Surcharge de travail : comment en parler à son manager et avoir gain de cause ?

Surcharge de travail, comment l'identifier et en parler ?

Entre le stress, l’inquiétude et la fatigue qui s’accumulent, difficile de mettre de l’ordre dans nos émotions lorsque le travail nous submerge. Et pour cause, c’est bien souvent le repli sur soi qui prend le dessus sur la parole pour les salariés à en être victimes. Comme si le fait d’être surchargé était le signe d’un échec qu’il valait mieux cacher. Alors comment sortir de ce blocage pour mettre un terme à cette situation ? Et surtout comment parvenir à dire à son patron qu’on est sous l’eau ? Noémie Le Menn, psychologue du travail et coach nous aide à y voir plus clair et nous dévoile ses conseils pour obtenir gain de cause.

Surcharge au travail : de quoi parle-t-on ?

Si le travail n’a rien de linéaire et peut osciller entre situations de rush et périodes de creux, le fait de se sentir surchargé n’a rien d’anodin. Mais de quoi parle-t-on précisément ici ? « La surcharge de travail se reconnaît lorsqu’on ne parvient plus à tenir ses engagements, en termes de délais ou de qualité avec un rythme normal, explique Noémie Le Menn. Autrement dit, au moment où il faut largement dépasser ses horaires et travailler les week-ends pour y parvenir. » Quand les heures supplémentaires n’ont plus rien d’exceptionnel et que cet excès de travail se transforme en fardeau quotidien.

Une problématique préoccupante puisqu’elle finit par causer de réels problèmes de santé pouvant parfois mener jusqu’au burn out. Mais il est parfois difficile de se rendre compte de cet état, surtout lorsque ce fonctionnement devient presque normal avec le temps. Lorsque c’est le cas, des signes concrets et visibles se manifestent pour vous aider à prendre conscience que la situation vous échappe. « Parmi eux, on retrouve notamment un épuisement ou au contraire un sentiment d’exaltation qui s’explique par une ivresse de fatigue, décrit la psychologue. Mais aussi de la culpabilité doublée d’une honte de ne pas parvenir à faire son job malgré les efforts, une perte de confiance en soi, un sentiment de tristesse en raison de difficultés ( retard, erreurs…), des ruminations sources d’anxiété et d’insomnies, une chute de la motivation allant jusqu’à des problèmes de santé… » Bref, votre corps vous envoie des signaux pour vous alerter, alors écoutez-le !

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La difficulté de se protéger

L’origine de ce comportement, quant à lui, peut s’expliquer de différentes manières, et notamment selon les personnalités des individus. Certains d’entre nous en donnons trop par appétence pour notre travail, par ambition, pour rendre service, pour se rendre indispensable ou par souci de reconnaissance. « Mais certaines personnes croient devoir en faire plus que les autres pour réussir à compenser une estime de soi défaillante ». Dans tous les cas, ce sont des situations qu’il faut changer pour protéger votre santé mentale. Et pour cela, rien de plus efficace que d’en parler avec la seule personne capable de concrètement vous aider : votre boss. Mais sortir de ce cercle vicieux pose souvent problème en raison du rapport que l’on entretient avec sa hiérarchie. Par exemple, si cette dernière est perçue comme méprisante envers les difficultés rencontrées par les salariés, la surcharge sera bien plus difficile à expliquer par peur de pas être entendue. Pourtant, aucun manager (sensé) ne souhaite voir ses équipes échouer. Alors comment percevoir ce dernier comme un allié et obtenir son aide ?

5 conseils pour réussir à dire qu’on a trop de travail

Une chose est sûre, c’est par le dialogue et la négociation que l’on peut sortir de cet état de surcharge qui nous bloque. Alors comment aborder la question avec son boss de manière sereine ? Noémie Le Menn nous dévoile six conseils pour y parvenir.

1. Comprendre ce qui bloque

En premier lieu, il est essentiel d’identifier la raison pour laquelle vous craignez d’en parler à votre boss S’agit-il d’une peur concrète, comme celle d’être licencié ? D’une angoisse plus ancrée ? D’un sentiment d’échec ? « Prenez le temps de comprendre d’où vient cette difficulté à en parler à votre supérieur, recommande Noémie Le Menn. Car c’est en refusant d’affronter ses peurs, qu’on les nourrit ». Alors remontez le fil et posez-vous la question : que se passe-t-il ?

2. Changer de perspective

Une fois que le problème est identifié, changez votre manière de voir la situation. « Personne ne se fait licencier pour avoir demandé de l’aide et alerté sur ses difficultés », affirme l’experte. Alors rappelez-vous que votre manager a envie que vous réussissiez, c’est dans son interêt. « Mais de votre côté, cela fait partie de votre travail d’obtenir les moyens de réussir, nuance-t-elle, c’est donc à vous d’alerter si ces moyens vous manquent ». Enfin, dédramatisez : quand il y a des problèmes, il y a des solutions. Il s’agit alors de les trouver…

3. Préparer son discours

Il est important de ne pas arriver les mains vides lors de votre rencontre avec votre boss. « Pour cela, prenez le temps de réfléchir et de vous poser les bonnes questions, conseille Noémie Le Menn. Que faudrait-il pour réussir ? Une assistance, un prestataire, des effectifs supplémentaires, des compétences spécifiques, apprendre à déléguer davantage, un report des délais, une revue des objectifs… ? » Listez ensuite en amont du dialogue l’ensemble des points problématiques, ou ce qu’il vous manque. Réfléchir à des solutions pour une meilleure organisation ou une meilleure anticipation de votre charge de travail ne peut que vous aider ! Si par exemple, un sujet peu prioritaire vous prend beaucoup de temps, vous pouvez proposer à votre manager de décaler son rendu. Quant à la peur de ne pas maîtriser la discussion, cette dernière provient d’un manque de préparation. « Alors pour vous rassurer sur ce point, répéter votre partie, suggère la spécialiste, cela vous permettra de gagner en assurance ! » Rien de mieux que de s’entraîner avec quelqu’un qui va prendre le rôle du manager pour rendre son discours plus fluide et argumenté.

4. Adapter l’après

L’important va également être de s’assurer que cette situation ne se reproduise plus. Si dialoguer avec sa hiérarchie permet d’établir une relation de confiance avec votre boss et donc d’optimiser les rapports, cela peut aussi être préférable d’anticiper d’éventuels problèmes à l’avenir. « Pour cela, vous pouvez proposer d’instaurer des points réguliers sur les travaux en cours », suggère la psychologue. Cela vous permettra d’identifier une anomalie plus rapidement et d’avancer ensemble sans stress.

5. Se faire accompagner

Enfin, il va être nécessaire de parvenir à pacifier les relations futures pour ne plus reproduire ce schéma. Et c’est bel et bien sur la confiance, vis-à-vis de soi et des autres qu’il va falloir travailler. « Mais pour cela il peut être préférable de se faire accompagner par une psychologue ou un coach pour aider à modifier sa posture, recommande Noémie Le Menn. Cela vous aiderait à apprendre à mieux gérer son stress et prendre du recul. » Alors n’ayez pas peur de vous faire aider.

Finalement, vous l’aurez compris, nombreux sont les moyens permettant de déceler les points bloquants et d’élaborer des stratégies pour avancer au mieux. Alors à vous de jouer pour changer la donne. « Et n’oubliez pas, rappelle la psychologue, il n’est jamais trop tard pour se faire aider et ainsi mieux s’épanouir professionnellement ! »

Article édité par Gabrielle Predko et Sami Prieto
Photo de Thomas Decamps

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