Du dessin à la réalité, le métier d'illustrateur

Du dessin à la réalité, le métier d'illustrateur

Férue de dessin depuis toute petite, Sheina est aujourd’hui illustratrice à son compte. Peut-être avez-vous déjà croisé ses dessins, faits d’encre et de pinceau, dans les pages du magazine Le 1, de l’Express, du Elle, de La Revue XXI, ou encore dans les vitrines de Pierre Hermé ? Côté mode et lifestyle, elle a aussi collaboré avec Dior, Montblanc, Balmain et vient, plus récemment, de dessiner 60 femmes pionnières pour la réédition du livre Audacieuses, publié aux éditions Eyrolles.

Son métier, vous l’aurez compris, est riche et haut en couleur. Pour nous raconter les coulisses d’une passion qui la fait vivre, Sheina nous a ouvert les portes de son atelier. Elle nous présente à l’univers imaginatif des illustrateurs et se confie sur ce qui l’épanouit, ou peut la freiner, dans son quotidien.

As-tu toujours rêvé d’être illustratrice ?

Depuis que je suis toute petite, je m’imagine exercer un métier lié à la création. Créer a toujours été un besoin vital chez moi. En revanche, plus jeune, je ne me suis jamais dit que je pouvais devenir illustratrice ! Pour moi, c’était un peu comme devenir chanteuse : impossible ! D’ailleurs, je n’étais pas une enfant qui dessinait particulièrement bien. Je dessinais même assez mal avant de commencer mes études. Mais je savais que j’étais attirée par cet art donc j’ai continué. La persévérance, c’est la clé !

Je dessinais […] assez mal avant de commencer mes études. Mais je savais que j’étais attirée par cet art donc j’ai continué.

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Qu’as-tu fait comme études pour devenir illustratrice ?

J’ai fait cinq ans d’études à Penninghen, à Paris, en graphisme et direction artistique. J’ai ponctué ces années d’études par des expériences artistiques à l’étranger, qui ont été déterminantes pour moi. J’allais régulièrement passer mes étés à l’Université des Arts Central Saint Martins, à Londres, où je participais à des projets expérimentaux, très originaux et moins académiques qu’à Penninghen. C’est d’ailleurs là-bas que j’ai eu mon premier cours d’illustration. Mais ce n’est qu’en 4ème année d’étude à Penninghen, lors d’un cours de dessin, que je me suis surprise à imaginer un jour faire de l’illustration mon métier.

Quel a été le déclic ?

Ce sont deux professeurs particulièrement libérés, Chantal Petit et Frédéric Arditi, qui m’ont décoincée. Dans leurs cours, je me suis complètement lâchée. À leurs côtés, mes créations étaient folles et mes notes étaient bonnes. Je me souviens, je prenais des feutres de toutes les couleurs et je m’exprimais, librement. Petit à petit, mon style a émergé. Cette année-là, je me suis dit pour la première fois que je pouvais aller plus loin.

J’ai donc décidé de partir à New-York, entre ma 4ème et ma 5ème année. J’avais négocié avec mon directeur pour faire une pause dans mes études et intégrer une résidence dans l’école de mes rêves, celle que tous mes illustrateurs préférés avaient faite : The School of Visual Arts. En matière d’illustration, j’y ai tout appris et en 5 semaines seulement. C’est ensuite Michel Bouvet, graphiste et affichiste français, qui m’a inspirée et énormément appris.

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Des études de graphisme à l’illustration, il n’y a eu qu’un pas ?

Pas du tout… Les débuts, comme pour tout métier artistique, ont été un peu compliqués. J’ai travaillé d’arrache pied. Au début, je faisais des missions en freelance en tant que graphiste et, petit à petit, j’ai commencé à réaliser des illustrations, d’abord pour ma famille puis pour des “vrais” clients que j’avais démarchés par mail. J’envoyais une grande quantité de mails mais ne recevais que quelques réponses.

Ma toute première commande en tant qu’illustratrice consistait à faire des imprimés pour la marque de foulards Ana Quasoar. Et puis, j’ai travaillé avec Paulette Magazine et participé au calendrier 2015 de l’agence Mister Brown & Vue sur la Ville aux côtés de Jean Jullien, Lili Scratchy et bien d’autres artistes que j’admire ! Petit à petit, je me suis construit un portfolio plus professionnel. J’ai donc ensuite été contactée par l’agence Babel pour illustrer leur rapport annuel et par la revue XXI pour dessiner la partie documentaire de leur revue.

