Digitalisée, relocalisée, engagée : et si l'industrie avait changé ?

Digitalisée, relocalisée, engagée : l'industrie a-t-elle changé ?

C’est un fait : depuis le début des années 2000, la France s’est profondément désindustrialisée. À l’heure actuelle, le secteur ne représente plus que 13% de notre PIB. Mais ce que l’on perçoit comme un secteur en déshérence, qui plus est en grande partie coupable du dérèglement climatique, est en train de vivre une profonde mutation grâce à l’industrie 4.0. Ouverte à des profils extrêmement variés, peu importe le niveau d’études, cette branche ouvre de nouvelles opportunités. Et si l’industrie était finalement un secteur rêvé pour retrouver du sens au travail ?

L’industrie au service de l’humain

L’industrie française est morte, vive l’industrie française ! Du moins, l’industrie 4.0. Celle que l’on nomme “l’industrie du futur” et qui charbonne à coup de digitalisation et d’intégration de la data. Dans les usines robotisées, vous aurez désormais du mal à trouver un ingénieur incapable de programmer quelques lignes de codes. Mais pourquoi un tel changement ? Pour faire très simple, il émane du « besoin de remettre le client au centre de tous les enjeux », nous explique Guillaume Mortelier, directeur exécutif en charge de l’accompagnement chez Bpifrance. Autrement dit, les produits qui sortent des usines doivent désormais répondre aux attentes précises des consommateurs, voire devancer et créer de nouveaux besoins. Cela induit de profonds changements en termes de recrutement avec l’arrivée de nouveaux profils comme les développeurs.

Exemple célébrissime de cette industrie 4.0 : le thermomix, dont le prix très élevé s’explique avant tout par le service offert et non le coût de production de l’objet en lui-même. Car acheter un thermomix, c’est se payer le luxe de manger un boeuf bourguignon simplement en appuyant sur un bouton. Afin d’être aussi limpides que l’ami Jamie (cf C’est pas sorcier pour celles et ceux qui auraient fait une sortie de route), prenons un autre exemple, celui de Michelin. Le fabricant français de pneus sait pertinemment que ses produits ne pourront pas concurrencer les pneus chinois dès leur sortie de l’usine. Mais notre bibendum préféré sait aussi que ses pneus sont bien plus résistants et donc finalement moins coûteux sur le long terme. Alors, il a eu l’idée d’un nouveau service. « Michelin a inventé le pneu connecté en y intégrant une puce. De cette façon, l’entreprise ne vend plus ses pneus mais les loue au kilomètre, et sa proposition s’avère gagnante dans le temps », illustre François-Xavier de Thieulloy, expert en Industrie du futur pour Bpifrance

Grâce à cette nouvelle posture très “client-centrée”, l’industrie 4.0 impacte désormais toute la chaîne de valeur, ce qui signifie que ses besoins en recrutement sont très variés, allant de l’ingénierie à la programmation, en passant par le marketing, la logistique et bien sûr la production. Preuve de cette profonde mutation : « Le profil le plus pénurique dans l’industrie aujourd’hui, c’est celui de designer. “Design is not how it looks, but how it works”, disait Steve Jobs ! Et en second, on retrouve celui de codeur », illustre Renan Devillieres, CEO et co-fondateur d’OSS Ventures, une startup studio lançant des logiciels à destination des industriels. « Il faut des gens qualifiés dans tous les domaines, et surtout des gens dotés de soft skills, car cette pluralité de profils exige que l’on soit capable de travailler tous ensemble », constate de son côté François-Xavier de Thieulloy.

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Deux fois plus d’ouverture d’usines l’an dernier

Maintenant que nous avons décrit les contours de l’industrie 4.0, vous vous demandez sûrement ce que cela signifie en termes de réindustrialisation de notre vieille patrie, et quel est l’impact en termes d’emploi ? Les dernières statistiques révèlent qu’il y a aujourd’hui à peu près autant d’usines qui ouvrent que d’usines qui ferment. Et la tendance repart à la hausse. La crise sanitaire a de surcroît révélé la dangerosité de la faiblesse industrielle à l’échelle de la France et de l’Europe quand il a fallu produire en nombre masques, gels hydroalcooliques et vaccins. « Rien qu’en 2021, deux fois plus d’usines ont été créées que fermées », rapporte Guillaume Mortelier. Reprenons l’exemple de Michelin : après avoir fermé plusieurs sites de production, l’entreprise recrute, et peine à remplir ses usines de Troyes et Cholet. Autre exemple révélateur : l’inauguration d’une nouvelle usine de reconditionnement de voitures d’occasion à Flins par Renault. En 2022, le groupe Safran prévoit l’embauche de 3 000 personnes pour suivre la reprise du marché aéronautique.

