Entretien d’embauche : les femmes seraient bien plus jugées sur leur apparence

Entretien : la pression de l'apparence physique chez les femmes

Un entretien d’embauche peut s’accompagner d’une bonne dose de stress. C’est le lot de tout le monde et il est essentiel de bien s’y préparer : il y a les questions à prévoir, les réponses à formuler de la meilleure façon possible et les compétences à mettre en avant. Puis, vient la grande question de la tenue et de l’image que nous voulons renvoyer. Tout le monde y passe, sans exception. Mais les femmes seraient bien plus souvent jugées sur leur apparence que les hommes. Pèse alors sur les épaules des candidates une pression supplémentaire qui leur demande : efforts, temps et argent. Parce qu’il paraît que, oui, la première impression compte. Pour mieux comprendre, on leur a donné la parole.

Dans une étude réalisée par Monster UK en 2014, on peut lire que lors de la première rencontre, les candidats ont, en moyenne, six minutes et 25 secondes pour impressionner le recruteur. Là, tout le monde est concerné. Mais on y apprend aussi qu’une femme est plus souvent jugée sur son apparence qu’un homme en entretien d’embauche.

Pour s’en assurer, une simple recherche Google suffit. Les mots clé « femme » et « entretien d’embauche » donnent des dizaines de pages de résultats sortis, entre autres, de sites féminins. On y lit de bons conseils, des listes de choses à faire et ne pas faire quand on est une femme… le tout, uniquement lié à l’apparence physique. On nous prévient même : « La beauté que vous dégagez joue un rôle prépondérant dans le fait que vous décrochiez ou non le poste de vos rêves. »

Rien que ça. Mais est-ce vrai ? Malheureusement, il semblerait que oui. Par ses travaux de recherche, une équipe de l’University of the West of Scotland (Écosse) a mis en avant la propension plus élevée des recruteurs (hommes comme femmes) à juger un candidat sur son apparence lorsqu’il s’agit d’une femme (quand ils consultent ses comptes sur les réseaux sociaux, ndlr). Et on apprend ailleurs que plus de deux-tiers des employeurs admettent rechigner à l’idée d’embaucher une femme qui n’est pas maquillée.

Tu veux ce job ? Minute, papillon !

Certes, personne n’a envie d’arriver en entretien avec le look des mauvais jours. Mais il faut rappeler que cela a un prix. Un article, du magazine Popsugar, consacré aux entretiens d’embauche annonce la couleur : « Face au recruteur, votre objectif doit être de faire passer l’idée que vous êtes quelqu’un de compétent, qui aime le travail soigné et prête attention aux détails. Autant de messages que vous pouvez transmettre par votre apparence. À moins d’avoir des mains naturellement impeccables, prévoyez par exemple de passer par la case manucure. » Voilà, déjà 20 euros en moyenne à ajouter au compteur. Dans un article sur le maquillage idéal pour un entretien d’embauche, Grazia y va également de son conseil : « Le mascara et le fard à joue forment le combo parfait pour un style irréprochable. » Et hop, une dizaine d’euros en plus sur la facture.

À ce titre, le magazine Marie France a révélé que les Françaises dépensent en moyenne 2 480 euros par an en produits cosmétiques. Mais les femmes dépensent-elles plus sous pression, lorsqu’il s’agit de se préparer à un entretien professionnel ? Au Royaume-Uni, Emma Jones, conseillère dans l’administration publique, raconte que le temps et l’argent qu’elle consacre à cette préparation varient selon l’enjeu de l’entretien : « J’avoue que si c’est un poste que je brigue vraiment, il y a de grandes chances que je me fasse épiler les sourcils quelques jours avant. Je n’exclue pas non plus de passer chez la manucure. » Elle évoque aussi l’obligation, bien que non verbalisée, de porter du rouge à lèvres et du parfum, ce qui n’est pas dans ses habitudes quotidiennes.

Et le mascara fut.