C’est en décembre 2015 que tout s’est accéléré. J’ai été contactée simultanément par Michel Bouvet (graphiste et affichiste français reconnu, ndlr) pour imaginer une affiche pour la fête du graphisme et par Michel Lagarde (fondateur de plusieurs agences d’illustration, ndlr), qui avait repéré mon dessin sur Facebook lors des attentats du Bataclan, pour faire la couverture de l’Express (il faisait une pige pour l’Express à l’époque.) En janvier 2016, on pouvait donc voir mon affiche pour la fête du graphisme sur des abribus et sur les Champs-Élysées ainsi que ma couverture de l’Express dans les kiosques ! J’étais tellement reconnaissante !

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Comment collabores-tu avec tes clients au quotidien ?

En général, je réponds à un brief que l’on m’envoie. On me contacte donc avec une demande particulière, pour illustrer un thème sur un support spécifique : sur du papier, pour le digital ou même en live, devant un public.

Ensuite, j’envoie des esquisses. Ce sont des premiers dessins rapides pour illustrer le concept et définir la composition de l’illustration. Si besoin, on ajuste ces esquisses, ensemble, main dans la main avec mon client. Et quand celles-ci sont validées, je passe au dessin final. Le plus important pour moi, c’est que mon client soit le plus satisfait possible. Par conséquent, j’aime proposer un maximum d’options, aussi bien en termes d’esquisses que de colorisation (la colorisation est le terme employé quand il s’agit d’ajouter de la couleur à un dessin, ndlr.)

Si besoin, on ajuste ces esquisses, ensemble, main dans la main avec mon client. Et quand celles-ci sont validées, je passe au dessin final.

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J’imagine que ce n’est pas toujours facile d’avoir de l’inspiration quand on on travaille sur commande… As-tu des rituels qui éclairent tes bonnes idées ?

Bonne question… D’où viennent les idées ? Je travaille beaucoup mon inspiration. Car contrairement à ce que beaucoup de personnes croient, elle n’est pas miraculeuse, même chez les artistes ou les créateurs. Les idées ne viennent pas toutes seules à nous, il faut aller les chercher… Et ma machine à idées à moi, c’est la méditation.

Cette pratique me vide l’esprit et le range. Elle crée de l’espace dans ma tête pour mieux accueillir les idées. Parce que je suis persuadée que nous n’inventons pas les idées mais que nous les recevons, d’une certaine manière. Si quelqu’un se retrouve devant une page blanche, c’est qu’il bloque ses idées ! Pour transmettre mes idées dans un dessin, je dois donc travailler la tranquillité de mon esprit et avoir une bonne énergie. Je fais donc aussi attention à bien me nourrir, à bien dormir…

Je suis persuadée que nous n’inventons pas les idées mais que nous les recevons, d’une certaine manière.

C’est en fait toute une philosophie et un rythme de vie qui optimise et libère ma créativité ! Je crois vraiment en ça. Plus je travaille, plus j’avance, plus j’apprends à laisser les idées venir. C’est d’autant plus important, qu’en ce moment, le dessin en live est très prisé. Et pour dessiner devant un public, je dois être très inspirée et ne faire aucune erreur.

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Comment tirer son épingle du jeu pour se faire démarquer en tant qu’illustrateur/illustratrice ?

Il faut être force de proposition avec chaque client. J’entends par là qu’il faut proposer plus qu’un dessin. Car ce n’est pas le style qui est le plus important, c’est le concept. Il doit intriguer ou, en tous cas, refléter ce qui fait la spécificité de l’illustrateur. On ne fait jamais appel à moi juste pour que je dessine. On attend de moi une idée, ou un petit truc en plus, qui puisse porter l’ensemble d’un projet.

Ce n’est pas le style qui est le plus important, c’est le concept. Il doit intriguer ou, en tous cas, refléter ce qui fait la spécificité de l’illustrateur.

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Qu’est-ce qui te fait particulièrement vibrer dans ton quotidien d’illustratrice ?

