Immersion dans des bureaux déconfinés, jour 1 : scotch rouge, masques et potins

Immersion dans des bureaux déconfinés : scotch rouge, masques...

Ils sont trois dans les vastes bureaux prévus pour 100 salariés, masqués et cernés d’ordinateurs condamnés au scotch rouge… Comme d’autres entreprises avant elle, le mardi 2 juin, la start-up d’impression photos Cheerz a choisi de rouvrir ses bureaux parisiens après deux mois et demi de fermeture. Immersion en plein “D day”, qui devrait vous rappeler quelque chose, ou vous donner un avant-goût !

Comme un banal mardi, Bathilde badge au bas de l’immeuble rue de Bucarest (Paris 8ème). À 9h15, son vélo à la main, elle prend le monte-charge pour accéder au 5ème étage, sa terrasse panoramique et son espace de vie - grande cuisine et tables hautes pour bosser face à la vue - dédié aux salariés du siège de Cheerz. Sauf que ce matin du 2 juin ne ressemble à aucun autre. Depuis le vendredi 13 mars et la fermeture forcée des bureaux de la start-up, Bathilde est la première employée à revenir y travailler. « J’ai traversé l’étage vide et silencieux, avec un tas de chaises désormais inutilisables regroupées au milieu de la pièce… J’étais contente d’être là, mais en même temps c’était vraiment étrange » ne peut s’empêcher de sourire la développeuse. Depuis le 11 mai et le déconfinement, et ce même si le télétravail reste la règle en France, des milliers de travailleurs (1) ont pu/dû reprendre le chemin du bureau. Protocole national de déconfinement et chartes faites maison dans chaque entreprise : bienvenue dans des locaux où plus rien n’est vraiment comme avant.

Dans l’open-space du quatrième étage, Bathilde suit les flèches de scotch rouge qui donnent le tempo sur la moquette grise. Désormais, on avance dans le sens des aiguilles d’une montre, et pas de marche arrière autorisée. Tout autour d’elle, une place et un ordi sur deux sont condamnés par le même scotch vermillon. Selon la règle nationale, chaque salarié doit désormais bénéficier de 4 mètres carrés. « Heureusement, mon bureau n’a pas été bloqué » relate la trentenaire. « Après avoir posé mes affaires, j’ai commencé par effeuiller toutes les pages de mon mini-calendrier qui était resté sur place… ça en faisait beaucoup ! Puis j’ai ouvert la pochette qui m’attendait et découvert deux masques Cheerz en tissu. » Une photo puis quatre : Bathilde se lance dans une story Instagram, selfie-masqué pour l’occasion. « Dans mon entourage, les gens sont encore tous en télétravail, donc ça a créé pas mal de réactions. Certains ne comprennent pas pourquoi on revient au bureau… » Chez Cheerz ce jour de rentrée des classes, sur une petite centaine à bosser habituellement là… ils ne seront que trois à y passer la journée.

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Télétravail et rythmes de vie

À 9h45, c’est justement au tour d’Hugo, le DRH de 33 ans, de passer la porte du quatrième. C’est lui le chef d’orchestre de ce retour au bureau. Un choix qu’il justifie sans ciller : « Pour nous, c’est un service, certainement pas une obligation. On s’est rendu compte que certaines personnes vivaient assez mal le 100% télétravail, donc on a voulu offrir la possibilité de revenir travailler ici. » Quant à la date du 2 juin, c’est le temps qu’il aura fallu pour tout organiser en interne. Hugo et ses équipes ont rédigé les guidelines de déconfinement, mis en place par la seule Office manager à partir du 11 mai. Et quand le DRH arrive, il lui suffit d’un coup d’œil pour constater que l’énorme bidon de gel hydroalcoolique censé accueillir chaque employé à l’entrée a disparu. « Mince… Ce n’est pas grave je m’en occupe ! » Interpellée par le bruit - des bureaux quasi vides, ça résonne… - Lola, responsable des influenceurs pour l’Espagne, vient saluer le DRH. Sourires et dialogue masqués :
« - Hello Lola ! ça va ? T’avais hâte de revenir je crois ! Jusqu’à il y a quelques jours, j’ai même cru qu’on allait rouvrir les bureaux que pour toi ! (rires)
- Je suis tellement contente ! Le télétravail pendant deux mois et demi, c’était beaucoup trop long… »

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En train de coder au fond de l’open-space, seule rescapée du pôle tech qui compte une quarantaine de personnes, Bathilde aussi en avait assez du home-office dans son 30 mètres carrés parisien. « Le plus dur, c’est le fait d’être toute la journée dans une seule pièce. La table qui me sert à travailler, c’est celle qui me sert à dessiner, donc en fait je ne quittais jamais vraiment mon espace de travail, j’avais toujours un peu la tête dedans… » Une sensation que complète Lola : « J’avais beau m’imposer un rythme très strict, exactement le même qu’au bureau, avec des pauses etc., tout finissait toujours par se brouiller. Et l’autre truc aussi c’est que j’avais vraiment envie de retrouver une routine de vie normale : me lever, me maquiller, aller au bureau… Je suis vraiment très heureuse que ça reprenne ! »

