BADASS : ni Dieu ni maître, comment ne plus vous écraser devant votre boss ?

Publié dans BADASS

28 oct. 2021 6min

BADASS : ni Dieu ni maître, comment ne plus vous écraser devant votre boss ?

auteur.e

Lucile Quillet

Expert du Lab

Journaliste, conférencière et autrice experte de la vie professionnelle des femmes

BADASS - Vous vous sentez illégitimes, désemparées, impostrices ou juste « pas assez » au travail ? Mesdames, vous êtes (tristement) loin d’être seules. Dans cette série, notre experte du Lab et autrice du livre de coaching Libre de prendre le pouvoir sur ma carrière Lucile Quillet décortique pour vous comment sortir de la posture de la “bonne élève” qui arrange tout le monde (sauf elle), et enfin rayonner, asseoir votre valeur et obtenir ce que vous méritez vraiment.

On le·la regarde souvent comme un demi dieu·déesse à qui l’on doit (presque) tout, irradiant d’immunité et de pouvoir. Alors, on considère notre boss sympa de nous augmenter, compréhensif·ve quand on pose une journée enfant malade (après s’être excusée dix mille fois, bien entendu), gentil·le de mentionner notre travail en réunion (au lieu de s’approprier notre mérite comme le font certains). Parfois, on a aussi peur que notre boss ne nous aime plus, tant nous estimons que notre avenir professionnel dans l’entreprise ne tient qu’à un de ses claquements de doigts. Bref, sous couvert de chance et de bonne entente, nous n’avons pas (du tout) le bon rapport ni la bonne distance avec notre N+1.

La Sainte-Trinité : parent-prof-boss

Le problème est le même, que le manager en question soit un homme ou une femme : dans les deux cas, nous avons appris à considérer le ou la “boss” comme une figure d’autorité dans la continuité de celles que l’on a connues, à qui l’on devait fatalement répondre, sans les avoir choisies pour autant. Enfant, on obéissait à nos parents. Adolescent, on rendait des comptes à des professeurs. Au travail, on conserve ce rapport très hiérarchique de dépendance à sens unique, où l’on doit satisfaire la personne au-dessus de nous (qu’on est censée “admirer” souvent) pour nous sentir bien.

Parce qu’elles ont grandi dans l’idée que leur valeur était indexée sur l’appréciation des autres, les femmes jouent très souvent les filles sages avec leur N+1 et s’exécutent comme de bons petits soldats pour obtenir les bons points, en les embêtant le moins possible. Ce n’est pas pour rien qu’on appelle ce phénomène : le syndrome de la bonne élève. Bref, alors qu’on est entré dans le monde professionnel où des adultes œuvrent ensemble pour un même but, ces rapports infantilisants perdurent en entreprise, aussi du fait de nombre de boss qui s’érigent en tant qu’éducateurs et évaluateurs perpétuels qu’il faut brosser dans le sens du poil.

Ne pas travailler “pour” mais “avec”

Mais qu’est-il·elle alors au juste ? Il·elle n’est pas un prof, ni un maître, ni un Dieu, tout comme nous ne sommes ni sa fille, ni sa disciple, ni son élève. Il est un collaborateur, un maillon de la chaîne dont on fait tous partie. Si vous êtes violoniste, lui est chef d’orchestre : chacun connaît sa partition. Il n’est pas là pour vous apprendre à jouer du violon, ni pour décider si vous savez bien en jouer (a priori, si vous faites partie de l’orchestre, c’est que le sujet est déjà clos), mais pour vous mettre en mouvement de façon cohérente avec le reste des joueurs pour faire de la belle musique.

Certes, le chef d’orchestre a le dernier mot, vous devez respecter sa légitimité… mais ça ne veut pas forcément dire lui donner votre âme ni s’aplatir à plat ventre devant lui. Et puis, lui·elle aussi a besoin de vous. C’est pourquoi, en réalité, on ne travaille pas “pour” quelqu’un, mais avec lui. Et cette réciprocité change tout (y compris pour lui). Alors, comment raccorder la relation de façon moins verticale ?

On lui dit ce qu’on pense

Breaking news : vous pouvez vraiment dire ce que vous pensez à votre boss. Vous n’avez pas à garder la bouche en cœur face à tout ce qu’il·elle dit pour être appréciée. Bien au contraire : la personne qui dit “amen” à tout n’apporte rien. La diversité d’idées rend en revanche une équipe plus efficace.

Vous avez le droit de lui dire le fond de votre pensée, de le contredire, il y a de la place pour tout le monde, du moment que vous parlez dans l’intérêt général, sans chercher à écraser l’autre (autrement dit, en étant assertif). Vous pouvez ainsi dire qu’il y a une surcharge de travail (et que toute l’équipe va finir en burn out), que vous pensez que mars est un mois plus stratégique pour organiser un événement que mai (avec tous ces jours fériés), que l’utilisation du Slack a ses limites (plus personne ne lit les 36 canaux de conversation).

