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« Des mecs qui m’ont dit non, il y en a eu plein et je l’ai fait »

Rencontre avec Pierre-Emmanuel Grange, fondateur de microDON

En mission au Mexique, Pierre-Emmanuel Grange a eu une révélation en découvrant qu’il avait accepté sans le comprendre l’arrondi à la caisse. Autrement dit, il venait de faire un don de quelques centimes à une association en un coup de carte bleue. De retour en France et bien décidé à mettre en place ce concept de « micro-don » il crée une entreprise solidaire qui compte aujourd’hui 24 collaborateurs et a déjà collecté plus de 6 millions d’euros, dont 2,4 millions d’euros en 2017 avec L’ARRONDI solidaire.

Peux-tu nous raconter comment t’es venue l’idée de microDON ?

J’ai toujours été attiré par les nouvelles technologies. J’ai fait mes études en Angleterre, puis un troisième cycle dans une école de commerce et d’ingénieur à Lyon. Dans les universités où je suis passé, ils étaient très en avance. Très vite, j’ai commencé à coder et à aimer ça. Ensuite j’ai intégré un programme pour jeunes diplômés chez General Electrics. Tous les deux ans, tu changes de mission, tu vas d’un pays à l’autre, c’est très formateur. Puis j’ai été envoyé au Mexique où j’ai découvert le concept de « l’arrondi ». Autrement dit : tu fais des courses, tu en as pour 40,87 pesos, tu paies 41 et la différence va à une œuvre de charité.

Tu fais des courses, tu en as pour 40,87 pesos, tu paies 41 et la différence va à une œuvre de charité.

Je suis tombé amoureux du principe, je trouvais ça génial ! D’autant plus qu’on a vraiment un toc collectif qui est d’arrondir. Par exemple, quand tu fais un plein d’essence, tu essaies toujours d’arriver à un chiffre rond alors que tu paies par carte bleue. Donc je suis rentré en France en me disant qu’il fallait absolument mettre en place ce dispositif.

Tu connaissais déjà l’entreprenariat social et ce que cela représentait ?

J’ai découvert ce que c’était en lisant le livre « 80 hommes pour changer le monde ». Il a été écrit par deux étudiants qui ont fait un tour du monde à la rencontre de ceux qui entreprennent pour l’intérêt général. C’est là que j’ai compris qu’il fallait que je monte une entreprise sociale. Une boîte qui a non seulement un modèle économique mais aussi un impact social. J’ai donc créé microDON en 2009.

J’ai compris qu’il fallait que je monte une entreprise sociale. Une boîte qui a non seulement un modèle économique mais aussi un impact social.

Concrètement, quel est le principe ?

L’idée est de proposer des solutions innovantes pour faciliter l’engagement solidaire au quotidien comme en entreprise. Parmi nos solutions, l’ARRONDI solidaire. Décliné notamment en caisse et sur salaire, il offre la possibilité à tous de faire un micro-don de quelques centimes à quelques euros, de manière simple et indolore à partir des actes de la vie courante : en caisse d’un magasin ou directement depuis son bulletin de paie.

Très concrètement en magasin : lorsqu’un client règle ses achats en caisse, l’agent de caisse ou le terminal de paiement électronique lui proposent d’arrondir le montant de son règlement au profit d’une association sélectionnée par l’enseigne. S’il accepte, son don de quelques centimes est alors encaissé par l’enseigne avant d’être intégralement reversé à l’association bénéficiaire.

L’ARRONDI rend en quelque sorte le don plus participatif. Il permet aux enseignes de démultiplier leur impact social auprès des associations, de fédérer leurs équipes autour d’un projet commun, mais également de proposer une expérience client unique en donnant du sens à travers un acte d’achat. On a déjà 15 enseignes de distribution, dont Adidas, Maisons du Monde, Franprix, Nature et Découvertes, Sephora, Jules… représentant près de 2 500 magasins partenaires en France.

