Profils expérimentés : comment (re)trouver un emploi ?

Profils expérimentés : comment (re)trouver un emploi ?

Vous recherchez un emploi et vous vous demandez si votre profil expérimenté est un atout ou un frein aux yeux des recruteurs ? Sachez que 89 % des entreprises disent chercher en priorité à recruter des cadres possédant entre 5 et 10 ans d’expérience selon une étude de l’APEC, mais que les profils ayant davantage d’expérience ont moins la cote : d’après cette même étude, seules 69% des entreprises disent cibler les profils de 10 à 20 ans d’expérience.

Alors, cinq, dix, quinze ans d’expérience : quelle différence pour les recruteurs ? Comment mettre en avant ses atouts quand on n’est ni jeune professionnel, ni complètement senior ? Pour réfléchir à cette question, nous avons échangé avec Hannah, experte RH et actuellement en recherche d’emploi. Hannah possède 18 ans d’expérience dans le conseil en ressources humaines et a aussi exercé en tant que consultante indépendante. Elle nous partage son expérience.

Profils expérimentés : quelle attractivité, quels challenges ?

Si l’attractivité des profils dépend avant tout des métiers et des secteurs, on constate cependant que les profils expérimentés éveillent parfois un certain nombre de préjugés, en dépit de leur valeur indéniable. Lesquels ?

Des profils parfois soumis à quelques préjugés…

S’il est vrai que les attentes salariales ont tendance à augmenter au fur et à mesure que l’on gagne en expérience, cela peut devenir un véritable challenge : comment convaincre un futur employeur qu’un tel investissement permettrait de faire la différence ? « J’ai 18 ans d’expérience, ça fait parfois flipper, on se dit que je vais valoir très cher » nous confie Hannah, qui a souvent fait les frais de ce type de crainte chez les employeurs. Malheureusement, les préjugés sont parfois coriaces, comme nous le confirme Hannah : « On est moins désirable quand on a 40 ans. On véhicule pas mal de clichés. De plus, on n’appartient pas à la nouvelle génération qui fait “bouger les choses”, et on n’est pas non plus en fin de parcours, c’est un entre-deux un peu compliqué parfois. » En effet, les profils expérimentés seraient, selon les préjugés, trop chers, plus assez à la page, moins adaptables ou encore happés par leur vie de famille, etc… Les profils expérimentés ne seraient-ils pas les victimes d’une sorte de jeunisme ?

Une autre difficulté que l’on peut voir surgir : s’ils reconnaissent votre niveau d’expérience, certains recruteurs peuvent cependant avoir tendance à vous cantonner à votre métier passé, ne vous proposant que des postes similaires alors que vous avez envie de changer… Si c’est votre cas, il devient d’autant plus important d’apprendre à bien se vendre !

… avec pas mal d’atouts à mettre en avant !

Cela peut paraître contradictoire mais le principal intérêt pour une entreprise de recruter un profil expérimenté tel que le vôtre est justement lié aux expériences accumulées. Vous êtes déjà formé et bénéficiez d’une connaissance des pratiques et usages d’autres entreprises, un véritable atout pour l’entreprise qui vous convoite. Avec la pratique, vient le recul : quand un candidat a déjà géré une ou plusieurs équipes, par exemple, il semble logique que prendre la direction d’un nouveau département ne devrait pas lui poser problème.

Là où les plus juniors doivent mettre en avant leur potentiel, hypothétique donc, vous pouvez valoriser votre savoir-faire concret, transférable et issu de votre vécu. C’est un élément en votre faveur, à souligner lorsque vous cherchez un emploi, comme le fait remarquer Hannah : « En matière de recul et d’expérience, le poids des années, ça n’a pas de prix, tant dans les succès que dans les échecs. »

Un autre atout à mettre en avant pour Hannah est votre stabilité. En effet, ayant déjà acquis plusieurs expériences diverses, les profils quarantenaires chercheraient, le plus souvent, à se poser professionnellement. Même s’il ne faut pas généraliser, on constate cependant que cette tranche n’a pas encore été complètement gagnée par l’envie de changement permanent des générations plus jeunes. C’est un argument différenciant pour Hannah : « La nouvelle génération est méga volatile. De mon côté, je sais plutôt bien ce que je veux, j’ai envie de rejoindre une boîte pour m’investir sur la durée. À mon âge, on est plus nombreux à rechercher un équilibre de vie, mais aussi un job qui a du sens, sur le long terme. »

