Premier emploi : Combien de temps faut-il réellement y rester ?

Combien de temps rester dans son premier job ?

Cette question, tout le monde se l’est forcément déjà posée. Surtout que le durée de notre première expérience est a priori déterminante pour toute une partie de notre carrière. Alors, cette première idylle doit-elle vraiment durer trois ans, comme l’amour ? Ou bien un ou deux ans suffisent ? Et si on y restait plus, risquerait-on de se griller ? Pour trancher entre croyance et réalité, on a fait le point avec une professionnelle sur tous clichés qui existent autour de la durée de cette première expérience .

Deux, trois, cinq ans : à quoi correspondent ces durées ?

Passées deux années à son premier poste en entreprise, on commence à cogiter sur son avenir et parfois une légère pression nous étreint, comme à l’approche d’une date péremptoire qui indiquerait “Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable”. On se demande alors, si l’on doit mettre les voiles ou rester encore un peu plus longtemps. Alors pourquoi conseille-t-on souvent de rester deux ans, minimum ?

Pour rester employable auprès de futurs recruteurs

C’est la croyance la plus répandue des guides de carrière et l’orthodoxie voudrait que l’on reste trois ans en moyenne dans son premier emploi pour cultiver son employabilité et demeurer séduisant aux yeux de futurs recruteurs. « En général deux à trois ans suffisent. Tout ce que cherche un recruteur, c’est être rassuré, explique Cindy Neri, consultante RH et coach en mobilité professionnelle. Le fait de changer de poste tous les six mois ou tous les ans, c’est quelque chose qui peut justement les effrayer. Quand on embauche quelqu’un d’« instable », il faut songer à tout ce que ce recrutement impliquera dans les équipes, ainsi qu’aux frais d’investissement et de formation. Si le candidat quitte l’entreprise au bout de trois mois, l’entreprise devra repartir de zéro. » Rester trois à cinq ans dans son premier emploi serait donc, traditionnelllement, l’assurance pour les recruteurs d’une plus grande stabilité professionnelle. Mais ce n’est pas une règle d’or, tout dépend de votre interlocuteur et de votre capacité à justifier ce choix.

De la même mannière, et toujours selon notre experte, rester trop longtemps dans l’entreprise de son premier job pourrait également être considéré comme peu attractif sur le marché du travail, le risque étant de renvoyer l’image d’une personne « dans le moule », qui n’a plus envie d’évoluer. De faire partie des meubles en somme et d’être difficilement amovible. C’est un risque, mais rassurez-vous, tous les recruteurs ne fonctionnent pas ainsi.

Pour développer ses compétences, améliorer son salaire, gagner en responsabilité

« En deux-trois ans, on acquiert une vraie expertise, abonde la coach. C’est plus compliqué au bout de six mois ou un an. » Développer des compétences et faire ses preuves demande du temps. En quittant son premier poste, il n’est pas illégitime non plus, d’espérer augmenter ses revenus ou ses responsabilités, c’est une évolution de carrière assez classique. « Évidemment, on part rarement pour moins bien, en termes de poste, de responsabilité et de salaire, commente la consultante RH. Généralement, on prend une augmentation de 10% sur sa rémunération quand on change de poste. Au niveau des responsabilités, on peut commencer à encadrer des équipes de plusieurs personnes. » Selon une étude d’Opinion Way parue en 2017, on retrouve parmi les principaux motifs d’insatisfaction lors d’un premier emploi chez les jeunes : le manque de perspectives d’évolution, la trop faible rémunération et dans une moindre mesure, l’absence de responsabilités.

Alors, conserver son premier poste « au moins deux ans » est toujours valorisant sur un CV, conclut la coach. Cependant ce n’est pas le seul critère des recruteurs et puis, les choses changent…

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« J’ai arrêté mes études pour travailler et je ne le regrette pas »

Des durées qui ne sont plus vraiment d’actualité

Selon l’étude Opinion Way, 48% des 18-30 ans interrogés répondaient avoir occupé leur premier emploi pendant moins d’un an. Les cartes seraient-elles rebattues aujourd’hui ?

Les nouvelles générations n’hésitent plus à démissionner

En fait, lorsqu’on évoque le départ d’un premier emploi, il faut recontextualiser. Parmi les raisons avancées, on doit prendre en considération nombre de périodes d’essai qui n’ont pas abouties, de ruptures conventionnelles, de démissions et licenciements. Ce ne sont finalement “que” 58% des jeunes qui quitteraient leur premier emploi de leur plein gré. Mais qu’est-ce qui les pousse à tenter l’aventure ailleurs si prématurément ?

