L'entretien annuel n'est pas un combat de boxe : comment ne plus en avoir peur ?

Comment ne plus avoir peur de l'entretien annuel ?

Crainte, stress, désillusion, voilà les sentiments qui se mélangent à l’approche de son entretien annuel. S’il est loin de faire l’unanimité parmi les salariés, comment sortir de ce schéma pour en tirer un maximum de profit ? Réponse avec Lise Amram, coach professionnelle, spécialiste des transitions professionnelles.

« Ça ne sert à rien », « On ne m’écoute jamais ! », « Encore une perte de temps ! »… À mesure que s’approche la période tant redoutée des entretiens annuels, les jérémiades dans l’open-space se multiplient. Il y a celui qui pense à coup sûr se faire tirer les bretelles, l’autre qui sait que ses requêtes ne seront pas entendues et enfin, le dernier qui a jeté l’éponge, parce qu’entre nous, tout est joué d’avance et que personne n’y peut rien. Pourtant, on se trompe à résumer l’entretien annuel à seule la négociation salariale : cet exercice a d’abord pour objectif de faire le point sur l’année écoulée afin de mieux se projeter dans l’année à venir. Alors pourquoi l’image du combat de boxe reste-t-elle si prégnante ?

Pourquoi l’entretien annuel a-t-il cette image de rapport de force qui lui colle à la peau ?

Au départ, rien ne prédestinait l’entretien annuel à inspirer une telle frayeur du côté des employés. « Ce dernier permet avant tout de passer en revue les missions du salarié, l’atteinte de ses objectifs, les problématiques rencontrées ou surmontées, mais peut également servir à se projeter dans l’année à venir - voire au-delà - au travers de l’évolution possible du poste ou de ses missions », explique Lise Amram. Bref, à première vue, il s’agit d’un moment d’échange dont le but est de servir le salarié sur la durée. « Pour autant, l’entretien d’évaluation annuel est bien souvent vécu par les employés comme un fardeau dont ils se passeraient volontiers », reconnaît la coach.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette appréhension. D’abord, l’entretien annuel prend souvent la forme d’une évaluation avec des grilles et peut donc s’apparenter au bilan d’une expérience passée. Cet exercice peut renvoyer à la peur, plus ou moins rationnelle, de faire face à un jugement de la part d’un regard extérieur. « De plus, les salariés sont parfois évalués par un responsable hiérarchique qu’ils ne connaissent pas vraiment, ce peut rajouter une source importante de stress dans la mesure où on a le sentiment que son travail sera méconnu ou sous-évalué », observe Lise Amram. Alors en tant que salarié, comment se réapproprier cette étape indissociable de la vie en entreprise ?

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Se réapproprier l’entretien pour ne plus en avoir peur

Votre entretien professionnel est le premier outil d’évaluation professionnelle dont vous disposez. « Il faut donc voir cette rencontre avec votre manager ou les ressources humaines comme l’occasion d’exprimer votre ressenti, vos besoins, vos souhaits de formations ou perspectives professionnelles internes… ou externes », révèle Lise Amram. Alors plutôt que de le subir, voici six conseils pour le (re)prendre en main.

1. Changer son regard

Pour ne plus subir son entretien, un changement de perception est nécessaire. Car comment faire entendre ses arguments lorsque l’on ne croit pas soi-même en l’intérêt de cet entretien ? Alors au lieu de s’imaginer que ce dernier puisse vous nuire, rappelez-vous que son objectif premier est de vous entendre. « Surtout dans la mesure où ce dernier peut soit donner un nouvel élan à votre poste, soit être à l’origine de votre transition professionnelle », ajoute Lise Amram. Mais au fond, quel que soit votre projet professionnel, mieux vaut le soigner plutôt que le bâcler, il risquerait de vous être utile…

2. Prendre du recul

Dans un deuxième temps, il est important de relativiser. Vous ne jouez pas votre vie pendant un entretien annuel : il s’agit simplement de retracer l’année passée pour comprendre la manière dont se sont déroulés vos objectifs. Et dans le cas où tout ne se serait pas passé comme prévu, c’est justement le moment de pouvoir non pas vous défendre - car personne ne vous attaque - mais plutôt d’expliquer vos résultats avec les moyens que vous avez eus à votre disposition. D’ailleurs, ne confondez surtout pas le bilan, avec vous-même. Personne n’est ici pour vous juger vous, mais vos résultats à un instant T.

3. S’auto-évaluer

Cette étape est essentielle pour préparer l’entretien car l’auto-évaluation permet au salarié de réfléchir à son argumentation et ainsi mieux la maîtriser. « Soit avec le modèle d’auto-évaluation déjà mis en place dans l’entreprise, soit à l’aide des missions listées dans votre fiche de poste ou encore votre contrat de travail, évaluez seul·e chacune de vos tâches ainsi que vos interactions avec les autres services », recommande Lise Amram. Cette préparation est d’autant plus importante qu’elle nourrit l’entretien en comparant la perception du manager à celle du managé. « À noter aussi que ce travail joue également un rôle certain dans l’estime de soi », ajoute la coach. Raison de plus pour ne pas s’en priver.

4. Garder espoir

Voilà des années que vous réclamez une augmentation, mais jusqu’à présent personne ne semble vous avoir écouté ? Ne baissez pas les bras, cette année pourrait enfin être la bonne car rien n’est jamais figé. « Le chef d’entreprise, l’organigramme, votre responsable hiérarchique, vos collègues, votre environnement professionnel évoluent. Vous-même êtes chaque jour en mouvement et affichez justement une posture et une ouverture différente lors de ce nouvel entretien annuel ! » Alors on garde espoir.

5. Se sentir libre d’être honnête

Bien souvent, réclamer de l’aide en entretien annuel paraît peine perdue. Mais avant de déclarer forfait, il est important de parler des difficultés que vous pouvez rencontrer en entreprise et à l’extérieur. « Non seulement, les évoquer est nécessaire pour que chacune des deux parties de l’entretien aient tous les éléments en tête avant de dresser un bilan, mais en plus votre employeur n’est pas toujours au courant de tout ce qui vous concerne », affirme Lise Amram. Alors n’hésitez plus, c’est le moment idéal pour échanger en toute honnêteté.

6. Faire appel à un professionnel

Faire abstraction de ses peurs n’est pas toujours une mince affaire, surtout lorsque ces dernières sont ancrées en nous depuis plusieurs années. Aussi, il peut être utile de se faire accompagner par une personne extérieure telle qu’un coach, notamment pour retracer l’origine de cette peur qui peut même dépasser le cadre professionnel. « Aidé par ce dernier, le salarié pourra alors faire de cet entretien un véritable atout pour sa carrière en s’exerçant comme il faut en amont », conclut la spécialiste.

Finalement, ne craignez plus l’entretien annuel dans la mesure il s’agit avant tout d’un atout dans la gestion de votre carrière dès lors qu’il est préparé. Et maintenant à vous de jouer !

Article édité par Romane Ganneval
Photo de Thomas Decamps

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