Destination bureau : avec ces salariés qui ne prennent pas de congés d’été

Rester au bureau pendant l'été, ils racontent

Cette année, peut-être encore plus que les autres, les vacances d’été sont attendues avec impatience par la plupart des Français. Après des mois de confinements successifs et un été 2020 tombé à l’eau pour beaucoup, les salariés semblent être dans les starting -blocs pour les congés d’été. 52% déclaraient avoir la ferme intention de partir en juillet-août selon l’Ifop. Mais quid de ceux qui resteront au bureau ? Parmi eux, certains ont fait le choix de partir en vacances en décalé, pour profiter d’un bureau sans collègues et d’un rythme plus apaisé. D’autres n’ont pas vraiment eu le choix, et se retrouvent assignés à rester derrière leur ordinateur, bon gré mal gré. Si on peut supposer que les premiers le vivent plutôt bien, il semblerait légitime que les seconds ne soient pas très réceptifs aux avantages qu’il y a à rester travailler pendant que tout le monde met les voiles. Car après tout, y a-t-il vraiment des avantages à rester au bureau l’été ? Est-ce vraiment plus bénéfique d’être solo dans l’open-space ? Pour le savoir, nous avons demandé à des salariés qui ne partent pas de nous raconter comment ils vivaient cette situation.

Un emploi du temps allégé

Parmi les avantages les plus cités lorsque l’on aborde la question de rester au bureau l’été, le fait de pouvoir lever le pied sans culpabilité est fréquemment avancé. Selon un sondage Qapa de 2018, plus de 33% des femmes et 38% des hommes avouaient travailler beaucoup moins en été qu’à la normale, et plus de 23% des interrogés déclaraient même… ne rien faire du tout. Sans aller jusque-là, Kévin, directeur de cabinet en mairie, voit la différence avec les autres mois de l’année. « Je n’ai pas vraiment le choix en ce qui concerne mes congés, car je dois rester en août pour assurer une permanence, raconte le trentenaire. Mais j’avoue que je suis plutôt ravi de cet emploi du temps : je suis souvent le seul à rester, et ma charge de travail est diminuée de moitié. J’en profite pour partir plus tôt et faire des activités que je n’ai habituellement pas le temps de faire, comme aller courir, boire des verres avec des copains, faire des expos… »

Être le seul à garder boutique pendant que les autres profitent de la période estivale est généralement assez reposant : plus de supérieurs pour surveiller les horaires, moins de charge de travail pour certains secteurs d’activité… Selon un sondage Qapa réalisé en juin 2019, 29% des interrogés notaient une baisse d’activité mi-juin, et 32% une reprise nette début septembre. La diminution de la charge de travail n’est pas le seul facteur qui entre en compte : ne plus être en présence de ses collègues peut aussi s’avérer bénéfique pour mieux se concentrer, et avoir le sentiment d’être plus reposé.

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Enfin seuls !

Dans le même sondage, 43% des personnes interrogées avouaient préférer partir en vacances après leurs collègues, pour être plus tranquilles en leur absence. C’est le cas de François par exemple, qui, s’il ne connaît pas une baisse d’activité notable en été, avoue se sentir bien plus reposé quand il travaille pendant les congés des autres. « Je travaille dans la R&D donc on ne peut pas dire que mon activité baisse beaucoup pendant l’été, c’est assez stable sur l’année, explique-t-il. En revanche, j’adore travailler en juillet-août car je ressens vraiment une sensation de tranquillité. Il y a moins d’imprévus, je peux me concentrer sur mes projets au long court sans être pollué par des urgences de dernière minute. »

Même ressenti du côté de Céline, cheffe de projet dans le digital : « C’est vrai qu’au début, je trouvais ça un peu dur d’être seule au bureau. Mais comme je n’ai pas d’enfants, j’ai laissé la priorité à mes collègues parents pour les vacances d’été. Mais, finalement, je dois dire que c’est assez plaisant. Je peux me concentrer sur tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire pendant l’année, personne n’est là pour me perturber ou me caler des réunions intempestives toutes les deux heures. » La réunionite, grand mal français, serait ainsi éradiquée pendant l’été, pour le plus grand bonheur des salariés. Toutefois, bien vivre le fait de rester seul au bureau dépend aussi grandement de l’environnement de travail.

L’été en ville, plus difficile à supporter ?

