Les Équilibristes, le podcast qui réconcilie ambition pro et perso

Les Équilibristes, le podcast qui réconcilie le pro et le perso

« Choisir tout, faire rimer ambition professionnelle et personnelle, prendre du temps pour soi, ne rien sacrifier. Bienvenue dans le podcast “Les Équilibristes” » Accompagnée d’une douce musique, c’est la voix de Sandra Fillaudeau qui prononce ces mots pour introduire chaque épisode. Un mercredi sur deux depuis 2018, la podcasteuse propose ses longues conversations avec des entrepreneur·es, des salarié·es, des auteur·es, des penseur·ses, des parents, des experts… Des figures inspirantes qui réussissent à concilier harmonieusement et sereinement toutes les facettes de leur vie. Pour Welcome to the Jungle, la trentenaire revient sur son émission, et ce que cette quête d’équilibre révèle de nous et notre société.

C’est quoi au juste être un·e équilibriste ?

C’est être quelqu’un qui jongle avec beaucoup de rôles, de responsabilités, et qui, comme l’équilibriste ou le funambule, n’a d’autre choix que d’avancer pour rester en équilibre. C’est quelqu’un qui est en mouvement, qui réajuste en permanence pour s’assurer qu’un pan de sa vie ne prend pas le dessus au détriment des autres. Il y a aussi quelque chose de ludique et de léger dans l’expression : ce n’est pas forcément plombant d’être équilibriste, on peut voir ça comme un jeu, quelque chose de vivant ! Et détail non négligeable, c’est un mot neutre : les hommes comme les femmes peuvent être équilibristes.

Vous avez lancé votre podcast en 2018, à 34 ans. La thématique choisie est-elle née d’un “déséquilibre” personnel ?

Promue en 2014 à mon retour de congé maternité, je suis devenue manager et maman en même temps. J’étais ravie de cette progression dans ma carrière, sauf que très vite, ce nouveau poste qui impliquait des voyages fréquents dans le monde entier m’a épuisé. Au milieu de mes homologues - des hommes de 50-60 ans - j’étais la seule à être tiraillée entre ma vie de maman et les exigences de ce nouveau boulot. Isolée, je me suis alors demandé : “comment font les autres femmes en fait ?” Avant de me rendre compte que les (rares) femmes haut placées dans mon organisation n’avaient tout simplement pas d’enfants. J’ai ressenti une injustice terrible ! Je ne voulais renoncer à rien, et en même temps force est de constater que tout ne rentrait pas dans 24h. J’ai cherché des role models de personnes qui arrivaient à tout concilier mais je tombais soit sur la working girl qui rentre à 21h et ne profite de ses enfants que le week-end, soit celle qui, pour privilégier sa vie de famille, a renoncé à son plan de carrière. Rien qui me correspondait en somme. En voyant le manque de ressources à ce sujet, j’ai voulu le creuser pour inspirer toutes celles et ceux qui vivaient la même situation que moi. Ensuite, le format du podcast s’est imposé assez naturellement car il donne énormément d’énergie : on écoute et ensuite les choses résonnent en nous.

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Qui sont les équilibristes que vous rencontrez ?

Ce sont des personnes qui incarnent ce que j’appelle une réussite “nouvelle définition”. Ils arrivent à leur manière à concilier les différentes facettes de leur vie. Mais attention, ce ne sont pas des donneurs de leçons, plutôt des gens biens dans leurs choix, qui irradient par cette générosité là. Je recherche des situations nuancées, des parcours variés avec des approches différentes pour que chacun·e puisse en retirer des conseils qui lui conviennent. Enfin, ce sont toujours des personnes que j’admire pour une raison ou pour une autre, même si je ne suis pas toujours d’accord avec ce qu’ils disent. C’est dans tous les cas intéressant d’aller comprendre un autre point de vue, une autre façon de faire… Mes auditeur·trices me le disent régulièrement : “ça fait du bien d’entendre d’autres voix”.

L’esprit du podcast s’illustre parfaitement dans l’expression “chacun fait son miel” : de chaque conversation, on peut tirer une idée inspirante ou un conseil.

Vous pensez à une personne en particulier ?

L’épisode avec Mercedes Erra, fondatrice de l’agence BETC, est un bon exemple. Elle a eu la gentillesse d’accepter mon invitation, même si elle ne comprenait pas vraiment où était le dilemme. Pour elle, les choses étaient limpides : elle adore ses enfants mais elle devait beaucoup travailler donc elle les voyait peu mais c’était comme ça, point. Il y a pourtant beaucoup de femmes pour qui ce n’est pas si simple. Même si je n’étais pas sur la même longueur d’onde qu’elle, j’ai trouvé très intéressant de l’entendre sur cette question et d’avoir aussi la possibilité de déconstruire un peu sa vision. Et de s’interroger : qu’est-ce qui fait qu’elle pense ainsi ? Cela rend la conversation passionnante.

