« L'enfer, c'est les autres. Je déteste le travail en équipe » Témoignages

  • November 5, 2019

Le travail d’équipe est une expression galvaudée pour les uns, un oxymore pour les autres et un idéal pour beaucoup d’entreprises. Pour qu’il prenne tout son sens, le travail en équipe doit aller au-delà du rassemblement d’individus. L’objectif est l’émulation collective, créative, intellectuelle, puisque comme le dit le proverbe « Tout seul on va vite, mais ensemble on va loin. » Pour que la mayonnaise prenne, il faut pourtant que la combinaison des personnalités soit harmonieuse, complémentaire et la vision du projet, partagée. Le but du travail d’équipe est de parvenir à un résultat collectif qui dépasserait la somme des résultats individuels. Seulement, en réalité, certaines personnes détestent travailler en équipe et l’expérience peut même tourner au désastre et s’avérer complètement contre-productive. Alors, l’union fait la force… ou pas ?

Le travail en équipe, est-ce que ça peut vraiment exister ?

Pour que le travail en équipe porte ses fruits, beaucoup de conditions doivent être réunies. En entreprise, on a tendance à sacraliser la faculté à travailler en équipe, mais est-ce toujours efficace ?

Réservé aux extravertis ?

Marine est fraîchement diplômée et cherche actuellement un emploi en tant que chef de projet marketing. Dans le cadre d’un stage, elle a notamment dû prendre part à un travail d’équipe, elle raconte : « Nous étions à 6 enfermés pendant deux jours dans une pièce pour plancher sur un projet, c’était très intense. Certaines personnes ont rapidement “pris le lead”, elles se sont affirmées dans la conversation alors que moi, j’avais plus de mal car je n’avais pas assez de temps pour penser, réfléchir, me poser pour mettre au point mon raisonnement et prendre du recul. » En effet, le travail d’équipe a tendance à faire la part belle aux personnes les plus extraverties, ou en tous cas, les moins timides, mais dont les idées ne sont pas forcément meilleures que celles des plus discrets. C’est en tous cas le ressenti de Marine : « Je pense que le travail d’équipe est intéressant pour les personnes qui sont extraverties, qui aiment exprimer leurs idées de façon spontanée. À l’inverse pour les personnes plus introverties, réfléchies, qui ont besoin de temps pour penser aux choses et qui sont plus autonomes, c’est compliqué de se faire entendre dans le contexte d’une équipe. Il faut développer de bonnes capacités d’adaptation. »

Le travail d’équipe, une hypocrisie ?

Comme nous l’avons déjà évoqué, le travail d’équipe est souvent mis en place dans le but de décupler les forces et d’amener des résultats que l’on n’obtiendrait pas seul. Pourtant, dans la pratique, le travail de groupe prend parfois la forme d’une grande cour de récré. Ali, qui est directeur artistique dans une agence de pub, est plutôt indépendant dans sa façon de travailler et a eu de mauvaises expériences en entreprise : « Chaque fois que l’on se rassemblait pour travailler tous ensemble, c’était une vraie fumisterie. Il y a les dissipés, ceux qui veulent absolument tirer la couverture à eux, ceux qui sont incapables de mettre de l’eau dans leur vin et ceux qui se foutent complètement du projet. Au final, je vois le travail d’équipe comme une énorme perte de temps et d’énergie : le temps de se mettre d’accord, de répartir les tâches, de faire participer tout le monde, c’est souvent contre-productif, voire ridicule. »

Si les membres de l’équipe ne sont pas sur la même longueur d’onde, travailler ensemble peut vite tourner au calvaire. Pour Ali, c’est une forme d’hypocrisie et de régression : « Même sur les plateformes censées faciliter la communication à plusieurs comme Slack, cela tourne vite au concours de la meilleure blague, sans qu’il n’y ait jamais de grand avancement. Je ne veux pas faire le rabat-joie, parce que la complicité entre collaborateurs, c’est important en entreprise, mais souvent après des semaines de travail, à la veille de présenter le projet, on n’a pas avancé sur grand chose. Et ça finit souvent de la même manière : les quelques esprits plus indépendants trouvent l’idée de génie au dernier moment en réfléchissant de leur côté. »

Y a-t-il des solutions ?

