Parentalité au travail : les 6 leçons de la Nouvelle-Zélande

Parentalité au travail : les 6 leçons de la Nouvelle-Zélande
Un article de notre expert.e

Même si ce petit pays de cinq millions d’habitants à l’autre bout de la Terre est méconnu, la Nouvelle-Zélande a fait beaucoup parler d’elle depuis le début de la pandémie de COVID-19. On a vanté le leadership de la Première ministre Jacinda Ardern, dont on dit que les décisions ont permis de vaincre l’épidémie sur l’île (le pays ne déplore que 26 morts du Covid). La bonne gestion sanitaire a renforcé la popularité de la Première ministre travailliste qui a été réélue haut la main pour un second mandat en octobre 2020.

La Nouvelle-Zélande fait également régulièrement la une des journaux à propos d’un autre sujet : le futur du travail, et tout particulièrement la parentalité au travail. Tout récemment, les médias du monde entier ont relayé le passage d’une loi par le parlement néo-zélandais qui garantit aux parents un « congé fausse couche ». Il y a deux ans, Jacinda Ardern était l’une des rares femmes à devenir mère tout en étant à la tête d’un gouvernement. Et régulièrement, on y fait avancer les débats sur les inégalités femmes / hommes, l’équilibre des temps de vie et la semaine de quatre jours.

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Le pays n’a pas, tant s’en faut, toutes les réponses concernant la parentalité au travail : le taux d’emploi des femmes y est de 10 points inférieur au taux masculin (et la période de pandémie n’a pas arrangé les choses) et le taux de fécondité est en chute libre. La pression à l’allaitement (8 enfants sur 10 sont allaités en Nouvelle-Zélande) rend la vie difficile à certaines femmes. Néanmoins,le pays a beaucoup à nous enseigner sur les manières d’aider les travailleurs / travailleuses à mieux vivre leur parentalité.

Les “rôles modèles”, ça marche : la preuve avec Jacinda Ardern

Les femmes à la tête d’un État ou d’un gouvernement sont peu nombreuses (moins de 18% à l’échelle de l’ensemble des pays du monde en 2021), mais celles qui ont eu un bébé pendant un mandat politique se comptent sur les doigts d’une main (en fait, je n’ai trouvé qu’un seul autre cas, celui de Benazir Bhutto, au Pakistan en 1990). Les hommes au pouvoir qui deviennent pères, eux, sont si nombreux que ça n’est même pas un sujet. On n’a jamais contesté leur capacité à exercer le pouvoir tout en étant jeune père. Le plus souvent, la paternité d’un homme de pouvoir lui confère même un surcroît de popularité et une belle image d’homme responsable.

En août 2018, après six semaines de congé maternité, Jacinda Ardern a repris son travail de Première ministre sous les feux des projecteurs. En septembre 2018, elle est devenue la première dirigeante à participer à une assemblée générale des Nations unies avec un bébé. (Pour donner son discours à la tribune, elle a mis son bébé dans les bras de son père). Le cas Ardern représente une exception mondiale à plus d’un titre, tant les femmes de pouvoir, mères de jeunes enfants, sont rares.

Progressiste et féministe, cette femme politique du parti travailliste a à coeur de s’attaquer aux inégalités au travail, de réduire la pauvreté, de lutter contre le réchauffement climatique… Mais elle a aussi fait de la parentalité un sujet politique central. Plusieurs grandes lois ont été passées concernant la parentalité (dont deux concernant les congés parentaux). Son leadership de jeune mère au pouvoir est un exemple pour les mères et pères de son pays et du monde entier. Il offre aussi des alternatives à la définition traditionnelle du leadership. Ardern n’a eu de cesse de communiquer et de mettre en lumière la paternité de son conjoint.

Qu’il s’agisse des dirigeant·e·s politiques ou en entreprise, la diversité des points de vue est indispensable pour améliorer la vie de tous/toutes. Au travail, le rôle des « modèles » est aujourd’hui bien démontré. Pourtant, les jeunes mères restent encore trop souvent invisibles dans les instances de pouvoir, entérinant l’idée que la maternité et le pouvoir seraient incompatibles. Il nous faudrait plus de Jacinda Ardern pour faire avancer les choses !

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Une culture féministe encouragée (depuis longtemps)

Ce n’est pas tout à fait un hasard si la Nouvelle-Zélande fait partie de ces rares pays où une femme dirige le gouvernement (et actuellement le seul où il s’agit d’une jeune mère). Comme le dit l’adage, une nation a les hommes (en l’occurrence, les femmes) politiques qu’elle mérite ! Le pays est le tout premier dans l’histoire dans lequel les femmes ont conquis le droit de vote, en 1893, 27 ans avant les Américaines, 35 ans avant les Britanniques, 51 ans avant les Françaises et 78 ans avant les Suisses !