Si chaque secteur possède ses caractéristiques propres, les jeunes générations ont plus la bougeotte que leurs aînés. « Il y a quelques années déjà, on disait cela de la génération Y (née entre les années 1980 et la fin des années 1990), et c’est encore plus vrai pour la génération Z (née entre 1995 et 2010) : on ne reste plus aujourd’hui 20 ans dans la même société, comme peut-être nos parents et nos grands-parents le faisaient », décrit Cindy Neri. D’après un sondage, un jeune sur deux (nés après 1995) estiment ainsi que le CDI est amené à disparaître au profit des CDD et du travail en freelance. La tendance est plutôt aux parcours multiples qu’aux carrières linéaires.

Aussi, les jeunes arrivent sur le marché du travail en ayant la plupart du temps une idée floue de leurs ambitions, certains tâtonnent et ont besoin de multiplier les expériences pour trouver leur voie. 50% d’entre-eux n’auraient ainsi pas une idée précise du métier qu’ils souhaiteraient exercer avant d’entrer sur le marché du travail. Ça vous parle ?

Et lorsqu’un premier emploi se présente, la confrontation entre les attentes et la réalités n’est pas toujours à la hauteur. 40% des personnes interrogées dans l’étude susmentionnée avancent qu’elles étaient insatisfaites par leur premier emploi car elles pensaient obtenir « un travail plus intéressant. » C’est aussi, selon Cindy Neri, à rapprocher de profils de plus en plus singuliers chez les jeunes : « les HPI, les zèbres, les multipotentiels. Ces générations sont touche-à-tout, elles ont envie de faire plein de choses, de bouger de plus en plus souvent. » Alors forcément, l’amour dure moins de trois ans…

Des recruteurs au diapason, l’employabilité change de référents

Ce qui valait pour hier est-il pertinent aujourd’hui ? Loin s’en faut ! « Il ne faut pas oublier que de nombreux RH sont aujourd’hui issus de ces nouvelles générations. Il n’y a plus le choc que j’observais il y a encore sept-huit ans, entre les patrons ou N+1 d’une génération X qui ne comprenaient pas ces sauts et ces changements de poste rapides », témoigne la coach. D’après elle, nous serions même en pleine mutation des process de recrutements. « Aujourd’hui, on s’intéresse beaucoup à ce qu’on appelle les soft skills. Les recruteurs regardent de plus en plus vers le futur, le potentiel et la personnalité du candidat, et de moins en moins vers le passé et donc son expérience. » Ainsi, les RH seraient aujourd’hui moins intéressés par le CV de leur futures recrues que par leurs savoir-être et savoir-faire.

Certaines entreprises n’embauchent par ailleurs que sur le terrain des compétences, sans égard aux parcours professionnels des candidats. « Une société qui a besoin d’un poste en graphisme peut très bien vous demander de réaliser une étude de cas plutôt que de consulter votre CV, et sélectionner les profils qui auront le mieux réalisé l’exercice. Ça colle avec une nouvelle culture, de plus en plus de directions d’entreprises ne sont pas issues des grandes écoles et ne reproduisent plus ce schéma classique. Et c’est intéressant d’amener cette diversité dans l’entreprise. »

Il y a aussi la question des CDD en hausse depuis vingt-cinq ans d’après la Dares. Pour les jeunes diplômés, débuter en enchaînant ces contrats à durée déterminée peut être avantageux : « C’est un peu comme le stage ou l’apprentissage, ça permet de découvrir différentes entreprises et donc différents fonctionnements et métiers. Et finalement, une personne qui a fait cinq CDD d’un an peut se justifier beaucoup plus facilement auprès d’un recruteur, qu’une autre qui aura fait cinq CDI d’un an. »

Alors, avant de quitter son premier emploi, quelles questions faut-il se poser ?

