Quitter son job sans “vrai” pot de départ n’est pas sans conséquence. Décryptage

Ne pas avoir de "vrai" pot de départ a un impact sur les salariés

Après des années de travail ou seulement quelques mois, quitter une entreprise n’est jamais anodin et se scelle, dans la plupart des cas, par le traditionnel pot de départ. Redouté par certain.e.s, adoubé par d’autres, cet « au revoir » est pourtant un véritable rituel dans le monde du travail. Sauf qu’en temps de pandémie, il est devenu impossible de se réunir autour d’un verre ou autres gourmandises pour faire ses adieux à ses collègues. Résultat : beaucoup de salariés partent sans avoir de pot de départ ou en ayant droit à un malheureux petit call en visio à la place. Entre sentiment d’inachevé, manque de reconnaissance ou difficulté à tourner la page, ce qui pouvait apparaître comme un « non-événement » dans notre vie d’avant peut finalement avoir des conséquences lorsqu’il n’a pas lieu. Quel impact pour le salarié ? Est-ce que c’est plus dur ou finalement plus facile que les grands discours et les larmes (surtout si elles sont fake) ? Comment remplacer ce moment ? Nous sommes allés voir du côté de ceux qui ont vécu cette situation pour mieux comprendre le phénomène.

Le sentiment que l’on n’a pas compté pour l’entreprise

Canelle, community builder dans une entreprise de marketing, a posé sa démission au moment du second confinement. Au lieu du gros pot de départ festif traditionnellement organisé, elle n’a eu droit qu’à un au revoir général lors du point hebdomadaire du vendredi, sur Zoom. « Sur le moment mon ego a été touché, on faisait des trucs de ouf à chaque départ, ça faisait presque deux ans que j’étais dans la boîte et je n’ai finalement eu qu’une carte cadeau dématérialisée et quelques mots de mes collègues par mail », raconte-t-elle.

Selon Mélissa Pangny, psychologue du travail, le pot de départ a une double fonction : « une fonction de reconnaissance du travail effectué envers le salarié et une fonction sociale car tout le monde se retrouve », explique-t-elle. C’est précisément ce manque de reconnaissance que Canelle a ressenti lorsqu’elle a quitté l’entreprise sans une belle fête d’adieu. « J’ai tout donné pour cette boite et j’ai eu l’impression qu’ils n’avaient pas la même perception que moi du rôle que j’avais dans l’entreprise », confie-t-elle.

« Même si j’ai eu des mots hyper touchants, ce n’est pas la même chose… », Canelle, community builder

Plus que les attentions, ne pas avoir l’occasion de dire au revoir à ses collègues « en vrai » a eu un réel impact. « Même si j’ai eu des mots hyper touchants, ce n’est pas la même chose que la grosse teuf où on profite ensemble, où on donne un cadeau personnalisé en physique, où il y a ce lien social, qui marque et dont on se souvient longtemps », explique Canelle. « Là j’ai imprimé un mail pour garder une trace des mots de mes collègues, mais ce n’est pas le même souvenir ».

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Un goût d’inachevé qui peut être comblé par le réconfort des collègues

Mais alors que le pot de départ aide le salarié à se sentir reconnu, qu’en est-il lorsqu’il n’est pas du tout envisagé par l’entreprise ? En effet, une expérience malheureuse dans la boîte couplée au contexte sanitaire peut effectivement minimiser les chances d’une quelconque cérémonie d’au revoir. C’est le cas de Coline, juriste en propriété intellectuelle, qui a soudainement dû quitter l’entreprise où elle travaillait lorsque sa période d’essai ne fut pas renouvelée. « J’ai dû partir dans la journée, c’était assez brutal, l’idée d’un pot de départ n’a même pas été mentionnée », raconte-t-elle. Un moment que Coline a particulièrement mal vécu. « J’éprouvais un sentiment de honte, je me disais que j’y étais pour quelque chose, j’ai remis en question mes compétences et mon attitude », explique-t-elle. Dans ce contexte, un pot de départ ou un Zoom avec son équipe s’avérait être d’autant plus important. « J’aurais aimé cette reconnaissance, ça m’aurait aidé que mon manager puisse justifier son choix devant tout le monde, et expliquer que c’était parce que je ne correspondais pas à leurs attentes, j’avais besoin que les gens me souhaitent le meilleur », confie Coline.

