Retour de congé parental : l'occasion de faire valoir de nouvelles compétences ?

Congé parental : faites valoir vos nouvelles compétences !

Que faisiez-vous entre 2019 et 2021 ? Cette question, aussi simple soit-elle, peut être tétanisante pour les personnes qui se retrouvent sur le marché du travail après un congé parental. Pourtant, que vous souhaitiez changer de poste, ou bien évoluer, vous sentez qu’il va falloir être à l’aise pour parler de cette pause dans votre carrière et montrer les compétences que vous en avez tirées. Gaëlle Brouat, fondatrice de l’Escale, et initiatrice du projet Ma Pause Parentale et Patrice Bonfy, rédacteur en chef du média Le Paternel et co-fondateur de Remixt, nous donnent des clés pour mieux la valoriser auprès des recruteurs.

Cachez ce congé parental que je ne saurais voir

En 2021, le congé parental a-t-il encore besoin de se justifier ? Malheureusement, oui. « Il y a souvent des problèmes au retour du congé parental », se désole Gaëlle Brouat, qui a co-créé l’Escale, un bilan de compétence 100% en ligne et lancé avec Colombe Paland et Laurent Brouat, son conjoint, le projet Ma Pause Parentale qui aide les personnes à afficher leur parentalité sur LinkedIn. « J’ai travaillé huit ans dans le recrutement. Et c’est vrai que j’ai vu des femmes se retrouver au placard quand elles réintégraient leur poste, parce que les entreprises avaient peur qu’elles repartent en congé maternité ou qu’elles n’arrivent pas à gérer leur emploi et leur vie de famille de front. »

Du côté des hommes, la situation n’est pas plus simple. Malgré la loi qui permet le partage - et le rallongement - du congé parental s’il est réparti entre les parents, ils sont moins de 1% à oser le prendre par peur de mettre un gros coup de frein à leur carrière tant la pratique est peu démocratisée en France. Doit-on comprendre qu’il faut à tout prix cacher ces pauses parentales sur notre CV pour éviter qu’elles ne nous nuisent professionnellement ? Si l’on se compare à certains pays voisins où prendre un an pour la naissance d’un enfant est la norme, la France a encore du chemin à parcourir !

« Une femme (ou un homme !) a pourtant le droit de s’arrêter un, deux ou trois ans, sans rougir, sans devoir repartir de zéro, perdre toute son employabilité et tout ce qu’elle a acquis au niveau professionnel », s’indigne Gaëlle Brouat. Après tout, qu’est-ce que six mois, un an ou deux ans de pause, sur plus de quarante ans d’activité professionnelle ? Alors que seul 5% de la population ne souhaite pas avoir d’enfant, le sujet devrait davantage intéresser les recruteurs et employeurs.

Si le tabou est tenace, les mentalités commencent toutefois à évoluer. Les “trous” dans les CV liés à la parentalité semblent mieux acceptés que par le passé : « La crise sanitaire a eu le mérite de montrer aux entreprises que les enfants existaient. » Selon la spécialiste, le sujet a le vent en poupe en témoigne le récent allongement du congé paternité. Et si on ne connaît pas encore les retombées de cette mesure chez les papas, les spécialistes parient sur une baisse des idées reçues sur les pauses parentales. Dans cet élan, de nombreuses initiatives émergent pour favoriser la cohabitation de la parentalité et du travail, comme le label Family Friendly Company, Parents At Work…

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Comment valoriser sa pause parentale dans son parcours professionnel ?

Faire du lobbying pour défendre le congé parental est une noble cause, mais vous vous demandez sûrement comment le valoriser dans votre parcours ? Gaëlle Brouat qui milite pour la reconnaissance des compétences spécifiques développées en congé parental observe que les personnes qui se sont arrêtées pour l’éducation d’un enfant, ne perdent pas en compétences, mais en acquiert de nouvelles, tout à fait transposables dans le monde de l’entreprise.

  • Organisation et efficacité

« Si on sait qu’on doit être parti à 18h, on va organiser sa journée d’une manière beaucoup plus efficace », affirme l’entrepreneuse. Patrice Bonfy, créateur du média Le Paternel et cofondateur de l’entreprise Remixt qui oeuvre pour promouvoir l’inclusion, notamment des parents, au sein des entreprises partage ce constat : « Les contraintes de l’agenda des parents les forcent à tout gérer de front : cela nécessite pas mal d’organisation et de rigueur. » Un bon moyen d’allier rigueur et efficacité !