Mais alors, le maquillage, ça compte vraiment ? Apparement. D’après l’étude Monster citée précédemment : 70% des recruteurs affirment même être sensibles à la manière dont la candidate a appliqué son maquillage. Mais alors, quelle est la bonne dose de mascara, de blush, d’eyeliner, de rouge à lèvres ? Encore un challenge que les femmes doivent relever. Emma Jones évoque le difficile équilibre à trouver. C’est qu’il ne faudrait pas se planter : « Il faut que l’effet soit joli mais surtout pas qu’on se dise que j’ai eu la main trop lourde. » Parce qu’il faut être maquillée, mais pas trop.

La Londonienne Zina Alfa, l’entrepreneuse qui a créé l’appli UBHair, opte toujours pour un « maquillage naturel » lorsqu’elle a rendez-vous professionnel. Et il semblerait que cette étude britannique de 2018 lui donne raison : une femme un peu plus « lourdement » maquillée aurait moins de chances d’être perçue comme possédant des compétences de leadership. Dans un autre rapport publié en 2019, on signale qu’une femme française sur quatre a déjà été mise en garde sur son look au travail. Apparemment, « trop de maquillage » figure en tête de liste, suivi de près par la longueur des jupes : pas assez sérieux, trop enclin à distraire ces messieurs, nuisible pour l’image de l’entreprise…

Si on résume : “pas assez” de maquillage, peut être pointé du doigt, mais “trop” de maquillage, aussi. Cette contradiction (qui a dit schizophrènes ?) montre les quasi impossibles injonctions auxquelles les femmes sont soumises dans le monde professionnel.

C’est quoi cette tenue ?

Côté tenue vestimentaire, la question qui se pose pour les femmes est celle de l’image qu’elle veulent renvoyer. Emma Jones confie pencher du côté classique : « Je veux qu’on remarque ma tenue, mais pas trop. Que les gens se disent spontanément que je suis plutôt élégante et professionnelle. En revanche, je n’ai aucune envie qu’ils se fassent une opinion sur mon physique à proprement parler. J’évite donc les hauts échancrés et les coupes courtes. Vous ne me verrez pas avec un vêtement qui serait vraiment au-dessus du genou. » Tout une réflexion ici encore, toujours bien plus épineuse pour les femmes que pour les hommes – à qui il “suffit”, pour faire simple, d’enfiler un beau costume. « Un homme peut porter le même, jour après jour. On change de chemise et le tour est joué. Si le costume est bien coupé, ça ira toujours », observe Emma.

Sortir du lot… ou pas

Pour Asha Hussein, s’habiller de façon à passer inaperçue est presque mission impossible. Cette femme qui travaille à la rédaction d’un quotidien national britannique est « la seule à porter le hijab. Les premières fois qu’on en met un et qu’on n’est pas habituée, ça joue fatalement sur la confiance en soi. En particulier dans l’industrie des médias – selon le journal pour lequel on travaille bien sûr – et ce n’est pas toujours facile à vivre. Mais avec le temps, j’ai pris de l’aplomb ».

Aujourd’hui, elle voit l’entretien d’embauche comme un moyen de prendre la température et de savoir si elle pourra se sentir à l’aise dans l’entreprise. « J’ai quitté un groupe média pour rejoindre un grand quotidien. Je savais que j’allais être la seule femme noire là-bas, et ostensiblement musulmane de surcroît. Pour mon premier entretien, j’ai mis une abaya (longue tunique qui couvre les vêtements, ndlr). Je n’en porte pas habituellement, mais je voulais passer un message, leur dire “Voilà, c’est moi, et c’est ce que je défends”. C’est à prendre ou à laisser. J’assume pleinement ma foi, n’en déplaise à certains. »