In fine, c’est lui qui aura le dernier mot (c’est son job de trancher et décider). Quoi qu’il arrive, il a conscience de votre réelle valeur ajoutée (et s’il n’apprécie que les gens dociles, allez rayonner là où vous serez appréciée à votre juste valeur).

On le·la dérange

La bonne élève pense que c’est en dérangeant le moins son·sa boss qu’on se fait apprécier. C’est faux. Surtout, surtout, dérangez-le, il·elle est payé pour ça. C’est son job de piloter, organiser, écouter les besoins des membres de son équipe, prendre en compte vos remarques et maintenir la motivation. Vous faites votre travail, il fait le sien. Vous n’avez pas à le soulager ni à prendre sur vous des problèmes qu’il doit gérer (et qui ne font pas partie de votre fiche de poste) : quand vous n’avez pas le bras assez long pour régler l’affaire vous-même, dites-lui. Plus vous attendez, plus le problème que vous lui livrerez in fine sera gros.

On lui demande plus

Le déranger, ça veut aussi dire lui demander plus. Avec un boss qu’on redoute, on met en doute la légitimité de notre négociation. Avec un boss “qui nous aime bien”, on entend des “non, tu sais bien, c’est compliqué en ce moment, je sais que tu comprends”. Et non, la complicité ne fait pas toujours de vous une privilégiée (mais aussi la potentielle destinataire de textos de boulot à 22h et les dimanches).

On a généralement tendance à se dire que notre boss est le meilleur juge pour savoir si on mérite d’être mieux rémunérée. Sauf que faire faire des économies à l’entreprise est toujours un très bon point pour un chef. N’attendez pas son carton d’invitation : déterminez vous-même votre valeur, levez-vous de votre chaise et exigez plus (et gardez bien des traces écrites).

On lui fait un feedback

Ne voyez plus votre boss comme votre instructeur·rice, ni un maître omnipotent qui sait tout (tous les boss n’ont pas été à la place de leurs employés auparavant). Un boss est toujours lui-même en apprentissage de son job de boss. Et vous avez un point de vue sur son activité que lui n’aura jamais.

Aussi, n’hésitez pas à lui faire un feedback sur ses méthodes (il n’osera pas le demander de peur de passer pour quelqu’un qui doute de lui-même). Vous ne le “critiquez” pas, vous lui rendez service en l’aidant à s’améliorer… et vous positionnez comme une collaboratrice précieuse. Pour que notre intention ne soit pas mal interprétée ( « tes powerpoints sont vraiment d’un ennui abyssal »), on met les formes avec la technique sandwich compliment+critique+compliment dans un esprit constructif (« Les PowerPoint sont très utiles pour mémoriser visuellement les informations, mais ils sont un peu trop longs et fournis. Peut-être gagnerais-tu à synthétiser l’essentiel, ça renforcerait encore plus ta présentation je pense »).

On lui demande d’être précis

Un·ne vrai·e bon·ne boss n’est pas quelqu’un qui cherche à exercer un pouvoir arbitraire sur son équipe façon petit monarque. C’est celui·celle qui remplit ses quatre devoirs de chef : la performance (il doit créer un cercle vertueux), le respect (la base), l’écoute (pour mieux organiser), la transparence (pour faire comprendre la logique de travail et les objectifs). Si ce n’est pas le cas, il·elle peut avoir à faire aux RH et au CSE.

Il·elle se doit donc d’être clair et de vous apporter des explications factuelles et rationnelles. Quand il·elle donne une mission, faites-lui préciser les objectifs, avec dates à la clé. Quand il·elle vous critique, demandez-lui des exemples concrets. Quand il·elle vous demande plus, demandez-lui avec quels moyens. Sans ça, il n’y a pas de langage commun, mais que du subjectif… et beaucoup de malentendus où on pourra vous faire porter le chapeau.

On ne lui donne pas les plein pouvoirs

Vous vous entendez bien avec votre N+1 : super. Mais ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier. Casser la verticalité de ce rapport passe aussi par de plus de transversalité dans vos relations professionnelles : vous devez connaître votre N+2 et d’autres chefs d’autres services. Rayonnez hors de sa coupe : il est important qu’il·elle ne soit pas le seul à connaître votre valeur (car tous les boss s’en vont un jour). Cela vous permettra aussi d’avoir d’autres points de vue sur votre travail (ce qui peut être un réconfort quand notre boss est un·e insatisfait·e chronique).

Un·e boss, c’est un personnage important, mais ça n’est jamais qu’un·e boss. Il·elle ne restera jamais votre boss à vie (contrairement à vos parents). Il reste quelqu’un d’imparfait, de faillible, mais surtout de perfectible. Ne plus idéaliser cette stature nous autorise à être plus facilement nous-même, mais aussi globalement à mieux travailler avec l’autre, à s’enrichir mutuellement. Lui aussi peut se dire au final qu’il a de la chance de vous avoir.

Photo by WTTJ
Édité par Eléa Foucher-Créteau

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