  • Prise de recul

Avez-vous déjà pensé que les congés parentaux aidaient à prendre du recul, voire permettaient de relativiser une situation stressante ? Un point de vue partagé par Gaëlle Brouat : « Tout ce qui est inquiétude, stress, est défocalisé une fois qu’on est parent, et on arrive à prendre beaucoup plus de hauteur par rapport aux problèmes professionnels quotidiens. » Quand on veille jour et nuit sur la santé et le développement de jeunes enfants, les soucis et ennuis du quotidien au travail prennent parfois une autre teneur, et on relativise.

  • Flexibilité, adaptabilité

La pause parentale peut être une rupture qui nourrit votre capacité d’adaptation. S’arrêter, reprendre, retrouver un rythme, est une excellente démonstration de votre flexibilité. Changer de boulot ? Après la naissance de son deuxième, Aurélie, consultante dans un grand cabinet de conseil depuis sept ans, n’a plus eu peur de sauter le pas : « J’ai passé quelques entretiens, j’ai vu que je retrouvais facilement quelque chose, donc c’était rassurant. »

  • Affirmation de soi

Les parents seraient-ils plus affirmés que les autres salariés ? Oser prendre ce congé facultatif est une façon de poser ses limites, de s’affirmer, de défendre son besoin et prendre soin de sa vie personnelle. « Depuis que j’ai eu mon premier enfant, je me suis sentie beaucoup plus à l’aise de dire “non”, de poser mes conditions à mon employeur », observe Aurélie, qui regrette que cela ne soit pas toujours aussi facile de dire “stop” pour les personnes qui n’ont pas d’enfants. Ce n’est pas tout : le congé parental et le fait de se dédier à l’éducation de ses enfants permettraient également de développer notre empathie, notre créativité, et tant d’autres qualités à valoriser en entreprise !

Plus tout à fait les mêmes

Finalement, faire le bilan de sa pause parentale, c’est aussi prendre le temps de cibler ce qui a changé en vous, en termes d’attentes, de besoins et de priorités. « Après la naissance de mon enfant, mes envies ont changé », explique Aurélie. Quand sa manager lui a proposé un rendez-vous pour parler de sa reprise, l’échange a eu lieu si tard le soir que cela a plutôt refroidit la jeune femme : « J’ai vu qu’après notre rendez-vous, ma boss enchaînait avec une réunion à 22h ; je me suis rendue compte que c’était ce qui m’attendait à mon retour. Avec un bébé qui a du mal à dormir, je ne pouvais plus accepter ces conditions de travail. »

Delphine a également opéré un changement de carrière après la naissance de son deuxième enfant : « Je travaillais chez un ophtalmo, mais on recevait tellement de monde qu’on devait expédier les patients, alors que j’avais choisi ce métier pour le côté humain. Durant mon congé parental, j’ai commencé à regarder ailleurs. J’ai vu une annonce pour aller bosser à l’hôpital, juste à côté de chez moi, je n’ai pas hésité. » La jeune maman a obtenu rapidement la rupture conventionnelle qu’elle espérait, et a démarré son nouveau poste à temps partiel à cinq minutes de son domicile.

Conditions de travail, centres d’intérêt, valeurs, beaucoup de choses peuvent ne plus vous convenir à votre retour de congé parental. « Il y a une très grosse part de femmes qui profitent de leur congé parental pour changer d’entreprise », observe Gaëlle Brouat. Si autant de femmes souhaitent changer après un congé, c’est aussi que beaucoup ont tiré sur la corde, se forçant à rester pour plus de sécurité, le temps d’avoir leurs enfants. La pause parentale derrière eux, les parents s’autorisent plus facilement un changement de vie.

