Autriche : « J’ai (enfin) découvert un monde du travail épanouissant »

Travailler en Autriche : un monde du travail épanouissant !

L’Autriche est connue pour ses Schnitzel ou ses images romantiques de Sissi l’impératrice, moins pour sa conception de la vie professionnelle. Pourtant, celle-ci présente bien des avantages. À l’heure où la crise sanitaire a modifié les habitudes de travail, et où beaucoup d’employé·e·s appellent à un changement pérenne des règles du jeu, quelles inspirations peut-on trouver de l’autre côté des Alpes ? Hiérarchie réellement horizontale, confiance… Voici quelques pistes tirées de mon expérience personnelle.

Willkommen in Wien ! “ C’est avec ces mots que démarrèrent, voilà quelque huit ans, mes aventures professionnelles autrichiennes. Embauchée dans une structure de R&D comme Project officer, j’allais, à 24 ans, découvrir un monde du travail bien différent de celui expérimenté en France.

La hiérarchie horizontale ou quand la petite nouvelle peut rencontrer la Ministre

Premier choc culturel : la (vraie) hiérarchie horizontale. Dire : « Salut Hans, tu vas bien ? » au Big boss qui préside ta destinée laborieuse - et celles de deux cents autres personnes - est une expérience intéressante pour une Française élevée au grain du vouvoiement froid et suranné. Mais cette proximité n’est pas que sémantique - au fond, que m’importe de tutoyer mon supérieur si celui-ci ne reconnaît pas mes compétences ?

De mon poste autrichien, j’ai observé l’horizontalité dans l’écoute et le crédit accordés à l’employé, quel que soit son niveau. Je me rappelle m’être retrouvée dans le bureau de Hans avec un autre collègue, à expliquer que selon nous, il y avait un manque de communication patent entre les différents groupes de travail de l’entreprise. Pour y remédier, nous voulions créer un cycle de conférences internes qui s’appellerait « Science et Technologie pour les Nuls », en référence aux fameux bouquins à couverture jaune. Par un mode de communication humoristique, nous inciterions les collègues à participer et échanger sur les travaux des uns et des autres. Le boss a accepté l’idée. Jouant à fond la carte de l’absurde, mon collègue et moi avons déambulé déguisés en livres jaunes pour annoncer le lancement de notre événement. Une forme drôle mais un fond solide : pendant six mois, les rencontres hebdomadaires que nous avons proposées ont été un succès.

Cet aplatissement de la hiérarchie apparaît aussi dans le fait que les meilleures opportunités ne sont pas offertes qu’aux managers : l’ensemble du personnel peut en avoir. J’ai été pour ma part grandement étonnée, alors que je n’avais même pas six mois d’ancienneté, de pouvoir rencontrer la ministre de l’Intérieur autrichienne ou d’être envoyée seule comme représentante de mon employeur dans des groupes de travail européens. Dave, un ami français travaillant pour une autre entreprise à Vienne, me racontait qu’on lui avait confié la réalisation d’un projet avec un budget de 200k euros dès son arrivée, assorti d’une obligation de résultat, et non de moyens.

C’est peut-être l’un des aspects qui m’a le plus plu dans le management à l’horizontale : le·la boss dit quoi faire et non comment faire. Bien entendu, il ou elle reste la personne décisionnaire, mais il semble acquis qu’un individu a été embauché pour ses compétences et qu’il saura donc mener sa tâche à bien. J’ai ainsi ressenti que l’autonomie, la créativité et les talents de chacun sont mis en avant.

L’individu fait son cursus, et non l’inverse

Deuxième choc culturel : le rapport aux études. Là où, en France, j’ai eu l’impression d’avoir été mise dans une case juste après mon bac, et que l’on me priait d’y rester jusqu’à la retraite, j’ai été sidérée par la souplesse avec laquelle un cursus est jugé en Autriche.

Des postes sont confiés sans grand rapport avec la matière qui a été étudiée : une amie diplômée en langues s’est retrouvée responsable marketing ; titulaire d’un M2 en droit, j’ai travaillé dans la gestion de projet R&D. Le concept de “Grande école” n’existe pas et les formations pros permettent d’intégrer tout type d’entreprise, avec avancement à la clé. Les études ne sont donc pas vues comme un label de qualité qui orienterait une destinée professionnelle, mais comme des outils fournissant une méthodologie.

