Stages interrompus ou annulés : la galère des étudiants pendant le confinement

Stages interrompus / annulés : le confinement des étudiants

Depuis ce mardi 17 mars, en raison de la propagation inquiétante du coronavirus, les Français sont officiellement confinés chez eux, contraints à réduire leurs sorties au strict minimum. Face à cette nouvelle mesure, nombreuses sont les entreprises à avoir pris la décision de mettre leurs salariés en télétravail ou au chômage partiel, voire à supprimer des postes quand ni l’un ni l’autre n’était possible. En première ligne, les étudiants, dont les stages se sont soudain vus reportés, annulés ou dont les missions ont été grandement affectées. Comment les étudiants le vivent-ils ? Quelles sont leurs inquiétudes ? Et que font les écoles pour aider ceux qui se retrouvent le bec dans l’eau, avec parfois une année à valider dans la balance ? Pour répondre à ces questions, nous avons demandé à des étudiants en stage et des responsables d’université de nous raconter comment ils géraient cette période de crise.

Des missions profondément affectées par les mesures de confinement

Pour les étudiants dont les stages n’ont été ni interrompus, ni annulés, les immersions en entreprise se poursuivent, mais à distance, coronavirus oblige. C’est le cas de d’Emilie, en dernière année de journalisme, qui réalisait son stage de fin d’études à la cellule vidéo d’une agence de presse, avant d’être mise en télétravail. « Ce qui est un peu particulier, c’est que la nature de mes tâches a changé : à la base, je devais produire des vidéos, mais à distance c’est trop compliqué de développer des sujets, donc à la place je gère la chaîne Youtube de l’agence. C’est intéressant aussi, mais ce n’est pas évident de m’organiser car les vidéos tombent au compte-gouttes. Et j’avoue que mon objectif avec ce stage, c’était vraiment de développer mes propres sujets de A à Z. Là, ça ne sera pas possible. »

Comme beaucoup d’autres pour qui le télétravail a modifié les missions, Emilie craint d’arriver sur le marché du travail en n’ayant pas pu acquérir autant de compétences qu’elle aurait voulu lors de son stage. « Jusqu’à maintenant j’avais développé des sujets mais pas forcément de bout en bout, je n’avais pas trop eu le temps de me poser pour chercher des idées et réaliser mes propres sujets. Là avec le confinement c’est clair que ce ne sera pas possible. »

Idem pour Guillemette, en stage de droit en établissement pénitentiaire : « les logiciels sont sécurisés donc pour le télétravail c’est vraiment galère. Mes chefs essaient de me donner des petites tâches à faire, mais pour l’instant je n’ai pas grand chose… J’espère pouvoir reprendre d’ici deux semaines mais ce n’est pas évident, on est dans le flou… »

Pour les étudiants dont il s’agit du stage de fin d’année, l’inquiétude d’arriver sur le marché de l’emploi en ayant l’impression de “manquer” de connaissances se fait parfois ressentir. « Normalement, mon stage doit continuer en juin à temps plein, poursuit Guillemette. Honnêtement je mise tout là-dessus car j’avais aussi choisi ce stage pour son intérêt par rapport aux concours que j’aimerais passer. »

Outre le fait que le télétravail redessine bien souvent les missions du stagiaire, s’organiser seul quand il s’agit de l’une de ses premières expériences professionnelles peut vite s’avérer déroutant : « C’est ma première expérience de télétravail, et au début on se dit qu’on va pouvoir développer plein de projets à côté mais en fait non, pas du tout. Travailler à distance demande d’être encore plus discipliné car on ne sait jamais trop à l’avance comment va s’organiser la journée » renchérit Emilie.

En parallèle, certaines entreprises, face à la baisse soudaine de l’activité n’ont pas eu d’autres choix que d’interrompre les stages de leurs étudiants le temps du confinement, voire de les annuler définitivement.