« Le fait qu’on me soutienne m’a fait du bien** et cela a remplacé le pot de départ que je n’ai pas eu », Coline, juriste en propriété intellectuelle

Malgré tout, certains collègues ont pris la peine de lui téléphoner longuement, et cela a suffi à lui montrer qu’elle avait compté dans la boîte. « Le fait qu’on me soutienne m’a fait du bien** et cela a remplacé le pot de départ que je n’ai pas eu », explique-t-elle. « C’était d’autant plus gratifiant et touchant d’avoir une réaction spontanée de la part de certains collègues sans que j’ai moi-même cherché à organiser quelque chose de cérémonial». Dans la situation particulière de Coline, le soutien naturel des collègues était finalement plus important qu’un pot de départ.

Une aubaine pour certain.e.s

Si certains voient cet adieu traditionnel comme un must, d’autres n’en désirent pas forcément. Après 6 ans de bons et loyaux services, Simon, chef de projet dans le secteur de la culture, a quitté son entreprise sans pot de départ, ni visio, et l’a très bien vécu. « Ça ne m’a pas du tout dérangé ! », avoue-t-il. « Ça faisait suffisamment longtemps que j’avais envie de partir, j’avais déjà tourné la page. Et puis, j’étais un des plus jeunes de la boîte et je n’avais pas forcément noué des relations très fortes avec mes collègues ». Un dernier point qui explique souvent le manque d’intérêt pour un pot de départ en bonne et due forme : « Si on n’a pas créé de liens spécifiques avec d’autres employés de l’entreprise, cela ne nous donne pas forcément envie de partager ce moment entouré, car finalement il n’y a pas grand chose à fêter », détaille Mélissa Pangny. « On s’en tient alors au travail qu’on avait à faire, et l’absence de pot de départ n’a pas d’incidence psychologique pour nous ou pour nos collègues. »

« Il y a une tradition du pot de départ quand les choses se sont extrêmement bien passées, qu’il y a eu des liens forts, qu’on s’est épanouit », ajoute-t-elle. Dans le cas contraire, un départ en grande pompe n’apparaît pas comme étant indispensable. « Certaines personnes clôturent les choses de leur propre manière, on ne peut que respecter cela », précise-t-elle.

Simon confie même être quelque part soulagé d’avoir « échappé » à ce rituel qui, selon lui, rend le départ impersonnel. « C’était toujours la même chose : un goûter dans la cafet’ avec un discours du président et ensuite un cadeau. Mais ce qui était dit était toujours très ennuyant, très décevant et pas vraiment personnalisé. De se voir dire la même chose à des collègues qu’on n’estimait pas forcément, cela aurait été pire », explique-t-il.

« Ce qui est essentiel, c’est que le supérieur et l’employé fassent au moins un point pour clarifier les choses et éviter toute potentielle rancune », Mélissa Pangny, psychologue du travail

En effet, l’experte précise que cette « reconnaissance » envers le salarié peut très bien s’exprimer autrement. « Ce qui est essentiel, c’est que le supérieur et l’employé fassent au moins un point pour clarifier les choses et éviter toute potentielle rancune », explique-t-elle. « Quand ce n’est pas possible de le faire en vrai, la visio peut suffire, mais l’essentiel c’est que l’on se quitte sur quelque chose de positif ». C’est d’ailleurs ce qui s’est passé avec Simon qui a eu un point de fin de contrat en visio avec ses supérieurs hiérarchiques, ainsi que des messages directs où on le félicitait de son travail dans la boîte.

Le détachement physique, dû au télétravail, permettrait un départ plus en douceur

Alors que certaines personnes n’aspirent pas à une cérémonie d’au revoir, d’autres au contraire en ont besoin pour clôturer cette étape de leur vie. « L’absence de pot empêche certains salariés de tourner la page correctement. On s’est donné sur des missions, sur un poste, et ça peut laisser un goût amer », analyse Mélissa Pangny. Cependant, dès lors que l’absence de pot de départ est uniquement liée au contexte sanitaire, cette insatisfaction reste ponctuelle et n’a pas d’impact sur la façon dont on abordera notre prochain job ou sur le reste de notre carrière. « C’est compréhensible que le salarié éprouve un sentiment de regret sur le moment, mais cela ne peut pas créer de frustration à plus long terme », précise l’experte.