Malgré tout, la vie en entreprise implique inévitablement des collaborations et des projets à plusieurs. Sur le principe, Marine est pour : « Je suis pour la collaboration, qui est nécessaire en entreprise, mais c’est important de s’adapter davantage au rythme de chacun pour que personne ne soit laissé de côté ou se sente incompris. »

Se former

Pour les profils un peu réservés, sachez qu’il est possible de se former à la prise de parole en public. Cela peut avoir des effets très bénéfiques pour les travaux de groupe. C’est ainsi que Jenna, lead manager dans une start-up, s’est réconciliée avec le travail d’équipe : « J’en avais marre de jouer les potiches pour les travaux en groupe. Je n’arrivais pas à m’imposer lorsqu’on réfléchissait ensemble alors qu’au fond de moi, je souhaitais défendre mes idées face aux autres. Un jour, j’ai eu l’occasion de suivre une formation pour la prise de parole en public, c’était terrifiant mais j’ai eu un vrai déclic. Maintenant, je sais capter l’attention de mes collaborateurs, je sais choisir mes mots, le ton adapté et j’apprécie davantage le travail en équipe. »

On peut aussi se tourner vers des formations de type communication non violente, ou gestion du stress. La pratique d’un sport collectif peut également aider à percevoir les membres de son équipe comme des partenaires bien intentionnés. « J’ai démarré le handball très récemment, et c’est vrai que cela m’aide à mieux comprendre les dynamiques de groupe », admet Ali.

Communiquer

Si vous n’êtes pas à l’aise avec le travail en équipe, vous avez tout intérêt à en parler autour de vous, à vos collaborateurs voire à votre manager. En entreprise, on est forcément confronté à la collectivité : open space, réunions, grandes équipes, etc. Mais il revient aussi à l’entreprise de trouver des ajustements pour s’adapter à toutes les personnalités. Ali, par exemple, a été franc avec son employeur : « Je lui ai clairement dit que j’étais bien plus productif quand j’étais dans ma bulle et quand j’avançais à mon rythme. C’est suite à cette discussion que nous avons instauré 2 jours de télétravail par semaine, ce qui est un très bon équilibre pour moi. »

De même, lorsque vous êtes malgré tout confronté à un projet d’équipe, soyez transparent avec vos collaborateurs. Expliquez-leur votre fonctionnement, ou bien proposez vous-même des modèles de réunion dans lesquels vous vous sentiriez plus à l’aise, ils seront certainement réceptifs pour vous intégrer dans l’équipe moins maladroitement. « En rentrant d’une formation, nous avions une charrette sur un projet que nous menions depuis longtemps. Plus question de me taire, j’ai expliqué à mes collègues que je ne pouvais pas réfléchir dans le brouhaha, que j’avais besoin de temps et de calme pour formuler mes idées. On a donc procédé à des tours de table, en s’écoutant les uns les autres, beaucoup plus qu’auparavant, et nous avons été plus productifs de cette façon », raconte Jenna.

Repenser les modèles de réunions

En procédant ainsi, on peut aussi envisager d’améliorer la qualité de l’échange pendant les réunions en entreprise. Il est souvent dit que les réunions sont trop nombreuses, qu’elles sont trop ennuyantes et trop peu productives. Si l’on essaye de les organiser de façon collective, et non pyramidale (le chef parle, les autres écoutent), cela ne peut être que bénéfique à terme.

Réussir à donner la parole à chacun et à écouter tout le monde permet forcément d’aboutir à des réflexions plus qualitatives. Comme le mentionne Jenna, se tenir à des tours de table par exemple, ou attribuer un temps de parole à chacun est un moyen de ne laisser personne de côté. À l’inverse, pour les plus introvertis, on peut aussi imaginer que l’échange d’idées se fasse en amont de la réunion au cours de laquelle un porte-parole peut s’exprimer pour différentes personnes.

En tout cas, si vous détestez travailler en équipe, rassurez-vous car vous n’êtes pas seul ! Il est parfois difficile d’y échapper en entreprise et dans sa vie professionnelle en général. Cependant, on peut à la fois trouver des solutions pour s’adapter le mieux possible au groupe, et solliciter son entreprise pour qu’elle propose des alternatives aux profils plus solitaires, introvertis ou indépendants. Dites-vous aussi qu’il ressort toujours du positif lorsque l’on sort de sa zone de confort et que l’on confronte ses idées à celles des autres. Allez, ce n’est qu’un mauvais moment à passer.

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Photo d’illustration by WTTJ

Aglaé Dancette

Fondateur, auteur, rédacteur @Word Shaper

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