Pourquoi les RH sont mal aimés (et comment y remédier)

14 déc. 2022 5min

Pourquoi les RH sont mal aimés (et comment y remédier)
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Les RH ont (souvent) mauvaise presse : simples exécutants pour les salariés, déconnectés des performances pour la direction… Mais pourquoi un tel désamour ? Le quotidien des RH est-il vraiment « déshumanisé » ? Focus sur une fonction incomprise.

63 %. C’est le pourcentage de personnes qui trouvent que les ressources humaines manquent… d’humanité. Ce chiffre issu d’un sondage Welcome to the Jungle fait ressortir une croyance qui a la vie dure : les RH ne seraient là que pour vous descendre. Et pourtant, du recrutement à l’amélioration des conditions de travail, ces hommes et ces femmes sont (ou sont censés être) au centre des questions humaines et participent à la vie du collectif. Oui, mais leur rôle est parfois mal compris et cela ne date pas d’hier. En 2013 déjà, 32 % des salariés n’étaient pas capables de citer au moins une mission de la fonction RH, selon un sondage Opinionway-LabRH. Commençons donc par une définition. Le cœur de métier des RH est « de faire en sorte que l’organisation dispose du personnel nécessaire à son fonctionnement et que ce personnel fasse de son mieux pour améliorer la performance de l’organisation, tout en s’épanouissant », peut-on lire sur le site du ministère de l’économie. Pour Céline Méchain, experte du Lab et DRH, c’est avant tout « de trouver l’équilibre entre les besoins de l’entreprise et ceux des collaborateurs. Il s’agit de comprendre les besoins individuels et de les traduire en processus collectifs, et c’est là toute la difficulté de la fonction ». À l’origine, les RH seraient autant au service de l’organisation que des équipes, alors qui sont-ils, à quoi ressemble leur quotidien et d’où vient le désamour dont ils font l’objet ?

« Les ressources humaines, c’est la vie et la mort du salarié dans l’entreprise. »

La fonction RH, une pluralité de métiers et de tâches peu connus

Mise en place du télétravail et de solutions efficaces durant la période trouble du Covid-19, adaptation de la culture et du recrutement dans un contexte hybride… Les services RH ont été rudement sollicités et ont dû innover très vite ces dernières années, ce qui les a rendus plus visibles. Pour autant, les salariés et la direction savent-ils réellement ce qui se cache derrière l’acronyme ? Caroline Diard, enseignante-chercheuse à l’ESC Amiens et ancienne DRH rappelle la pluralité des métiers au sein des ressources humaines : « On a des sous-fonctions comme le recrutement, l’administratif, la gestion des contrats et des paies, la déclaration sociale, la gestion des formations, des carrières et des compétences, le dialogue social avec les partenaires sociaux… On peut aussi travailler la communication interne et la marque employeur. Les ressources humaines, c’est la vie et la mort du salarié dans l’entreprise ». Les nombreuses tâches qui incombent aux RH fragilisent le lien avec les employés et diluent la lisibilité des actions de ce service qui bénéficient pourtant à toute l’entreprise, salariés comme dirigeants. D’autres facteurs contribuent par ailleurs à leur mauvaise réputation…

« RH bashing » : pourquoi les RH sont-ils mal aimés ?

Le désamour entre les ressources humaines et les employés s’est installé insidieusement depuis plusieurs décennies. On reprocherait d’abord aux RH d’être une fonction bureaucratique qui complexifie et ralentit les process. Mais ce n’est pas tout : les RH sont aussi perçus comme ceux qui copinent avec les décisionnaires de l’entreprise. Céline Méchain replonge dans ses souvenirs : « Pour des raisons historiques, quand j’ai commencé il y a 20 ans, les entreprises ne connaissaient pas le rôle des ressources humaines et celles-ci étaient juste mises là par la direction parce que c’était des alliées. Or quand des collaborateurs ont en face d’eux des RH alliés de la direction, difficile de les apprécier ». Parce que s’ils sont souvent pris pour cible par la base des salariés, les décideurs peuvent aussi douter des compétences stratégiques de leur RH. C’est en tout cas ce que pense Michel Barabel, maître de conférences à l’Université Paris-Est et professeur affilié à Sciences Po Executive Education. Il affirme que « pour les dirigeants, les RH ne sont pas du tout “business” et pour les salariés, “ils ne sont que le bras armé de la direction, ils ne les protègent pas, d’ailleurs on ne les voit pas”. C’est ce qu’on appelle le “RH bashing”. Personne n’est satisfait ».

