Ces choses qu’ils n’auraient jamais faites sans le 100% télétravail. Témoignages

Le 100% télétravail a été un déclic libérateur. Témoignages.

Pour beaucoup d’entre nous, le reconfinement et son injonction au télétravail pour tous ceux qui le peuvent, riment avec lassitude, perte de lien social et tenue de jogging non homologuée. Mais pour d’autres, cet exil forcé à la maison fut, au printemps dernier, le tremplin inespéré pour avoir un véritable déclic et faire des choses qu’ils n’auraient jamais faites en temps normal. D’un enfermement, ils ont fait une ouverture vers des territoires inexplorés. Lancement d’une nouvelle aventure écolo, apprentissage de plusieurs métiers, ou encore woofing : petit tour de ces événements positifs, en espérant que le deuxième confinement soit une lueur pour d’autres !

Benjamin, fondateur d’Expédition Zéro, un projet d’éco-aventures sportives itinérantes, à Marseille, 32 ans

« Le défi #nettoietonkm est devenu absolument viral ! »

Quand on a été confinés en mars, ça a été un cocktail : j’étais dans une période compliquée de ma vie pro, je me sentais en cage, j’avais la bougeotte et je me suis demandé : “qu’est-ce qui te définit vraiment ?”. L’aventure sportive, se perdre dans la nature, défendre mes valeurs écolos… Tout ça bouillonnait en moi. À ce moment-là j’étais en Bretagne, ma copine à Dieppe, et je me suis dit : “Je vais la rejoindre à la fin du confinement en me lançant le défi d’y aller à vélo.” J’ai parcouru 600 kilomètres en 5 jours avec un vieux vélo retapé. C’est comme ça qu’est né Expédition Zéro, mon projet d’éco-aventures sportives itinérantes avec la règle des trois « zéros » - émettre zéro émission de carbone, acheter zéro matériel neuf et produire zéro déchet -, le tout avec l’ambition de sensibiliser les consciences.

Ce premier défi m’a lancé. En juillet, j’ai fait une traversée des Alpes de 612 kilomètres à pied en essayant de produire le moins de déchets possibles. Sur les réseaux, j’expliquais ce que j’arrivais à faire, ce que je n’arrivais pas à faire, je montrais mes faiblesses. Au fil des expéditions, je me suis amélioré. En septembre, j’ai fait une descente de 253 km du Canal du Midi en paddle avec zéro matériel neuf et zéro transport carboné. Je ramassais les déchets flottants, et je n’ai produit qu’un petit sac de déchets non organiques.

Tout ça m’a mené à vouloir faire un défi en courant. En octobre j’ai commencé à “plogger” : je m’entrainais à courir en collectant les déchets autour de chez moi. Puis on a été à nouveau confinés, alors j’ai lancé le défi #nettoietonkm pour motiver les gens et transformer cette contrainte du 1 km en quelque chose de vertueux. 1 heure, 1 sac, 1 km : l’idée est de profiter de sa sortie quotidienne d’une heure pour ramasser les déchets dans ses 1 kilomètre, puis de poster une photo de soi et de nominer trois personnes qui devront relever le challenge. En quelques semaines, le défi #nettoietonkm est devenu absolument viral !

Aujourd’hui, je me sens hyper aligné avec ce qui me fait vibrer. C’est tellement incroyable de ne plus se mentir, je suis fier de ça. Alors oui, j’ai régulièrement des sueurs froides parce que je n’économise pas, que je suis un peu en retard sur ‘le schéma classique’… ça m’affecte. Mais il y a un tel engouement autour de mon projet, c’est un moteur de malade et je me dis que je peux aller encore plus loin.

Sidonie, vendeuse et créatrice de l’Atelier Einodys, une entreprise de décoration d’intérieur durable à Brive-la-Gaillarde, 27 ans

« C’était ça qui me plaisait, il fallait que j’arrête de me voiler la face »

Le confinement a été pour moi l’occasion d’enfin m’investir dans mon projet autour de la décoration d’intérieur durable. J’avais créé mon auto-entreprise en septembre 2019, mais je n’arrivais pas à me lancer. Victime du syndrome de l’imposteur, je me disais que tout le monde pouvait le faire, j’avais peur de me planter, etc. Bref je me trouvais des excuses. Jusqu’au moment où la pandémie a tout chamboulé : moi qui étais jusqu’ici vendeuse en boutique, je me suis retrouvée bloquée chez moi. J’aurais pu ne rien faire mais je me suis dit : “Vas-y teste, c’est le moment, tu es toute seule, tu es face à toi-même”.