Et un·e équilibriste qui vous a particulièrement inspiré ?

C’est impossible de choisir une seule personne. L’esprit du podcast s’illustre parfaitement dans l’expression “chacun fait son miel” : de chaque conversation, on peut tirer une idée inspirante ou un conseil. Le tout étant de créer sa propre recette, celle qui fonctionnera pour nous.
Mais dans les épisodes qui m’ont particulièrement marquée, je pense tout de même à celui avec Coline Vuillermet, directrice des opérations chez UniCrédit, qui est aussi brillante que bienveillante. Après de graves soucis de santé, elle a dû complètement revoir sa façon de travailler, et est intimement convaincue qu’il faut partager ses problématiques personnelles avec son manager afin d’avoir la possibilité de créer les bonnes conditions de travail, adaptées à chacun. Ma conversation avec Marion Roucheux, la co-fondatrice des Louves, sur le burn out maternel m’a beaucoup touchée et a fait beaucoup réagir mes auditrices… Je pense aussi à Pauline Butor, Head of Branding YouTube, qui dans son épisode a partagé des petites astuces très concrètes qui l’aident au quotidien et que j’applique moi-même maintenant. Comme le fait de s’accorder 15 minutes dans un café en bas de chez soi (du temps où on pouvait le faire) pour décompresser, ou 10 minutes de yoga le matin avant le réveil de ses trois enfants. Des micros moments pour soi mais qui changent tout au quotidien…

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Justement, vous aujourd’hui, vous êtes à l’équilibre ?

Oui, en ce moment, je me sens à l’équilibre. Je me sens présente partout où j’ai envie d’être, et ne ressens plus du tout les tiraillements terribles que j’ai éprouvés par le passé. Sans que ce soit une source d’angoisse ou d’inquiétude, je sais aussi que c’est un équilibre qui peut être fragilisé, donc je m’appuie sur deux idées importantes :

  • rien n’est figé. Je réajuste très régulièrement quand je sens qu’une partie de ma vie a été un peu mise de côté. La clé est de s’écouter, mes priorités peuvent changer chaque semaine ou au bout de plusieurs années.
  • mes enfants sont encore très jeunes, et je crois beaucoup aux phases, aux saisons dans la vie. Pour le moment, ils ont un niveau de dépendance à leur papa et moi qui est grand, mais je sais que leur autonomie va aller en grandissant, et que ça laissera à nouveau plus de place à des pans qu’on met un peu plus de côté quand on s’occupe de très jeunes enfants.
    Sans rogner sur mes ambitions, j’aménage les choses pour que ma famille et moi nous sentions bien.

Vous insistez sur le fait que c’est un sujet non genré, pourtant on ne compte que trois hommes dans vos interviewés…

Spontanément, quand je me suis emparée de ce sujet, je me suis d’abord tournée vers les femmes, qui semblaient plus touchées par cette problématique. Puis très rapidement, j’ai eu envie d’intégrer les hommes. C’est très compliqué pour eux également, même si souvent la pression est inversée : une pression domestique pour les femmes et une pression carriériste pour les hommes. Je reconnais que j’ai eu peu d’intervenants masculins jusqu’à maintenant mais je vais rectifier le tir en 2021. Je vais veiller à mettre en avant des hommes qui ont fait des choix encore difficiles à assumer, qui ont aménagé leurs vies en fonction de leurs impératifs personnels et qui pourtant s’épanouissent.
Je souhaite aussi varier les invités en interrogeant des organisations qui mènent des actions en faveur d’un meilleur équilibre de vie. Maintenant que la plupart des femmes travaillent, ce n’est plus qu’un sujet individuel ou de famille, c’est aussi un sujet d’entreprise et de société.

Il y a une nécessité à créer des cultures d’entreprise adéquates, dans lesquelles on peut dire : “j’ai besoin de me rendre plus disponible pour ma famille

En parlant de société, ne sommes-nous pas toujours plus victimes de ses injonctions ? Nous devons être parfaits et épanouis dans tous les domaines, tout en restant zen…

Bien souvent on a intériorisé l’idée qu’il faudrait être ambitieux dans tout ce qu’on entreprend, dans le pro comme le perso. Alors qu’il y a des moments dans la vie où on ne peut pas être à fond partout, tout le temps. Nos priorités changent selon les étapes que l’on traverse. C’est un peu le travers de l’expression to have it all, une expression démocratisée dans la littérature anglo-saxonne qui ventait les mérites de la working mum dans les années 80. Et si le concept a été libérateur dans un premier temps, il est enfermant aujourd’hui surtout pour les femmes. Deux idéaux s’affrontent : la bonne mère, qui est présente à la sortie de l’école, qui prend soin de ses enfants quand ils sont malades, etc. et l’ideal worker, qui est toujours disponible et est dédié à 100% à son entreprise, or les deux ensemble ne fonctionnent pas. Cela génère une culpabilité terrible ! C’est d’ailleurs un sujet que l’on explore beaucoup dans le podcast tant cette culpabilité est universellement présente chez tous mes invité·es.

