L’année de césure : comment profiter de cette "pause" loin des études ?

Année de césure : quand et comment en faire une ?

Vous souhaitez respirer un instant, loin de vos études, pour prendre du recul sur votre vie et votre avenir professionnel ? Peut-être serait-ce l’occasion de faire un stage en entreprise pour affiner votre projet pro, ou de partir à l’étranger pour apprendre une nouvelle langue et découvrir d’autres cultures… ?
Le « gap year » est fait pour ça ! Venue d’ailleurs, l’année de césure est l’occasion de faire une pause pour se construire et mieux savoir où l’on va. Longtemps boudée par le système français, elle est aujourd’hui valorisée et mise en avant sur les CV. Loin d’être une “année blanche”, elle peut être source de projets hauts en couleurs. Quand saisir cette opportunité ? Et surtout quoi en faire ? Rester en France ou s’exiler ? Peu importe, pourvu que ce soit cohérent avec vos études ou vos ambitions !

D’où vient l’année de césure ?

Le « gap year », en provenance d’outre-Manche

Le « gap year » nous vient tout droit des pays scandinaves et anglo-saxons. « Gap » en anglais signifie « espace » ou « ouverture ». C’est donc littéralement une année d’ouverture sur le monde qui nous entoure. Une césure dans les études pour prendre de la hauteur, aussi bien sur le plan personnel que professionnel. Né dans les années 80, le terme était alors utilisé pour évoquer cette année de réflexions et de découvertes que s’octroyaient les jeunes avant de se plonger dans leurs études.

Alors qu’elle rencontrait déjà un fort succès à l’étranger, l’année de césure a longtemps été boudée en France. En cause ? La culture du diplôme à la française. Il n’y a encore pas si longtemps, le monde professionnel n’accordait d’importance qu’aux diplômes. BEP, Bac, Deug, Licence, Master. Du lycée à la vie professionnelle, il n’y avait qu’une seule voie, toute tracée, celle des études, balisée par des diplômes. Derrière ce schéma, une pression sociale et familiale pour décrocher son diplôme le plus vite possible et entrer rapidement sur le marché du travail. Rien n’était donc plus mal vu que de “s’offrir” une année de césure…

L’apparition d’un droit à la césure

Il faudra attendre une circulaire ministérielle le 23 juillet 2015, pour que l’année de césure soit officiellement reconnue en France. Depuis 2018, elle est définie par le Code de l’éducation comme « la période pendant laquelle un étudiant, inscrit dans une formation initiale d’enseignement supérieur, suspend temporairement ses études dans le but d’acquérir une expérience personnelle ou professionnelle, soit en autonomie, soit encadré dans un organisme d’accueil en France ou à l’étranger ». L’apparition du système ParcourSup pour les bacheliers illustre aussi un changement des mentalités, puisqu’il leur permet de reporter d’un an l’entrée dans les études supérieures, ouvrant ainsi la porte à une césure après le Bac. À l’heure de la distinction des profils et de la valorisation de l’expérience, l’année de césure s’impose plus que jamais comme une alternative crédible.

Un privilège étudiant

Soyons honnêtes, l’opportunité de s’offrir une parenthèse d’un an ne se présente pas souvent dans la vie. C’est assurément un privilège étudiant.

L’astuce, c’est que vous conservez votre statut d’étudiant et les avantages qui lui sont associés (bourses étudiantes, sécurité sociale étudiante, logement et restaurant universitaires, tarifs étudiants…) D’ailleurs, elle ne représente en aucun cas un coup d’arrêt dans votre cursus mais, au contraire, un complément des enseignements, puisque la césure peut aussi donner lieu à l’attribution de crédits ECTS.

Césure : construire son projet

« Dans un voyage ce n’est pas la destination qui compte mais toujours le chemin parcouru, et les détours surtout. Les détours. » Philippe Pollet-Villard, réalisateur, écrivain et acteur.

La césure est donc devenue un détour positif dans le parcours étudiant. Certes, mais pas à tous les coups. Encore faut-il que votre détour en vaille le coup. Ici, bien des chemins s’offrent à vous, mais tout dépend de l’objectif que vous souhaitez mettre au bout.

Il existe plusieurs types de césures. Certaines vous mèneront dans des contrées exotiques, d’autres vous feront acquérir des connaissances sans même quitter votre ville. Mais, dans tous les cas, l’année de césure est toujours une aventure.

Voici les possibilités qui s’offrent à vous :

Service civique, séjour linguistique, stage en entreprise, voyage humanitaire, au pair… Il y a bien des manières de mettre à profit son année de césure ! Alors que dans de nombreux pays, le gap year s’effectue avant d’entrer dans les études supérieures, les Français préfèrent quant à eux saisir l’opportunité plus tard dans leur cursus, en fin de licence ou en début de master. Par ailleurs, pour eux, cette parenthèse dans les études n’est pas uniquement l’occasion de voyager, mais dans aussi, dans bien des cas, l’occasion de réaliser un ou plusieurs stages en entreprise. Ce qui compte, néanmoins, c’est de faire du chemin et de rapporter plein d’expériences enrichissantes dans vos bagages. Car, si l’année de césure est aujourd’hui largement admise en France, elle ne sera valorisée que si elle vient renforcer votre CV et la cohérence de votre parcours.

