En télétravail chez papa-maman : les Tanguy du confinement témoignent

Témoignages : « en télétravail depuis chez mes parents »

Dans les grandes métropoles, et surtout dans la capitale, de nombreux actifs ont déserté leurs habitations pour aller vivre le confinement chez leurs parents. Appartements trop petits, peur de la solitude, besoin de retrouver ses proches dans un moment angoissant… Ils ont pris leurs ordis sous le bras et télétravaillent désormais dans la maison familiale. Entre infantilisation, horaires des repas à respecter et connexion qui débloque, leur vie pro a pris un tournant inattendu ! Témoignages de quatre d’entre eux.

Quand ça ressert les liens familiaux…

Mélodie, 28 ans, Sales Team Manager en start-up : en télétravail chez ses parents en Bretagne

À l’annonce du confinement, mon copain et moi avons pris la décision de rentrer dans nos familles respectives, moi en Bretagne et lui à côté de Poitiers. La dernière fois que j’ai vécu chez mes parents, c’était quand j’étais en recherche d’emploi il y a trois ans. À l’époque, ce retour forcé avait été vraiment dur pour moi. Aujourd’hui, je le considère comme une chance.

Mes deux parents sont au chômage partiel, je suis la seule à la maison qui bosse. D’ailleurs, ils sont vraiment contents de me voir travailler. Le fait qu’il y ait encore des gens qui puissent bosser, malgré la situation, je crois que ça les rassure. Tous les midis, ils ont même l’air étonnés et me demandent : « Mais, t’as encore vraiment des trucs à faire aujourd’hui ? » Ha oui, oui j’ai plein de choses à faire ! L’activité de ma boîte est impactée, donc beaucoup de choses sont à réorganiser.

Globalement je m’adapte aux horaires de ma famille - quand il faut mettre la table, il faut mettre la table ! -, mais ce n’est pas vraiment contraignant. Si un midi je dois manger en une demi-heure parce que j’ai des réunions qui s’enchaînent, mes parents ne me le reprochent pas. J’ai de la chance, ils me laissent vraiment travailler tranquillement. Si le fait d’être chez mes parents n’a pas influé sur mon travail, par contre j’ai repris des habitudes que je n’avais plus depuis des années ! Typiquement, la pause goûter avec les tartines de nutella trempées dans le lait… Quelque part, à vivre ensemble à nouveau, on se remet dans nos relations et rôles de parents / enfants. Sauf que les années ont passé, que je gagne ma vie depuis 5 ans et que je manage quatre personnes ! J’ai quand même eu droit un jour à un « range ta chambre »…

Quelque part, à vivre ensemble, on se remet dans nos relations et rôles de parents / enfants.

Aujourd’hui, mes parents comprennent mieux ce que je “fais dans la vie”. Par exemple on sort un nouveau produit dans mon entreprise, et je me suis entraînée avec ma mère ! Elle jouait le client et moi je devais lui vendre le produit. Au-delà d’être utile pour réviser mon texte, c’était enrichissant ! Comme ma mère ne connaît pas grand chose aux technologies et à ce qu’on propose dans ma boîte, ses questions étaient assez inattendues. À la fin de l’exercice, mon père qui nous observait au loin a dit une chose qui m’a marquée : « J’ai l’impression d’entendre une autre personne que la Mel que j’entends tous les jours. » En fait, c’était la première fois qu’il m’entendait en mode sérieux, en mode adulte au travail.

Quand il suffit de mettre les pieds sous la table…

Etienne*, 37 ans, consultant : en télétravail chez ses parents en Bourgogne

C’est ma mère qui a beaucoup insisté pour que je rentre en Bourgogne. Je crois qu’elle avait vraiment besoin que je sois là pendant cette période… Mais moi, même si je savais que je serais bien mieux là-bas que seul dans mon appartement à Paris, j’ai beaucoup hésité car mes parents ont plus de 70 ans et que j’avais très peur de les contaminer. On est finalement tombé d’accord : les deux premières semaines du confinement, je vivrais dans une partie isolée de la maison, et ils me déposeraient les repas au pas de la porte. Cette période m’a permis d’être entièrement dédié à mon travail - qui est très prenant - puisque je n’avais aucune tâche ménagère à faire ! Un mois après, j’avoue que ce confort n’a pas vraiment changé ! Clairement, quand tu vis chez tes parents, même à 37 ans, tu mets un peu les pieds sous la table. À part mettre le couvert la semaine, et aider à planter des tomates le week-end, je ne fais pas grand chose !

