Aider ses proches et travailler : tout savoir sur le statut de salarié aidant

  • March 4, 2019

En 2015, seulement 28% des français connaissaient la notion de « salarié aidant ». Et pourtant, cette situation touche plus de 2 français sur 10. Si le sujet gagne progressivement du terrain à mesure que la population française vieillit, il reste encore « fort à faire », constate le dernier sondage sur les aidants. Qu’est-ce qu’un salarié aidant ? Qui sont-ils ? Peuvent-ils bénéficier d’un statut particulier ou d’un aménagement du temps de travail ? Comment concilier vie pro et assistance d’un proche ?
Welcome to the Jungle est allé à la rencontre de Louisa qui, à 38 ans, a dû assumer son job de Social Media Manager en même temps que l’assistance de sa mère devenue soudainement dépendante. Elle a accepté de nous raconter ces deux combats menés courageusement de front.

C’est quoi un « salarié aidant » ?

« Il faut imaginer ce que c’est comme charge mentale et comme stress, tu voudrais être là tout le temps, présente pour elle, mais tu ne peux pas car tu dois continuer à bosser » - Louisa, aidante.

Une appellation pour de multiples situations

Sous une appellation commune, se dissimulent des aidants aux situations bien distinctes. Un aidant est une personne qui, tout en ayant une activité professionnelle, apporte une aide régulière et bénévole à un (ou plusieurs) proche(s) malade(s), en situation de handicap ou de dépendance, que cette personne habite chez l’aidant, à son domicile ou en institution. Selon un sondage réalisé en juin 2018 par BVA pour la Fondation April, cela peut aller « de l’aide régulière d’un voisin ayant du mal à se déplacer à l’aide quotidienne apportée à un membre de sa famille… » En pratique, 86% des aidants assistent un parent en situation de dépendance due à la vieillesse et près de la moitié le fait de manière régulière et bénévole. Si la majorité assiste une seule personne, ils sont 34% à déclarer prendre soin de plusieurs proches.

Portrait-robot du salarié aidant

S’il fallait dessiner un portrait du salarié aidant, ce serait une femme de moins de 65 ans. Active, elle est obligée de concilier sa vie professionnelle avec l’assistance portée à l’un de ses proches. Généralement, son père ou sa mère. En parallèle de son activité professionnelle, elle consacre en moyenne 20 heures par semaine à l’assister. Ponctué de visites quotidiennes, tâches domestiques et autres rendez-vous médicaux, son emploi du temps personnel est toujours chargé. Souvent surmenée, elle peut souffrir de stress, d’anxiété, de troubles du sommeil et de maux de dos… mais elle ne s’en plaint que rarement. On dit d’elle qu’elle a beaucoup d’énergie, mais qu’elle a tendance à s’oublier au profit de la personne aidée.

Louisa est en tout point semblable. Sa vie a basculé en un instant, lorsqu’elle apprend que sa mère est hospitalisée pour un diabète et doit se faire amputer. Désignée par elle comme “personne référente”, elle sent aussitôt « un énorme poids qui tombe sur ses épaules. » De fille, elle devient aide-soignante, infirmière, assistante administrative, psychologue, banquière, ambulancière… Un jour, une mission professionnelle l’empêche d’être aux côtés de sa mère pour une opération. Elle est aussitôt saisie de culpabilité.
« Il faut imaginer ce que c’est comme charge mentale et comme stress, tu voudrais être là tout le temps, présente pour elle, mais tu ne peux pas car tu dois continuer à bosser. » Louisa s’oublie, elle refuse une promotion qu’elle ne peut assumer et met sa vie personnelle de côté : « Physiquement, j’étais épuisée, je n’avais pas un moment à moi. »

La situation d’aidant, souvent méconnue

Encore ignorée par plus de la moitié de la population française, la situation d’aidant est aussi méconnue des aidants eux-mêmes. C’est ce que révèle le sondage précité. Seul 36% des aidants interrogés se reconnaissent comme tels. Et pour cause, leur rôle, « ils le jugent souvent naturel. » C’est le cas de Louisa à qui cette charge s’est imposée. Elle n’envisageait pas de faire autrement : « Je veux pouvoir me regarder en face tous les matins… donc je ne me suis pas posé la question, j’ai absorbé. Je n’aurais pas pu ne pas assumer ce rôle, ce n’était pas possible. »

« Salarié aidant », un statut à construire

Par-delà les âges et les situations de vulnérabilité, la figure du “proche aidant” a toujours existé. Mais, si la majorité se retrouve obligée de concilier une vie professionnelle avec ce rôle d’aidant, il n’existe pas en France un statut officiel de “salarié aidant”.

Salarié aidant : une situation de fait

“Salarié-aidant”, cette expression est communément employée pour qualifier la personne qui doit concilier sa vie professionnelle avec son rôle d’aidant. Elle ne désigne pas un statut protecteur, mais une situation de fait. Devant ce phénomène souvent inconnu, et en l’absence de dispositif juridique permettant de traiter de cette réalité sociale, les entreprises peuvent avoir des réponses bien distinctes. Redoutant le désengagement du salarié aidant, les employeurs sont souvent démunis et parfois discriminants. D’autres réfléchissent à des moyens pour mieux les accompagner. Ils envisagent des solutions adaptées à leur maintien dans l’entreprise et à l’amélioration de leur quotidien. Télétravail, mi-temps, 4/5ème, don de congés payés par des collègues, sont autant de ressources dont l’entreprise dispose pour accompagner un salarié dans cette situation difficile.

