Malcolm, Fight club, Gaston Lagaffe : 7 figures “anti-taf” de la pop culture

7 figures "antiwork" de la pop culture

Quand vous entendez le mot “antiwork”, vous avez peut-être en tête le phénomène de “Grande démission” aux États-Unis (et bientôt en France ?) ou bien l’explosion récente de la communauté du même nom sur le forum Reddit. Pourtant, le concept même d’exprimer son désamour du travail ne date pas d’hier et se manifeste dans de nombreux objets culturels du quotidien : films, séries, musiques, jeux vidéo, etc. Vous n’y avez peut-être pas prêté beaucoup attention, mais il est possible qu’un des personnages de votre série préférée développe des stratagèmes pour flemmarder au boulot, que le jeu vidéo que vous venez de commencer vous invite à vous rebeller contre votre boss, ou que votre film du soir fasse la critique de l’open space. Que ce soit explicite ou implicite, les figures de l’antiwork sont partout dans la pop culture. Leurs revendications ? Travailler moins et mieux, en finir avec les bullshit jobs, rejeter l’injonction à la productivité, renverser le système capitaliste ou (simplement) célébrer l’oisiveté. Il ne manque plus qu’à les débusquer. Alors, au travail !

Le « narrateur” dans Fight Club

« Métro, boulot, dodo », c’est un peu le quotidien que subit le personnage sans nom d’Edward Norton dans le film Fight Club sorti en 1999 et adapté du roman éponyme. Trentenaire célibataire, insomniaque, amorphe, asservi par les catalogues Ikea et pas satisfait de son job en tant que technicien de rappel en usine de voitures défectueuses, le « narrateur » est littéralement au bout du rouleau. Son moyen pour s’en sortir ? Se faire passer pour une victime dans des groupes de parole et fonder un groupe de combat clandestin réservé aux hommes, le Fight Club, avec l’aide de Tyler Durden, un vendeur de savon violent et charismatique. Alors effectivement, sans trop spoiler, la fin va au-delà du simple discours anti-work.

Pourtant, « le narrateur » représente une facette de ce que vivent la plupart des antiworkers : tenter de naviguer dans un monde ultra-normé et finir submergé·e·s par l’absurdité du travail et la vacuité de leur rôle. Il traverse sans cesse les États-Unis. Dans quel but ? Remplir de la paperasse pour des carcasses de voitures accidentées. Face à cela, sa relation avec son boss se dégrade passant de seulement « pas investi dans mon travail » à « donnez-moi un emploi fictif sinon je révèle vos pratiques illégales et je fais croire que vous m’avez tabassé ». Le discours anti-work passe aussi par des choses plus subtiles comme le rejet progressif du dress code et plus généralement des normes de l’open space (notamment en fumant alors que c’est interdit) et la représentation des cubicles comme des espaces mornes et froids. Désolé d’avoir brisé la première (et la deuxième) règle du Fight Club pour vous parler de ça…

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L’effet de projecteur : non, nous ne sommes vraiment pas le centre du monde

Jeffrey Lebowski dans The Big Lebowski

Depuis la sortie du film des frères Cohen en 1998, le personnage principal Jeffrey Lebowski, alias « the dude » (que l’on pourrait traduire par « le mec ») est devenu une figure adorée par des centaines de milliers de personnes qui revendiquent leur appartenance au « dudéisme », une religion créée en son honneur (ils étaient quand même plus de 350 000 à y appartenir en 2015). Pourtant, le protagoniste au peignoir est loin des représentations classiques du héros. Célibataire, sans emploi, il passe son temps à jouer au bowling avec ses potes, à fumer des joints et boire des white russian. Sa vie « bascule » lorsqu’il décide d’aller réclamer un dédommagement à son homonyme endetté et pourchassé par des bandits qui le confondent avec lui.

Son « je m’en foutisme » légendaire ne le quitte jamais et son manque total d’ambition et d’intérêt pour quoi que ce soit l’amènera même, d’une certaine manière, à se jouer de tout le monde et à sauver sa peau. Celui qu’on nous présente dès les premières minutes du film comme « le plus grand fainéant de tout Los Angeles » a pourtant un type de personne en horreur : les nihilistes, ceux qui ne « croient en rien », souvent représentés par des hommes plein de fric. Car « The dude » a beau ne pas avoir de travail ou d’ambition, il met un point d’honneur à défendre des valeurs pacifistes (en gros, il a fait quelques manifs et signé quelques pétitions), et surtout il n’a pas besoin d’un taf pour se définir. Il ne cherche pas à s’accomplir dans quoi que ce soit, ni à être reconnu. The dude, c’est un peu l’incarnation de notre “nous” flemmard, celui qui traîne en jogging le dimanche, se nourrissant de schokobons et de bêtises à la télé. Comme dirait le narrateur du film en guise de conclusion : « C’est bon de savoir qu’il est là, à se la couler douce pour nous tous. »