Nos conseils pour mener votre recherche d’emploi

Vous avez conscience de votre valeur, vous savez postuler, vous avez déjà changé de job une fois, deux fois, trois fois… ou plus ? Est-ce que candidater de manière traditionnelle, comme vous avez pu le faire auparavant, est suffisant à ce stade de votre carrière ? Après 4 mois de recherche, Hannah semble dubitative : « Si je reste tranquillement à répondre aux annonces, il ne va rien se passer. Sur presque 200 candidatures envoyées, j’ai eu un taux moyen de réponse de 0,5 %… Je dois changer de stratégie. » Mais alors comment s’y prendre ? Nous vous avons concocté une petite liste de conseils afin de vous aider à adapter vos techniques et maximiser votre impact durant cette période de transition.

(Re)mettez vous à la page

Il ne s’agit pas de juger si vous êtes ou n’êtes pas dans le coup ! Mais chaque recherche d’emploi nécessite de se remettre dans le bain à une époque où les outils et les modes de recrutement évoluent rapidement, au point que certains prédisent la disparition progressive des candidatures “classiques” (avec CV et lettre de motivation). Quand on se met à chercher du boulot, il faut refaire son CV, son profil LinkedIn, bien sûr, mais aussi se remettre à la page sur les plateformes d’emploi qui fonctionnent le mieux, en fonction de son secteur et de son métier. Vous pouvez questionner à ce sujet les personnes de votre entourage - jeunes ou moins jeunes - qui ont récemment été en recherche d’emploi, ils pourraient vous faire gagner un temps précieux !

Il peut être aussi intéressant de se remettre à jour d’un point de vue professionnel : vous pouvez profiter de votre période de recherche d’emploi pour vous documenter sur l’actualité de votre métier ou de votre secteur via des lectures, des conférences, ou suivre une formation présentielle ou en ligne (MOOC, formations en langue, en informatique, etc.) Il vous reste du crédit sur votre CPF (compte professionnel de formation, ndlr) ? C’est peut-être le moment de l’utiliser !

Concentrez vos efforts et votre énergie sur le marché caché

Vous avez déjà effectué des dizaines de candidatures mais n’avez obtenu que très peu de réponses ? Et si la solution se trouvait ailleurs ? En effet, beaucoup de postes sont pourvus sans passer par le système classique de recrutement “annonce-candidatures-sélection”. Il vous faut vous frayer un chemin dans le marché dit “caché” qui privilégie le bouche-à-oreille et la cooptation pour, vous aussi, évoluer dans ces processus parallèles.

C’est un système que connaît bien Hannah, pour qui les départements de ressources humaines n’ont pas de secret : « Les annonces, cela fait de la visibilité pour les entreprises, c’est ce qu’on appelle de la “marque employeur”, mais elles ne recrutent pas tant que cela via ce moyen » nous dit-elle. Face au volume des candidatures, pas toujours qualifiées, nombre de recruteurs essayent de trouver la perle rare directement via leur réseau ou celui de leurs employés !

Même quand une annonce est diffusée, vous pouvez maximiser vos chances d’obtenir un entretien en entrant en relation avec le recruteur, directement, ou via un tiers. Une stratégie efficace, que recommande Hannah : « J’ai décidé de ne plus répondre aux annonces. Je recherche les boîtes qui ouvrent des postes, et puis je regarde dans mon réseau, sur LinkedIn, si j’ai les moyens d’atteindre une personne qui travaille dans l’entreprise ou, mieux encore, dans l’équipe en question » explique-t-elle, avant d’ajouter « c’est le meilleur moyen de sortir du lot. »

N’hésitez pas à activez votre réseau

Un bon moyen de naviguer à travers ce marché “caché” est d’activer son réseau. Votre entourage doit être au courant de vos recherches ! Prenez le temps de renouer avec vos anciens camarades de promo et vos anciens collègues, en lien avec les postes et secteurs qui vous intéressent… Solliciter votre réseau peut vous aider à faire avancer vos idées et à mieux cibler votre projet professionnel, mais aussi vous permettre d’accéder à des opportunités de carrière à proprement parler, en vous positionnant par exemple sur des offres qui n’auraient pas été encore diffusées. À ne pas négliger donc !