La coupe chez le coiffeur, ça a un coût

Non, ce n’est pas une phrase à prononcer très vite mais une réalité. Homme ou femme, difficile de se présenter à un entretien professionnel avec une chevelure en pagaille. Question temps et dépenses, les femmes sont toutefois perdantes, avec un budget coiffeur annuel tournant autour de 200 euros (contre 92 euros pour les hommes), et bien au-delà pour les femmes noires qui ont les cheveux crépus et leur consacrent environ six fois plus de temps. « Si j’ai rendez-vous avec un futur employeur, je mets une perruque ou des extensions parce que je ne veux pas d’histoires. Je pense que je ne suis pas la seule à choisir cette option plus safe. Il est impensable pour moi de me présenter à un entretien d’embauche avec des tresses ». Car, soulignons-le, certaines vont même jusqu’à recevoir des menaces de licenciement pour… une coupe de cheveux. Zina Alfa connaît malheureusement la chanson : récemment, une femme lui a raconté son expérience lors d’un entretien pour un poste dans un club privé londonien, au cours duquel on lui a signifié qu’elle aurait à changer de coiffure. La candidate n’a pas été retenue car elle ne se sentait pas prête à sauter le pas.

Et les cheveux gris ? Peuvent-ils jouer contre vous lors d’un entretien d’embauche ? Nichola Rumsey, professeure et co-directrice du Centre for Appearance Research au sein de l’University of the West of England, évoque cette pression d’un genre bien particulier qui nous pousse à couvrir nos cheveux blancs. Dans un article, le Guardian lui a donné la parole : « J’approche de la soixantaine et je subis une forte injonction à teindre mes cheveux blancs. Il faut être sacrément bien armée pour ne pas flancher et continuer de croire qu’on fait bien son travail et que nos proches nous aiment toujours autant. Pas facile de ne pas ou plus correspondre à un certain stéréotype de jeunesse. »
Et les hommes dans tout ça ? Étudions le classement des 500 plus grandes fortunes de France (et d’ailleurs) : il semblerait qu’ils soient aussi épargnés capillairement parlant. Ils sont en effet des centaines à avoir des cheveux blancs ou poivre et sel – ou pas du tout de cheveux. Alors que sur les 24 femmes PDG en 2019, deux seulement avaient les cheveux blond-gris.

Miroir mon beau miroir, ça donne quoi pour la suite ?

Neela Bettridge coache de hauts dirigeants depuis plus de 20 ans et, selon elle, les lignes sont en train de bouger. « Les vieux bastions de la domination masculine sont là où on les attend [une apparence codifiée imposée aux femmes]. Il y en a qui persistent et ça n’aide pas. […] Mais dans les bureaux et de nombreux secteurs une mue s’opère. Ça avance. Par le passé, le domaine de la finance était un exemple typique. Mais on constate une évolution. Quant au monde de la tech, plutôt préempté par les jeunes, l’ambiance y est plus décontractée, il n’y a plus ces codes très formels. »
Si les mentalités évoluent sans cesse, gommer les préjugés et les injonctions genrées exige des efforts conséquents, tant au niveau des individus que des institutions. Malgré la grande loi de 2014 sur la parité, les discriminations à l’embauche et au travail restent très répandues en France. Même son de cloche outre-Manche, comme l’explique Zina Alfa : « Au Royaume-Uni, la coupe afro est sensée être protégée par l’Equality Act, mais au vu de tous les témoignages qui remontent, c’est loin d’être réellement le cas. »
Dégoupiller ses armes anti-préjugés en entretien d’embauche n’est pas toujours possible ou souhaitable, surtout quand on rêve de décrocher le poste en question. En revanche, « il devient urgent que tout le monde, en entreprise et ailleurs, prenne conscience de ses propres idées et opinions préconçues. Plus nous arriverons à mettre le doigt dessus, chacun de nous à titre personnel, mieux ça se passera pour tout le monde. La diversité et l’inclusion commencent par l’introspection », conclut Neela Bettridge.

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Photo d’illustration by WTTJ

Eloise Edgington

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