Pour me faire la main, j’ai demandé à mes amis de me donner des projets : concevoir la décoration et les matériaux d’un food truck avec des éléments de seconde main, ou encore imaginer un espace de vie/travail avec uniquement du mobilier venant de marques françaises éthiques ou de brocante. Je me suis mise à fond dedans et j’ai repris goût dans ce travail. À ce moment-là, ça m’a saisi comme une évidence : c’était ça qui me plaisait, il fallait que j’arrête de me voiler la face.

J’étais bien, je m’éclatais, je ne voyais pas les journées passer. Je me vois encore en train de tout dégager de la table de cuisine pour y installer mon espace de travail, puis de tout ranger, et refaire ça chaque jour. C’était chiant, mais je savais que c’était ici et maintenant que je devais m’y mettre. Avant ce “grand saut”, je m’installais dans un petit coin inconfortable de mon appart, comme si d’une certaine manière je mettais ce projet dans un coin de mon esprit. Là, il fallait qu’il prenne tout l’espace.

Je trouve ça génial de m’être enfin lancée. J’ai passé plus d’un an à reculer, à avancer, à reculer, à avancer… et là j’ai passé deux mois à ne faire qu’avancer ! Quand je repense à ça, je suis fière de moi. Et avec le temps, même si je reste angoissée, je vois les choses plus sereinement. Ça marchera ou ça ne marchera pas, mais au moins je l’aurais fait.

Mathilde, graphic designer et illustratrice freelance en woofing en Norvège, 26 ans

“Le woofing c’était la solution du désespoir, mais c’est devenu de la folie”

Nous étions sur le point de tout quitter pour partir vivre à Dublin avec mon copain quand le premier confinement a été annoncé. Sans boulot et sans appart’, la seule solution a été de se confiner avec ma belle-mère en Franche-Comté. À la fin, on n’en pouvait plus. Il fallait qu’on trouve une échappatoire, alors on a commencé à regarder les woofings (travailler bénévolement pour une personne en échange du gîte et du couvert, ndlr). On était dans l’état d’esprit : « Peu importe où c’est, on y va ». Mais il y avait très peu de propositions.

En août, un vieux couple en Norvège a fini par nous contacter : ils avaient besoin d’aide pour préparer l’hiver chez eux. On a tout de suite pris nos billets, sans concrètement savoir où on allait et sans avoir eu de réelle confirmation, c’était vraiment un truc un peu dingue. En temps normal, on ne l’aurait jamais fait. Mais là, il fallait qu’on parte. C’était des Samis (un peuple autochtone au nord de la Norvège, ndlr). Dès notre arrivée, on a été totalement en phase avec leur mode de vie - on mangeait le poisson qu’ils avaient pêché, les légumes de leur potager - et on a fait plein de choses différentes pour eux : réserves de bois, rénovation de leurs gîtes, construction d’un mur en brique… C’était une expérience incroyable, ce n’était pas un échange de woofing, c’était comme être à la maison avec tes grands-parents. Je leur faisais des brioches, ils s’occupaient de nous. C’était aussi touchant que ça.

Le woofing c’était la solution du désespoir, mais c’est devenu de la folie. J’ai pu continuer mon métier de graphic designer en freelance, car quand tu fais du woofing tu travailles 4 à 5 h par jour et le reste du temps tu es libre. C’est le rythme parfait.

Nos proches sont hyper envieux car on est loin des contraintes actuelles. Beaucoup nous disent qu’on rentabilise cette année “perdue” grâce au voyage. Quelque part, la pandémie rend cette expérience encore plus extraordinaire, on est complètement hors du temps.