Une première journée de test à trois, au milieu des bornes de gel et des affichettes rappelant les gestes barrières, le scénario a quelque chose d’ubuesque. Les 90 autres salariés parisiens auraient-ils eu peur de retourner au bureau ? Ou juste pas l’envie ? « Déjà, bien sûr qu’il y a des craintes, et c’est normal » acquiesce le responsable des ressources humaines. « Il y a aussi des gens qui ont des enfants ou d’autres qui habitent loin. » Car pour filtrer les retours, Cheerz a demandé à ses salariés de ne pas revenir tout de suite s’ils prenaient les transports en commun. « Ça a réduit le nombre de volontaires » avoue Hugo. « On attend le 15 juin pour lever cette règle, parce qu’on veut vraiment que les choses soient très progressives au fil des semaines : 10, puis 20, 30 personnes… Comme le télétravail marche très bien pour nous, on n’est pas obligés de tous revenir en même temps, mais à un moment ça sera quand même important de se retrouver. Le but c’est de revenir à une situation normale au 1er août. » Finissant son tour d’inspection, Hugo salue l’équipe Marketing, en visio sur l’écran de Lola. Au-milieu des remarques - « On croirait que vous êtes à Tchernobyl ! » -, une question fuse : « Hugo, on sera vraiment obligés de porter un masque toute la journée ? » Le brun tempère : « Là je le porte parce que je circule et qu’on n’est pas loin avec Lola, mais quand on est éloignés les uns des autres, on peut l’enlever… »

« Le but c’est de revenir à une situation normale au 1er août » Hugo, DRH

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Collègues et potins

Sur la terrasse ensoleillée à midi, les trois parisiens s’installent en quinconce sur les grandes tables en bois, à plus d’un mètre de distance. Mais bas les masques et retour aux bonnes vieilles habitudes : commande Frichti versus tupperwares maison - plus ou moins réussis - et points sur les potins. Avec notamment LA question qui brûle toutes les lèvres depuis le déconfinement : « Qui a passé le confinement avec qui ? » « Même ça, tu vois, tous ces petits moments off de la boîte, ça nous avait manqué et c’est important ! » se réjouit Hugo. « Retrouver les collègues, parler de tout, de nos vies persos, c’est un vrai plaisir. En plus, pendant le confinement, moi j’étais du genre à prendre 45 minutes de pause pour déjeuner vite fait, là on s’est posés tous ensemble pendant une heure, tu coupes vraiment, c’est génial. »

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Invité un peu surprise, Kevin débarque peu avant 14h dans les bureaux. Comptable en alternance, le jeune homme de 26 ans vient récupérer et scanner les factures papiers. « Ça me faisait plaisir de sortir de chez moi donc je me suis proposé pour le faire, mais personnellement je n’ai pas du tout envie de revenir tout de suite au bureau ! On est en période de clôture des comptes donc je suis mieux au calme chez moi. Surtout que je mets plus d’une heure pour venir en voiture donc je me vois mal perdre autant de temps tous les jours… » Qui dit réouverture des bureaux, dit aussi services à rendre à tous ceux qui n’y sont pas. De quoi agiter les agendas des présents : Bathilde tente de relancer le Mac mini de l’équipe tech, Lola joue les photographes pour l’équipe “produits physiques”, Hugo note les réparations indispensables : « a priori, les deux imprimantes nous ont lâché… Clairement, la journée est intense ! » Et pas facile, du coup, d’aller au bout de sa to-do… « J’ai été moins efficace aujourd’hui qu’en télétravail » avoue pour sa part Bathilde. « Il va falloir du temps pour revenir à la normale. »

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En fin d’après-midi, chacun fait le bilan d’une drôle de journée : un environnement un brin étrange et des difficultés à intégrer le sens de circulation - « en même temps, je suis seule dans mon service donc je ne croise personne… » tente Lola - mais des règles claires qui rassurent. « On s’est inscrites pour revenir toutes les deux mercredi prochain » détaille Bathilde. « Mais venir tous les jours ici, tout de suite, ce n’est pas possible pour moi. Passer de deux mois entièrement seule à tout d’un coup les collègues au quotidien et en très grand nombre, je ne suis pas prête… D’ailleurs, ce soir, c’est le déconfinement des terrasses, et c’est pareil je n’irai pas de suite ! » conclut la développeuse. Ne pas se retrouver à trop nombreux dans les espaces fermés, c’est ce qu’espère aussi Lola : « Jusqu’à 25, peut-être 30 personnes, je crois que ça ira. Mais si on est soudain plus, je resterais en télétravail. Je n’ai pas vraiment peur pour moi, mais mon ami a une maladie auto-immune, donc je ne prendrai pas de risques. » En parallèle, avant de claquer la porte vers 19h, Hugo fait rapidement le compte pour la semaine suivante : « On sera au moins entre 8 et 10. Je suis content, je pense vraiment que les gens vont peu à peu être rassurés. » Ne reste plus qu’à bien suivre les flèches rouges.

(1) Selon une étude Cadremploi, au 19 mai 36% des salariés avaient déjà pris le chemin retour du bureau.

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Photo d’illustration by WTTJ

Clémence Lesacq

Editorial Manager - Modern Work @ Welcome to the Jungle

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