Autre exemple : le don sur salaire. Nous l’avons mis en place dans 315 entreprises comme Accenture, La Française des Jeux, Pepsi Co, ADP, Allianz, etc. Les salariés qui le souhaitent ont la possibilité de faire un micro-don directement depuis leur bulletin de paie à une association de leur choix. L’entreprise en co-solidarité double les dons. L’argent est ensuite intégralement reversé aux différentes associations sélectionnées en amont par l’entreprise et les salariés.

Quelles sont les associations que vous soutenez ?

Via nos solutions, nous soutenons un nombre croissant d’associations, telles que le Secours Populaire, Terre de Liens, Petits Princes, Siel Bleu, Habitat et Humanisme, 1001 fontaines, pour n’en citer que quelques-unes.

Une entreprise solidaire est une structure « différente » des autres ?

Notre start-up sociale est agréée ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale) et certifiée B-Corp. L’agrément ESUS nous est donné car on respecte un certain nombre de principes. On a des valeurs fortes comme l’encadrement de la lucrativité sur les salaires ou les dividendes, et on est attachés à une gouvernance participative. Tous nos fonds sont des fonds solidaires qui ont investi chez nous en raison de notre impact social.

A ton avis , comment la finance et l’economie peuvent-elles etre mises au service d’un projet social ?

C’est justement le principe même de l’ESS ! L’Economie Sociale et Solidaire représente des milliers d’entreprises très diverses qui partagent des caractéristiques essentielles : un projet économique au service de l’utilité sociale, une mise en œuvre éthique, une gouvernance démocratique et une dynamique de développement fondée sur un ancrage territorial et une mobilisation citoyenne.

Globalement, ce qui différencie l’ESS de l’économie classique, ce sont les réseaux et synergies entre les acteurs de l’ESS à l’image du mouvement des entrepreneurs sociaux. Ces réseaux se caractérisent par des actions conjointes pour ouvrir une démarche de collaboration, de partage et d’écoute.

Un exemple fort de collaboration dans le secteur, c’est la Social Good Week, une manifestation qui réunit notamment plein d’acteurs de l’ESS, qui souhaitent mettre en lumière les solutions et idées qui mettent le numérique au service de l’intérêt général.

Comment évolue l’ESS en France ?

Positivement. On va vers une reconnaissance de plus en plus forte du secteur : un ministère dédié sous la présidence d’Hollande avec Benoit Hamon, puis le projet « La France s’engage » pour notamment faire gagner en visibilité les acteurs de l’ESS. Et tout récemment l’annonce du lancement « French impact » par le gouvernement, une nouvelle bannière nationale pour fédérer et valoriser la diversité des acteurs de l’innovation sociale. Au-delà du soutien financier, ce type d’action génère de la confiance et rassure les entreprises de l’économie classique, c’est un élément important pour son développement.

Quelle est votre ambition pour la suite ?

Pour encourager les entreprises à aller encore plus loin dans leurs actions solidaires, on a développé ces derniers mois une plateforme Web qui simplifie la gestion et le déploiement d’actions solidaires en entreprise. Avec la “Plateforme de l’Engagement”, l’idée est de réunir en un lieu unique, les solutions de mobilisation solidaires des collaborateurs. C’est donc la toute première plateforme dédiée à faciliter le don monétaire et le don de temps (mécénat de compétences, journées de solidarité, bénévolat…) des collaborateurs.

La plateforme doit leur permettre de faciliter leurs démarches et les actions. Notre objectif est donc de jouer un rôle de facilitateur pour que les entreprises puissent proposer une diversité d’actions à leurs collaborateurs qui sont de plus en plus familiers avec les principes de générosité et de don à plusieurs niveaux.

Un beau défi à relever pour on l’espère démultiplier en France l’engagement solidaire en entreprise !

Et en bonus ci-dessous, la présentation vidéo de Pierre-Emmanuel :


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Gaspard

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