Ils se sont portés volontaires au licenciement, ils racontent

Témoignages : Ils se sont portés volontaires au licenciement

Il existe plusieurs façons de quitter volontairement une entreprise. De manière assez radicale, en démissionnant. À l’amiable, en s’accordant sur les termes d’une rupture conventionnelle. Ou en se portant candidat à un plan de départ volontaire, quand il y en a un. Ce dernier procédé a le mérite d’être souvent plus avantageux pour le salarié qu’un licenciement économique (sans parler d’une démission), et ouvre parfois la porte à des opportunités de reconversion, ou tout simplement à la pré-retraite. Toutefois, bénéficier d’un plan de départ volontaire n’est pas si simple, et demande de remplir certaines conditions. La décision de se porter candidat peut aussi être difficile à prendre quand le plan de départ est inattendu, ou que le salarié subit des pressions en interne pour quitter la boîte. Alors pourquoi et comment se porte-t-on volontaire au départ ? Quels sont les avantages et les inconvénients à partir de cette façon ? Trois ex-salariés nous racontent leur expérience.

Le plan de départ volontaire, un sésame pour les aspirants à la reconversion

Lorsque son entreprise a mis en place un plan de départ volontaire suite à un rachat, Samia, chargée de marketing dans la cosmétique, n’a pas hésité bien longtemps : « Cela faisait un moment que je m’ennuyais dans mon boulot et que je songeais à partir. Je n’arrivais plus à trouver de sens à mon métier. Quand le département RH nous a annoncé qu’ils allaient mettre en place un plan de départ volontaire, je me suis tout de suite portée candidate. » Le plan de départ volontaire permet à une entreprise en difficulté économique de réduire ses effectifs, sans avoir à supporter le coût d’éventuels licenciements. Si ce dispositif n’est pas réglementé par le Code du Travail, il fait toutefois l’objet d’un déroulé type : avant toute chose, l’employeur doit d’abord consulter les représentants du personnel, puis définir le nombre de départ prévus, les secteurs concernés et les critères requis pour se porter candidat. Une fois les salariés informés, les intéressés peuvent « postuler » auprès de leur département RH.

« Pour prétendre au plan de départ, il fallait soit avoir un projet de création d’entreprise ou de reconversion, soit être proche de la retraite, explique Samia. Depuis longtemps, j’avais envie de m’initier à l’hypnose et à la réflexologie, un domaine qui me passionne, dans l’idée de me reconvertir. J’ai donc dû me renseigner sur les différentes formations qui existaient, puis fournir tout un plan de formation, avec les dates, le programme, une lettre de motivation… J’étais super stressée que mon dossier ne passe pas, il n’y avait qu’une dizaine de places pour mon département, et je n’avais aucune garantie d’être sélectionnée. » Pour ceux qui ont des envies de nouveaux horizons, le plan de départ volontaire offre en effet une porte de sortie souvent très avantageuse. Parce qu’il implique une rupture de contrat de travail à l’amiable, ce dispositif permet à celui ou celle qui en bénéficie de toucher une indemnité de départ supérieure à celle d’un licenciement (calculée sur la base du salaire brut et de l’ancienneté), ainsi que des indemnités de chômage. De plus, il permet au salarié.e de bénéficier, s’il le souhaite, d’une aide à la reconversion ou à la création d’entreprise. « Mon entreprise a financé ma formation à hauteur de 15 000€, déclare Samia. Ça a été une super opportunité pour moi ! Sans ce plan de départ, je serai partie dans tous les cas, probablement quelques mois plus tard, mais dans de bien moins bonnes conditions. » Autre cas dans lesquels les plans de départ volontaires peuvent s’avérer être opportuns, les salariés proches de l’âge de la retraite.

Un accès à la retraite plus tôt que prévu

Là encore, les contreparties sont plutôt incitatives. Pour réduire leurs effectifs en douceur, certaines entreprises proposent aux salariés les plus seniors de partir plus tôt que prévu, contre une indemnité de départ plus généreuse et la possibilité de bénéficier du chômage. Certains plans de départ proposent aussi aux salariés à moins de 48 mois de la retraite le rachat des trimestres manquants, voire de maintenir leur rémunération à hauteur de 70 ou 80% jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge de la retraite pleine.

« En 2015, l’entreprise dans laquelle je travaillais s’est retrouvée en difficulté économique, retrace Patrick, directeur commercial dans le médical. Comme je faisais partie de l’un des plus gros salaires de la boîte et que j’avais à l’époque 59 ans, on m’a proposé de partir. De mon côté j’avais fait le tour de ce métier, et les conditions de travail devenaient de plus en plus contraignantes, dans la mesure où l’entreprise faisait de moins en moins de chiffres. C’était donc un bon moment pour accepter cette proposition. Je suis parti avec un beau chèque de départ, puis j’ai pu bénéficier de Pôle Emploi pour les mois qui me restaient jusqu’à la retraite. »