Clairement, quand tu vis chez tes parents, même à 37 ans, tu mets un peu les pieds sous la table.

Cette période de crise est très dense pour mon secteur, et ce confort me permet d’y répondre pleinement. Mes journées de travail sont hyper qualibrées, et surtout, beaucoup plus saines que dans ma vie parisienne. Je me couche tôt, je me lève tôt, je commence par un cours de yoga sur Youtube suivi de la salade de fruits que ma mère me prépare et c’est parti jusque 12h. Ensuite, 30 minutes de running dans les vignes, douche, déjeuner, et j’enchaine sur le call d’équipe quotidien et mon après-midi de travail. On dîne vers 19h30 et je reprends jusqu’à 21h, parfois plus, mais jamais au-delà de 23h. D’ailleurs, tous les soirs il y a la blague du : « ce soir, tu ne travailles pas et tu te couches tôt ? » Et tous les soirs, je m’y remets, évidemment. Mais là où je suis vraiment déréglé, c’est le week-end, je n’arrive pas à m’empêcher de travailler. C’est comme si la machine était lancée et que je ne voulais pas l’arrêter de peur qu’elle ne reparte pas. Et c’est peut-être surtout que la charge de travail est très forte et que les alternatives ici (lecture, films et séries, sport) sont assez limitées. Si j’étais resté à Paris, je ne sais pas si je bosserais beaucoup moins. Je prendrais peut-être du temps pour cuisiner, histoire d’être un peu dans le plaisir. Là, je n’ai même pas besoin de cuisiner pour bien manger… Donc si je veux, je peux travailler sans fin…

Quand la maison familiale prend des airs d’espace de coworking

Maylis, 26 ans, responsable des contenus pour une École d’informatique : en télétravail avec ses parents et sa soeur près de Marseille

Soyons clairs, depuis un mois, la maison familiale s’est transformée en un véritable espace de coworking ! On est quatre à télétravailler, et chacun a son bureau bien défini : ma sœur et moi dans nos chambres, mon père qui est ingénieur a pris place dans son bureau habituel, et ma mère, professeure de biologie, alterne entre le salon et la cuisine. Vue de l’extérieur la scène doit être vraiment étrange ! L’autre jour, ma mère qui ne connaît pas du tout les nouvelles manières de travailler, nous a d’ailleurs lancé une phrase géniale, avec son accent du sud à couper au couteau : « Open-space, ça veut dire “espace ouvert”, non ? Et ben nous aussi on fait un open-space regardez, hop, on va ouvrir toutes les fenêtres ! » Dans la chambre d’ami où je dors et travaille désormais, il a fallu m’installer un bureau de fortune : on a installé des tréteaux, posé une planche en bois, et mis une nappe pour pas que ça soit trop inconfortable ! Aux murs, il y a plein de photos de ma soeur et moi enfants. Alors, quand je fais une réunion en visioconférence, désormais je veille à l’orientation de la webcam. J’ai même dû décrocher un tableau tout droit sorti de mon adolescence, parce que ce n’était vraiment pas possible, il était vraiment laid et j’avais un peu honte (rires).

On est quatre à télétravailler, et chacun a son bureau bien défini : ma sœur et moi dans nos chambres, mon père qui est ingénieur a pris place dans son bureau habituel, et ma mère, professeure de biologie, alterne entre le salon et la cuisine.

Je pense que pour tous ceux dans le même cas que moi, il est en train de se passer un truc sociologique vraiment fort. On est là, dix ans après avoir quitté le cocon familial, à vivre et travailler chez nos parents… Bref des adultes, mais redevenus des enfants ! Je me fais engueuler quand je fume, je joue aux Sims non-stop après le travail, j’ai fait une coloration qui a foiré… Au début aussi, mes parents venaient régulièrement dans ma chambre me poser des questions du style : « t’as besoin de quelque chose ? » « tu fais quoi ? » Bah… je travaille ! Maintenant, ils le font beaucoup moins car ils ont compris que je travaillais vraiment !