Hal dans Malcolm

Si on connaît plus souvent le père de famille de Malcolm (interprété par Bryan Cranston) pour ses loisirs envahissants (la marche athlétique, le rouleau compresseur, le jeu vidéo de danse etc.), il l’est moins pour son côté anti-travail. Pourtant, les preuves qui l’accablent sont nombreuses… On apprend par exemple dans la saison 5 que Hal n’a jamais travaillé le vendredi, et ce depuis 15 ans ! Il sèche le bureau pour aller au karting, à un spectacle de Casse-noisette, dans des parcs d’attractions, etc. Dans ce même épisode, il se définit comme un employé « marginal, au mieux » et livre cette réplique magique : « Vous avez déjà vu ces documentaires où une guêpe paralyse une chenille puis lui injecte des larves ? La chenille reste en vie pendant des semaines tout en sentant qu’elle se fait dévorer de l’intérieur. Assis dans mon cube dans l’open space, j’enviais chaque jour cette chenille car elle au moins passait à la télévision. Je détestais ce travail. J’étais un employé de merde. » Autre réplique notable : lorsque notre père de famille préféré présente son job à la classe de son fils Dewey, un des enfants s’exclame : « Ton job a l’air horrible ! », ce à quoi il répond : « Évidemment qu’il a l’air horrible, c’est un travail ! »

Hal rêve d’autre chose. Le seul moment de la série où il expérimente le bonheur au travail, c’est quand il lâche temporairement son job pour devenir peintre (même si ça le rend complètement zinzin). On sent bien que son côté anticapitaliste crève d’envie de prendre le dessus (il monte quand même une radio pirate), mais que sa situation familiale et financière l’en empêchent. Alors il se conforme… à peu près. Heureusement que Lois, véritable force de travail, est là pour tenir la baraque !

Gina Linetti dans Brooklyn Nine-Nine

Si la plupart des personnages de la sitcom Brooklyn Nine-Nine sont un peu patauds mais essayent tant bien que mal de faire correctement leur boulot, Gina Linetti, la secrétaire du commissariat de police et assistante du capitaine Ray Holt, est sûrement celle qui apprécie le plus avoir ses doigts de pied en éventail. Véritable ode au “je m’en foutisme” au travail à elle toute seule, Gina est l’employée la moins productive du mois. Pourtant, sa présence reste nécessaire au bon fonctionnement du groupe. Certes, elle est narcissique, kleptomane, toujours sur son portable, et préfère danser plutôt que travailler. Cependant, elle est aussi et surtout une personne très intelligente qui sait où dépenser son énergie pour atteindre ses objectifs sans faire trop d’efforts. Ce n’est pas que Gina n’est pas une bonne secrétaire, c’est qu’elle choisit d’ignorer ses prérogatives, du moins celles qu’elle trouve les moins intéressantes. Et lorsqu’elle décide d’être efficace, c’est de son propre chef car elle-même explique que “si les gens savaient à quel point [elle était] intelligente, [elle aurait été] plus difficile à contrôler“. Faire semblant d’être inutile est finalement un travail qui n’est pas de tout repos mais qui fait ses preuves pour Gina. Elle est moins sollicitée donc elle travaille moins. Ce qui ne l’empêche pas de dévoiler de temps à autre ses talents cachés et ses méthodes de travail peu conventionnelles… au risque de devoir être reconnue comme une bonne employée par son supérieur.

Gaston Lagaffe dans la BD Gaston

« - Spirou : - Qui êtes-vous ?
Gaston : - Gaston.
- Vous attendez quoi ?
- J’sais pas… J’attends…
- Qui vous a envoyé ?
- On m’a dit de venir…
- Qui ?
- Sais plus…
- De venir pour quoi faire ?
- Pour travailler…
- Travailler comment ?
- Sais pas… On m’a engagé…
- Mais vous êtes bien sûr que c’est ici que vous devez venir ?
- Beuh… »