La pause qui en impose : valoriser son congé auprès des recruteurs

  • Misez sur votre motivation et votre état d’esprit pour inspirer confiance

« L’important, c’est de reprendre confiance en soi : une fois qu’on a fait le point sur ses anciennes compétences et celles qu’on a acquises durant son congé, on aura tout ce qu’il faut pour parler à un recruteur, détaille Gaëlle Brouat. C’est vraiment une question de confiance en soi et d’état d’esprit. »

C’est ainsi qu’Aurélie a entamé ses démarches de recherche à l’issue de son congé parental : « Je reconnais que c’était à un moment de ma carrière où je n’avais plus trop à rougir de ce que j’avais fait. J’avais monté toutes ces marches dans le conseil, je ne pense pas que mon congé parental puisse effacer tout cela. » Mais reprendre confiance en soi lorsqu’on doute de ses capacités : plus facile à dire qu’à faire ! Si votre confiance est un peu fluctuante, la bonne nouvelle, c’est qu’elle se cultive ! Aussi, pour les parents qui ressentent le besoin de se faire aider les propositions ne manquent pas : associations d’accompagnement, bilans de carrière collectifs, individuels, coaching, il y en a pour tous les goûts et tous les budgets…

  • Montrez que vous êtes prêt(e) à vous remettre dans le bain

Pour convaincre les recruteurs que vous n’avez pas perdu la main, prenez le temps de vous mettre à la page en regardant l’actualité de votre métier et de votre secteur. La consultation des offres d’emploi devrait vous aiguiller sur les mises à jour à faire ainsi que les outils et logiciels sur lesquels vous pourriez être amenés à utiliser. Ensuite, pourquoi ne pas prendre le temps de suivre une courte formation, quelques tutos, podcasts ou conférences ?

Les rencontres professionnelles peuvent également vous booster. Gaëlle Brouat conseille de prendre le temps d’échanger avec des pairs, des personnes de votre réseau qui font le même travail avant de reprendre : les rencontres favorisent l’inspiration, les idées, la motivation, bref, « tout ce qu’il faut pour repartir sur une bonne dynamique. » Se reconnecter doucement à son métier et son réseau permet de se rassurer, tout en rassurant les recruteurs !

  • Ne doutez pas de votre choix : assumez-le

Vous n’avez pas à rougir d’avoir pris du temps pour votre famille et quoi de mieux que de l’assumer ? À l’oral, aussi, il faut se préparer à parler de son histoire et répondre aux éventuelles “questions pièges”. Si vous n’avez pas à vous justifier, le recruteur peut vouloir comprendre ce qui vous a poussé à faire ce choix, ce qui vous a donné envie de reprendre !

C’est la stratégie qu’a suivie Delphine : « J’ai passé plusieurs entretiens, on ne m’a pas posé de questions sur mon congé parental, on m’a simplement demandé pourquoi je voulais quitter mon ancien employeur. J’ai dit que j’avais deux enfants, que j’aspirais à plus d’équilibre vie pro vie perso. J’ai choisi d’être transparente. » La mère de deux petites filles s’est retrouvée face à des personnes plutôt compréhensives : « Parfois, bien sûr, ils me faisaient comprendre que ces horaires auxquels j’aspirais n’étaient pas possibles chez eux. Au moins, on jouait carte sur table. »

Pour Patrice Bonfy aussi, il est nécessaire d’assumer ses besoins professionnels et personnels : « Maintenant que vous savez comment vous voulez travailler, il est bon d’être clair sur ses attentes, ses envies et assumer complètement la part parentale de sa vie. Je ne dis pas que les parents peuvent faire ce qu’ils veulent, mais il est important de fixer un cadre. »

  • Restez ferme dans la négociation

Valoriser sa pause oui, mais sans se dévaluer. Pour Aurélie : « Il ne faut pas hésiter à aborder les sujets importants en entretien : salaires, horaires… Se laisser faire, mal négocier son salaire nous dévalorise. Accepter les réductions de salaires, c’est un peu reconnaître que l’on ne vaut plus ce qu’on valait, ce qui n’est pas le cas ! »

« Plus on parle du congé parental, plus on l’assume, plus il se créera un cercle vertueux, conclut Gaëlle Brouat, optimiste. C’est important de comprendre que la parentalité n’est pas un frein à l’entreprise, qu’elle pourrait même être une vraie force. » Bien sûr, il faut un peu de courage pour briser le tabou, mais plus nombreuses seront les personnes à assumer, plus les employeurs seront obligés de s’adapter !

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Photo d’illustration by WTTJ
Édité par Romane Ganneval

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