Opportunité pour certains, le départ volontaire en retraite peut aussi être subi si l’on n’est pas préparé psychologiquement, comme ce fut le cas pour Christian : « Je travaille pour un constructeur dans l’aviation, et avec la crise sanitaire, l’année dernière fut catastrophique pour mon entreprise, relate sombrement l’ancien salarié. Un plan de départ volontaire a donc été mis en place. J’avais encore quelques belles années devant moi, et je me sentais bien dans cette boîte, où j’avais créé beaucoup de liens avec mes collègues. Je n’étais donc pas particulièrement enthousiaste à l’idée de partir, toutefois j’ai très vite compris que ce serait ça, ou un licenciement. Il fallait être stratégique ! »

En effet, pour les entreprises de plus de 50 salariés qui envisagent plus de 10 licenciements en 30 jours, le plan de départ volontaire ne suffit pas et doit faire partie d’un plan plus large de sauvegarde de l’emploi. Il constitue ainsi une étape préalable aux licenciements économiques (on parle alors de plan de départ volontaire hybride). Et même si l’entreprise a l’obligation de faciliter le reclassement des salariés dont les postes vont être supprimés, certains préfèrent partir d’eux-mêmes plutôt que de risquer de se retrouver ailleurs, sur un poste moins intéressant. Le départ, bien que volontaire, peut alors être vécu comme un moyen « d’éviter le pire ».

« Se retrouver sans activité professionnelle plus tôt que prévu n’est pas évident, même si je suis bien conscient que je n’ai pas à me plaindre des conditions dans lesquelles je suis parti, souligne Patrick. Je suis quelqu’un de très sociable, très actif, et même si je savais que j’approchais de la retraite, je ne pensais pas être confronté si tôt à l’inactivité. Le plus difficile est de parvenir à rester occupé et à ne pas sombrer dans la solitude, ce qui demande parfois beaucoup d’efforts dans la mesure où ma compagne et mes amis travaillent encore à temps plein. » Lorsqu’il permet de rebondir, le plan de départ volontaire peut s’avérer être une opportunité en or. Mais quand il est plus ou moins subi, le contrecoup peut parfois être difficile à assumer.

Des départs plus ou moins volontaires

À la différence d’un licenciement, le plan de départ, parce qu’il constitue une rupture du contrat de travail d’un commun accord entre l’employeur et le salarié, ne peut pas être contesté après coup par ce dernier. Si dans tous les cas, le départ reste bien basé sur le volontariat, celui-ci peut néanmoins laisser un goût amer quand il n’a pas fait l’objet d’un choix totalement libre. « Il y a quelques années, j’ai quitté l’entreprise dans laquelle j’occupais un poste de manager dans le cadre d’un plan de départ volontaire, raconte Pierre, 40 ans, ancien cadre commercial. Je n’étais plus en adéquation avec la vision de mes supérieurs, et je ne me voyais pas manager mes équipes de cette façon : le plan de départ qui tombait pile à ce moment-là semblait donc tout à fait opportun. Sur le papier, c’est bien sûr moi qui ai décidé de partir, mais dans les faits, je sais que si j’étais resté, j’aurais été placardisé. J’avais déjà eu plusieurs échanges houleux avec ma nouvelle hiérarchie, et ils m’avaient très clairement fait comprendre que si je ne me portais pas volontaire, je serai réaffecté dans une autre unité, loin de chez moi, avec un poste bien moins gratifiant. C’était donc plus une décision contrainte et forcée qu’un véritable choix. » Pour contester un départ volontaire, le salarié doit prouver qu’il a fait l’objet de pressions, qu’il a été menacé, ou que son consentement a été vicié. Un recours évidemment difficile à mettre en place quand les menaces sont faites à l’oral, ou sous-entendues (d’où l’intérêt, en cas de pressions, de collecter un maximum de traces écrites).

C’est donc pour mieux encadrer les procédures de départs volontaires que le gouvernement a mis en place le 1er janvier 2018 la Rupture Conventionnelle Collective. Ce dispositif, contrairement au plan de départ volontaire, est réglementé par le Code du Travail, et n’a pas pour obligation d’être justifié par des motifs économiques. Une rupture conventionnelle collective peut être proposée lors d’une réorganisation de l’entreprise par exemple, ou d’un changement de stratégie. Cette procédure doit faire l’objet d’un accord négocié avec les organisations syndicales, ce qui permet la plupart du temps d’obtenir de meilleures conditions de départ pour les salariés. Elle doit ensuite être validée par la DIRECCTE (la Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi), qui s’assure que le dispositif ne discrimine aucun salarié, et qu’il facilite le reclassement des salariés à des emplois équivalents ailleurs. Selon la DARES, en 2018, au cours de l’année, 88 procédures avaient été initiées et 60 validées.

Quitter volontairement une entreprise contre des indemnités avantageuses, une aide à la reconversion ou à la formation, peut s’avérer pour certains être une issue de secours inespérée face à une situation professionnelle qui ne leur convenait plus. Mais quand le salarié n’avait aucune envie de partir, la notion de « volontariat » devient discutable, et peut parfois dissimuler un choix contraint : pour éviter le licenciement, une mise au placard, ou fuir des pressions trop fortes. La rupture conventionnelle collective, en ce qu’elle demande à être négociée avec les syndicats, semble alors être un bon rempart contre des départs subis, mais encore faut-il que les conditions conviennent à toutes les parties…

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Photo by WTTJ

Coline de Silans

    Journaliste indépendante

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