« Je m’en fous » Sabine Duhamel nous apprend à relativiser les tracas du boulot

Interview Sabine Duhamel : Pour mieux relativiser au travail !

Un manager aux commentaires humiliants, un collègue aux petites manies irritantes ou encore un dossier urgent de dernière minute… et pour le lendemain ! Même une fois la porte du bureau ou le clapet de l’ordinateur claqué, nous avons tendance à prêter une importance folle à nos petits (et gros) tracas de travail, quitte à y laisser quelques plumes… Dans son livre “Je m’en fous”, paru le 12 avril aux Editions de l’Opportun, Sabine Duhamel, journaliste et auteure, nous propose une alternative qui pourrait nous faire du bien à tous : souffler un coup ! Car non, les problèmes au boulot ne doivent ni parasiter notre existence, ni nous faire oublier qu’en dehors du 8h-18h, il y a bel et bien une vie. Elle nous invite donc à relativiser ses problèmes, voire à s’en foutre un peu ? Rencontre.

Sabine, votre livre s’intitule “Je m’en fous”, comment vous est venue l’idée d’écrire pour inciter à “se foutre” un peu plus de ses problèmes ?

Je trouve qu’on se prend un peu trop la tête au quotidien, souvent pour des futilités ou au moins pour des choses qui n’en valent pas la peine, comme une petite blague lancée alors que vous êtes en pleine présentation devant toute votre équipe. Autant nous rencontrons tous des problèmes graves, autant une grande partie de ces tracas sont souvent anecdotiques. Je suis convaincue que prendre le temps de relativiser peut nous apporter une existence plus sereine. Ce sont peut-être les années et la maturité qui parlent, mais au fur et à mesure, on apprend à prendre les choses moins à cœur pour profiter de ce qui est réellement important.

Donc finalement nous aurions tous intérêt à “nous en foutre” un peu plus du travail ?

C’est vrai que je pousse chacun à relativiser sur tous les petits problèmes satellites qui pourrissent la vie, mais le travail en fait bien évidemment partie. Je pense qu’on travaillerait même mieux et plus efficacement en faisant le tri de ce qui n’est pas important, nous pollue et retient notre attention. Par exemple, au lieu d’être obnubilés par ce collègue désagréable, pensons à tous ces autres qui eux, sont bienveillants et prêts à nous aider ! En fait, je n’incite pas à devenir insensible à tout, mais plutôt à diriger notre attention vers les choses positives qui peuvent nous faire avancer plutôt que sur des points négatifs souvent hors de notre portée. C’est être capable de voir le supérieur sympa et de nourrir cette relation particulièrement, plutôt que de passer son temps à grincer des dents contre celui qui vous met des bâtons dans les roues.

Vous évoquez certaines de ces situations dans votre livre, où nous devrions prendre du recul, mais si l’on se concentre un peu plus sur le monde du travail, lesquelles vous viennent à l’esprit ?

Il y a ces situations du quotidien, avec des collègues de boulot qui vous font une réflexion désobligeante ou qui vous enfoncent pendant une réunion, ou encore ces collègues jaloux, qui créent un environnement désagréable… Il n’est pas toujours évident de prendre sur soi et de relativiser sur le moment lorsque vous encaissez ce genre de réflexions, mais il y a quelques techniques classiques qui peuvent vous permettre de vous en sortir. Prendre l’air en est une, c’est une prise de distance physique entre soi et la personne qui vous a blessé, c’est une façon de faire redescendre la pression.

Alors comment définir ce qui nous parasite dans notre travail ?

Ça n’est pas évident à identifier mais c’est ce qui vous le rend plus difficile. Ce sont ces dossiers à rendre du jour pour le lendemain et qui nourrissent votre stress par exemple. Alors pour y remédier il faut apprendre à définir un ordre des priorités, à dire non… nous ne sommes pas des robots et on ne peut absorber une charge de travail qui ne nous correspond pas. De plus, c’est une charge qui dessert toutes les parties. Passer la nuit sur ce dossier ne sera bénéfique ni pour vos nerfs ni pour votre qualité de vie, encore moins pour la qualité de votre travail et donc pour votre entreprise non plus. Proposez-vous un cadre raisonnable, cela passe par de petites choses… mais si vous transformez un “j’y passe la nuit” à “jusqu’à 22h”, c’est un premier pas. C’est apprendre à gérer son temps et son esprit différemment.

Pour vous, “s’en foutre” passe forcément par une action ? Ou est-ce plutôt un état d’esprit dans lequel se calibrer ?

Je ne pense pas que ça soit quelque chose d’inné. C’est quelque chose qui s’acquiert, qui se travaille. C’est une gymnastique de l’esprit, qui pourra vous aider quand quelque chose vous arrivera en pleine figure. Quand quelque chose vous arrive, c’est avoir le réflexe de se poser la question, consciemment : “est-ce que c’est si grave que ça ?”, “est-ce que ça va vraiment m’ impacter dans ma vie ?” , “est-ce que je vais avoir du mal à m’en remettre ?”, “est-ce que ça dérange quelque chose de profond en moi ?” C’est vraiment un entraînement, avec une série de plusieurs petits exercices qui sont présents dans le livre et qui vont vous aider à relativiser de plus en plus.