« Ne pas être au boulot tous les jours a contribué au fait que je me suis peu à peu détaché de mon travail », Simon, chef de projet

Si la situation sanitaire permet de mieux comprendre l’absence de pot de départ, la déconnexion physique avec notre environnement professionnel qu’entraîne le télétravail aide également à tourner la page. « Avec le télétravail, un détachement s’est peu à peu construit et continue, et cela nous a permis d’intégrer l’idée que tout se faisait à distance », analyse Mélissa. « Dans ce contexte, l’idée que le pot de départ ne puisse pas se faire n’est pas délirant, le processus psychique s’est déjà mis en route, nous nous sommes adaptés », explique-t-elle. Canelle, qui tenait pourtant à un pot de départ, exprime ce détachement intrinsèque à la situation : « Tout s’est fait dans une sorte de continuité, comme si j’avais rendu mon ordi et c’était juste fini, ça aurait été plus compliqué si j’avais été au bureau », note-t-elle. Quant à Simon, même s’il ne voulait pas forcément de célébration d’adieu, il estime que le télétravail a participé au fait qu’il tourne la page plus rapidement. « Ne pas être au boulot tous les jours a contribué au fait que je me suis peu à peu détaché de mon travail, le sentiment d’appartenance disparaît et les liens s’estompent quand tu ne fréquentes pas les lieux, ni les gens », explique-t-il.

Malgré le contexte, vous souhaitez marquer le coup quand même ? Voici quelques conseils pour soigner le départ de votre collègue.

  • S’assurer qu’il/elle a bien envie de fêter son départ : contrairement à un anniversaire où une surprise peut être la bienvenue, c’est important d’être sûr que son.sa collègue est d’accord avec l’idée d’un pot de départ. « On ne connaît en général pas très bien la personne, là c’est primordial de poser la question directement, et pas simplement de supposer que votre collègue en veut un », explique Mélissa.

  • Garder les rituels du pot de départ : si on ne peut pas se réunir en vrai, une dernière conversation par téléphone reste « le minimum », ajoute la professionnelle, et « c’est encore mieux de la faire via Zoom ». Quant au traditionnel cadeau, c’est toujours « possible d’en offrir un même à distance en organisant une cagnotte ».

  • Organiser un pot de départ en plus petit comité : un pot de départ avec toute la boîte n’a pas vraiment de sens des mois après, et dans ce cas, Mélissa Pangny conseille d’organiser quelque chose avec « les collègues dont on est particulièrement proches », en vrai, quand ce sera possible, ou sinon sur Zoom. Dans le cas d’une visio, c’est d’ailleurs préférable de privilégier le petit comité, car sinon ça finit souvent en capharnaüm ou en silence général ! Dans le cas où votre collègue part fâché contre l’entreprise, il y a peu de chance qu’il ou elle ait envie de faire un pot de départ officiel, donc « le mieux est d’organiser un pot de départ en dehors de l’entreprise et des horaires de travail en visio ou sinon dans quelques mois », conseille l’experte.

  • Faire attention à son discours, même par Zoom: si c’est en plus petit comité ou par Zoom, on peut avoir tendance à se laisser aller et avoir un discours plus informel. Pour autant, « il faut vraiment faire preuve de finesse », rappelle Mélissa. « Eviter les choses trop polémiques s’il y en a, n’évoquer que les bonnes collaborations, remercier les interactions… Le pot de départ est censé être sympa, ce n’est pas un lieu de débats ».

  • Opter pour une célébration de départ originale : vous pouvez faire en sorte qu’un pot de départ digital soit également un moment sympathique en organisant un escape game à distance (Happykits.fr, Emeraude Escape Game), un quizz musical (Massive Music Quizz) ou même un karaoké (Starmaker). « Tant que cela reste dans la lignée de ce que les entreprises acceptent et en cohérence avec la personne qui part, tout est permis ! », conclut la psychologue.

Le contexte sanitaire a chamboulé notre façon de travailler et mis à mal certaines pratiques dans le cadre professionnel que l’on considérait comme acquises et qui, parfois, nous tenaient même à cœur. Mais si l’absence de pot de départ peut en frustrer plus d’un, il n’y aurait en tout cas pas de raisons que cela ait un impact important sur le reste de notre carrière, et ça c’est une bonne nouvelle !

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Photo d’illustration by WTTJ

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