C’est la stratégie choisie par Hannah, la plus payante d’après elle à ce jour. Mais qui cibler alors ? Si le premier cercle de votre réseau, composé de votre famille et de vos amis proches, est rarement en mesure de vous aider, le second et le troisième cercle seront des relais précieux et doivent être activés rapidement. « Vos proches ne sont pas les plus objectifs : les personnes qui vous aiment partent du principe que vous allez trouver, mais ils ne connaissent pas votre valeur réelle sur le marché du travail » explique Hannah. Elle conseille plutôt de mettre l’accent sur le troisième cercle, le plus pertinent selon elle. Ce cercle, composé des amis de vos amis est de loin le plus riche et pourra vous permettre d’entrer en contact avec grand nombre de métiers, de secteurs et d’entreprises. Les relations avec ces derniers sont certes plus formelles mais plus professionnelles, et donc, plus efficaces pour votre recherche.

Pour maximiser votre impact lorsque vous sollicitez votre réseau, il est important que votre demande soit bien claire. Plutôt que de solliciter les personnes pour qu’elles partagent votre CV, mieux vaut leur demander une simple mise en relation. Vous garderez ainsi les rennes de votre communication ! « Il n’est pas efficace de demander aux gens qu’ils partagent votre CV, mieux vaut leur demander des coordonnées de personnes précises que vous contacterez ensuite de leur part ! » explique Hannah qui a observé à quel point cela pouvait faire la différence.

Faites-vous connaître des chasseurs de tête

Entrer en contact avec des chasseurs de tête peut vous donner un réel coup de boost. S’ils ne sont que rarement missionnés pour recruter des juniors - à l’exception de certains profils ultra pointus, ils sont très souvent sollicités par les entreprises qui cherchent à trouver des profils en milieu de carrière, comme vous. Et oui, comme ces recrutements sont stratégiques et coûteux, elles préfèrent mettre le paquet !

Il peut arriver que des chasseurs vous contactent par l’entremise de LinkedIn par exemple, mais il est aussi possible de vous adresser à eux directement. C’est d’ailleurs une démarche qu’Hannah recommande : « C’est important de les solliciter, après je conseillerais toujours d’appeler de la part de quelqu’un, par exemple, si vous avez un ami qui a été placé via leurs services… » En plus d’éventuellement vous proposer des postes, ces derniers pourraient vous donner un avis de connaisseurs sur votre profil par rapport au marché. Vous faire connaître de ceux qui recrutent pour les entreprises vous permet d’optimiser vos efforts !

Pour bien vous différenciez, mettez en avant vos principaux atouts

Mettez-vous dans la peau d’un recruteur : s’il hésite entre vous et un autre profil plus junior et 20% moins cher pour un même poste, qu’est ce qui pourrait le convaincre de miser sur vous ? Les compétences issues de votre expérience peuvent être des éléments différenciant : prenez le temps de les identifier, tout en vous assurant qu’elles soient bien en adéquation avec les besoins des recruteurs. Inspirez-vous si besoin des offres existantes pour mettre l’accent sur ce qui est le plus recherché. À partir de là, préparez un récit cohérent pour vous présenter : « Il faut construire un storytelling qui tienne bien la route, il faut raconter une histoire » explique Hannah, qui a constaté qu’une fois que l’entretien était gagné, le plus dur était fait.

Au-delà de vos compétences, ce qui fera la différence, c’est votre personnalité, votre vision, votre manière de travailler et vos valeurs, surtout si elles sont adéquation avec votre future équipe ou la culture d’entreprise. « Quand on recrute un profil expérimenté, on ne cherche pas un profil type. On n’essaie pas de recruter toute une équipe de profils similaires pour une tâche donnée, on recherche plutôt une personnalité. Il s’agit souvent de postes soumis à des validations au niveau de la direction, donc la personnalité compte énormément » explique Hannah. D’où l’importance de faire le point sur ses softs-skills, bien sûr, mais aussi de bien mettre en avant ses aspirations et sources de motivation…

S’il n’est plus à prouver que vous avez l’habitude de postuler, cependant, il faut garder en tête que chaque étape de la vie professionnelle nécessite d’adapter ses techniques. Plus la carrière avance, plus il semble pertinent de miser sur le marché caché et sur l’informel, car les nouvelles aventures professionnelles se décident souvent au tournant de rencontres qui font naître confiance et envie de travailler ensemble. Dans cette logique, il semble alors plus que jamais nécessaire de privilégier dans sa recherche d’emploi une approche qualitative plus que quantitative !

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Photo d’illustration by WTTJ

Cécile Pichon

Psychologue du travail, Coach et Consultante RH

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