Covid : leur vie pro a basculé il y a un an ? Ils se sont réinventés

2020-2021, l'année qui a bouleversé leurs vies professionnelles

Ils·elles étaient citadin·e·s, salarié·e·s, la tête remplie de projets et une vie (presque) toute tracée. Vie de bureau et de collègues, promotion, ascension, et des journées bien remplies, qui s’enchaînent sans heurts. Mais avec le 17 mars 2020 et le début du premier confinement, le jour même ou les semaines qui ont suivi, leurs vies pros ont basculé. Un an après, portraits de celles et ceux pour qui tout a changé, et qui ne changeraient ça pour rien au monde.

Aymeric, de la sidérurgie à la terre

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Aymeric a 30 ans, il est ingénieur. Pendant quatre ans, il a travaillé dans la sidérurgie, dans le Nord, avant de se voir offrir un poste dans le secteur qui lui tenait vraiment à cœur : l’environnement. En janvier 2019, il se retrouve ainsi à gérer l’exploitation d’un site de recyclage dans le sud de Paris. Mais le 17 mars 2020, patatras, tous les chantiers parisiens sont à l’arrêt, et le site d’Aymeric n’est pas épargné. « En l’espace de quelques semaines, le site se casse complètement la gueule. Je n’ai pas le temps de comprendre ce qui m’arrive qu’on me propose le poste de directeur d’un autre site pas très loin. J’avais pas non plus mille autres options, alors j’ai accepté. » Mais ce qu’Aymeric n’avait pas anticipé, c’est que le site en question s’occupe de trier tous les déchets des hôpitaux de Paris, et qu’il est sous les radars de la direction de son groupe. À mesure que la crise s’intensifie, la pression au travail grandit elle aussi. En novembre 2020, Aymeric est épuisé, on lui propose d’autres postes dans la région mais il préfère rendre son tablier. « J’avais pris trop cher en trop peu de temps. » Pendant quelques semaines, il reprend des forces et met de côté la déception qui l’envahit parfois. Par réflexe, bon élève, il se remet à chercher du boulot, puis se demande pourquoi revenir dans le secteur pro si tôt. Il met alors un premier pied dans un univers qu’il suivait de près sans l’avoir jamais pratiqué : le woofing agricole. « Le woofing, c’est un site Internet, un peu comme couchsurfing, qui met en relation des agriculteurs et des bénévoles désireux de leur venir en aide pour leurs récoltes. » Depuis, Aymeric y dédie tout son temps et compte déjà plusieurs expériences à son actif : une micro ferme en permaculture par-ci, une autre spécialisée dans le maraîchage bio au sud de Paris par-là, et bientôt une pépinière en permaculture dans les Pyrénées. Car pour lui qui a toujours eu cette envie folle de bosser dans une ferme, le premier contact avec la terre se révèle être une évidence. Il y découvre la vie en plein air et surtout le sens qui donne raison à tout. Aujourd’hui, il réfléchit à ce à quoi pourrait ressembler sa vie pro en construction, envisageant de créer un projet, peut-être un tiers-lieu, alliant ses compétences d’ingénieur à l’agriculture. En attendant, il vogue de terrain en récolte et aide à l’écriture de rapports sur l’adaptation au changement climatique. Des envies qui devraient le mener jusqu’en Irlande cet été. Histoire de jeter un coup d’œil aux récoltes céréalières d’outre-Manche.

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Luc, de l’événementiel aux fleurs

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Si on avait dit à Luc qu’il serait un jour fleuriste, il aurait sans doute ris très fort. Pourquoi diable changer de métier lorsqu’on est si bien implanté ? Des débuts dans le cinéma en tant que costumier, avant de monter son entreprise dans l’accessoirisation en événementiel : à 52 ans, Luc s’éclate. « J’avais ma petite boîte, mes clients, des événements qui revenaient chaque année… Ça m’a occupé pendant dix ans. » Le Belge - qui vit en France depuis 20 ans - parle au passé, car cette vie-là prend fin dès le premier confinement. Même si, au tout début de cette longue crise, il ne s’en inquiète pas plus que ça : « J’étais comme tout le monde : je ne pensais pas qu’un an après on y serait encore. D’autant plus que les échos que j’avais du milieu de l’événementiel étaient plutôt positifs. Personne n’imaginait qu’un an plus tard le digital aurait pris le dessus sur tous les événements physiques. » Il lui faut quelques mois pour réaliser qu’il va bien falloir trouver autre chose. Luc se met à réfléchir, se demande ce qu’il pourrait bien faire désormais, se souvient des compositions florales qu’il adorait réaliser dans son ancien métier. De là lui vient l’idée d’ouvrir sa boutique de fleurs. Six mois passent et la boutique Garçon Fleuriste vient tout juste d’ouvrir ses portes, le 2 avril dernier. « Le temps que je trouve le lieu, des sous, que je fasse des travaux… Avec mon compagnon, on a dû déménager, quitter notre maison de Croissy-sur-Seine pour louer un petit appart à Maison Laffite. Ça a été tout un enchaînement de péripéties. » Mais ses compétences acquises dans la sphère artistique qu’il a fréquentée l’aident et le guident dans chacun de ses gestes. Son admiration pour l’expert en bouquet attitré, Stéphane Chapelle, aussi. Aujourd’hui, il prend doucement ses marques, trouve des producteurs en circuit court, commence à sentir ce que la clientèle aime… En soi, c’est compliqué sans être compliqué. « L’événementiel, c’est une période de ma vie qui m’a plu. Mais ma boutique, c’est un nouveau cycle qui démarre et dans lequel je me donne à fond. Je m’entoure du parfum des fleurs et surtout je suis ici chez moi. Et ça, c’est bien. »