Si Kévin vit aussi bien le fait de rester en mairie pendant l’été, il reconnaît volontiers que résider dans une cité balnéaire n’y est pas étranger. « C’est vrai que comme nous avons la mer à deux pas, quand je sors tôt et qu’il fait chaud, je vais me baigner, ou je retrouve des potes à la plage. Du coup, j’ai quand même le sentiment d’être en vacances en restant au bureau. »

Pour Anaïs, trentenaire parisienne qui n’a pas eu le choix de la date de ses congés, le ressenti est plus mitigé. « Je suis arrivée dans mon entreprise en janvier, donc j’ai très peu de congés à écouler, et je ne suis pas prioritaire sur le choix des dates. En ce qui me concerne, c’est vraiment dur de rester l’été. La charge de travail est pourtant moindre et je suis beaucoup plus tranquille, mais je vis très mal le fait de rester à Paris quand j’ai l’impression que tout le monde part autour de moi. Le fait de ne pas sortir de mon cadre habituel, de ne pas être dépaysée par la mer ou la montagne, alors que c’est l’été, qu’il fait beau, et que ce serait le meilleur moment pour en profiter, me déprime complètement ! »

En effet, il est bien différent de rester au bureau en juillet-août quand on sait que l’on peut profiter des bienfaits de l’été les week-ends ou après son travail, que lorsqu’on est dans une grande ville, où les plaisirs estivaux sont moindres.

Une question de choix…

Le fait qu’il s’agisse d’une décision subie ou choisie joue aussi pour beaucoup sur la perception du travail estival. Un salarié qui aurait voulu partir mais se retrouve contraint à rester parce qu’il n’a pas eu le choix vivra nécessairement moins bien cette période que celui qui a délibérément décidé de rester. Là où Anaïs a le sentiment d’être la seule à devoir rester, François y voit une opportunité d’être tranquille, et de profiter de vacances à moindres frais, et sans la foule, en septembre. « L’an dernier, je suis parti en août, car ma copine n’avait pas le choix de ses congés, et nous voulions partir ensemble. C’était l’enfer ! Il y avait un monde de dingue partout, ça m’a vraiment conforté dans l’idée que je préférais rester bosser l’été », se remémore l’ingénieur.

À l’inverse, Anaïs, dont la plupart des amis sont professeurs, savait qu’elle ne pourrait pas « se rattraper » plus tard. « Non seulement je n’avais pas beaucoup de jours pour partir, mais en plus, je n’avais pas non plus beaucoup de volontaires pour voyager avec moi ! La plupart de mes amis sont profs et n’ont pas de congés hors été, ou bien ils sont parents, et il leur est plus difficile pour eux de s’absenter à la rentrée…  J’avoue que ça a vraiment rendu cette situation encore plus compliquée à vivre », raconte la jeune femme.

Des congés plus profitables en été ?

De la même façon, si certains profitent des mois d’été pour lever le pied, d’autres au contraire voient à ce ralentissement de l’activité une raison supplémentaire de partir. « L’été est un peu une période morte dans mon secteur d’activité, explique Anaïs. Du coup, j’ai vraiment l’impression de rester pour rien ! Je préfère partir à ce moment-là, quand je sais que je pourrais faire une vraie pause sans culpabiliser, plutôt qu’en septembre, où je ne peux pas m’empêcher de me dire que ce n’est pas le moment… »

Force est de constater que certains congés ne sont pas aussi reposants que d’autres. Selon un sondage de 2020, 71% des Français disaient répondre à leurs emails pendant leurs congés, estivaux ou non, et 49% déclaraient consulter leur boîte mail plusieurs fois par jour. On peut ainsi supposer que s’évader « en même temps que tout le monde » peut présenter l’avantage d’offrir des vacances avec une charge mentale diminuée, car les salariés sont généralement moins perturbés par des interférences professionnelles.

Mais les avantages à partir en décalages restent tout de même nombreux : une réduction de la charge de travail, une plus grande capacité de concentration due à l’absence de collègues, mais aussi la possibilité de partir en vacances à moindres frais, et en n’ayant pas à subir l’afflux de touristes. Toutefois, pour ceux qui n’ont pas eu le choix de leur date de congés, rester travailler l’été peut vite s’avérer pesant dès lors que l’ennui pointe le bout de son nez, ou que la possibilité de « faire une pause » à un autre moment de l’année est compromise.

Pour la première fois cet été, la pandémie rebattra peut-être les cartes : le télétravail ayant fait son apparition, travailler sans avoir ses collègues dans les pattes devient une possibilité qui n’est plus seulement l’apanage des congés d’été. De plus, ce phénomène offre la possibilité d’allier travail et bienfaits estivaux, en allant par exemple télétravailler au bord de la mer, ou à la montagne. Une façon de donner à ses heures de boulot un petit air de vacances, d’autant plus que certains rechigneront peut-être à poser des congés cette année : si a priori peu de Français ont fait le choix de ne pas partir cet été pour relancer leur activité (6% uniquement selon l’Ifop), on peut toutefois supposer que les travailleurs ayant connu une grosse baisse de revenus à cause de la crise y réfléchiront à deux fois avant de boucler leur valise…

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Photo par Welcome to the Jungle
Article édité par Romane Ganneval

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