« Mon stage est “reporté”, mais je n’ai le statut d’étudiant que jusqu’en septembre… »

Salomé, en stage de journalisme au sein d’un grand média, a vu son stage être suspendu du jour au lendemain : « Comme je suis stagiaire, je ne peux pas avoir accès aux logiciels internes, et du coup le télétravail était impossible dans mon cas. Pour l’instant mon stage est suspendu et pas annulé, mais je ne sais pas jusqu’à quand… Ça me fait bizarre parce que j’avais enfin trouvé mon rythme de croisière, j’étais super investie, et d’un seul coup je me retrouve sans rien. J’espère pouvoir reprendre après le confinement mais ça reste très incertain. »

« J’avais enfin trouvé mon rythme de croisière, j’étais super investie, et d’un seul coup je me retrouve sans rien » - Salomé, après l’interruption de son stage

Lionel, 22 ans, se retrouve dans une situation similaire dont il a du mal à comprendre le cadre légal, preuve que les choses sont faites dans la précipitation et sans être toujours très claires actuellement : « Mon stage est pour l’instant suspendu. Après, au niveau juridique je suis dans le flou parce que ma convention est encore valable, on ne l’a pas ajournée… »

Parce que la durée du confinement reste encore très difficile à prévoir, nombre d’entreprises et d’écoles se trouvent démunies face à la situation, et décident donc de suspendre les conventions en faisant un avenant, en attendant d’en savoir plus. Mais certains étudiants, notamment en dernière année, s’inquiètent de ne pas avoir le temps de reporter leur stage si le confinement s’éternise.

C’est le cas de Yasmine, designer de mode, qui devait commencer son stage de fin d’études le jour où le confinement a été annoncé : « Je suis quand même venue lundi mais le styliste avec lequel je devais travailler m’a dit que ça allait être trop compliqué. Parce que le télétravail est exclu quand on travaille sur une collection, je suis obligée d’attendre la fin du confinement. Ma convention avait déjà été signée donc pour l’instant c’est juste décalé, et pas annulé, mais je n’ai le statut d’étudiante que jusqu’en septembre… »

Claire s’inquiète aussi de la validation de son année après être rentrée précipitamment à Paris suite à l’interruption du stage qu’elle effectuait à Londres. « À l’annonce du confinement, j’ai remballé toutes mes affaires en un après-midi. Je me demandais un peu ce qui allait se passer, c’était super stressant… Pour moi se pose aussi la question “comment je valide mon année ?” Pour l’instant ce n’est pas encore clair, j’ai le statut étudiant jusqu’en juin/juillet donc ça va être compliqué de reporter mon stage… Comment je vais avoir mon Master, comment je vais avoir mes crédits ? On est dans le flou. Pour moi le plus stressant c’est de valider mon année, je me doute qu’il y aura un moyen, mais je voudrais savoir ce que c’est : rédiger un mémoire, refaire un stage… »

« Comment vais-je avoir mon Master ? Comment vais-je avoir mes crédits ? On est dans le flou. » - Claire, après que son stage a été suspendu

Pour l’instant, obtenir des réponses à ces questions reste très compliqué. Sollicitées de toutes parts, les écoles enjoignent leurs étudiants à “ne pas s’inquiéter”. Certains, comme Guillemette, ont pu obtenir confirmation que leur stage, même suspendu, sera validé, mais n’ont pas obtenu de réponses quand à la tenue des examens de fin d’études. D’autres, comme Claire, restent dans l’attente. Si tous parviennent plus ou moins à relativiser dans la mesure où l’incertitude est généralisée, demeurer dans le flou reste néanmoins très inconfortable, surtout chez les étudiants de dernière année.
« Je suis en famille, donc ça va, je ne stresse pas particulièrement. Mais là l’angoisse monte un peu avec l’attente du retour de l’université, qui ne nous a toujours pas dit ce qu’il en est de la validation de notre année. Normalement c’est le stage qui valide la fin de nos études… Or pour l’instant on a des messages généraux mais rien spécifiquement là-dessus » explique Thomas, dont le stage en design graphique a été interrompu.

Face aux nombreuses interrogations des étudiants et à la multiplicité des situations, les écoles essaient de faire face et de trouver des solutions adaptées à chacun au plus vite. Mais la diversité des situations rend encore difficile l’émergence de solutions généralisées.