Servanne, du conseil au coworking à la campagne

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Servanne a 33 ans, un mari et deux enfants. Dans sa vie d’avant, elle était directrice d’un établissement de conseil depuis plus de dix ans. Un parcours assez classique pour cette ancienne étudiante en école de commerce, et surtout une vie pro qui a démarré tôt. « Très jeune, j’ai commencé à bosser, à manager des équipes. J’ai toujours eu l’habitude que ça prenne de la place et j’aimais ça. Pareil pour Yves, mon mari. Ça faisait partie de nos vies. » Pourtant, Servanne se rend bien compte que cette organisation millimétrée explose en mille morceaux dès qu’un problème de nounou surgit. « On se demandait de plus en plus si c’était possible d’avoir deux boulots à temps plein en ville, des enfants en bas âge et une vie de famille épanouie. » Car le couple est conscient du danger qui les guette : celui de travailler toujours plus en voyant leurs enfants toujours moins. Alors, quand le premier lockdown s’impose, l’évidence pose elle aussi ses valises. « On en a discuté, et ensemble, on a décidé de tout plaquer. Tous nos potes nous ont pris pour des fous. Mais, au fond, on savait que cette vie avait une date d’expiration. » Ni une ni deux, ils démissionnent de leurs métiers respectifs en juillet, vendent leur maison de Toulouse, qu’ils venaient à peine de rénover après des mois de travaux, et quittent leur vie en voiture à la fin du mois d’août. Direction la Bourgogne, dont Servanne est originaire. Plus précisément à Collonges Les Bevy, 98 habitants au compteur. « Le plus petit village du Pays beaunois, notre grande fierté. » Une fois installés là-bas, Servanne et Yves se lancent : ils s’associent et fondent dès septembre leur boîte de coworking : La réussite est dans le pré. L’idée : aider les gens à faire comme eux, mais en plus simple. « Notre ambition, c’est de créer des espaces de travail confortables et ergonomiques pour tous ceux qui le désirent, en dehors des grandes villes. » Quand il jette un coup d’œil dans le rétroviseur, le couple s’étonne presque : si tout a changé, leur vie est presque restée la même. « Personne n’a fait de sacrifice, aucune rupture ni cassure… confie Servanne. Je suis toujours à fond dans mon boulot, et je continue d’être stimulée intellectuellement. La vraie nouveauté, c’est surtout de pouvoir ponctuer mes journées de travail de promenades dans les prés. D’avoir l’impression de mieux respirer. »

Matthieu, de l’aéronautique au détravail

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Être toulousain et dédier sa vie à l’aéronautique : rien de très surprenant jusque-là dans le parcours de Matthieu. Il a 34 ans et, lorsqu’il rentre dans l’aéronautique par le biais d’un pote de pote de pote pour y faire de la sous-traitance, il n’en a que dix-neuf. « Mon job c’était de monter tous les équipements intérieurs d’avion. Et évidemment le Graal de l’aéronautique, c’est de travailler un jour pour Airbus. » Ça tombe bien : en mars 2020, la société lui promet une embauche. Il démissionne alors de son CDI, prêt à gravir les échelons, et passe le sacro-saint entretien une semaine avant le premier confinement. Mais le 17 mars, tout s’arrête : le milieu de l’aéronautique comprend rapidement que les avions ne quitteront plus la terre ferme de sitôt. On explique alors à Matthieu qu’on ne peut plus l’embaucher, il se retrouve sans métier, ni projet. « Ça m’avait pris beaucoup de temps de me performer en sous traitance, et l’objectif de toutes ces années de travail, c’était de bosser un jour là-bas. C’était la suite logique de tout ce que j’avais entrepris dans ma vie d’adulte quoi. » Pendant trois semaines, Matthieu se remet du choc. Puis, sur un coup tête, décide en avril de quitter sa ville avec sa copine pour les Landes. Un besoin d’air frais, d’Océan et surtout de renouveau pour quitter les mauvaises ondes qui le bloquent dans son appartement toulousain. « J’ai longtemps vécu sur des rails : je suis né à Toulouse, j’y ai travaillé très tôt, pendant longtemps et ça m’a permis d’être propriétaire là bas. » C’était il y a un an et Matthieu bossait alors de jour comme de nuit, semaine et week-ends compris. Aujourd’hui il s’octroie une pause, touche un peu de chômage et goûte à un nouveau rythme de vie. Ses journées ont une toute autre douceur, et défilent à coup de sessions de surf et de balades à vélo. « Rien n’est planifié. Je peux me réveiller un matin à l’aube pour observer les vagues, ou encore passer des après-midis entiers à ramasser des déchets sur la plage. » D’ailleurs, Matthieu ne veut plus bosser pour ces grosses sociétés qui consomment tant, et sa conscience écologique ne cesse de s’éveiller à mesure que les saisons passent. « Je consomme moins et mieux. Je ne dépense plus dans l’essence ou dans des sandwichs à 10 balles et je m’en sors très bien. Au terme de cette parenthèse, j’aimerais bien devenir auto-entrepreneur dans le local. Me servir de ce que j’ai appris pour aider les gens dans la région, faire des travaux chez eux » Car Matthieu a eu beau quitter cette ville qui l’a vu grandir, sa famille et ses potes, il se sent désormais apaisé. « Une fois qu’on rentre dans le système, c’est hyper dur d’en sortir. Mais quand on y arrive, on se rend vite compte que vivre tranquillement et paisiblement, c’est aussi possible. C’est même encore mieux. »

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Photos by Thomas Decamps pour WTTJ ; Article édité par Clémence Lesacq

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