Envie de changer d’air ? Les questions à se poser pour préparer sa mobilité pro

Mobilité géographique : questions à se poser avant de se lancer

Le confinement et puis l’été déconfiné vous ont fait réfléchir… Et si vous déménagiez ? Partir de là où on vit, cela peut faire plus ou moins peur. Un changement de lieu de vie a souvent des répercussions à différents niveaux dans nos existences… Quelles seraient les conséquences sur votre vie professionnelle ? La mobilité sera-t-elle plutôt un tremplin ou un frein dans votre carrière ? Et que faire si votre nouvelle vie ne vous plaît pas ?

Luc Moréna est un spécialiste de la mobilité : il est le Directeur Général de la société Ma Nouvelle Ville, créée en 2018 pour accompagner salariés et entreprises sur les questions de mobilité géographique. Quant à Nathalie et Margaux, la mobilité, elles l’ont vécu, le jour où elles ont décidé de quitter leurs villes respectives pour se lancer dans une nouvelle aventure ailleurs… Ensemble, ils nous font part de leurs expériences.

Mobilité : les grandes questions à se poser avant de se lancer

1. Pourquoi partir ? Que recherchez-vous en envisageant un déménagement ?

« La première question à se poser, c’est pourquoi je veux bouger : est-ce que je veux changer d’air, découvrir une nouvelle région, ou parfois, repartir de zéro ? », nous lance Margaux en guise d’introduction lorsqu’on évoque le sujet de sa mobilité. En effet, comme pour beaucoup d’autres grandes décisions dans la vie, le premier questionnement à avoir concerne la finalité, l’objectif que l’on poursuit : bouger, oui, mais pour quoi ? Qu’est-ce qui vous pousse à partir du lieu où vous vous trouvez ? Qu’est-ce que vous recherchez en envisageant de vivre ailleurs ?

Pour Luc Moréna, qui en connaît un rayon en mobilité, les trois principales motivations de ceux qui souhaitent déménager sont la recherche d’une meilleure qualité de vie, les raisons familiales et la carrière. On bouge pour améliorer son cadre de vie, pour l’ajuster à des projets familiaux, personnels, mais on peut aussi envisager un déménagement pour une opportunité de carrière.

C’est en tout cas la démarche qu’a suivie Margaux, originaire d’Île-de-France, quand elle est partie s’installer à Clermont-Ferrand dans le cadre de son alternance. « J’avais envie de bouger de la région parisienne pour découvrir autre chose, et puis, dans mon secteur, l’agroalimentaire, il y a pas mal d’opportunités en province. » Elle a alors combiné un projet professionnel - trouver une alternance - et un projet personnel - vivre davantage au vert - en s’installant en Auvergne. Pour Nathalie, journaliste à Londres, c’est aussi une opportunité professionnelle qui a motivé son départ de Paris : « C’était une opportunité en or, et j’ai été sélectionnée. Il y a des occasions dans la vie que tu ne peux pas refuser », explique-t-elle.

Au-delà des préoccupations de carrière, les sujets qui peuvent entrer en jeu dans le projet sont nombreux : logement, rythme, pouvoir d’achat, activités, transports, autant de questions qui pèsent dans la balance ! Margaux, par exemple, souhaitait un peu plus de nature et de calme, et sa nouvelle ville semble avoir comblé ses attentes : « La dimension, la dynamique de Clermont-Ferrand m’allait bien. Il y avait tout ce dont j’avais besoin sans que ce soit trop petit. L’Auvergne, c’est très beau, et il y a plein de choses à faire. »

2. Quelles seront les personnes impactées par votre départ ?

Si Nathalie et Margaux ont été les principales concernées par leur mobilité, ce n’est pas toujours le cas. Luc Moréna le rappelle, les projets de mobilité peuvent avoir des répercussions sur toute la famille :

En couple, un projet de mobilité pour l’un n’est pas sans conséquences pour l’autre partenaire. Faut-il démissionner pour suivre son conjoint ou sa conjointe, ou au contraire poursuivre son travail à distance ? Quelles sont les opportunités professionnelles sur le nouveau territoire ? « Quand on est deux à travailler, c’est beaucoup plus compliqué de bouger que quand on est seul. Il y a deux emplois à trouver. Parfois l’un peut mettre entre parenthèses sa carrière, parfois on bouge en décalé, l’autre reste dans la ville d’origine, le temps de trouver un travail sur place », rappelle Luc Moréna.

Les enfants aussi peuvent entrer en ligne de compte dans le projet de mobilité. En effet, l’enfant doit lui aussi trouver sa place dans la nouvelle vie, et c’est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit d’enfants à besoins spécifiques : trouvera-t-on sur place les bons établissements scolaires, les bons instituts, les bons spécialistes ? Luc Moréna se rappelle de cette femme qui avait peur d’accepter la mutation que sa société lui proposait : « Nous avons mis du temps à réaliser que ce qui la bloquait, c’était de trouver un bon club de Hockey sur glace pour son fils qui était classé au niveau national ! »

L’entourage : La question peut parfois aller au-delà de la seule cellule familiale, comme c’est par exemple le cas lorsqu’il y a des grands-parents proches géographiquement assurant les sorties d’école des enfants, ou si vous avez des personnes âgées à charge. « Si vous vivez proche d’une personne âgée dont vous vous occupez, vous n’êtes pas toujours mobile », rappelle Luc Moréna, qui a vu de nombreuses familles renoncer à des projets de mobilité pour ne pas abandonner un parent âgé.