Des écoles débordées par la situation

L’Université de Lorraine, qui fait partie des régions les plus touchées, a ainsi mis en place une FAQ sur son site, précisant que tous les stages résiliés verraient leurs modalités d’évaluation adaptées, sans toutefois être encore en mesure de préciser quelles seront ces modalités. De la même façon, pour les stages suspendus, un avenant sera fait à la convention de stage sur justificatif écrit de la part de l’entreprise, formalisant la période de suspension du stage. Même combat chez Sciences Po, qui enjoint à tous ses stagiaires de s’assurer auprès de leur employeur qu’ils peuvent avoir recours au télétravail afin de garantir des conditions sanitaires satisfaisantes, et recommande de déclarer l’arrêt de son stage quand le télétravail n’est pas possible. Contactée par téléphone, l’école déclare pour l’instant procéder au cas par cas en fonction des situations particulières de chaque étudiant, et mettre à jour régulièrement sa FAQ.

À La Rochelle Business School, le directeur Sébastien Chantelot assure plancher ardemment sur la mise en place de solutions, et ébauche déjà des pistes de réponse :
« La priorité, ce sont les stages de dernière année, car synonymes de pré-emploi. Pour faire face aux différentes situations, nous allons nous montrer plus souples sur nos impératifs académiques. Nous allons autoriser ceux qui avaient des stages obligatoires à l’international à les faire en France. Nous avons repoussé les dates de jurys de diplômes pour permettre à ceux dont les stages ont été interrompus d’avoir le temps de valider leur période de dix semaines. »

Emilie, dont le stage en agence de presse se déroule désormais en télétravail, explique avoir reçu un mail de son école proposant d’ores et déjà de fournir des conventions de stage jusqu’en décembre 2020 (au lieu de septembre initialement), pour permettre à ceux dont les stages ont été suspendus de les mener à terme, et à ceux qui ont été annulés, de les réaliser plus tard.

Face aux inquiétudes des étudiants de dernière année, Sébastien Chantelot se veut rassurant :
« Pour ceux qui sont vraiment dans l’impossibilité de réaliser leur stage, nous allons reporter les missions expérientielles sur un travail d’une dimension plus académique, pour pouvoir permettre à un maximum d’étudiants de valider leur année. Ils n’ont pas à payer pour une situation pour laquelle ils ne sont pour rien. Nous devons assouplir nos conditions de diplomation car cela va être une année pas comme les autres… » ajoute-t-il.

Si pour l’instant les écoles et universités peinent donc à apporter des réponses précises et fonctionnent plutôt au cas par cas, les solutions qui commencent à se dessiner visent en grande partie à permettre aux étudiants qui le peuvent de reporter leur stage, ou de valider leur année autrement. Tous les établissements sont en lien avec le Ministère de l’Intérieur, dont ils suivent les recommandations au jour le jour, et les échanges de bonnes pratiques entre écoles d’un même réseau sont courantes Tous les établissements sont en lien avec le Ministère de l’Intérieur, dont ils suivent les recommandations au jour le jour, et les échanges de bonnes pratiques entre écoles d’un même réseau sont courantes, à l’image du Groupe Centrale, qui possède huit écoles dont cinq sur le territoire français, ou des Institut d’Étude Politiques, qui travaillent main dans la main pour trouver des solutions.

Mais les questions à régler sont nombreuses et couvrent des domaines très variés, allant de la validation des crédits au problème de la suspension des indemnités de stage, qui constituaient, pour de nombreux étudiants, un coup de pouce non négligeable : « J’ai un loyer à payer, explique Yasmine, l’apprentie designer de mode. L’école ne prend rien en charge, et là moi je me retrouve sans rien, je n’ai plus aucune rentrée d’argent… Pour l’instant c’est ce que j’ai mis de côté et mes parents qui m’aident à payer mon loyer, mais ce n’est vraiment pas évident… »

Des situations auxquelles les écoles et les universités devraient donc apporter des réponses dans les jours qui viennent, le temps, pour elles aussi, de s’organiser face à la crise.

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Photo d’illustration by WTTJ

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Coline de Silans

Journaliste indépendante

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