Entre frustration et fatigue, la désillusion des RH

Personne n’est satisfait, encore moins les RH car beaucoup d’entre eux se sont engagés dans cette voie pour aider à l’épanouissement des salariés – 86 % des DRH considèrent le bien-être des salariés comme une priorité majeure. Caroline Diard les qualifie d’ailleurs d’équilibristes : « Parfois j’ai senti de la frustration en tant que DRH car sur certains sujets, je m’étais battue pour les salariés. Par exemple, une année j’avais obtenu des bons d’achat à Noël. Certains étaient contents et d’autres disaient que c’était ridicule. Ça peut être lourd parfois. Même si c’est souvent une minorité qui vient se plaindre ». L’impression d’être pris pour cible régulièrement crée de la fatigue. Les résultats du baromètre Editions Tissot-Payfit France 2022 vont dans ce sens : 66 % des RH ne se voient pas exercer le métier dans 10 ans. Le chiffre peut paraître élevé mais cette insatisfaction varie beaucoup en fonction des contraintes d’exercices de la profession. Michel Barabel décrypte : « Les gens trouvent ça difficile, il peut y avoir un sentiment de solitude, des choix non-éthiques à faire… Malgré tout, le métier a gagné en diversité de missions, c’est une profession qui s’archipelise. Dans certaines entreprises, les RH font la différence et dans d’autres, il y a un périmètre restreint. Ça dépend de la capacité des équipes à être entendues et à créer de la valeur ». Bref, il n’y a pas une recette correspondant à tous les services RH du monde, mais des conseils simples peuvent être appliqués pour retisser du lien avec chaque collaborateur.

4 conseils pour redonner aux RH leurs lettres de noblesse

1. Avoir un DRH en haut lieu

Les trois experts sont assez unanimes. L’une des meilleures façons d’avoir un contre pouvoir dans l’entreprise est de siéger au comité de direction afin d’imposer une vision plus humaine et d’avoir la main sur un certain nombre d’informations. Caroline Diard résume : « En tant que représentant RH, vous pouvez être au Codir et du coup, vous avez voix au chapitre et quand un truc ne vous plaît pas, vous pouvez le faire savoir. » Michel Barabel nuance : faire partie du comité de direction ne suffit pas dans certaines entreprises. « En cas d’arbitrage entre un DAF et un DRH, le DRH ne gagne jamais. »

2. Annoncer les bonnes nouvelles et créer des rituels pour les célébrer

Si cette image de travailleurs au cœur froid colle à la peau des RH, c’est parce que ce sont souvent eux qui annoncent les mauvaises nouvelles et apparaissent en cas de crise. Pour y remédier, Michel Barabel leur conseille de ne « pas être visible des collaborateurs que dans ces moments. Il faut être là surtout quand ça va bien. Sortir du bureau, discuter, être en interaction avec les équipes ». Il s’agit de montrer là un visage… plus humain. Rien de sorcier mais certains RH ont tendance à se couper du reste des équipes. Qu’ils essaient de prendre le contrepied !

3. Communiquer sur les actions RH

La méconnaissance des missions RH est une question à laquelle il faut répondre pour dissiper le brouillard. Pour cela, rien de mieux que la com-mu-ni-ca-tion. « Il est essentiel de beaucoup communiquer sur les missions RH. Quelles sont-elles ? Qu’est-ce que ça apporte aux salariés ? », préconise Caroline Diard. Des enquêtes de climat social, sous forme de sondages anonymes et à l’échelle du trimestre ou de l’année, peuvent aussi être utiles pour prendre le pouls au sein de l’entreprise et ainsi mieux s’attacher au bien-être global.

4. Personnaliser les processus

Le besoin de renouveau s’est déjà fait sentir en mars 2020 quand il a fallu instaurer des processus complexes en très peu de temps à cause de la crise sanitaire. Notre experte du Lab Céline Méchain propose aux RH de trouver une certaine agilité afin de satisfaire le plus de monde possible : « Les process peuvent ne pas convenir à toutes les exigences personnelles, c’est pourquoi il faut rester à l’écoute et y répondre au cas par cas. Créer des exceptions au process, c’est possible. De plus en plus d’entreprises intègrent ce facteur humain ». Et si « l’humanité » des RH résidait dans leur flexibilité ?

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Article édité par Ariane Picoche, photo : Thomas Decamps pour WTTJ

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