Where is Brian ? S’en tirer en anglais quand on part travailler aux UK

Travailler aux UK quand l'anglais n'est pas sa langue maternelle

« Londres est la ville cosmopolite par excellence. Là-bas, les gens se montrent compréhensifs, témoigne Pitchula Kinga Makowska, responsable satisfaction client dans la restauration collective. Je trouve ça assez magique de pouvoir travailler avec des personnes de cultures et d’horizons différents, on apprend beaucoup à leur contact. »

Pendjabi, portugais, tamoul, turc… Plus de 250 langues résonnent dans les rues de la capitale britannique. Peu de villes dans le monde peuvent en dire autant. Avec 17% d’actifs nés hors du Royaume-Uni, le monde de l’entreprise outre-Manche est un vrai terreau interculturel.

Ce creuset aux parfums d’ailleurs peut être une chance, mais travailler dans une langue qui n’est pas la sienne est un parcours parfois semé d’embûches. C’est le cas notamment pour les postes de management, dont les compétences relationnelles et la communication sont les clés de voûte. Les récents chiffres publiés par le gouvernement britannique nous apprennent que 8% des managers, directeurs et hauts fonctionnaires du Royaume-Uni sont étrangers : la plupart d’entre eux n’ont pas l’anglais pour langue maternelle. Quels types d’obstacles y rencontre-t-on (qu’on soit manager ou non d’ailleurs) quand l’anglais n’est pas notre langue maternelle et comment les surmonter ? Voici quelques éléments de réponse à travers les témoignages de ceux qui sont passés par là.

Des bugs de communication

Attention, langue vivante

Selon le niveau de langue qu’on a, la communication (orale ou écrite) peut représenter un gros challenge. Les quiproquos ou incompréhensions avec les collègues et les clients nous attendent parfois au tournant. « La langue est en effet une barrière, la plus grosse pour moi depuis mon arrivée au Royaume-Uni », raconte Pitchula Kinga Makowska.

Cette Polonaise, installée en Angleterre depuis 2017, a souffert de ses lacunes en anglais, notamment au travail, où elle a vécu quelques frustrations et moments de tension. « Il faut dire que je ne parlais pas un mot d’anglais quand j’ai débarqué à Londres. Je n’avais même pas les bases, j’étais incapable d’aligner trois mots. Je n’avais pas de vocabulaire à ma portée pour m’exprimer comme je le voulais. C’était la cata, les gens me parlaient comme à une enfant. J’ai même senti que mes collègues s’agaçaient. »

Que dire encore des (forts) accents régionaux, qui font certes le charme de l’Angleterre mais ne facilitent pas la vie des nouveaux arrivants ? Zsofia Agnes Nagy, responsable de projets internationaux et cofondatrice de son entreprise, a appris l’anglais en Hongrie dès l’âge de quatre ans. Aucun problème pour elle, donc ? Pas exactement : « Il faut s’habituer aux différents accents pour être certain de bien comprendre ce qu’on nous dit. Quand on a de bonnes bases en anglais, je dirais que c’est faisable. »

My culture is rich

Votre anglais est irréprochable ? Tant mieux ! Gare cependant aux petits écarts culturels, possibles sources de loupés au bureau, du jeu de mots embarrassant au faux-pas malvenu, surtout dans le pays où l’on dit le plus « merci » au monde. Dans une étude publiée en 2019, 84% des actifs britanniques évoquent des malentendus au travail liés aux différences culturelles.

Filip Janczak, responsable marketing d’une enseigne de retail et cofondateur d’un site d’e-commerce, n’est peut-être pas encore prêt à faire du stand-up au UK : « Dans le travail, je n’ai jamais eu l’impression que les gens avaient du mal à me comprendre. En revanche, je n’ai pas le même humour que mes collègues britanniques. Je crois que c’est l’unique source d’incompréhension entre nous. »

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Orgueil et surtout préjugés

Ne pas être pris au sérieux

Karolina Janicka, dont les langues maternelles sont l’espagnol et le polonais, est chargée de clientèle dans le digital, à Londres. Une origine étrangère que l’on remarque si l’on tend l’oreille et qui semble éroder sa crédibilité professionnelle aux yeux de certains. « Quand je suis arrivée à Londres, j’ai été embauchée dans un restaurant. J’ai un accent britannique plutôt marqué, donc il est difficile de savoir que je viens d’ailleurs. Mais les fois où c’est arrivé, j’ai tout de suite vu un changement d’attitude chez mes interlocuteurs. Les gens demandaient à voir le responsable alors que, c’était moi la manageuse ! Ça donnait lieu à des situations un peu étranges. J’ai ensuite bossé dans un service client et j’ai constaté la même chose, surtout quand je donnais mon nom complet. »

Carrière bridée

Plus du tiers des actifs étrangers au Royaume-Uni estiment que leur différence culturelle a freiné leur progression de carrière. Filip Janczak est de cet avis, surtout pour les postes en contact direct avec la clientèle. « Certains employeurs favorisent clairement les candidats de langue maternelle anglaise, surtout pour les postes à responsabilité. Le contenu du poste peut orienter la décision du recruteur. C’est le cas pour les services clients par exemple. »