Dès sa première apparition dans le journal de BD Le Journal de Spirou en 1957, le grand brun au pull vert dessiné par Franquin affichait déjà des tendances anti-work. Embauché dans la rédaction de Spirou pour faire… on ne sait trop quoi, Gaston sera finalement chargé de trier les courriers des lecteurs. Ce poste peu responsabilisant ne l’empêchera pas de faire capoter tous les projets de la rédaction et d’exaspérer - voire de mettre en danger - ses collègues Fantasio et Prunelle. Avec un poil dans la main plus long que l’épi de ses cheveux, Lagaffe passe son temps à trouver des stratagèmes pour aller pioncer tranquillement sur ses heures de boulot, ou à inventer des machines aussi géniales que grotesques pour le faire à sa place : des poubelles qui éjectent directement les déchets, des tiroirs qui s’ouvrent tout seul, une machine qui permet de presser des oranges, de moudre du café ou d’imprimer un portrait de Gaston rien qu’en ouvrant une porte…

Inspiré des stéréotypes « beatnik », les ancêtres des hippies qui prônaient l’anticonformisme et la liberté mais souvent moqués pour leur naïveté et leur fainéantise, le personnage de Gaston Lagaffe est avant tout un poète, écologiste et idéaliste qu’il est temps de reconnaître à sa juste valeur. Si on lui avait accordé plus de responsabilités au Journal de Spirou, peut-être aurait-il brillé, qui sait ? M’enfin !

Le groupe de punk The Clash

Que ce soit dans Career Opportunities, Koka Kola, Clampdown, Mick Jones, chanteur du groupe londonien The Clash, s’est à plusieurs reprises rebellé contre le travail. Le punk exprime sa colère envers un monde professionnel qui n’a rien à leur offrir à part de la cocaïne en guise de remontant pour pouvoir supporter l’environnement froid des bureaux. Dans le titre Clampdown, un véritable hymne antiwork, les Clash appellent les jeunes à refuser de “travailler pour la répression”, ils dénoncent par-là les actions du gouvernement qui visent à réduire au silence et à l’immobilisme les grévistes, les chômeurs, ou tout autre individu souhaitant remettre en question l’ordre social et économique. Les quatre rockeurs mettent en garde les jeunes générations contre les discours séduisants du capitalisme et les incitent à le fuir : « Tu ne dois rien, donc vas t’en mec. Ce sont les meilleures années de ta vie qu’ils veulent te prendre. »

Au-delà des Clash, le mouvement punk, qui revendique souvent des idées anarchistes, incarne parfaitement l’état d’esprit antiwork. Avec I’m a lazy sod des Sex Pistols, Rat race des Specials, It’s not my place des Ramones, At my job des Dead Kennedy’s et bien d’autres chansons, les punks des années 70 affichaient leur colère envers un gouvernement anglais qui imposait à la classe ouvrière de se contenter d’un job misérable sans broncher. Eh oui, quand Johnny Rotten, chanteur des Sex Pistols criait “No future for you” dans God save the queen, ce n’était pas pour jouer au collapsologue mais bien pour nous faire réaliser que personne ne s’intéressait à leur avenir…

Jackie dans le jeu vidéo Going Under

Quoi de plus « anti-work » que de fracasser des managers toxiques, des meubles et des fournitures de bureau dans les ruines d’une start-up qui a fait faillite ? C’est à peu près l’objectif du jeu vidéo satirique Going Under, sorti en 2020 et développé par le studio indé Aggro Crab. On y incarne Jackie, une stagiaire fraîchement débarquée et mal payée qui travaille dans la ville futuriste de Neo Cascadia. Venue au départ pour un stage en marketing dans la boîte Fizzle (l’équivalent de Feed version soda), elle se retrouve rapidement à empiler les bullshit tasks qui n’ont rien à voir avec ses vraies compétences. Pour éviter que des monstres venus tout droit des sous-sols de son entreprise ne viennent perturber la productivité des employé·e·s, la jeune héroïne doit les affronter dans un enchaînement de salles de réunion et autres open-spaces qui font office de donjons. Ses armes ? Une agrafeuse, des succulentes en pot, un clavier d’ordinateur ou encore un SUV (oui vraiment !). Tout ce qui se trouve dans les bureaux peut être une arme finalement. De quoi fournir un attirail complet pour la parfaite stagiaire qui essaye tant bien que mal de survivre dans le monde cruel du travail. Avec son univers riche en couleurs pastel et son aspect cartoonesque qui imite les codes visuels des dessins corporate, Going Under est une invitation au défoulement sans limites. Pour une fois, on vous autorise à éclater votre horrible N+1, alors allez-y ! Mais évitez de faire ça en vrai, vous pourriez avoir des problèmes…

Article édité par Clémence Lesacq ; Photos Thomas Decamps pour WTTJ

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