Dans cette recherche d’équilibre, quelle part de responsabilité peut être imputée aux entreprises ?

Cette responsabilité existe mais elle est partagée : chacun doit poser ses propres limites, définir où sont ses priorités… et ça, l’entreprise ne peut pas le faire à la place des gens ! En revanche, il y a une nécessité à créer des cultures d’entreprise adéquates, dans lesquelles on peut dire : “j’ai besoin de me rendre plus disponible pour ma famille” sans pour autant être mis au placard. Malheureusement aujourd’hui, pour beaucoup de salariés, la progression de carrière est encore incompatible avec la conciliation des autres pans de leur vie. On parle beaucoup de parentalité mais ce n’est pas le seul sujet, il y a aussi les aidants par exemple, qui ont besoin de prendre soin de proches malades.

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Ce qu’on a vécu en 2020 avec la pandémie, les confinements respectifs etc., a-t-il eu un impact sur la position des entreprises à ce sujet ?

Complètement ! Les entreprises ont brutalement pris conscience de la vie privée de leurs salariés. Et non seulement elles ont été obligées d’en prendre conscience, mais en plus, elles ont dû pour la plupart, s’adapter aux contraintes des salariés et leur proposer des aménagements dans leur façon de travailler. Celles qui à contrario, n’en n’ont pas tenu compte ont créé une vraie détresse chez leurs salariés parents. 2020 aura été un formidable accélérateur pour le télétravail mais ce n’est qu’un sujet parmi tant d’autres. C’est une période cruciale pour les entreprises : les employés exigent qu’on prenne en compte l’importance des autres aspects de leur vie.

Des événements qui ont aussi changé la perception des individus ?

Quand j’échange avec mes auditeurs et auditrices, j’ai l’impression que ça a été un révélateur d’envies profondes, et que les gens se mettent en mouvement pour changer de vie. Au quotidien, on a tous nos petits arrangements pour continuer à avancer, on met des petits mouchoirs sur tout un tas de choses qui nous dérangent. Sauf que là tous ces événements nous ont forcé à se poser des questions : “est-ce que ma vie me convient ? Est-ce que tous les efforts que je fournis au quotidien en valent la peine ? Est-ce que je veux vraiment continuer ainsi ?” Mes amis coachs m’ont confié qu’ils répondaient à énormément de demandes d’accompagnement dans le cadre de reconversion professionnelle. Des envies dictées par le désir d’améliorer la qualité et l’équilibre de vie.

Cette recherche d’équilibre est-elle propre à notre génération ? Une génération qui se poserait trop de questions ?

C’est un débat que j’ai régulièrement avec la génération de nos parents, qui pensent qu’on se fait des nœuds à la tête ! À mon avis, on peut difficilement comparer la vie quotidienne d’un parent en 2020 à celle d’un parent dans les années 80. Déjà il n’y avait pas les mêmes exigences éducatives : l’éducation positive c’est super mais c’est une pression énorme pour les parents. Ensuite, le travail prend plus de place dans la vie de famille, avec deux carrières exigeantes à mener pour les deux parents. Surtout, notre génération attend énormément de son travail, de ses relations, de sa famille… Il y a un idéal de réalisation de soi qui est très élevé. Il faut trouver du sens dans tout ce qu’on fait, que tout soit parfait, à la hauteur…Il ne faut pas se faire piéger par une quête de sens irréaliste qui finira par nous rendre malheureux.

Ce sera différent pour la nouvelle génération, celle qui entre sur le marché du travail ?

Pour la nouvelle génération, cette scission pro - perso n’a aucun sens. Ils abordent la vie comme quelque chose d’holistique, ils ne cherchent pas à cocher des cases mais plutôt à vivre des expériences. Ils savent mieux que nous ce qu’ils veulent, ce dont ils ont besoin. Notamment par rapport aux sacrifices qu’ils sont prêts à faire, quand nous, on les a fait sans broncher ! Je pense qu’ils sont beaucoup plus courageux, car ils osent remettre les choses en question, ils développent leurs propres critères de réussite, autour d’une vraie quête de sens… C’est un nouveau challenge à relever pour les entreprises.

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Photos par Thomas Decamps pour WTTJ

Thomas Decamps

Photographe chez Welcome to the Jungle

Aurélie Cerffond

Journaliste @Welcome to the jungle

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