Ils ont renoncé à leurs vacances à cause de la crise. Témoignages

Ils ont renoncé à leurs vacances à cause de la crise. Témoignages

Ça y est, c’est la rentrée ? Apparement, pas pour tout le monde… Salariés, indépendants ou chefs d’entreprises : avec la crise sanitaire et les soubresauts économiques qu’elle entraîne, certains ont dû renoncer à tout ou partie de leurs vacances d’été. Pourquoi et comment ont-ils vécu ces deux mois ? Et comment aborde-t-on la “rentrée” de septembre quand on n’a jamais vraiment décroché ? Témoignages.

« Il faut rentrer un minimum d’argent » Hélène, journaliste indépendante à Metz, 32 ans

Je suis journaliste pigiste, et le jour où le confinement total a été annoncé, j’ai perdu toutes mes commandes d’articles en cours. En tout, entre 1 200 et 1 500 euros, soit ce que je touche pour vivre pendant un mois. Après le déconfinement, la situation ne s’est pas améliorée. La plupart des médias ont coupé leurs budgets pour les piges. Donc même avec un peu d’allocations chômage, quand l’été est arrivé, je n’ai pas eu le choix il fallait travailler. Parce qu’il fallait non seulement que je rentre un minimum d’argent - heureusement je vis chez mes parents depuis le début de l’été - mais aussi pour que les rédacteurs en chef ne m’oublient pas. Parce que nous sommes tellement nombreux que la concurrence est rude… On peut vite être zappé.

Tout mon été, je l’ai donc passé derrière mon ordinateur et en quête de sujets sur le terrain. J’ai fait énormément de veille, j’ai animé mes réseaux, j’ai proposé des sujets, j’ai écrit… Je me suis mise en mode “survie”. Je répondais à tous mes messages, tous mes mails, je disais oui à tout, même à des trucs au black, j’étais disponible tout le temps et je le faisais savoir.

En tout et pour tout, j’ai tout de même pris 5 jours de repos. Je suis partie début août chez des amis à Nantes. Moi qui avais prévu avant la pandémie de faire enfin une vraie pause cette année, de prendre des vacances tout le mois d’août, on était très loin du compte ! Mais honnêtement, même si cinq jours c’est très court, je suis déjà pleinement heureuse d’avoir pu les prendre. Ça a été une vraie coupure. On croit souvent que les gens qui ont des métiers passion s’en fichent un peu des vacances. Mais moi, si j’ai effectivement la chance d’aimer mon métier, il n’empêche que tous les jours je n’ai cessé de penser aux vacances ! Tu vois partir les gens, tu vois leurs photos postées un peu partout… Le plus dur, ça a été le jour où une copine m’a dit qu’elle venait de poser quatre semaines. Exactement ce que je voulais faire…

Avec le recul, ces deux mois ne m’ont pas rendu malheureuse, je pense même avoir travaillé sur moi jusqu’à gagner une certaine philosophie de vie. Mais j’espère tout de même pouvoir poser 10 jours d’ici Noël !

« Je n’y ai pas passé 30 ans de ma vie pour que ça soit détruit en 6 mois » Jean-Louis, Directeur d’un atelier automobile près de Toulouse, 60 ans

Quand vous voyez le bilan de votre entreprise après deux mois d’arrêt total, ça ne donne pas envie de partir en vacances se la couler douce… J’emploie sept personnes et j’ai dit à mes gars : “vous, vous allez prendre des vacances à tour de rôle, mais moi j’arrêterai pas”. L’état d’esprit à ce moment-là ? Il faut sauver les meubles. Surtout, quand je vois tous ceux qui sont encore fermés à cause des mesures sanitaires - les gérants de bars, d’hôtels, les boîtes de nuit etc. -, je me dis que déjà nous on a de la chance. On a de la chance de n’avoir pas mis la clé sous la porte et de pouvoir bosser, donc si je peux travailler je dois le faire ! Je n’ai pas passé trente ans de ma vie à construire quelque chose pour que ça soit détruit en 6 mois.
Cet été, je l’ai donc passé au garage, à traiter avec une clientèle un peu différente de d’habitude. On a eu beaucoup plus de touristes français, tous ceux qui descendaient dans le sud et qui avaient un pépin sur la route ! Ça nous a quand même fait une belle activité. On a bien bossé !

Je n’ai jamais été quelqu’un qui prenait beaucoup de vacances. Gérer une entreprise, c’est aussi ça et je l’ai choisi. Mais habituellement l’été, j’ai tout de même un rituel : je pose deux semaines, je prends un vol pour l’étranger et je laisse mon téléphone en France ! Sinon, on ne décroche jamais
Cet été, j’ai dû faire autrement pour essayer de décompresser un minimum. Les week-ends j’ai souvent fait du golf à Toulouse, et j’ai pris un week-end à rallonge début août pour aller chez des amis dans les Landes. Et c’était génial. Mais vu la situation, je n’ai jamais vraiment décroché… et ça, je le ressens fortement. Mon métier n’est pas très physique, mais la fatigue psychologique est beaucoup plus forte que d’habitude. Faire des soirées jusqu’à une heure du matin, c’est non maintenant. Quand je rentre chez moi je veux juste souffler, couper tous les écrans et me mettre dans mon jacuzzi… Même si je suis fatigué, ne pas avoir pris de vacances est un choix personnel que je ne regrette absolument pas. Je ne suis ni amer ni malheureux. J’ai conscience de ce que j’ai, et je sais qu’il y a des gens beaucoup plus malheureux que moi sur Terre.

