Comment vaincre le syndrome du bon élève ?

Le syndrome du bon élève : qu'est-ce que c'est et le contrer ?

De l’apprentissage de la pâte à modeler en maternelle, à celui des logarithmes népériens au lycée, vous avez toujours été en tête de classe. Quand vos petits camarades peinaient à décrocher un 12 sur 20, vous surfiez avec aisance au-dessus de la moyenne, frôlant le malaise vagal dès que vous descendiez en dessous 15 (ce qui, dieu merci, vous arrivait rarement). Et pourtant, depuis que vous êtes entré·e dans le monde merveilleux du travail, vous êtes confronté·e pour la première fois à une sensation qui vous est totalement étrangère : l’impression de galérer. Vous avez beau faire de votre mieux, rendre des présentations nickel et cocher tous les objectifs, la reconnaissance attendue n’arrive jamais. Pire encore, ceux qui travaillent moins bien que vous semblent gravir les échelons bien plus vite. Mais pourquoi ce qui fonctionnait si bien à l’école ne fonctionne plus en entreprise ? Comment se fait-il qu’être « bon élève » n’est pas synonyme de succès professionnel ? Pour mieux comprendre ce qui se cache derrière le syndrome du bon élève, et pour identifier comment le dépasser, nous avons échangé avec Karine Aubry, coach certifiée et autrice d’un ouvrage à paraître sur le sujet en janvier.

Comment savoir que l’on est trop « bon élève » ?

Avant toute chose, il convient de distinguer le bon élève du perfectionniste. Le/la perfectionniste est quelqu’un qui va vouloir toujours fignoler à l’excès un travail, avec un souci exagéré de la perfection, qu’il s’agisse d’une tâche devant être exécutée pour le compte d’autrui, ou pour lui-même. Le bon élève, lui, prête une attention démesurée aux attentes extérieures : il va passer son temps à anticiper ce que les autres attendent de lui, et à vouloir surpasser ces attentes. Là où le perfectionniste va être exigeant avec lui-même y compris quand son travail n’est jugé par personne d’autre, le bon élève va l’être essentiellement quand un regard extérieur entre en jeu.

Savoir reconnaître que l’on est tombé dans le syndrome du bon élève n’est pas évident dans la mesure où il n’existe pas un « profil type » du bon élève. Ce comportement peut venir d’une certaine éducation : un enfant à qui l’on a toujours inculqué d’écouter les autres avant de s’exprimer par exemple, que l’on n’a jamais vraiment félicité pour ses accomplissements, ou qui a toujours réussi à l’école en respectant les consignes des professeurs… La personnalité peut également jouer, une nature moins affirmée, peu téméraire, aura plus facilement tendance à tomber dans ce syndrome. Certains spécialistes tendent à montrer que ce syndrome touche plus les femmes : elles souffrent davantage d’un manque de reconnaissance, le monde du travail étant essentiellement dominé par des hommes.

Bien qu’il n’existe pas un profil unique, Karine Aubry identifie néanmoins trois caractéristiques communes chez ces “bons élèves” : ce sont des individus qui veulent bien faire, dans le respect du cadre et des consignes, et qui pensent que les autres sont mieux placés qu’eux pour évaluer leur travail. « Ceux que l’on qualifie de bons élèves en entreprise se placent en dessous des autres, ils ne parviennent pas à s’auto-évaluer, et par conséquent, ils ne décident pas de leur destin », résume la coach.

Ce qui coince quand on est trop bon élève

C’est le problème majeur de ce type de profil : en s’adaptant aux attentes extérieures (celles des parents d’abord, puis des profs, et des managers), il remet systématiquement sa progression personnelle dans les mains des autres. Or, si respecter les consignes suffisait à valider le passage dans la classe supérieure au lycée, cela n’est pas suffisant quand il s’agit de gravir les échelons en entreprise. « Le problème de fond repose sur la conception de ce qu’il faut faire pour réussir en entreprise, analyse Karine Aubry. Les bons élèves pensent que s’ils font ce que l’on attend d’eux, cela ne peut que bien se passer. Or, souvent, ils n’obtiennent pas la reconnaissance attendue. »

En cause, les critères de réussite en entreprise bien différents des critères scolaires. Un salarié va être valorisé pour sa proactivité, sa capacité à innover, à s’adapter, à coopérer avec les autres et à mettre en avant son travail. Face à cela, le « bon élève » se retrouve bloqué par sa réticence à sortir du cadre, et son incapacité à se mettre en avant, indépendamment de ce que pensent les autres.

Résultat, ce sont souvent des profils que les managers veillent à garder précieusement sous le coude, sans pour autant les faire évoluer. « C’est une position assez ingrate, car ce sont des individus qui sont fiables et qui travaillent très bien, donc que l’on va souvent charger de travail plus que les autres, mais qui ne sont pour autant pas mieux lotis en termes de salaires ou d’avantages », affirme Karine Aubry. Par son abnégation et sa force de travail, le profil du bon élève est souvent celui vers qui l’on se tourne lorsqu’il s’agit de déléguer des tâches importantes, ou de fournir un effort conséquent en dernière minute. Jusqu’au jour où les choses se fissurent.