Néanmoins, l’absence de statut de “salarié aidant” n’offre aucune garantie à l’employé qui se trouve confronté à cette situation. Soumis au bon vouloir de son employeur, il peut se voir refuser une promotion, être dénigré ou culpabilisé. Parfois, c’est simplement son manque de disponibilité qui conduit le salarié aidant lui-même à se défaire de ses responsabilités. C’est le cas de Louisa qui a été contrainte de refuser une promotion pour s’occuper de sa mère. Une attitude jugée souvent négative par l’employeur qui y voit un désengagement manifeste.

Le statut de « proche aidant »

Apparu officiellement, dans les plans de santé publique à partir des années 2000, le “proche aidant” bénéficie quant à lui d’un statut juridique, depuis la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement du 28 décembre 2015.

Selon l’article L. 113-1-3 du Code de l’action sociale et des familles :
« Est considéré comme proche aidant d’une personne âgée son conjoint, le partenaire avec qui elle a conclu un pacte civil de solidarité ou son concubin, un parent ou un allié, définis comme aidants familiaux, ou une personne résidant avec elle ou entretenant avec elle des liens étroits et stables, qui lui vient en aide, de manière régulière et fréquente, à titre non professionnel, pour accomplir tout ou partie des actes ou des activités de la vie quotidienne ».

Le législateur français a ainsi fait le choix de recourir à la large notion de “proche aidant”, tout en distinguant les aidants familiaux des autres proches. Si le périmètre de cette définition limitait la personne aidée dans le champ de la vieillesse, elle a récemment été élargie aux personnes handicapées par une loi du 8 août 2016.

NB : La “personne de confiance”, qui ne joue “que” le rôle d’assistant dans les démarches de santé auprès de la personne malade, ne bénéficie pas du statut de “proche aidant” et ne peut donc avoir accès à aucun droit.

Comment obtenir le statut d’aidant ?

« En réalité, il n’existe pas de démarche particulière pour obtenir ce statut, on le devient de fait » - Louisa, aidante.

Avant toute chose, il faut vérifier que l’on remplit bien les critères légaux de proximité familiale ou résidentielle et que la personne aidée est une personne âgée ou reconnue comme handicapée. Mais, derrière ce statut juridique, pas de démarche spécifique. Seulement une situation de fait qui permet de bénéficier de certains droits.

Quels sont mes droits ?

La loi ASV a instauré divers droits au profit du “proche aidant” :

  • un droit au répit est octroyé à l’aidant qui assure une « présence ou une aide indispensable » au soutien à domicile d’une personne âgée ou handicapée. Concrètement, un hébergement temporaire de la personne aidée peut être financé dans la limite de 500 € par an.
  • un congé de “proche aidant”, rémunéré à partir d’octobre 2020, peut être octroyé au salarié ayant au moins un an d’ancienneté qui aide une personne handicapée ou en perte d’autonomie d’une particulière gravité.

Il peut être sollicité en cas de :

  • dégradation soudaine de l’état de santé de la personne aidée,
  • de situation de crise nécessitant une action urgente du “proche aidant” et constatée par un médecin,
  • ou en cas de cessation brutale de l’hébergement en établissement attestée par le responsable de cet établissement.

NB : Ce congé ne peut excéder la durée d’un an pour l’ensemble de la carrière. Il peut toutefois être transformé en période d’activité à temps partiel ou fractionné.

Plus récemment, la loi 13 février 2018 a ouvert le don de congés payés entre salariés en faveur des proches aidants. Mais en pratique, ce droit est souvent limité par les conventions sociales et règlements intérieurs.
Le parcours de Louisa témoigne de la fragilité de ce statut. Si elle bénéficie rapidement de 2 jours de télétravail et d’un jour de congé hebdomadaire durant plusieurs mois, elle ne parvient pas à trouver de répit. Finalement, le salarié n’a pas droit à un repos indemnisé, il est contraint d’alterner entre une présence au travail et une permanence aux côtés de son proche. La seule issue, « c’est l’arrêt maladie »… une solution que cherchent à éviter bien des aidants qui se battent pour maintenir leur emploi.

« Il faudrait instaurer une formation pour les RH et les managers sur la situation des aidants, pour qu’ils cessent de penser en “arrêt maladie” et qu’ils soient davantage dans l’empathie », Louisa, aidante.

Quelles perspectives professionnelles pour l’aidant ?

Si la connaissance de la thématique du salarié aidant semble s’améliorer, c’est aussi parce que leur proportion est en forte augmentation. Un terrain propice au développement de mesures efficaces au soutien des aidants.

Une aide financière et/ou matérielle

Interrogés par le sondage BVA, 90% des aidants ont évoqué l’impératif d’améliorer la coordination des acteurs de l’aide à la personne dépendante. Mais, outre cette évidente réorganisation, c’est principalement la mise en place d’une aide financière et matérielle qui s’impose comme une nécessité.

Des espaces de formation et de répit

Le salarié aidant a également besoin d’espace de décompression. À plusieurs reprises, les personnes interrogées par le sondage ont manifesté le désir de voir se développer des centres de formation pour eux, mais aussi pour les RH. D’autres ont formulé le souhait de pouvoir disposer de Maisons de Répit accueillant ponctuellement l’aidé ou l’aidant. Des espaces où l’on peut se soutenir, échanger entre aidants et, à son tour, accepter de se faire aider, notamment psychologiquement.

De son côté, Louisa déplore que le don de congés payés inter-entreprises ne soit pas envisageable. Car, si ce système a rencontré peu d’enthousiasme au sein de sa tribu, nombreux sont ses proches et amis qui auraient souhaité lui offrir ce moment de répit. Un dernier vœu pieux ? « Le réveil des hommes sur ce sujet, car chaque année la composition des aidants est majoritairement féminine. Où sont les maris et les fils ? », soupire-t-elle.

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Photos by WTTJ

Gabrielle

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