Renégociation de salaire : les 5 phrases à oublier d'urgence !

Renégociation de salaire : le top 5 des phrases à éviter

Les renégociations de salaire approchent et vous préparez déjà votre discours pour convaincre votre boss de vous donner plus ? D’ailleurs, plus le temps passe, plus l’envie de vous faire entendre et de poser vos co…nvictions sur la table se fait ressentir ? Cette année c’est sûr, vous ne vous laisserez pas marcher sur les pieds ! Mais attention, certains arguments - pourtant très tentants et donc courants - ne sont pas forcément efficaces, voire carrément risqués… On les passe en revue à l’aide de Philippe Maubois, ancien DRH, expert des ressources humaines et psychologue.

La Maître Gims : « J’me tire »

Votre manager ne reconnaît pas assez votre valeur à votre goût ? Vous avez l’impression qu’il·elle vous prend pour acquis et avez bien envie de lui rappeler que ce n’est pas le cas ? Ni une ni deux, vous lui sortez l’argument imbattable qui vous fait vous sentir très puissant·e : « Je veux 10% de plus ou je pars. De toute façon, j’ai de meilleures propositions ailleurs. » Ouh le vilain chantage !

Vous pouvez effectivement suggérer que votre salaire est en dessous de ce qui est pratiqué sur le marché, mais le formuler ainsi peut vous mettre en danger. « En règle générale, la menace ne fonctionne pas, avertit Philippe Maubois. Le problème avec cette démarche, c’est d’abord que vous ne prouvez en rien votre valeur. Ça ne dit pas qui vous êtes, ni ce que vous avez fait pour mériter cette augmentation et ça ne reflète en rien votre motivation, bien au contraire. Et par-dessus tout, le gros risque, c’est de briser la confiance établie entre vous et votre manager. Si vous en arrivez à ce point, c’est certainement que l’entreprise ne répond plus à vos exigences et dans ce cas, il faut avant tout régler ce problème avant de négocier. »

La Pink Martini : « Je ne veux pas travailler »

Ici, vous tentez le coup du rationnel avec un soupçon d’indifférence : « Ok, très bien, vous ne m’augmentez pas… Dans ce cas, je vais travailler à hauteur de ce que je suis payé. Ni plus, ni moins. Na ! » Vous ne voulez pas vous tuer à la tâche pour une entreprise qui ne vous accorde pas la reconnaissance que vous pensez mériter, et dans le fond, vous avez bien raison !

Mais dans la forme, ce coup de pression ne peut pas fonctionner. « Là, je dirais que c’est vraiment se mettre la corde au cou et sauter dans le vide, ajoute Philippe Maubois. Encore une fois, la formule est menaçante et ça peut même donner envie à l’entreprise de vous pousser vers la sortie. Mieux vaut mettre en avant des arguments plus tangibles et factuels qui démontrent vos performances et votre investissement. N’oubliez pas que si vous êtes débordé, c’est avant tout que vous avez accepté les objectifs qui vous ont été fixés. C’est une erreur trop fréquemment commise de penser que si vous vous épuisez dans des objectifs inatteignables, vous serez forcément récompensés en conséquence. C’est de votre responsabilité de ne pas accepter des objectifs que vous ne pourrez pas atteindre. Apprenez à mieux les négocier dans la limite de vos responsabilités. Si vous souhaitez tout de même faire part de votre indignation parce que vous avez d’ores et déjà le sentiment de trop en faire par rapport à ce que vous donne votre entreprise, il faudra l’exprimer autrement : “Compte tenu des circonstances, je vais me recentrer sur mes fonctions principales”. »

La Jacques Dutronc : « L’opportuniste »

Votre entreprise a réduit les effectifs et vous vous retrouvez à devoir gérer seul·e une grosse charge de travail ? C’est inacceptable et vous avez envie de le faire savoir : «Je fais le travail de deux personnes, je mérite une augmentation ! »