Si la prise en compte de l’entourage ne doit pas nécessairement empêcher un projet de mobilité, il est cependant essentiel d’envisager la manière dont vos proches seront affectés par le déménagement afin d’éviter de mettre en danger votre couple ou l’équilibre familial !

3. Dans quel cadre professionnel êtes-vous prêt à partir ? Muté, en 100% télétravail, embauché, ou à l’aventure ?

Pour de nombreuses personnes, la manière la plus simple d’envisager un déménagement semble de demander sa mutation en interne, comme l’explique Luc Moréna : « Quand des personnes cherchent à déménager, c’est souvent directement au sein de leurs entreprises qu’ils en discutent, auprès de leur direction ou des ressources humaines. » Le sujet n’est pas si facile à évoquer en entreprise cependant, car il implique souvent des questions de vie privée. On n’a pas toujours envie d’évoquer les raisons - souvent personnelles - qui nous motivent à partir : un projet de couple, une séparation, la recherche d’un cadre de vie spécifique pour ses enfants, pour vivre ses passions… Autant de sujets qui ne regardent pas nos employeurs !

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Quand votre entreprise ne vous offre pas de possibilité de mobilité, vous pouvez essayer de négocier un travail à distance ou carrément envisager un changement de travail, en recherchant directement un emploi dans la nouvelle région, comme l’a fait Nathalie qui cherchait à s’expatrier. Les plus aventureux décideront de déménager sans qu’aucun emploi ne les attende sur place, espérant retrouver une fois installés, un pari qui se tente aussi !

4. Quelles opportunités professionnelles vous attendent pour la suite ?

Partir, oui, mais après ? Il est intéressant d’envisager le projet à un peu plus long terme. Quelles pourraient être les opportunités professionnelles pour la suite si vous envisagez cette mobilité ? Un déménagement, une expatriation, peuvent être de véritables tremplins, mais aussi donner un tournant intéressant à votre carrière. Pour Nathalie, l’effet n’a été que positif : « Au niveau professionnel, les options à Paris n’étaient pas terribles. Je savais que si je restais, il n’allait rien se passer. Ce taff m’a fait gagner en expérience ; en partant, j’ai eu beaucoup plus d’opportunités qu’en restant à Paris. »

Si en France de nombreux jeunes diplômés s’installent à Paris pour lancer leur carrière, Margaux, elle, a fait le trajet inverse, quand elle est partie pour son alternance en province. Elle savait qu’il y avait une possibilité d’embauche à la clé mais elle s’est laissé la possibilité de faire marche arrière : « Je me suis dit au début que si jamais cela ne se passait pas bien, même s’ils m’embauchaient à la fin de mon alternance, je ne resterais pas. Mais finalement, je suis toujours là, et pour longtemps ! »

5. Coûts de la mobilité : comment comptez-vous financer votre projet de départ ?

Si le coût d’un déménagement est parfois conséquent, il n’est pas le seul élément financier à prendre en compte lors d’un projet de mobilité. Les salaires varient clairement d’une région à l’autre et votre pouvoir d’achat pourrait se trouver modifié par un déménagement. Il est alors intéressant de se pencher sur la question du coût de la vie sur place avant d’envisager la mobilité.

Le logement, notamment, est un sujet complexe lorsqu’on a parfois peu de connaissance du marché de l’immobilier local, et pas nécessairement le meilleur dossier pour convaincre les propriétaires. Il peut être intéressant de prendre un logement temporaire, le temps d’apprivoiser la ville, de connaître les quartiers où l’on souhaite habiter et le prix des loyers avant de s’engager. « Ce n’est pas forcément facile de trouver un logement avant d’être sur place. Cela peut être intéressant aussi de se faire héberger ou de prendre un Airbnb au début afin de ne pas prendre un logement par défaut, sans avoir visité la ville », conseille Margaux qui a elle-même squatté chez des amis d’amis avant de trouver son logement.

Un déménagement, surtout quand on quitte l’Île-de-France, peut engendrer d’autres dépenses, et parfois précipiter la nécessité d’achat d’un véhicule, comme cela a été le cas pour Margaux : « Quand je suis arrivée en alternance, je faisais du covoiturage, car je n’avais pas de voiture pour me rendre au travail… Plusieurs fois, j’ai même dû rentrer en stop quand je suis sortie trop tard. Dès que j’ai été embauchée en CDD, acheter une voiture a été indispensable : même si je n’avais pas tellement envie de me charger d’une voiture, je devais être flexible sur mes horaires. »

6. Comment réorganiser votre vie sociale une fois sur place ?

Enfin, le dernier élément, qui n’est pas le moins important, est la question de la vie sociale dans votre nouveau lieu de vie. Comment rencontrer du monde, se faire des amis dans ce nouvel environnement ? C’est souvent au travail que se forment vos premiers contacts : les collègues restent bien souvent les premières personnes à vous accueillir, des relations à soigner tout particulièrement !

