Sens du collectif, efficacité... Les habitudes de travail en Allemagne

Habitudes de travail en Allemagne : explications et conseils

Vous avez déjà envisagé de partir travailler de l’autre côté du Rhin ? Est-ce votre attirance pour la nuit berlinoise qui vous encourage à franchir le pas ? À moins que ce soit l’architecture tout particulièrement “instagrammable” d’Hambourg qui vous pousse à traverser la frontière ? Quelle que soit la raison de votre expatriation prochaine - nous ne sommes pas là pour juger - nous vous proposons un guide de la culture du travail en Allemagne, pour une intégration tout en douceur. Car même si les Allemands sont nos voisins, leurs us et coutumes ne sont pas exactement les mêmes qu’en France !

La règle d’or : le groupe avant l’individu

Revenons quelques (dizaines !) d’années en arrière pour nous confronter à l’un des moments majeurs ayant forgé la culture allemande et le rapport que les allemands ont au travail : l’après-Seconde Guerre Mondiale. C’est en effet au cours de cette période que l’Allemagne de l’Ouest a connu, à l’image du Japon, son Wirtschaftswunder, c’est-à-dire son “miracle économique”. Alors que le pays est en ruines, le Plan Marshall, visant à redresser l’économie, encourage la libre concurrence, l’interdiction des monopoles et l’intervention minimum de l’Etat. Dans ce contexte de libéralisation de l’économie du pays, le principe selon lequel l’homme n’est pas seulement un individu mais un acteur social prend forme et s’installe au sein de la société allemande. Ainsi, chacun doit assumer ses responsabilités, envers soi-même et envers sa famille, mais aussi envers son pays et sa patrie. L’Allemagne de l’Ouest intègre également le principe de subsidiarité, c’est-à-dire que l’État n’intervient que si l’individu est au plus bas, le laissant maître de sa propre vie.

Encore aujourd’hui, les Allemands ont un tel sens du collectif que cela peut paraître surprenant. C’est d’ailleurs ce sens du collectif qui explique notamment leur attachement à la ponctualité. Si vous arrivez en retard au bureau, c’est l’entreprise - et donc le collectif - qui en pâtit. Cette importance primordiale du groupe face à l’individu a d’ailleurs un nom : c’est la notion de Wir-Gefühl, effectivement très importante dans la culture du travail allemande. En Français, cela signifie que les salariés d’une entreprise forment “un tout”. Les Allemands se sentent donc responsables vis-à-vis de leurs collègues : si en tant qu’individu, ils ne font pas leur part, c’est sur leurs collègues que retombera la charge de travail, ce qui est inimaginable dans un pays où le collectif prime.

Le manager allemand, un mentor plutôt qu’un maître…

Un nouveau retour en arrière est, ici aussi, nécessaire : rappelons que depuis la réforme protestante lancée en 1517 par Luther (théologien initiateur du protestantisme et réformateur de l’Église, ndlr), l’Allemagne est un pays protestant. Conséquence directe et quasi-immédiate de cette révolution culturelle ? L’alphabétisation du peuple ! De fait, au contraire du catholicisme, la pratique de la religion protestante passe par la lecture de la Bible, et non plus par la transmission orale d’un prêtre. Il faut donc que les fidèles apprennent à lire. Luther encourage ainsi la création d’écoles, pour les élites comme pour le peuple, mais aussi de bibliothèques, motivé par l’idée que l’éducation des individus bénéficiera à l’ensemble de la population.

Les répercussions de cette transformation culturelle se vérifient encore aujourd’hui, notamment à l’école. Le système éducatif allemand a effectivement été pensé autour de la notion de Bildung, dont l’idée centrale est d’encourager les enfants allemands à développer leur personnalité, leur créativité et leur capacité à raisonner seuls. Comment ? Grâce à la pédagogie des instituteurs, dont le rôle s’approche plus de celui d’un mentor - accompagnant les élèves dans leur développement personnel - que de celui du maître transmettant son propre savoir. Les travaux de groupe et les prises de parole argumentées sont des exercices très fréquents dans lesquels on encourage l’écoute des autres et la réflexion.

Et on retrouve le même type d’organisation en entreprise : à l’image de la relation pasteur-fidèles, ou de celle entre instituteur et élèves, le rôle du manager est de guider son équipe plutôt que de la commander. Le travail en groupe est particulièrement encouragé et tous ceux qui le composent, salariés comme managers, sont invités à réfléchir au projet, afin d’élaborer une stratégie collective. De même, en Allemagne les objectifs et les délais sont généralement décidés ensemble, entre manager et managé, afin qu’ils puissent être respectés. La dynamique de groupe à l’allemande cherche donc à valoriser l’écoute et la discussion, voire même le débat, dans la recherche d’efficacité.