Les suffragettes néo-zélandaises de la fin du XIXe siècle se sont organisées rapidement et avec efficacité pour influencer l’opinion publique et faire avancer la cause des femmes. Dans l’Empire britannique, la Nouvelle-Zélande faisait figure d’exception (en effet, le colonialisme ne fait historiquement pas bon ménage avec le féminisme) : le gouverneur Lord Glasgow a donné la sanction royale à la loi électorale en septembre 1893, en novembre, les femmes ont voté pour la première fois, et plus ou moins au même moment, Elizabeth Yates est devenue maire de Onehunga, la première à occuper un tel poste dans l’Empire britannique.

Les livres d’Histoire célèbrent le rôle de ces premières féministes, y compris issues de la société polynésienne et Māori, qui ont joué un rôle dans l’avancement de l’égalité. Parmi elles on peut citer Ākenehi Tōmoana, une féministe Māori (d’une certaine manière l’une des premières activiste de « l’intersectionnalité »), Anna Stout, une suffragette qui a joué un rôle dans le vote féminin néo-zéalandais et britannique, Meri Mangakāhia, Polly Plum et bien d’autres. Sans doute la culture Māori a-t-elle exercé une influence déterminante : en effet, dans la société Māori, les femmes charismatiques exerçaient une influence directe sur la communauté. De nombreux hommes politiques ont soutenu le mouvement pour le suffrage féminin. Aujourd’hui, il y a en Nouvelle-Zélande plus d’électrices que d’électeurs et elles ont tendance à voter davantage que les hommes.

L’histoire de ces mouvements a engendré une culture où la voix des femmes est entendue, et trouve souvent des relais parmi les hommes. La diversité des points de vue, y compris ceux issus des populations polynésiennes autochtones qui ont su faire reconnaître leur place historique, y est valorisée (les Maoris représentent environ 17% de la population néo-zélandaise). Quand le pouvoir est mieux partagé, le sujet de la parentalité devient central.

Le congé parental dure 26 semaines

En juillet 2020, le gouvernement néo-zélandais a porté le droit au congé parental rémunéré à 26 semaines, au lieu de 22 semaines auparavant. Il en a profité pour augmenter le paiement hebdomadaire en congé parental (l’augmentation n’est que de 20 dollars, mais cela a été apprécié). Chaque année, le paiement du congé parental est ajusté pour refléter l’augmentation du salaire moyen (à partir de juillet 2020, les employés éligibles ont vu le paiement du congé parental passer de 585,80 $ par semaine à 606,46 $ par semaine).

Pendant la période de pandémie, le gouvernement a fait du soutien aux parents un sujet politique central. Iain Lees-Galloway, ministre du travail, a déclaré : « le gouvernement s’est engagé à faire en sorte que les familles et les parents soient soutenus lorsqu’ils en ont besoin. En plus de l’augmentation du congé parental payé, nous avons mis en place un large éventail de mesures de soutien aux parents. Il s’agit notamment de l’augmentation des paiements pour le travail des familles et du paiement du meilleur départ, qui fournit un soutien financier à toutes les familles ayant un nouveau-né. »

Hélas, les pères (ou seconds parents, dans les couples de même sexe) sont relativement peu nombreux à en profiter. Le premier parent peut transférer une partie de ses congés au second parent, mais en pratique, cela se fait rarement. C’est pourquoi le sujet du congé paternité (et second parent) est débattu aujourd’hui dans la société néo-zélandaise. Ainsi, une journaliste a écrit : « Il faut parler d’un congé paternité obligatoire. Dans un pays qui a été le premier à donner le droit de vote aux femmes et où notre Première ministre dirige le pays alors que son partenaire est le premier homme à la maison, pourquoi parlons-nous encore de congé principalement pour les femmes ? »

Le congé « fausse couche » est une réalité

En mars 2021, le parlement néo-zélandais a voté une nouvelle loi qui offre aux parents un congé « fausse couche » de trois jours (ce congé-là n’est aucunement réservé aux seules mères : il concerne les deux parents). « Il faut du temps pour se remettre d’une telle perte », a déclaré la députée travailliste Ginny Andersen. « Le deuil qui accompagne une fausse couche n’est pas une maladie, c’est une perte, et il faut du temps pour se remettre physiquement et mentalement d’une telle perte », a-t-elle dit au Parlement.