Candidature : la course à la césure

Longtemps décriée, l’année de césure est aujourd’hui très demandées et pas accordée à tout le monde. Pour y arriver, il faut donc candidater et montrer sa motivation.

Au départ, des prérequis

Que les choses soient claires dès le départ, rien ne vous oblige à vous lancer. Bien qu’elle soit victime de son succès, l’année de césure est et restera facultative. Si vous êtes bien décidé à sauter le pas, sachez, dans un premier temps, que pour prétendre à une année de césure il faut être inscrit dans un établissement d’études supérieures et obtenir l’accord de celui-ci. La première étape est donc de vérifier que votre établissement la prévoit dans son règlement intérieur et sous quelles conditions.

Pour demander une année de césure, vous devez adresser une lettre de motivation à votre établissement expliquant les modalités de la césure que vous envisagez. À nouveau, reportez-vous au règlement intérieur pour constituer votre dossier.

Si vous êtes convaincant, le président de votre établissement vous adressera une décision favorable. Vous devrez alors signer avec lui une convention qui déterminera les modalités d’accompagnement et de validation de votre césure, ainsi que les conditions de votre réintégration lorsqu’elle prendra fin.
En cas de refus de votre établissement, vous avez le droit de faire appel auprès d’une commission prévue par le règlement intérieur.

Saut d’obstacles : sélection et financement

La première des sélections, c’est donc celle que fixe votre établissement. Car, s’il vous offre la possibilité de prétendre à une année de césure, rien ne garantit que votre dossier soit retenu. Face au succès qu’elle rencontre, les écoles et universités ont fixé des quotas. Résultat, les places sont chères

La césure est non moins coûteuse sur le plan financier. Là aussi s’instaure une forme de sélection “naturelle”. Partir à l’étranger pour une année sabbatique n’est pas donné à tout le monde… Étendre d’un an la durée de ses études lorsque le budget est déjà serré, non plus. Si vous avez un petit budget, optez plutôt pour un stage rémunéré dans votre lieu de résidence, l’expérience n’en est pas moins intéressante ! Notez aussi que, dans la majorité des cas, vous devrez continuer à régler vos droits d’inscription (bien qu’à un taux plus réduit). Enfin, vous devrez vous acquitter d’une « contribution vie étudiante et de campus » (CVEC) de 91€ et ce, quelles que soient la durée et la forme de votre césure.

Césure, une question de timing…

La césure vous est ouverte de l’année qui suit l’obtention du baccalauréat (et qui précède donc le début de vos études supérieures si vous la prenez dès ce moment), à l’avant-dernière année de votre formation. Vous ne pouvez donc pas faire une demande de césure à l’issue de votre Master 2, sauf si vous êtes inscrit en doctorat.

Autre timing important à prendre en compte, la césure doit obligatoirement débuter en même temps qu’un semestre universitaire. L’appellation « année de césure » peut d’ailleurs prêter à confusion car la césure concerne aussi bien un simple semestre (6 mois) qu’une année entière. Mais elle ne doit pas excéder un an. Enfin, vous ne pouvez effectuer plus d’une année de césure par cycle d’étude (cycle licence, cycle master, cycle doctorat).

L’obligation de valider à l’arrivée

La convention ou « accord de césure » que vous signez avec votre établissement précise généralement que vous êtes obligé de valider votre césure. Cette validation dépend de la forme que prend votre semestre ou année sabbatique et des compétences que vous envisagez d’acquérir. Car, bien entendu, l’idée n’est pas de vous offrir une année de « glandouille », mais bien de valoriser les expériences que vous vivrez.

Anticiper le retour

L’ancien rejet de l’année sabbatique a pu laisser quelques séquelles. « Tu n’arriveras jamais à te remettre dans le bain des études », ou encore « avec une césure, l’école X ou Y ne voudra plus de toi… » Nombreuses sont encore les raisons qui découragent certains étudiants. En 2015, une étude Animafac révélait qu’un étudiant sur deux souhaitait prendre une année de césure, mais que seuls 15% d’entre eux sautaient le pas.

L’important pour une césure réussie, c’est d’anticiper ! Ne partez pas le nez au vent. Il faut préalablement construire son projet, s’inscrire dans une formation qui nous plaît et se renseigner sur l’impact qu’aurait une césure sur celle-ci. Partez à l’étranger pour pratiquer l’anglais avant de rentrer en école de commerce, par exemple, ou faites un ou deux stages en entreprise avant d’entamer l’année de Master 2 pour renforcer votre CV… Bref, soyez fin stratège.

Vous l’avez compris, la césure n’est pas une étape obligatoire, mais vous auriez tort de vous en priver maintenant qu’elle est très largement acceptée. Les voyages et l’expérience forment la jeunesse, c’est bien connu. Vous en sortirez grandi, plus mûr et certainement plus sûr de vos choix d’orientation. Mais pour un périple réussi, qu’il soit fait en entreprise ou dans des contrées lointaines, ne perdez pas le nord et restez toujours fixé sur vos objectifs. N’hésitez pas à tenir un carnet de route car, à votre retour dans les études, tout ne sera qu’une question de storytelling

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Photo by WTTJ

Gabrielle de Loynes

Rédacteur & Photographe

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