille de route dans votre quête personnelle. C’est l’ambition du site Academy of Achievement qui propose un moteur de recherche vous permettant de découvrir des personnalités inspirantes répondant à votre propre ambition : « Vous cherchez des parcours de personnes qui veulent aider l’humanité, avec une personnalité timide/introvertie et qui ont dû faire face à un emprisonnement/des persécutions ? Félicitations, 90 personnes correspondent à votre recherche ! »

4. Conjuguer au collectif

« Les résultats d’une équipe sont toujours supérieurs à la moyenne des résultats individuels, rappelle Sandra Le Grand. Aujourd’hui, l’ambition est plus facilement acceptée quand elle est positive, partagée, collaborative ». Dans une organisation, votre ambition doit parfois se redessiner et s’adapter, au carrefour de vos envies personnelles, des objectifs de votre équipe et de la vision de l’entreprise.

« Tu es le meilleur de l’équipe mais l’équipe est meilleure sans toi », expliquait Aimé Jacquet à Eric Cantonna en 1996. Un exemple que reprend souvent Virginie Guyot, leader de la Patrouille de France, pour expliquer pourquoi elle ne sélectionne pas les pilotes qui sortent du lot d’un point de vue professionnel, mais ceux qui savent se remettre en cause et contribuer à la dynamique collective. Car le partage d’un même objectif est le premier facteur de succès pour développer la performance de l’entreprise et dépasser les problématiques uniquement personnelles.

L’ambition saine, le secret de ceux qui réussissent ? Jim Collins, auteur de Good to Great, a conduit de nombreuses recherches autour du succès avant d’arriver à un constat : les entreprises au succès durable sont toutes dirigées par le même type de leaders, des dirigeants décrits par d’autres comme personnellement humbles mais aussi particulièrement ambitieux et motivés. Il n’est pas indispensable de piétiner les autres pour réussir, bien au contraire. Il suffit de choisir la bonne voie. « Les personnes avec un haut degré d’ambition saine sont celles qui ont la perspicacité et la force de contrôler les forces aveugles de l’ambition, en la façonnant de façon à ce qu’elle corresponde à leurs intérêts et idéaux, conclut Neel Burton. Ils l’utilisent pour flamboyer, sans pour autant brûler ceux qui les entourent. »

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Photo by WTTJ

Marlène Moreira

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