Thomas, directeur de création dans la publicité et auteur de livres jeunesse à Londres

« J’ai puisé en moi et j’ai découvert des ressources jusqu’ici inexploitées »

J’ai deux métiers différents - directeur de création dans la pub et auteur jeunesse. Quand j’écris, je dois être ailleurs, loin de mon quotidien. Depuis que j’ai publié L’incroyable histoire du mouton qui sauva une école en 2018, je consacre donc habituellement tout mon mois d’août, loin de chez moi, à la rédaction de mes livres.

Cet été, quand il a fallu que je m’attèle à mon troisième bouquin, j’étais bloqué à Londres. Imaginer des histoires pour enfants enfermé dans mon appart’, c’était littéralement inconcevable. Pour la première fois de ma vie, j’ai eu le syndrome de la page blanche. C’était une frustration ultime. Mais quand j’ai réalisé que le confinement et le télétravail allait devenir notre nouvelle normalité, quelque chose s’est déclenché. Si je voulais que le livre existe, il fallait inventer un moyen de faire marcher mon esprit d’une autre façon. J’ai puisé en moi et j’ai découvert des ressources jusqu’ici inexploitées.

Paradoxalement, j’ai fini par trouver une routine où j’écrivais comme si c’était un travail de bureau classique. Je me suis prouvée à moi-même que c’était possible. J’ai envoyé un texto à l’illustratrice Pauline. “Tiens-toi prête : le nouveau livre va arriver plus tôt que prévu… C’est un miracle, j’arrive enfin à travailler de la maison !”

Finalement, peut-être que ça m’arrangeait bien de me dire qu’il fallait que je sois autre part pour écrire mes livres, mais maintenant je ne peux plus me mentir. J’ai réussi à débloquer quelque chose en moi, à m’ouvrir à l’imagination, et jamais je ne m’en serais pensé capable.

Camille, journaliste indépendante et en formation CAP cuisine à Paris, 32 ans

« Être enfermée, cela m’a permis de voir tout le champ des possibles »

Pendant le premier confinement, j’ai commencé un CAP de cuisine que je passe en juin prochain. Je me suis toujours dit qu’à 40 ans j’avais envie d’ouvrir un resto, et j’ai saisi cette opportunité pour me lancer.

La cuisine m’a toujours passionnée, mais si j’ai décidé de me professionnaliser, c’est aussi parce qu’en tant que journaliste pigiste, je ressens une certaine usure. C’est un métier très précaire, j’ai souvent l’impression de travailler beaucoup pour pas grand-chose. Alors, je suis allée chercher là où j’avais une passion pour avoir envie de m’investir à fond dans un autre projet. Je voulais aussi choisir un job en accord avec mes valeurs. Le confinement a exacerbé mon besoin de donner du sens aux choses que je faisais. Et pour moi le métier de cuisinier rejoint ce qui me tient à cœur : donner du plaisir aux autres, créer de la convivialité et être dans le partage.

Ce que j’adore avec le CAP, c’est le fait d’apprendre de nouvelles choses et de pouvoir me nourrir de tout cela. Ça fait un bien fou. Comprendre ce qui se passe dans la casserole, apprendre des réactions chimiques, avoir des déclics… Il y a un milliard de trucs qui sont kiffants. Et surtout cela nourrit la créativité : pendant le premier confinement, j’ai utilisé les bases que j’avais apprises en cours pour en faire une recette dont j’étais hyper fière. Une sorte de millefeuille avec plusieurs couches d’avocat pressé, de gambas flambées, de petites brioches beurrées et de mayo que j’avais pimpé avec du paprika. C’était bon, c’était beau et c’est moi qui l’avais créé !

Beaucoup de gens ont l’impression d’être coincés, d’être prisonniers de leur quotidien mais je trouve au contraire qu’on est infiniment libres, on a mille façons de se réinventer. Être enfermée, cela m’a permis de voir tout le champ des possibles, de me rendre compte que je pouvais changer de métier si je me donnais les clés pour. Évidemment, j’ai encore peur de l’échec, mais j’ai réussi à franchir un premier cap et je me dis qu’avec le temps et la motivation finalement tout est possible !

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Photo d’illustration by WTTJ

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