Le monde du travail n’est pas autant séparé du monde étudiant qu’en France. De nombreux contrats sont ouverts aux jeunes poursuivant un cursus : avec un maximum de 20 heures par semaine, ils ont la possibilité de tester un poste, de s’intégrer dans une équipe, et d’affiner ainsi leurs choix professionnels. Peu après mon arrivée, huit de mes amis étaient étudiants : cinq d’entre eux travaillaient en entreprise.

L’inverse est aussi vrai : l’employé peut facilement reprendre ses études sans être mis au ban de ce fait. Dave m’évoquait le cas d’une responsable RH qui travaillait à mi-temps pour étudier et se reconvertir dans le développement forestier. Elle n’en avait pas moins des responsabilités sur des sujets sensibles de l’entreprise.

La formation continue est un sujet stratégique pour l’Etat Autrichien : en 2018, il a investi 190 millions d’euros dans ce secteur. Entre 2009 et 2018, le nombre d’Autrichiens ayant bénéficié d’un soutien financier pour la formation continue a augmenté de 34%. En outre, il existe la possibilité de prendre un congé spécifique pour se former : le Bildungskarenz.Il est accordé à l’employé pour une durée de deux à 12 mois tous les quatre ans. Les études font donc partie intégrante du monde du travail autrichien. La perspective de pouvoir se former et progresser tout au long de sa vie constitue à mon sens un aspect véritablement positif.

La maîtrise de son temps

Troisième choc culturel : la gestion autonome de son propre temps. Travaillant pour différentes boîtes, des amis expat et moi-même faisions le même constat : non contents de pouvoir démarrer et terminer nos journées aux heures qui nous convenaient – l’essentiel étant de faire les 38,5 heures hebdomadaires légales, contrôlées par la pointeuse -, nous bénéficions aussi du vendredi après-midi libre. Le télétravail était, bien avant la pandémie, déjà intégré dans les mœurs.

La culture du présentéisme n’existe pas : le temps de repos est au contraire valorisé. Ainsi, vous serez mal vu si vous arrivez au travail avec le nez qui coule – j’ai encore en mémoire le regard mi-accusateur, mi-compatissant de mon N+1 m’ayant vue éternuer à plusieurs reprises. Malade, il vaut mieux rester chez soi que de contaminer les collègues sous couvert d’un rapport à terminer. On vous fait confiance pour juger de votre état : deux jours de repos peuvent être pris sans justificatif médical. Vous êtes responsabilisé.

Cette souplesse accordée aux employés dans la gestion de leur temps rejoint la liberté de moyens évoquée plus haut. Elle ne gâte en rien l’efficacité au travail : selon le Wohlstandsbericht 2020 de la chambre des métiers, la productivité horaire autrichienne est supérieure de 10 points à la productivité moyenne de l’UE.

Au-delà de la gestion horaire, la pratique du temps partiel est très prisée en Autriche, et pas seulement pour les études. Le Teilzeit peut être facilement mis en place, et ce, sans jugement négatif. À 28 ans, je suis passée à un contrat de travail à 90%, simplement parce que je souhaitais plus de temps libre. De jeunes parents ou des séniors approchant de la retraite peuvent bénéficier de contrats à quatre, dix, 20 heures par semaine. Au total, 27,9 % des employés autrichiens bénéficiaient du Teilzeit en 2020. La WKO (Chambre de commerce autrichienne) fait du temps partiel un levier pour favoriser le bien-être des employés.

Confiance en l’individu

Finalement, la sensation que j’ai éprouvée en travaillant en Autriche est celle d’une responsabilisation, d’une réelle confiance accordée. Cette notion est culturelle : par défaut, l’individu est censé agir pour le bien commun. Expliquez à un Autrichien qu’en France, l’accès au métro est fermé par des portails pour empêcher les gens de frauder, il ouvrira des yeux grands comme des soucoupes !

Les Autrichiens ont-ils conscience de ces atouts ? Peut-être, en tout cas, beaucoup d’expatriés les ont clairement identifiés ! Après tout, ne sont-ils pas des éléments évidents pour garantir une vie professionnelle motivante et épanouissante ?

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Article édité par Clémence Lesacq ; Photos Thomas Decamps pour WTTJ

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