Normalement, avec les transports en commun et la vie parisienne, je fais du 10h-18h. Ici, je peux être opérationnelle à 9h donc je peux aussi finir plus tôt ! Et désormais, mes pause-clopes je les fait avec ma sœur, qui elle bosse dans l’audit à Nantes. C’est plus compliqué pour elle car c’est son premier poste, en CDD, et qu’elle doit encore plus faire ses preuves vu la situation… Elle travaille vraiment beaucoup, donc on s’adapte à elle. J’ai même dû apprendre à parler moins fort au téléphone, car le mur qui sépare nos chambres est hypra mince ! Tous les jours, à force d’en parler, on apprend un peu plus sur nos quatre métiers respectifs, et ça, c’est vraiment génial. Les questions sont parfois cocasses ! La semaine dernière ma mère m’a demandé : « tu colles cette aprem ? » « Je quoi ? » « tu colles ? » Il m’a fallu quelques secondes pour comprendre qu’elle parlait de “faire des call” !

Quand ça réveille le clash des générations…

Paul, 24 ans, entrepreneur : en télétravail chez ses parents dans les Yvelines

Si un jour vous hésitez à aller vous confiner chez vos parents en pleine cambrousse, un seul conseil : soyez certains de la qualité du réseau ! Honnêtement, c’est un des trucs qui me rend fou ici. La maison est grande, mais je ne capte bien que dans le salon et la véranda. Du coup, je ne peux pas m’isoler et je suis obligé d’utiliser le téléphone fixe (oui, ça existe encore !) J’angoisse tous les jours à l’idée que ma mère puisse décrocher le téléphone si un de mes clients appelle… J’ai 24 ans et je suis entrepreneur depuis que j’ai 18 ans. J’ai quitté la maison familiale très tôt et je suis très indépendant. Mes parents sont à la retraite, et c’est la première fois qu’ils me voient réellement bosser. Pour eux, je reste sûrement le petit dernier de la famille, donc ils ont du mal à comprendre mes enjeux dans la situation actuelle, mes responsabilités face aux clients, à mon équipe… C’est systématique : quand je suis au téléphone, s’ils passent à côté, ils vont forcément me parler, me poser une question. La dernière fois, mon père m’a demandé si je pouvais venir m’occuper du poulailler avec lui ! Mais papa, en fait, je suis au téléphone avec un client là, je bosse, et c’est important ! Du coup, ils râlent un peu tous les deux (et je comprends…) en disant que je ne fais rien à la maison, que c’est eux qui font tout, etc. Bah oui, pardon, mais en même temps je travaille et eux sont à la retraite.

J’angoisse tous les jours à l’idée que ma mère puisse décrocher le téléphone si un de mes clients appelle…

Le plus compliqué je crois que c’est le truc des repas. Le : « Non mais là il faut manger, c’est prêt ! à table ! » En fait moi à Paris mes journées sont hyper aléatoires. Je mange quand j’ai le temps, quand j’ai fini un truc, ou parfois je ne mange pas du tout ! Maintenant ils ont compris, et ils laissent une assiette pour moi. Je ne peux pas m’adapter à leurs horaires, c’est vraiment impossible en ce moment. Je fais des journées de 8h - 22h, j’ai hyper peur pour ma boîte et mes salariés… Bien sûr, il y a aussi des choses très cool à être ici avec eux. Par exemple mon père, qui était expert-comptable, va m’aider sur la structuration, le plan de financement, etc. Je trouve ça vraiment cool qu’il soit là pour me soutenir. Il a une vision très complète des enjeux économiques, et même s’il est assez négatif sur la crise que nous allons traverser, il me rassure avec de précieux conseils. Je lui ai même demandé comment ça se passait pour un dépôt de bilan, mais j’espère ne pas aller jusque-là…

*Les prénoms ont été modifiés.

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Photo d’illustration by WTTJ

Clémence Lesacq

Editorial Manager - Modern Work @ Welcome to the Jungle

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