Outre ces mastodontes de toujours, de jeunes pépites tissent la nouvelle industrie tricolore à l’image du Slip Français, ou encore de Lunii, le petit boîtier à histoires qui a implanté sa production en France après avoir démarré en Chine.

Aéronautique, agroalimentaire, textile, énergies vertes, transports doux, reconditionnement… Le tissu industriel français est en train de se transformer en profondeur avec des usines modernisées, digitalisées et équipées de nouvelles technologies, comme l’impression 3D ou la fabrication additive qui ouvrent le champ des possibles.

Bien sûr, ces nouveaux modèles ont irrémédiablement un impact humain. « Très robotisées, les usines ne génèrent pas toujours un nombre important d’emplois directs, mais on sait que pour un emploi direct dans l’industrie, ce sont 3 ou 4 emplois indirects qui sont créés », rapporte François-Xavier de Thieulloy. De plus, cette industrie à très forte valeur ajoutée exige de forts investissements en R&D. D’ailleurs, « 84% du budget R&D en France s’opère dans l’industrie », nous confirme Renan Devillieres. À la clef, des postes nécessitant une grande agilité pour faire le lien entre la R&D et les sites de production, tout en collant toujours au maximum aux attentes du collaborateur à l’image des Product Industrial Manager.

Des métiers à fort impact social et environnemental

Nouveaux services, nouveaux usages… l’industrie 4.0 engendre en réalité une véritable révolution sociétale ! Bien sûr, certaines industries calquées sur le modèle d’antan existent encore, et les délocalisations et fermetures d’usines ont terni l’image du secteur. De plus, certains jobs conservent une forme de pénibilité qui grève l’attractivité de l’industrie. Mais de l’avis de nos interlocuteurs, cet ancien monde est appelé à disparaître. Et les machines devraient décharger les travailleurs des tâches les plus désagréables, leur permettant de se concentrer sur celles à plus forte valeur ajoutée, avec ou sans qualification originelle.

Pour nos intervenants, travailler dans l’industrie, c’est aussi renouer avec le tangible, voir le fruit de son action. « Il y a peu, un article du Monde pointait la désillusion des data scientists : “J’ai quitté le job le plus sexy du XXIème siècle”. C’est le problème que l’on peut trouver dans ces métiers décorrélés d’une forme de réalité et matérialité », souligne Guillaume Mortelier.

Une quête de sens qui se double de plus en plus souvent d’une quête d’impact positif sur la planète et les humains. « Le premier problème du climat, c’est la production. Alors si vous voulez changer les choses, rien de tel que d’être au cœur du processus. Par exemple, celles·ceux qui participeront à l’invention de l’avion décarbonné supprimeront 16% des émissions de CO2 dans le monde », souligne Renan Devillieres. On sait aussi qu’une production textile 100% française est deux fois moins impactante pour la planète. Une société comme l’entreprise Ynsect est à cet égard un très bon exemple de l’impact positif de l’industrie 4.0. Elle transforme les insectes en ingrédients premium afin de répondre aux multiples défis de l’alimentation humaine et animale.

De plus, l’industrie contient un volet éminément social comme l’a démontrée la crise des gilets jaunes. En ouvrant des usines aux quatre coins de l’Hexagone, la cohésion territoriale est préservée. Mais plus encore, « l’usine est aujourd’hui le dernier lieu de la mixité sociale, celui où une personne sans diplôme côtoie un bac + 12 pour discuter d’une machine », martèle Renan Devillieres. Cela signifie aussi qu’en termes d’emploi, les perspectives sont multiples, tant pour les diplômés que les non diplômés. Les entreprises sont d’ailleurs nombreuses à proposer des formations au sein même des structures afin de répondre à leurs besoins de recrutement.
« J’ai travaillé 7 ans dans l’industrie, notamment chez un horloger. Mon boss dirigeait 1 000 personnes, et il n’avait pas le bac. Je dirais aussi que dans l’industrie, les personnes les plus brillantes que j’ai rencontrées étaient souvent des individus absolument pas scolaires », rapporte Renan Devillieres qui souhaite souligner les possibilités d’ascension offertes par le secteur de l’industrie, où selon lui, seul prime le mérite.

Guillaume Mortelier en est certain : « Dans l’industrie 4.0, les opportunités pour les jeunes sont très nombreuses, on entre aujourd’hui dans une ère extrêmement créative. Il ne faut pas hésiter à s’y engouffrer. Le plus important étant de choisir un projet qui résonne en nous », conclut-il.


Contenu sponsorisé
Cet article a été réalisé en partenariat avec la French Fab. Transition écologique, industrie du futur, innovation, RSE… Retrouvez ici l’étendard des industriels français réunis sous sa bannière. Qui sait, vous y trouverez peut-être votre futur boulot ?

Photo par Thomas Decamps
Article édité par Mélissa Darré et Eléa Foucher-Créteau

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