La présence d’un peu de soutien social en amont de votre arrivée peut aussi grandement vous faciliter la transition. « Quand on réfléchit à déménager, c’est important d’avoir au moins quelques connaissances sur place, pour ne pas se retrouver seul le moment venu », témoigne Nathalie qui a trouvé difficile d’être déracinée… Pour cela, faire appel à son réseau, trouver des amis d’amis qui habitent dans la nouvelle ville peut être un bon point de départ. C’est en tout cas la stratégie qu’a suivi Margaux à son arrivée en Auvergne : « Je connaissais une personne dans la ville à mon arrivée, et cela a été un gros plus. Même quelqu’un que tu ne connais pas directement peut t’aider à prendre tes marques et à t’intégrer dans des groupes d’amis. » La jeune femme conseille aussi de prendre son courage à deux mains, et de s’inscrire dans un club sportif, un club artistique ou autre : « à la fin de la séance, tu peux proposer d’aller boire un verre. » Une bonne façon de créer du lien !

À en croire Luc Moréna, les relations que vous allez pouvoir nouer sur place participent incontestablement au succès de votre mobilité : « Une mobilité réussie, c’est surtout la capacité à recréer un écosystème amical autour de soi… »

Dépasser ses peurs, prendre des risques….

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« Pour moi, faire ma valise n’était pas un problème, j’avais déjà bougé précédemment dans ma vie » : si pour Nathalie, changer de pays était facilement envisageable, ce n’est pas pour cela qu’elle n’a pas eu d’appréhension… Et c’est normal ! « Bien sûr que j’avais peur, je sortais de ma zone de confort. Mais pour ma vie professionnelle, j’ai pris des risques », raconte-t-elle au sujet de son installation en Grande-Bretagne. Un choix qu’elle n’a pas regretté, car il a largement contribué à booster sa carrière !

La peur est bien normale quand on quitte un environnement connu pour un lieu inconnu… Cependant, ce n’est pas parce qu’une mobilité comporte des risques qu’elle ne vaut pas le coup. Sortir de votre zone de confort peut vous permettre, après une période d’ajustement, de gagner en qualité de vie ou de faire un véritable renouveau dans votre carrière. Pourquoi ne pas aller directement voir sur place et échanger avec des personnes qui ont vécu cette mobilité avant de partir ? Un bon moyen d’éviter les mauvaises surprises et d’idéaliser votre nouvelle vie !

Il peut aussi être intéressant de faire le tri entre vos propres peurs et les peurs que les autres - vos proches, votre environnement - projettent sur vous. C’est du moins le conseil de Margaux, qui a reçu toutes sortes d’objections à son projet lorsqu’elle a annoncé à son entourage qu’elle envisageait de quitter la région parisienne : « Mes amis à Paris pensaient que j’allais chez les bouseux, mais moi, je ne regrette pas du tout d’avoir bougé en province. » Les clichés ont la vie dure, mais Margaux a su s’en affranchir : « Il faut savoir ce que l’on veut et passer outre les commentaires parfois négatifs de la famille et des amis. Ce n’est pas grave s’ils ne comprennent pas le projet, ce n’est pas eux qui partent ! », rétorque-t-elle.

Mobilité, toujours les mêmes qui bougent ?

Le sociologue Thomas Sigaud, Maître de conférences à l’université François-Rabelais de Tours a mené des travaux de recherche sur la mobilité des salariés. Ses études mettent en lumière les logiques sociales derrière la question de la mobilité : en fonction de nos histoires personnelles, familiales, mais aussi de nos types d’études et de métiers, on serait plus ou moins préparés à déménager. C’est aussi ce qu’observe Luc Moréna : « Les gens qui ont vécu souvent la mobilité géographique dans leur histoire personnelle, durant leur enfance par exemple, avec leurs propres parents ou durant les études, sont plus à même de bouger. Pour eux, c’est plus simple, un peu comme chez les enfants de militaire ou de gendarmes. »

Il y aurait donc des éducations, des parcours d’études ou des modes de vie qui nous prépareraient davantage à nous déplacer. Déprimant, ce conditionnement ? Il n’y a pas de fatalité, car prendre conscience que nos éducations, nos milieux sociaux et nos métiers nous prédisposent plus ou moins à la mobilité géographique peut être un moyen justement de sortir de ces conditionnements pour choisir de mener la vie que l’on souhaite et dépasser nos peurs.

Loin des phénomènes de mode - on plaque tout et on va s’installer dans le Larzac ! - la mobilité géographique est en fait assez stable en France depuis une cinquantaine d’années. Malgré l’amélioration des modes de transports et la démocratisation d’Internet, on ne bougerait pas tellement plus qu’avant ! Reste à voir ce que l’explosion du télétravail va provoquer dans les années à venir… Affaire à suivre !

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Photo d’illustration by WTTJ

Cécile Pichon

Psychologue du travail, Coach et Consultante RH

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