« Puis-je évoluer en interne ? »

Évoluer ne signifie pas forcément prendre des responsabilités. « Avant, la seule solution possible était de devenir manager, or, tout le monde n’a pas envie d’encadrer une équipe, même si on a un très bon niveau. Chez les jeunes générations, le challenge est de moins en moins dans cette perspective d’évolution hiérarchique. » Et à en croire Cindy Neri, ce besoin d’évolution à un poste peut très bien se résoudre en interne : « Envisager qu’on peut faire autre chose sur son poste, que les responsabilités peuvent être élargies, peut donner un nouvel élan à notre premier emploi. Il ne faut jamais hésiter à discuter avec son service RH pour voir ce qu’il est possible de faire en terme de mobilité interne. »

« Suis-je bien à mon poste ? »

« Est-ce que je quitte mon emploi parce qu’il parait que c’est plus stratégique pour ma carrière ou parce que j’ai vraiment envie de le faire ? Il est indispensable de se poser cette question. » En réalité, quand on est amené à s’interroger sur ce sujet, il n’existe pas de règle universelle. Il suffit d’être honnête avec soi-même : est-ce qu’on cherche à faire quelque chose pour appliquer des règles et avoir un CV parfait ? Ou parce que c’est important pour nous ? « Certaines personnes restent dix ans, quinze ans, vingt ans au même poste et c’est ok, ça leur va bien, elles sont très heureuses. » À l’inverse, d’autres aiment changer régulièrement et cela leur réussit. Il faut revenir à ses envies, à ses motivations et ce qui fait sens pour nous, quitte à « être un petit peu égoïste et respecter sa singularité. Finalement, le meilleur indicateur c’est : quand je me lève le matin et que je me demande : Est-ce que je suis content d’aller faire mon travail ? Ou est-ce que je commence à en avoir marre ? La réponse, on la connaît au fond de nous. »

Le plus important : se préparer aux futurs entretiens

Le problème n’est pas de lâcher son premier emploi au bout de six mois. C’est de pouvoir le justifier lors de vos futurs entretiens d’embauche « car ça sera toujours une question que le recruteur vous posera et il faut préparer un argumentaire solide », rebondit la coach. Voici donc comment justifier vos choix, que vous soyez resté six mois dans votre ancienne boîte, ou six ans !

Se préparer à LA question

L’entretien d’embauche est le moment où l’on se montre tous sous notre meilleur jour. « Néanmoins, il y a de plus en plus une recherche d’authenticité et d’honnêteté dans ce rapport et le candidat doit essayer de le rassurer. On peut avoir quitté son poste volontairement. On peut aussi avoir eu de la malchance : les besoins de l’entreprise ont changé, le poste était en doublon, il y a eu un rachat. Dans tous les cas, il faut se préparer et être à l’aise avec sa justification. »

Éviter de dire qu’on a “fait le tour”

« Un jeune diplômé peut très bien dire qu’il s’ennuyait à son poste. Je retrouve ce cas de figure régulièrement en coaching, ils me disent : “Je fais semblant de ne pas m’ennuyer mais je m’ennuie”, et ça fait du bien de communiquer sur ça parce que c’est possible de s’ennuyer, ce n’est pas être prétentieux. » Toutefois, il faut être prudent dans le choix des mots. Dire qu’on a « fait le tour », n’est pas toujours vu d’un bon œil. « Il est possible de connaître son poste par cœur, mais quand, en face de vous, le recruteur est lui-même à son poste depuis dix ans, on peut sembler un peu prétentieux. Aussi, on pourrait penser de vous, que vous n’êtes pas très curieux. Il faut donc proposer du concret derrière cette explication : “comme je ne trouvais plus de stimulation intellectuelle à ce poste, j’aurais aimé faire ça, mais ce n’était pas possible.” » Tout se joue dans la formulation !

Justifier son désaccord

On peut très bien quitter son premier job parce qu’on n’était pas en phase avec les valeurs de la société. L’écueil à éviter dans ce cas de figure, est de dire du mal de son ancienne boîte, sans proposer de solution derrière. « Il faut faire attention aux messages négatifs qu’on envoie et se mettre à la place du recruteur. C’est toujours un jeu d’empathie, finalement. Il faut toujours être en accord avec soi et au pire, si le recruteur ne vous retient pas parce que vous avez dit “moi je ne supporte pas le mensonge et mon supérieur n’était pas très honnête” c’est peut-être qu’il se dit que votre personnalité ne collera pas avec la culture d’entreprise et c’est pas plus mal pour vous. »

Rester trois ans ou pas à son premier poste, telle n’est pas la question, vous l’aurez compris. Quitter son premier job au bout de quelques mois, parce qu’on s’y sentait à l’étroit, qu’on a soif d’apprendre et de bouger, cela s’entend. Tout comme de rester des années à ce même poste, tant que vous y êtes bien. La seule “règle d’or” que vous devez à tout prix appliquer, c’est d’être attentif à vos propres envies, en étant honnête avec vous-mêmes et avec vos futurs recruteurs.

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Article édité par Gabrielle Predko
Photo par WTTJ

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