Comment faire de sa “bonélèvitude” une force ?

« Le point de rupture intervient quand la personne se rend compte de sa position : cela peut venir d’un sentiment de ras-le bol à force de voir les autres évoluer et pas soi, du feedback d’un manager, ou d’une souffrance trop grande face au manque de reconnaissance », décrit l’experte. Bien qu’aucune étude chiffrée n’ait été menée sur le sujet, il semble probable que le profil du « bon élève » soit susceptible d’être sujet au burn-out plus souvent que la moyenne. Dans un article du Monde daté de 2015, la psychanalyste Sophie Péters décrivait déjà comment le comportement du « bon élève » pouvait constituer une pente dangereuse vers l’épuisement professionnel : « Entraînant l’angoisse de ne pas être à la hauteur, une imagination fertile sur ce qui serait supposé plaire au chef, l’attitude de premier de la classe est aussi l’antichambre du burn-out. Elle met l’individu sous pression, ses critères personnels d’exigence étant bien supérieurs à ceux qui lui sont fixés. » Le tout n’est alors pas de prendre conscience du problème, mais bien de s’en affranchir. Et la démarche n’est pas aussi simple qu’elle n’y paraît !

« Il s’agit de se débarrasser d’une certaine manière de voir le monde, à savoir « si je fais les choses bien, cela va payer », pose Karine Aubry. Il faut un temps de rééducation pour changer son schéma, accepter certaines choses, et transformer son côté bon élève en force. »

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Concrètement, cela passe par plusieurs étapes.

Se reconnecter à ses critères personnels.

Qu’est-ce que j’ai vraiment envie de faire dans cette entreprise ? Qu’est-ce que représente un bon travail à mes yeux, hors de toute évaluation extérieure ? Qu’est-ce que j’espère pour moi-même en restant dans cette entreprise ? Une fois ces interrogations posées, il convient de voir en quoi les réponses sont en décalage avec la réalité : par exemple, « comment se fait-il que je me retrouve à gérer une partie de l’administratif quand je suis supposée faire partie de l’équipe créative ? »

Identifier ses atouts.

« S’adapter aux autres peut être une qualité très précieuse tant que cela reste mesuré. Il ne s’agit pas de s’oublier soi-même, mais de voir en quoi cette flexibilité peut nous aider à atteindre nos objectifs », explique Karine Aubry.

De la même façon, une grande force de travail peut être un atout si celle-ci est canalisée à des fins utiles. « Ce qu’il faut, c’est recentrer son énergie sur des choses essentielles, poursuit la coach. Se dire “je vais être très bon élève sur des éléments qui sont vraiment importants”. Mais pour avoir l’énergie de faire cela, je dois lâcher sur autre chose. Il s’agit de desserrer à droite pour resserrer à gauche, et progressivement, on se rend compte qu’on peut en fait être moins pointilleux sur plusieurs tâches, sans que cela ait de conséquences. » Dans le cas d’un salarié qui travaillerait à la signature d’un contrat par exemple, mieux vaut se concentrer sur l’exactitude des clauses juridiques que sur la beauté graphique du document, en résumé.

Mettre en place un plan d’actions pour atteindre ses objectifs.

Si l’on se rend compte que l’on souffre d’un manque de reconnaissance par exemple, il s’agit alors de déterminer quelles actions précises nous permettront d’y remédier : cela peut passer par une formulation plus explicite de nos attentes auprès d’un manager, par une renégociation de ses missions, voire par un changement de poste si aucune autre alternative n’est possible.

Éviter de tomber dans le syndrome du bon élève

Afin de ne pas se retrouver piégé dans un comportement trop bon élève, apprendre à écouter les feedbacks est essentiel. Si au moment de rendre un travail, un manager nous dit « Houlà ! Je n’en attendais pas tant ! » on peut bien sûr se féliciter d’avoir surpassé ses attentes, mais également noter pour la prochaine fois d’y passer moins de temps. Pour ceux qui ont la phobie du travail “mal fait”, demander des précisions quant au degré de rendu du travail attendu peut permettre de s’économiser bien du stress inutile, en réajustant ses exigences.

« Pour se rassurer, il est possible de mettre en place des petites expérimentations, suggère Karine Aubry. Par exemple, rendre un travail que l’on estime satisfaisant à 97% mais pas à 100%, et voir ce qui se passe. Souvent, on s’aperçoit que l’on a en fait entièrement répondu aux attentes. Cela peut permettre à des personnes qui ont le sentiment d’être surchargées de lâcher du lest, et de se rendre compte que les attentes qu’ils projettent sont en fait bien plus exigeantes que la réalité. »

Communiquer avec ses managers pour comprendre ce qui est véritablement attendu de nous plutôt que de se baser sur des projections, apprendre à demander des feedbacks sur son travail, et affirmer haut et fort ce qui est important pour soi sont quelques clés pour apprendre à ne pas tomber dans le syndrome du bon élève. Sans oublier de se féliciter quand on estime avoir fait du bon travail, plutôt que de se complaire dans l’autoflagellation, malheureusement plus fréquente. Eh oui, apprendre à être moins bon élève, c’est du boulot !

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Photo by WTTJ

Coline de Silans

Journaliste indépendante

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