Ce qui me plait dans le dessin, et donc dans l’illustration, c’est de faire appel à mon imaginaire. De pouvoir créer des choses qui n’existent pas et avec peu de moyens. D’ailleurs, j’adore dessiner les rêves des personnes que je rencontre car je rends visuellement possible ce qui ne l’est pas… Et tout ça, avec quelques feutres et peu de temps, contrairement au cinéma par exemple qui nécessite de bien plus gros budgets et beaucoup de matériel pour transmettre un message.

Quel sens donnes-tu au métier d’illustrateur ?

C’est important pour moi d’utiliser mes dons pour transmettre des messages positifs et inspirants. Mon but est d’apporter de la poésie dans notre quotidien.

J’ai d’ailleurs pris conscience au fur et à mesure, qu’en tant qu’illustratrice, j’avais un impact sur les esprits. De manière consciente ou inconsciente, les images que je fabrique touchent les passants, les internautes et tous ceux qui les reçoivent. Même discrètes, les illustrations imprègnent le subconscient. C’est pour ça que je trouve important de transmettre des images positives, qui font du bien. À une époque où on nous inonde chaque jour d’innombrables images, c’est d’autant plus nécessaire.

Mon but est d’apporter de la poésie dans notre quotidien.

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Quels sont tes défis au quotidien ?

Le challenge principal pour moi, c’est de travailler seule. Depuis un an, j’ai la chance d’avoir un petit atelier parisien dans lequel je me sens bien. Mais c’est important de garder un lien avec l’extérieur. Je prends parfois l’air dans des coworking… même s’il s’avère qu’il y a peu d’interactions dans ces lieux-là finalement. Je dis souvent « Bonjour ! » et personne ne me répond (rires).

En tous cas, l’essentiel, c’est de continuer de rencontrer du monde car gérer seul son business n’est pas tous les jours facile. D’ailleurs, il ne faut pas être trop timide quand on est illustrateur. Car on est tout seul à se représenter et il faut savoir animer son réseau !

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Dans quelles mesures le digital influence ta manière de travailler aujourd’hui ? Quels outils utilises-tu ?

Avec le digital, tout va beaucoup plus vite aujourd’hui, donc il faut savoir être réactif. J’ai la chance de travailler sur l’iPad pro, qui est super et qui me permet de répondre rapidement aux demandes de mes clients, même en étant loin. Grâce à cet outil, je me suis retrouvée dans des situations extraordinaires. Une fois, un client m’a contactée quand j’étais à l’étranger et j’ai pu rapidement lui envoyer des essais d’illustrations urgents. Je les ai fait à l’hôtel et je les ai colorisé dans l’avion. Il suffit que je dessine d’abord sur un papier puis que je colorise mon dessin sur l’iPad. Trois clics plus tard, c’est envoyé. Bien sûr, j’ai terminé le projet plus sereinement dans mon atelier à mon retour. Mais on peut dire que je peux faire mon métier de n’importe où, n’importe quand et ça, c’est une chance !

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Enfin, aurais-tu des conseils à donner à quelqu’un qui se lance dans l’illustration ?

Mon premier conseil, très simple, c’est : beaucoup dessiner, toujours s’exercer, et surtout persévérer. Il y a beaucoup de concurrence mais la clé, c’est la persévérance.

Et mon deuxième : c’est de ne pas oublier d’infuser de la diversité dans ce que vous dessinez. Je pense qu’on peut, à notre niveau, participer à changer les mentalités grâce aux représentations que nous faisons. Par exemple, au début de ma carrière, je faisais exprès de coloriser tous les pulls des garçons en rose et ceux des filles en bleu. Il s’agit aussi de faire particulièrement attention à la manière dont on dessine les personnes, en variant la couleur de la peau, la taille, le style… Je suis une femme blanche et j’avais tendance, au début, à dessiner des femmes de ma couleur et de ma corpulence. C’est très important que chacun se voie représenté. N’oubliez pas, une fois de plus, que l’on se faufile dans les subconscients. Et profitez-en pour oser. Quand il s’agit d’art, les personnes sont souvent très ouvertes, c’est une grande chance !

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Photo d’illustration by WTTJ

Philippine Sander

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