Personne ne devrait avoir à se retrouver sous l’eau et en parler à votre manager est évidemment nécessaire, mais attention à ne pas mélanger les torchons et les serviettes : « Si vous êtes épuisé·e à cause de la charge de travail, c’est tout à fait entendable, rassure Philippe Maubois ! Mais l’argent n’a rien à voir avec ce problème. Demander plutôt à votre manager quelles ressources il compte vous donner pour vous aider, ou s’il souhaite embaucher des renforts, par exemple. Pour vous récompenser de vos efforts, vous pouvez tout de même réclamer une prime, et rien ne vous empêche de demander une augmentation dans tous les cas, mais pas avec cet argument. Si au contraire, avoir plus de responsabilités vous convient, expliquez à votre boss que votre rémunération ne correspond plus à votre fiche de poste et demandez-lui ce qu’il compte faire pour pallier ce problème. » Tout est une question de forme !

La Jean-Jacques Goldman : « Comme toi »

Une semaine avant l’entretien annuel, vous avez appris qu’un·e de vos collègues au même poste était mieux rémunéré·e et vous êtes bien décidé·e à demander réparation : « Martine, au même poste, a eu 3% d’augmentation. J’en veux autant ! »

Ici, l’argument peut seulement fonctionner dans un cas précis : « Si les salaires au sein de l’entreprise sont établis dans une grille claire et transparente, précise Philippe Maubois. Là, si vous ne touchez pas le salaire indiqué en fonction de votre poste, de votre ancienneté, etc. ou qu’il y a une anomalie, vous avez matière à négocier sans problème ! Mais si c’est une entreprise sans aucune transparence ou stratégie bien ficelée sur les salaires, mieux vaut éviter. Recentrez-vous sur vous : quelle est votre fiche de poste ? Faut-il la redéfinir et faire évoluer le salaire avec ? »

La Johnny Hallyday : « Le chanteur abandonné »

Les précédentes années, la récolte à l’augmentation n’a pas été fructueuse et vous en avez ras-la-casquette : « Je n’ai pas été augmenté depuis quatre ans, j’en ai marre. » On comprend tout à fait votre agacement, et probablement que votre manager aussi. « Même si c’est une situation regrettable, gardez votre sang-froid et ne jouez pas sur les émotions, car malheureusement, on ne peut pas vous augmenter sous prétexte que vous risquez de bouder, caricature Philippe Maubois. À la place, posez des questions à votre interlocuteur pour le laisser tirer les conclusions qui s’imposent par lui-même : “Êtes-vous satisfaits de mon travail ?”, “ma productivité participe-t-elle à la profitabilité de l’entreprise qui a dégagé cette année un bénéfice de XX% ?”, “est-ce important pour l’entreprise de fidéliser ses meilleurs collaborateurs ?”, “savez-vous depuis combien de temps mon salaire n’a pas évolué ?”, “quelles seraient les conséquences pour la performance globale si vos meilleurs collaborateurs se sentaient dévalorisés ?”, “que proposez-vous pour éviter cela ?” »

Les do & don’t

Pour résumer :

  • On évite de jouer sur les émotions et on s’en tient aux faits ! Quelles sont vos performances, vos réussites, vos succès ? Voilà ce que vous devez valoriser.
  • On se tient loin des menaces. Si on attaque, notre interlocuteur va se défendre. Mieux vaut poser des questions pour amener l’autre vers nous et l’aider à se rendre à l’évidence : vous méritez mieux. N’oubliez jamais qu’en négociation c’est celui qui pose des questions qui la dirige. Celui qui argumente la subit.
  • L’argent n’est pas la solution à tous vos problèmes ! Cela ne veut pas dire que vous ne devez pas négocier, mais attention aux arguments que vous choisissez. Si votre charge de travail est trop importante, plus d’argent ne vous aidera pas à l’absorber, en tout cas, pas sur le long terme. Il faut alors reprendre sa fiche de poste et prioriser ses différentes missions avec son boss ou demander à être épaulé·e par de nouvelles recrues.
  • Pour éviter beaucoup de frustration et de déception lors des prochaines négociations de salaire, n’oubliez pas de clarifier la définition des vos fonctions et de vos objectifs futurs. En clair, demandez des objectifs précis, n’acceptez pas ceux qui sont inatteignables, et négociez des compensations pour ceux qui sont en dehors de votre fiche de poste.

Article édité par Elea Foucher-Créteau ; Photo de Thomas Decamps

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