Avec cette loi, il est question d’atténuer le tabou autour de ce sujet et de faire reconnaître la mort d’un foetus in utero ou post partum comme un deuil à part entière. Environ une grossesse sur quatre se solde par une fausse couche et une femme sur trois en moyenne fait une fausse couche dans sa vie. Pourtant, le sujet reste tabou dans le monde du travail. Alors que la mort d’un parent donne lieu à des congés décès et vous vaut du soutien et des attentions de la part des collègues et de la hiérarchie, une fausse couche reste le plus souvent un malheur secret que beaucoup de femmes « maquillent » avec un congé maladie. Les seconds parents, eux/elles, n’ont même pas cette possibilité.

La couverture médiatique dont la loi néo-zélandaise a fait l’objet partout dans le monde montre à quel point le sujet est loin d’être anecdotique. La loi prévoit que la reconnaissance de ce deuil particulier concerne tous les parents, y compris ceux cherchant à avoir un enfant par gestation pour autrui (GPA). « *J’espère que si nous sommes un des premiers, nous ne serons pas un des derniers, et que d’autres pays commenceront à légiférer pour un système de congés juste et empreint de compassion qui reconnaisse la douleur et le deuil qu’engendrent une fausse couche ou la naissance d’un enfant mort-né* » a dit Ginny Andersen.

La semaine de 4 jours au centre des débats

Cela fait des années que l’on pratique la semaine de 4 jours en Nouvelle-Zélande. En 2018, l’entreprise Perpetual Guardian faisait déjà les gros titres des journaux sur ce sujet. Plus récemment, c’est la société Unilever qui a mis en place la semaine de quatre jours payés cinq dans le pays. Unilver qui compte 81 employé·e·s en Nouvelle-Zélande, a lancé cette « expérience » en décembre 2020. Si cette dernière se montre concluante, elle sera étendue au 155 000 employé·e·s Unilever dans le monde.

En mai 2020, Jacinda Ardern, a déclaré que toutes les entreprises devraient envisager de mettre en place la semaine de quatre jours pour stimuler la productivité des employé·e·s et offrir aux travailleurs / travailleuses un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. (Pour elle, il s’agit aussi d’encourager le tourisme intérieur pour compenser le manque de visiteurs étrangers dû à la pandémie.) « J’encourage vraiment les gens à réfléchir à la semaine de quatre jours si vous êtes un employeur et que vous êtes en mesure de le faire » a-t-elle déclaré.

L’entreprise Perpetual Guardian qui pratique la semaine de quatre jours depuis 2018 a signalé une augmentation de 20 % de la productivité ainsi qu’une baisse des niveaux de stress et une plus grande satisfaction de ses salarié·e·s. L’expérience a attiré l’attention du monde entier, et le fondateur de l’entreprise a déclaré qu’il n’y avait « aucun inconvénient » à la semaine raccourcie. Jacinda Ardern approuve d’autant plus qu’elle est convaincue que la semaine de quatre jours aide les parents à trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

Parentalité au travail : on ne parle pas d’équilibre mais d’intégration

On a coutume de parler d’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Mais l’expression suggère qu’il s’agit de deux choses séparées et distinctes qui entrent en concurrence l’une avec l’autre (voir notre interview de la créatrice du podcast Les Equilibristes). De nombreux / nombreuses Néo-Zélandais·e·s visent plutôt l’intégration que l’équilibre (en anglais, on distingue la work-life balance de la work-life integration). Cela signifie que les tâches professionnelles et domestiques se mêlent au point qu’on ne peut plus les distinguer (comme chez les télétravailleurs / télétravailleuses en temps de pandémie).

Lorsque Jacinda Ardern a amené son bébé de trois mois à l’assemblée générale des Nations unies, le monde entier s’est interrogé sur le mélange croissant entre travail et parentalité au XXIe siècle. D’une certaine manière, cela renvoie à une organisation du travail plus artisanale du travail où les travailleurs / travailleuses autonomes ne distinguent pas entre ce qui relève du travail « productif » et ce qui relève du travail « reproductif ». Les deux se mêlent chaque jour : pour pouvoir travailler, il faut pouvoir prendre soin de soi et de ses enfants.

L’intégration, cela veut dire qu’on n’a nul besoin de « cacher » sa famille au travail, ni d’ailleurs ses propres besoins physiologiques, puisqu’on est maître de son temps, et qu’on détermine librement l’organisation de ses tâches au cours de la journée. Même en Nouvelle-Zélande, tout le monde n’y est pas (encore) parvenu. Mais on y a posé toutes les bonnes questions pour faire avancer la cause de l’intégration et de la parentalité au travail.

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Photo : Jehu Christan - Unsplash

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