… pour des équipes autonomes et efficaces

Toutefois, après les étapes de réflexion collective, chacun s’occupe de ses tâches en indépendance. C’est ce que confirme Elise, arrivée en tant que Responsable Marketing dans une société d’e-commerce allemande il y a tout juste trois mois : « j’ai déjà remarqué que le management confie plus systématiquement des responsabilités et laisse les gens travailler en autonomie. »
D’ailleurs ce schéma se retrouve aussi dans le système politique allemand : la chancelière Angela Merkel supervise les Länders, soient les États allemands, qui gardent cependant une certaine indépendance, en tout cas en comparaison avec nos régions françaises.

Vous l’avez sûrement déjà entendu, une des caractéristiques qui revient le plus souvent pour décrire la force de travail allemande est l’efficacité. Et pour cause, si les décisions stratégiques sont prises de façon collective, au-delà du fait que le groupe prime sur l’individu, c’est aussi dans le but de fixer des objectifs réalistes et des délais qui puissent être respectés. De cette façon, les salariés se sentent investis de leur mission, et ne chôment pas sur leur temps de travail : les pauses déjeuner sont courtes et les pauses café plutôt rares. Pas le temps non plus d’échanger sur la pluie et le beau temps avec ses collègues, car au bureau… On travaille !

Ma famille d’abord !

Notons également que depuis la réforme protestante, la famille a pris une importance considérable dans les valeurs allemandes, à tel point qu’elle fut même surnommée “Petite Église” pendant un temps. Encore aujourd’hui, avoir une vie familiale riche, c’est-à-dire avoir des enfants, est tout particulièrement valorisé en Allemagne : c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles les heures supplémentairessont presque un mythe ! Car finir à l’heure signifie garder du temps libre à passer en famille. Encore une raison supplémentaire de faire preuve d’efficacité au travail ! D’ailleurs, en raison de l’importance de la famille et de la vie sociale hors du bureau, les allemands n’ont pas vraiment pour habitude de nouer des liens amicaux avec leurs collègues. Les échanges au bureau sont donc courtois et s’en tiennent, le plus souvent, aux sujets de travail.

9 astuces pratiques

Maintenant que vous connaissez les grands principes de la culture du travail à l’allemande, voici quelques astuces pratiques pour éviter les faux-pas dès le premier jour :

  • Soyez ponctuels : être en retard est très mal vu ! Rappelez-vous : le collectif avant l’individu.
  • Commencez toujours par vouvoyer votre interlocuteur, jusqu’au moment où celui-ci vous invite à le tutoyer. Notez bien que si c’est le cas, ça ne veut pas non plus dire que vous êtes meilleurs amis pour la vie, restez poli(e) et correct(e) en toute circonstance. Les Allemands ne trouvent pas nécessaire d’entretenir des relations amicales au bureau, ils tiennent en général à séparer la sphère privée (composée des amis et de la famille) et la sphère professionnelle.
  • Lorsque vous décrochez votre téléphone, commencez la conversation en disant votre nom, avant de parler. C’est une façon pour votre interlocuteur de savoir directement à qui il a affaire.
  • Ne faites pas la bise à vos collègues, c’est une habitude culturelle très française, qui peut être très mal reçue ! Vous pouvez vous contenter d’un simple “Hallo !”, accompagné d’un sourire !
  • Évitez les flatteries inutiles et les conversations de type “small talk : votre interlocuteur pensera que vous lui faites perdre du temps, règle à respecter même avant et (pendant !) une réunion : allez droit au but !
  • Lors de la négociation de votre salaire, prenez bien en compte que la différence entre brut et net est plus importante en Allemagne. Élise, la Responsable marketing, nous le confirme : « *Pour un même salaire brut, le net sera inférieur en Allemagne car les cotisations sont plus élevées. »
  • La pause déjeuner n’est malheureusement pas le meilleur moment pour sociabiliser avec vos collègues, qui seront peu réceptifs à vos aventures du week-end : « à la place, proposez une bière ou un verre de maté après le travail à vos collègues : ce sera un meilleur moment pour sympathiser ! » nous conseille Leïla, freelance en communication et néo-berlinoise.
  • Lancez-vous dans l’apprentissage de l’Allemand (si vous ne le maîtrisez pas déjà !) : ça montrera à vos collègues que vous êtes là pour rester mais aussi que vous faites un effort pour vous intégrer !
  • Ne marchez pas sur les pistes cyclables, ne traversez pas au rouge, ne fraudez pas dans les transports… Bref, respectez les règles sur le chemin du bureau !

On espère avoir confirmé votre envie de changement de vie ! Vous voilà paré pour vous lancer dans la société allemande : viel glück (“Bon courage” en allemand, ndlr) !

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Photo d’illustration by WTTJ

Anouk Renouvel

Freelance @ Communication numérique

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