« C’est le moment idéal pour être à fond ! » Romain, co-fondateur de Petch à Paris, 25 ans

Oui, l’été a été surchargé, mais ce n’est pas liée à une souffrance ou à une peur en ce qui me concerne. Avec mon associé nous avons lancé Petch il y a six mois (une marketplace de produits, services et contenus pour les propriétaires d’animaux de compagnie, ndlr), et pour nous et notre équipe, le confinement a tout simplement tout accéléré : le trafic, les ventes, la gestion après-vente, nous n’étions pas du tout prêts pour un tel volume et un tel succès ! Nous avons recruté plusieurs personnes et nous sommes neuf aujourd’hui. Il a fallu supporter un rythme effréné, apprendre très rapidement, et quand est arrivé l’été c’était impensable pour mon associé comme pour moi de prendre des vacances. Pour nous, ces deux mois un peu calmes pour le e-commerce étaient le parfait moment pour se poser enfin sur les mois écoulés, notre croissance, et repenser calmement notre feuille de route. On en a donc profité pour carburer : refonte complète de notre front, restructuration du site, recherche de nouveaux marchands, développement de nouveaux axes business comme une assurance, réflexions sur la partie média…

Ni moi ni mon associé n’avons donc pris de congés cet été. Personnellement, je suis juste parti à La Rochelle pour télétravailler 5 jours chez mes parents… Mais ce qui m’a énormément touché, c’est que toute notre jeune équipe a tenu à être en soutien elle aussi pendant l’été, sans que rien ne leur soit jamais imposé. Ils ont tous pris quelques jours de repos par-ci par-là, mais ils avaient vraiment envie de nous suivre au rythme de cette aventure entrepreneuriale, et je trouve ça juste incroyable.

Je n’ai aucune amertume sur cet été qu’il a fallu mettre de côté. Évidemment, sur une année normale j’aurais posé deux semaines et j’aurais adoré ça, mais je considère que monter une entreprise est une formidable aventure, et que nous avons une chance incroyable d’avoir survécu à ces derniers mois. Donc s’il faut juste se frustrer deux semaines pour tout ça, ça me va !*

« Je me suis dévoué pour mon équipe » Théo, Tech Manager dans une start-up à Paris, 34 ans

Je travaille dans l’équipe tech d’une start-up, nous sommes une quarantaine, et avec les bouleversements liés au Covid, il fallait qu’un manager reste pour superviser les gros chantiers que nous devions absolument mener cet été. Je n’ai pas beaucoup hésité : je me suis dit que c’était ok de reporter mes vacances à fin septembre, que ça irait, et je me suis donc dévoué.
Vous voulez savoir ce que c’est de bosser tout juillet et août à Paris dans une telle période ? Honnêtement, c’est violent. Entre l’anxiété qui nous reste du confinement, la peur de la maladie et celle que ton entreprise ne s’écroule, c’est vraiment dur… Dans ma boîte, on a tous bossé comme des fous au printemps, alors c’est vrai que quand Juillet est arrivé, j’aurais eu besoin de repos comme tout le monde.*

Pendant ces deux mois, le rythme s’est un peu relâché, disons qu’on est revenu à notre rythme habituel. Donc en soit, il n’y avait rien d’intenable ! Mais c’est l’enchaînement, quand tu ne fais que produire du jus de cerveau du matin au soir, qui est très lourd. Je crois que depuis la mi-août, je suis cramé. Nous sommes le 1er septembre (date de l’entretien, ndlr) et j’oscille entre ma fatigue et les tâches qu’il faut quand même absolument faire. Tous les gens qui me croisent où me voient en visio me répètent : “Tu as l’air fatigué…”, et moi mentalement je sens que je suis moins patient qu’avant. Et c’est ça qui est le plus dur pour moi finalement. Parfois avec le stress et la tension, je sais que je n’ai pas été hyper agréable avec mon équipe, je me suis un peu énervé. Mais en même temps, on est humain, ça arrive ! Je m’excusais juste après et c’était bon, ils comprenaient que ce n’était pas du tout contre eux.

Avec le recul, je crois que c’est la première fois que je réalise réellement à quoi servent les vacances ! Enchaîner comme ça, bosser indéfiniment, ce n’est pas possible, ce n’est pas tenable. Et pourtant j’adore mon métier ! Là, je n’attends qu’une seule chose : la fin du mois pour partir faire un tour en bateau et ne penser à rien d’autre…

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Photo d’illustration by WTTJ

Clémence Lesacq

Editorial Manager - Modern Work @ Welcome to the Jungle

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