Si vous deviez justement ressortir 5 conseils clé de votre livre pour apprendre à “s’en foutre”, quels seraient-ils ?

Il est assez difficile d’en ressortir 5 parmi tous ceux qui sont dans livre. Néanmoins, ceux qui me viennent directement à l’esprit sont :

  • Prendre de la distance, au sens propre comme au figuré : quitter momentanément l’endroit où il y a eu le désagrément est une façon de passer à autre chose.
  • Apprendre quelques exercices de respiration : ce sont des petites techniques simples pour vous aider à faire baisser la pression. Par exemple, la respiration abdominale sur 4 temps. Elle s’effectue avec une première inspiration, puis une rétention de cet air avec les poumons pleins, puis une expiration avec à nouveau une phase de rétention mais cette fois-ci les poumons vides. Cette technique de relaxation aide à prendre de la hauteur et à faire retomber la tension.
  • Penser à ce qui va bien dans votre vie : après un échec pour une promotion tant attendue par exemple, vous avez probablement du mal à l’encaisser. Pourtant, c’est peut-être l’occasion de faire un voyage, de découvrir de nouveaux objectifs, de prendre un tournant dans votre vie. Puis il y a aussi tout ce qui va bien qui doit vous permettre de relever la tête… Famille, amis, peu importe, c’est une façon d’évincer les événements négatifs de votre esprit pour voir le positif de son existence en général.
  • Faire de l’exercice physique : le sport aide à chasser les tensions, quelles qu’elles soient. C’est un bon exutoire. Alors on ne parle pas forcément de s’entraîner pour un marathon, mais un peu de marche rapide pour vous aérer l’esprit ne peut que vous faire du bien !
  • Se recentrer sur soi : avant d’accepter quelque chose qui ajoute un poids sur votre charge mentale, posez-vous la question “est-ce vraiment bon ou indispensable pour moi ?” Si vous jugez que ça n’est pas utile et bénéfique, alors il ne faut pas le faire. C’est en fait être un peu égoïste. Et ce n’est pas une mauvaise chose car on a souvent tendance à s’oublier pour faire plaisir aux autres. Alors qu’être égoïste, c’est aussi avoir conscience de sa propre valeur ! Comme je le dis dans le livre, « le but n’est pas de se transformer en monstre de froideur et d’égoïsme, mais de se préserver pour ne pas se laisser submerger. »

Ces conseils nous permettent de prendre un peu de hauteur, mais comment faire pour trouver le juste milieu entre “s’en foutre un peu” pour s’épargner et négliger un vrai problème ?

La majorité d’entre nous a tendance à prendre les choses trop à cœur et à ne pas assez s’en foutre. Donc avant de basculer et de devenir une personne odieuse, imperméable à toute émotion ou sentiment, on a tous une marge vraiment large. Ce livre n’a surtout pas la prétention de se substituer à un psy ou à un professionnel quel qu’il soit, lorsqu’il s’agit de surmonter un événement grave. Il essaye modestement d’apporter quelques pistes pour “alléger son quotidien” en mettant à leur juste place tous les éléments parasites qui peuvent nous polluer la vie. Cela ne concerne évidemment pas les problèmes plus graves qui nécessitent effectivement l’aide ou la prise en main d’un professionnel ou des recours plus conséquents.

Dans ce livre, il y a une partie qui s’appelle “L’enfer, c’est les autres”, qu’est-ce que cela veut dire pour vous ?

J’ai remarqué que nous existions souvent à travers le regard des autres. Si votre entourage professionnel vous dit que vous êtes génial et une bête de course, vous allez vous sentir en confiance. Par contre, si on vous fait une réflexion plus péjorative, vous allez vous sentir dévalorisé et aurez tendance à vous remettre en question. Pourtant ce n’est pas la qualité de votre travail qui est jugée, c’est souvent un détail ou une faute qu’on vous fait remarquer pour qu’elle ne se reproduise plus. Mais pour moi, la clé, c’est d’être en paix avec soi-même pour ne plus se laisser atteindre par la vision des autres.

Finalement, si vous considérez qu’il y a un tel effort de prise de recul à faire avec notre vie professionnelle, diriez-vous qu’il y a un problème de fond dans notre rapport au travail ?

Notre rapport au travail est ainsi, basé sur la compétition, le stress, la pression, parce que ça fait longtemps qu’on nous met ça dans le crâne. Malgré toutes les améliorations et les prises de conscience prises par les entreprises depuis le covid, on continue avec l’idée de “marche ou crève”, et la théorie du “si tu n’es pas content, va voir ailleurs, il y a en a quinze autres qui attendent ta place” ! On continue de subir une pression de la part de la hiérarchie. Il est toujours difficile de trouver de la sérénité. Même si j’invite chacun à prendre du recul, il faut se rappeler que tout n’est pas de notre faute si on a du mal à s’en libérer. En triant ces pressions et en ne considérant que les essentielles, on commence à apprendre à se libérer. Je pense vraiment que chacun peut y arriver, que c’est une façon d’apprendre à voir la vie différemment.

Article édité par Gabrielle Predko
Photo de Thomas Decamps

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