Différence de traitement

Les préjugés, Filip en a fait les frais à ses débuts. « J’étais stagiaire et étranger, le combo quoi, et je sentais bien que les gens se comportaient différemment avec moi. On s’imaginait que j’en savais moins que les autres. On me confiait des tâches avec peu d’éléments à lire ou à comprendre. Le temps a passé, j’ai pris de la bouteille et les choses ont changé. Quand j’ai commencé, j’ai souffert de ne pas être pris au sérieux, en tout cas pas autant que je l’aurais voulu. Cela dit, ça m’a poussé à redoubler d’efforts pour faire mes preuves. C’est certainement ce qui m’a permis d’être là où j’en suis aujourd’hui. »

Surmonter les obstacles

Travailler son anglais

Pour se sentir à l’aise dans une langue étrangère, il faut s’y donner à fond. Vraiment. Et ça, c’est entre vos mains. « Il incombe à chacun non seulement d’entretenir ses connaissances en anglais, mais aussi de les étendre, et pas n’importe comment, estime Zsofia Agnes Nagy. De mon côté, je lis énormément de romans, j’entretiens mon anglais, je joue avec les différents accents. »

Aller vers les autres

Parler anglais en dehors du travail : rien de mieux pour faire vos armes. « On peut toujours pousser la porte d’une école de langues et suivre des cours nous dit Pitchula Kinga Makowska. Mais honnêtement pour moi ce qui fonctionne le mieux, c’est les échanges informels en anglais. Parler avec les autres, tout simplement. »

Pratiquer des activités extraprofessionnelles

Pitchula s’est inscrite dans un club de capoeira. Cet art martial afro-brésilien est pour elle un bon moyen de gagner en assertivité et de fluidifier son anglais. « Ça a boosté ma confiance en moi, dans tous les domaines. J’encourage toujours les autres à se bouger, au sens propre. Si la capoeira n’est pas leur truc, ça peut être le yoga ou mille autres choses. L’idée est de bouger son corps et de ne pas rester dans son coin. »

Ne pas avoir peur de se tromper…

Personne ne vous en voudra si vous faites des erreurs. Il est important de ne pas s’empêcher de parler par peur de dire une bêtise. « Avec le temps ça devient plus facile, témoigne Pitchula. On se lance, on se trompe, ça fait partie de l’apprentissage. »

… Ni de solliciter les autres

Si vous sentez que des problèmes s’installent, liés à votre niveau d’anglais ou à des différences culturelles, n’hésitez pas à en parler avec collègues pour trouver une solution – c’est le principe du travail d’équipe. Vous pensez avoir besoin d’un coup de main pour la rédaction professionnelle ou pour mieux vous exprimer au bureau ? Rien ne vous interdit de demander de l’aide à un collègue. Zsofia Agnes Nagy est bien entourée : « On comprend tout de suite que l’anglais n’est pas ma langue maternelle, mais je fais de mon mieux et tout le monde est sympa. Je trouve que les gens sont plutôt bienveillants à ce sujet en Angleterre. »

Croire en ses compétences

Si un poste de management exige de vraies compétences en communication dans la langue concernée, être investi dans son travail et avoir de la ressource est tout aussi indispensable – si ce n’est plus. C’est le constat fait par Filip Janczak au fil de sa carrière. « Occuper un poste de manager alors que l’anglais n’est pas ma langue maternelle m’a fait comprendre que mon origine et mon accent ne sont que des détails. Ce qui compte, ce sont mes connaissances et mon bagage professionnel. Dans un poste comme le mien, les résultats parlent d’eux-mêmes. »
Aux managers venus de l’étranger, Filip conseille avant de tout de développer leurs compétences métiers et leur confiance en eux. « Charge à vous d’acquérir une expertise dans votre domaine d’activité et de prendre davantage confiance en vos capacités. C’est ce qui fera la différence auprès des équipes, pas votre accent étranger. Prenez vos missions à bras le corps et votre travail portera ses fruits. »

En cas de discrimination

Des chiffres récents montrent que, au Royaume-Uni, près d’un actif étranger sur dix a quitté son poste parce qu’il ne se sentait pas à la bonne place. Combattre les préjugés ou les avis tranchés n’a rien de simple, mais personne ne doit voir sa carrière entravée pour des raisons discriminatoires.

Si vous subissez des commentaires négatifs ou vivez des situations qui vous mettent mal à l’aise, Zsofia Agnes Nagy conseille d’en parler directement avec l’intéressé. « “Ah, ce doit être la barrière de la langue”, ou quelque chose du même acabit : ce genre de remarques vaguement ironiques finit toujours par sortir. Mais souvent c’est dans un cadre privé, au pub ou ailleurs. Si ça se produit au travail, je préfère avoir une discussion avec la personne et creuser un peu pour voir ce qui se cache derrière son comportement. »

Vous avez des droits

Si le problème ne peut pas être résolu directement, ou si vous subissez une discrimination plus violente, ne pensez pas devoir accepter la situation sans broncher. L’Equality Act britannique de 2010 fait de la discrimination au nom de la race, « y compris en raison de son ethnie ou de son pays d’origine », une pratique illégale. Pour en savoir plus sur vos droits et sur la notion de discrimination, c’est ici.

La réussite professionnelle d’un anglophone d’adoption, que ce soit à un poste d’employé ou de direction, doit être possible pour tous. « Ce n’est peut-être pas facile, mais ça le devient si on fait l’effort de se concentrer sur le fond et non sur la forme. Écouter et comprendre ce que les collaborateurs ont à dire paie plus que de s’arrêter à la manière dont ils formulent les choses », conclue Zsofia Agnes Nagy.

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Photo d’illustration by WTTJ

Traduit de l’anglais par Sophie Lecoq

Stephanie Stapleton

Broadcast journalist

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